13.11.2009

Théâtre au coin de l'âtre

MARCIAU, d'un coup

Les mots croisés c'est bien. Consonnes, voyelles, hiéroglyphes. Labyrinthe et conquête!

Exemples de définitions, pour "désir" : (elle récite) Inconstant. Ferme. Fugitif. Momentané, ardent.


JEANNE

Avivé.


FITZELLE

Avide.


SOUPOV

Aveugle.

Une pause.


MARCIAU, FITZELLE, ensemble

- Déréglé.

  • Extrême.

SOUPOV

Exaspéré.


JEANNE

Exclusif.

Une pause.

SOUPOV, JEANNE, FITZELLE, ensemble

- Immodéré.

- Impétueux.

- Irraisonné !

Une pause.

SOUPOV

Physique.


FITZELLE

Pressant !


SOUPOV

Refoulé.


LE REPRESENTANT

Satisfait.

Toutes le regardent avec intensité.


JEANNE

On en est dévoré, miné, éperdu !


MARCIAU

Minet est perdu ?


FITZELLE

Ta gueule.


JEANNE

Affamé, rempli !


FITZELLE

Ivre !


SOUPOV

On en meurt, on en brûle, on en crie.


Accelerando

MARCIAU

On l'allume.


FITZELLE

On l'attise.


JEANNE

On l'avive.


SOUPOV

On le fouette.


MARCIAU, ralentissant progressivement son débir

On le borne, on le réfrène, on l'éteint.


LE REPRESENTANT, pensif

Il naît.


JEANNE

Se déclenche.


FITZELLE

Croît.

JEANNE

Meuh...


FIZELLE

Ta gueule. Monte, s'exaspère.


MARCIAU

S'attiédit.


SOUPOV

Il s'éteint.


Accelerando

MARCIAU

Désir du gain.


JEANNE

Des richesses.


FITZELLE

Du confort.


JEANNE

De la gloire, des honneurs.


SOUPOV

De l'im-mor-ta-li-té.


Les quatre vieilles sont attentives, SOUPOV tient sa louche, JEANNE pince les lèvres,

FITZELLE darde ses yeux ivres.

MARCIAU serre à la main ses lunettes de fer. Elle tend une grille incomplète.

Deux verticalement, Monsieur le Représentant. "On s'essouffle à sa poursuite", en sept

lettres.


SOUPOV

"Orgasme".


MARCIAU

Ça colle pas.


SOUPOV

Ben si, justement.


LE REPRESENTANT

Vous pourriez trouver tout cela dans notre Ency...


JEANNE

"Culotte" ?


LE REPRESENTANT

...clopédie, qui résume sous le format le plus...


FITZELLE

Mais vous, qu'est-ce que vous en pensez ?


LE REPRESENTANT

Moi ? de quoi ?

MARCIAU

Jeanne ! si je te dis "poisson gadidé", qu'est-ce que tu réponds ?

LE REPRESENTANT

En sept lettres, "bonheur" ?


FITZELLE, froidement

Monsieur retarde. (Elle chipe le volume, LE REPRESENTANT essaie de le récupérer)


MARCIAU

Vous avez dit combien, pour les mensualités ?


LE REPRESENTANT

Vingt euros..


JEANNE

Hymen, gland, cul, ça y est, dedans ?


LE REPRESENTANT

Certainement – vou-lez-vous-lâ-cher-mon-doigt ?


JEANNE

C'est trop !


LE REPRESENTANT

Comment, trop ?


SOUPOV

Les vingt euros...


MARCIAU

"Oseille" ! Eurêka !


LE REPRESENTANT siffle cul sec le fond d'une bouteille

Parfait Mesdames, parfait ! La langue française n'a plus de secrets pour vous.


JEANNE

Das mag sein. ("Ça se peut bien")(Les traductions apparaissent sur un prompteur, au-

dessus de la scène)


FITZELLE

¡ Està cómico ! ("Il est amusant !")


MARCIAU

I'd rather say : ridiculous !

