26.10.2009

Ben voilà voilà voilà

Ah queue j'estois très fier d'avoir pu reconfigurer mon disque dur après écran bleu, ah que je suis con de ne pas m'être rendu compte que ça m'effaçait deux ans de boulot ! Il paraît qu'il faut sauvegarder sur des clés USB : eh meeeeerde ! Putain de mordel de berde ! Et ça vous fait marrer tas de nazes !!! Je veux crever ! Mais pas tout de suite....

24.10.2009

Etrillage

Retroussons nos manches, astiquons nos massues : nous avons un vieil étrillage à concocter, ce qui manque de charité, mais point d'excrément. Jacques Roubaud a commis un troisième volume des aventures d'Hortense, "L'exil d'Hortense", roman, chez Seghers. Vous me direz que de n'avoir pas lu les deux premiers ne m'a pas permis de me faire un jugement. Et moi je dis a contratio : heureusement que je m'en suis dispensé. Ce troisième sera mon dernier. Hortense est une femme, bien que son nom dérive de saint Hortensius, évêque. Sa vie se passe bien moins chastement. Son excuse est qu'elle aime... Nous supposons que lem odèle en fut Caroline Chérie. Soit. Mais Caroline fait rêver. Hortense fait chier.

Hortense est trop visiblement la créature de Roubaud, vieux et chauve amateur de chats que je hais (pas les chats). Roubaud par-ci, Roubaud par-là, prend un malin plaisir à intervenir en tous lieux en tous temps, déflaubertisant le roman, faisant exprès qu'on n'y croie pas. Il multiplie les parenthèses, se commente, glose son commentaire et se livre à la critique exégétique de sa glose (n'ayez pas peur, ça ne mord pas), ce qui pourrait être facétieux, et tenir lieu de contrainte oulipienne certes ("parler sans cesse de soi sans contrainte"), si tout n'était si lourd et si plate comme l'épée de Charlemagne.

Le préjugé consiste à eestimer qu'un défaut s'abolit si on le dénonce, puis si l'on déno nce sa dénonciation : vous me suivez toujours ? Eh bien pas du tout : si je vous dis que je suis con, ce n'est nullement une preuve que je ne le suis pas. Si je vous dis "C'est agaçant, hein ?", même si vous riez (deux fois, mais pas trente, monsieur Roubaud), ce ne sera pas moins agaçant. Si vous répétez 500 fois "Je connais la manière d'emmerder les gens", vous les emmerderez par le fait même de la répétition.

Nous savons bien où le sieur Roubaud a puisé son illustre modèle : dans la lettre Q de Queneau, lequel utilise sans cesse de telles astuces. Même si je n'apprécie pas toujours le grand Raymond, lui est toutefois reconnu sans ambages une extraodinaire finesse, un humour de sourire de derrière la moustache, bref, une culture. Mais Roubaud en fait une tonne au gramme. Or il se trouve que la page 94, comme tout passage, fournit matière à abondance de commentaires. Voilà de la littérature professorale (de maths, soyons précise) destinée donc à KOKO mentaires. Il en est des passages de Roubaud comme des femmes : infectes en général, toutes intéressantes à l'unité. Nous reconnaissons bien sûrun dialogue platonicien, une allusion à la pluralité desm ondes si bien illustrée par H.G. Wells, un ton postvoltairien, voire un soupçon de Rabelais opar les ânes volants. 

For bien monsieur le Prof ! ce serait encore mieux (en coup de pied de l'âne justement) si les personnages avaient quelque épaisseur. Monsieur Roubaud ne veut pas qu'ils en aient, afin de parfaire un  antiroman par contre-pied : au point que les amoureux d'Hortense, le bon et le méchant, sont une seule et même personne.

Ah mais ! on s'ennuie. Où Queneau en mettrait dix lignes, Roubaud en fourgue quatre pages. Alors je m'arrête là, mais je ne désarme pas. HORTENSE ME FAIT CHIER. POINT.

19.10.2009

Funérailles royales

 

La roue tourne. A intervalles réguliers le canon tonne. Les funérailles. Les spectateurs voient de leurs étages les factionnaires, devant le perron du palais. Une double haie de gardes sinue de part et d'autre de l'allée jusqu'au sommet du tertre où s'élève le tombeau. A droite et à gauche de l'escalier à double révolution se massent, dans la pénombre moite, les cavaliers de l'escorte.

On devine plus sombre le char funèbre tout attelé ; déjà sur les chevaux quelques torches s'enflamment dans le noir poisseux. Toujours le canon. Les lueurs blêmissent les traits des premiers gardes ; les baïonnettes luisent suspendues au-dessus des têtes jusqu'à l'orée des taillis. On n'entend que les renâclements des chevaux, le grésillement de la résine. Et sur un coup de canon la façade entière s'illumine. Montrant à l'intérieur une multitude de serviteurs portant chacun sa torche, qui dévalent l'escalier à double révolution pour se poster autour du char funèbre. Au commandement les cavaliers enflamment à leur tour leurs flambeaux – très raides sur leurs selles – de proche en proche, jusqu'au sommet du tertre.

Le cercueil paraît en haut des marches. Porteurs et Boîte à Mort descendent le plan incliné ménagé entre les ailes courbes du perron. Des musiciens de part et d'autre. Les tambours voilés de crêpe, trompes, cordes. Tous en grande livrée – schwarzviolette – puis le clergé. A droite du corps vient à l'amble le hongre porte-timbales ; quand elles commencent à rouler, la symphonie fait silence, le vent se lève, le canon passe sur la foule hagarde et silencieuse. Puis monte le premier murmure des hommes de Dieu. Tous les gens de cour alors descendent en rangs le double escalier ; il en vient encore du haut des marches quand la tête du cortège atteint déjà les grilles de Solitüdenschloss. Autour du cortège englobé, comme par un étui vivant, la cavalerie mouvante des dadoukoï (porte-torches) se meut savamment, pointe d'épée flamboyante. Lorsque le dernier homme enfin quitte le palais illuminé le timbalier de tête frappe quatre coups et tous entonnent le Requiem d'Eliphas Fels, absent.

Le canon tonne et des cris sont scandés. Les chevaux manœuvrant cernent tout le cortège d'un double périmètre galopant de flammes - double Phlégéton - montant, descendant, si bien qu'on entrevoit les yeux et les fronts blêmes des cavaliers de l'ombre à la lumière et des lumières à l'ombre (derrière eux les paysans "guenilleux", "les yeux écarquillés" ; avec leurs enfants sur l'épaule) (et les bourgeois contrits) (et tout le Würtemberg pour voir passer le Roi) (La Mort leRoy).

Noter que sous les voûtes des arbres le spectacle est devenu effrayant, les cavaliers sautant parmi les ombres (serpentant sur le sol). Que parfois sur un commandement les torches tournoient à bout de bras frôlant le flanc des bêtes et chevaux de hennir (wiehern)(gerbes d'étincelles, odeur de crin roussi). Coupant le chemin du cercueil avec-le-Roi-dedans, les chevaux se croisent cabrés puis reprennent leurs rondes concentriques : ventre à terre parmi les brindilles enflammées (placer : "sentier sinueux", "écheveau d'Apocalypse")(les cavaliers ne crient plus) (placer aussi "martèlement des sabots", "branches foulées", "timbales" [encore] ).

Bref : les courants de feu s'apaisent, on prend un petit trot lent et régulier, obsédant, sous la pluie fine qui se met à tomber faisant grésiller les torches. "Un cercle immense se forme, le fossoyeur parut, l'assemblée se tint immobile sous les torches mouvantes, et c'était quelque chose d'horrible et de formidable que ce spectacle de cinq mille paires d'yeux étincelant dans les ténèbres, fixés sur ce seul acteur voulu le plus déguenillé possible et qui creusait avec recueillement, dans le silence le plus total (...)

("les soldats, tout le long du sentier déserté, formaient une garde d'ombres");

...Eh bien merde, c'était chiadé quand même...




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17.10.2009

Sur les lieux de son crime...

 En sortant du train, je ne me souviens plus si la gare se trouve au nord ou au sud de la ville... « Sortie ». « Avenue Carnot ». A l'hôtel Welcome, un gros ivrogne me reçoit, me loge au n° 3 (tout est en réfection), puis, se ravisant : “Prenez la douze !” Sa femme est slave, il l'appelle « la Russe » ou « Magdalena », elle gazouille avec un accent merveilleux qui donne une irrésistible envie de vieille galanterie. Elle avale ses mots, chante, roucoule, je lui parle en russe, elle s'évente de la main : « Je ne peux vous rrrrépondrrre... Je suis choquée » - (« émue » ?) Je ne recommencerai plus. Le mari se met à me tutoyer. Certains hommes choisissent leur partenaire sur catalogue de femmes de l'Est, ensuite, peut-être, corvéées à merci - prêtes à tout pour fuir la misère ?

Est-elle battue ? je ne suis pas à l'intérieur de ces femmes-là. Je m'installe, télé, frigo, 30 euros par jour et repos. La première chose à faire est de repérer un cybercafé. « Au centre, sur le plateau », me dit un passant – c'est vrai, je m'en souviens, on dit « le Plateau » de Laon. Montée coupe-souffle de l'escalier municipal, station à chaque volée de 20 marches, de plus en plus longue, atteinte enfin de la vieille ville – vagues réminiscences d'il y a 50 ans – ou 30, mais 76 a sombré dans l'oubli. Je trouve ce cybercafé. Un jeune homme charmant, j'entends qui me charme, au point de me faire minauder (je me retiens de justesse, craignant de passer pour une vieille tante) m'ouvre une boîte de dialogue, et dès 18 h je peux envoyer Marine Le Pen à l'éditeur.

Je ne suis pas venu ici me délecter comme à l'accoutumée : je dois travailler deux heures par jour à ce fameux répertoriage des femmes politiques. Je me souviens à présent des circonstances où j'entendis un accent si chantant : c'était celui de la Koleva ; ma Russe est une Bulgare. Les Bulgares comprennent le russe, mais utilisent une langue à eux. Après le téléphonage d'Annie, après les informations, après Trois mariages et un enterrement, je suis allé me promener de nuit, sous la bruine, et suis redescendu par l'escalier : dans les 300 marches. Puis j'ai allumé la télé, pour voir la fin de Thelma et Louise...