11.11.2009

Le Onze Novembre à Venise

 

Commenter ainsi tout de go le guide Storti de Venise, en italien, se présente sous la forme d'une gageure, les imbéciles prononcent gajœure. Je gage cependant que vous y trouverez votre beurre et votre huile d'olives. Venise eut l'honneur de ma visite quatre ou cinq fois : une plaque bilingue marque mon passage quelque part, où j'allais plusieurs fois par jour. Et la première fois que je vins, pensant que ce serait un petit quartier plus ou moins préservé, je m'aperçus, passé tel tournant du Canal Grande, qu'il s'agissait de toute une vaste ville, infiniment plus étendue et superbe que je ne me l'étais figuré, et qui me sautait littéralement à la face.

Alors aussi je m'aperçus de la véracité de l'expression « une beauté à couper le souffle », car cela faisait bien sur ce bateau trente à quarante secondes, à la lettre, que j'en oubliais de respirer. Aussi je me suis indigné quand un éphémère collègue eut le crétinisme d'affirmer que Venise lui avait paru « surfaite », bref surestimée,sans le moindre intérêt. Un professeur de chimie bien entendu, ça ne pouvait pas être un prof de lettres. C'est tout ce que j'aurais à vous dire, tout compte fait, Monsieur Collignon et Venise, Monsieur Perrichon et le Mont-Blanc. Donc ce guide, intitulé « Venezia » bien entendu ?

Eh bien il présente bien sûr toutes les qualités et les défauts d'un guide, c'est-à-dire qu'il montre une quantité d'illustrations, datant de 1980, désuètes, mais pas assez pour qu'on s'en émeuve ; palais après palais, lieux de culte après lieux de culte, tableaux surabondants du Titien, de Canaletto, d'autres inconnus qui mériteraient tellement la gloire, mais tel sentier pittoresque dans le Pas-de-Calais n'est qu'un passage à vaches au cœur du Pays Basque, et l'abondance ici nuit à la renommée individuelle. Les photos datent je l'ai dit de l'année 1980, après laquelle je ne vis plus et ne verrai plus Venise à moins de gains au loto. Nostalgie d'un lieu certes, et nostalgie aussi d'un portefeuille mieux garni.

Le guide propose plusieurs itinéraires, annonce les palais dans l'ordre de leur succession, dit ce qu'il faut en observer, en façades, avec leurs loggiette, leurs arcatures, leurs hôtes célèbres (ici le Vendramin où mourut Wagner), et leurs ameublements. Les musées se voient gratifiés de rubriques salle après salle mentionnant les capolavori ou chef-d'œuvres, de Giogione, Favretto mais oui, rien ne manque, même les trajets et horaires des vaporetti ou bateaux à vapeur. Se pose alors le dilemme éculé du touriste qui veut tout voir dans l'ordre où c'est indiqué, camescope en main, ou du flâneur qui préfère tout rater en se perdant de quartier en quartier.

Sur quoi tous les raisonnables vous parleront d'une harmonieuse combinazione des deux attitudes : je ne me suis pas consolé d'avoir raté le cimetière juif de Prague, et plus encore je crois le

temple rond d'Apollon à Delphes – j'étais resté fatigué dans le car, crétin ! Et je ne vous dis pas combien d'obligations touristiques je n'ai pas respectées à Venise, mais voici quelques repères : se perdre et aboutir à un cul-de-sac sur le canal ; errer sous les crénaux rougeoyants, sinistrement éclairés, de l'Arsenal ; passer de nuit entre lagune et palais semi-effondré, à l'intérieur duquel j'entends clapoter l'horrible flot destructeur et tranquille – à ce moment la dalle où je marche cède sous le pied ; visiter le cimetière San Michele et sentir Stravinsky m'attirer par le cou de sous sa tombe, juste à côté de Diaghilev.

Rien de cela n'a vocation à figurer dans un guide touristique, plein de bonne volonté prétendument exhaustive et d'essoufflements fascicule en main, à la japonaise. J'oubliais l'inoubliable Venise sous la neige, sans le moindre touriste, avec de vrais Vénitiens se parlant en pantoufles sur le pas de leur porte en vrai dialecte vénitien, celui dont je vous défie de comprendre un traître mot. Et tant que je fermais ma gueule, je pouvais me croire moi-même un Vénitien. Pourtant j'ai visité Saint-Marc et maintes autres merveilles. Mais chacun se fait son petit musée de remembrances à soi. Rien de ce que j'ai dit là ne méritait sans doute d'être dit, j'espère avoir éveillé en vous l'envie d'aller ou de retourner, car vous y avez tous plus ou moins traîné les pieds.

Pour compléter, ne pouvant tout de même citer l'ouvrage en sa langue originale plus de quelques secondes, je ne vous dirai qu'une phrase, caractéristique de ce style des guides touristique : « Giorgione di Castelfranco è, senza dubbio, il pittore che nel primo decennio del secolo XVI porta al più alto grado di perfezione le possibilità stilistiche insite nelle scuola veneziana » : « Giorgione de Castelfranco est sans doute le peintre qui, dans la première décennie du seizième siècle, porte au plus haut point de perfection les possibilités stylistiques innées de l'école vénitienne » - que veut dire « possibilités innées », là est la question.

Venise ne m'inspire aujourd'hui que cela. Mille excuses. Voyez-la, il ne reste plus que 25 000 habitants permanents, même pas la population de Bergerac. Evitez est-il besoin de le dire le flot touristique, évitez tout, marchez vous-mêmes, tâchez de vous abandonner à la sensation, à la méditation, à toute espèce de prière que vous pouvez concevoir, dormez, profitez de vos fulgurances intimes, ne croyez rien de ce que l'on vous a dit, de ce qu'il faudrait obligatoirement ressentir, même si vous êtes prof de physique. Vous vous apercevrez peut-être que l'on oublie merveilleusement toutes les obligations qui vous assaillent ailleurs, que l'on se passe d'une quantité de choses, sauf d'une quantité impressionnante de pognon, et vous vous demanderez pourquoi c'est Venise qui est considérée comme exceptionnelle, alors qu'elle est si naturelle, si exactement conforme à ce que devrait être la ville idéale, que toutes les villes devraient être comme celle-là, et que ce sont les nôtres, la plate Bordeaux, la hideuse, bruyante, frimeuse et agressive Paris, qui devraient constituer l'exception, à éviter par excellence.

Vous vous apercevrez que vous aurez toujours habité Venise, dans un coin secret et si familier de vous-mêmes, pour ne plus rien voir du réalisme de tous ces gens si lassants, si logiques, si revendicateurs, si pleins de statistiques et de déplorations sur les conditions éternellement économiques, économiques, économiques, de la vie à Venise – pour y faire des vers, ou votre livre nul, votre livre enfin, pour ne rien faire en fait, surtout pour ne rien faire, pour vivre.

"Vivre ? dit Axël dans Villiers de l'Isle-Adam. Les esclaves feront cela pour nous." Car nous sommes tous des seigneurs, et nos serviteurs, pourvu qu'ils soient discrets, ne se plaindront pas de nous. Vite, du pognon, vite, à Venise. Respirez. Vous êtes à Venise. Fondez-vous. Mourez sans le sentir. Même mourir c'est vraiment vivre, à Venise (oui, bon, « aux Marquiiises »...)

09.11.2009

L'amour précieux, tiens.

Cela ravissait sans doute les femmes dites sensibles et les petits-maîtres qui les servaient avec de tendres zézaiements sans rien dans le calbar, le paysage amoureux s'en est trouvé renouvelé, bouleversé, tout ce que vous voudrez, c'étaient les femmes qui réglaient tout, échappant ainsi aux brutalités des érections inassouvies, mais comme il faut bien que ça dégouline, eh bien ça dégouline dans la pâte à tarte et le sirop d'orgeat. Encore l'édition “Folio classique” de L'Astrée se borne-t-elle à nous infliger des extraits représentant à peu près 40% du texte original, et, à lire les résumés qui interviennent çà et là, le lecteur lambda n'a guère envie d'en lire les développements originaux. C'est cela le drame des œuvres classiques : les commentaires, ouvrant sur de vastes perspectives littéraires et sociologiques, passionnent plus que l'original lui-même, et les étudiants désormais planchent au moins autant sur leurs polycops que sur les textes.

Le feraient-ils que le succès aux examens se verraient bien compromis, puisque les seuls commentaires vraiment personnels et sincères qu'ils pourraient faire ne seraient qu'une longue variation sur l'adjectif “chiant”, en six lettres. L'extrait que le hasard vous attribue parle d'une princesse anglaise passée sous habit masculin sur le continent afin de délivrer son bêlant soupirant, prisonnier d'un prince sans parole. Les noms appartiennent à la catégorie faux grec, section rhubarbe au sirop. On prend une grande inspiration, la petite pince sur les narines, et on plonge : le roi s'appelle Lypandas, poil à la chaudasse... La gonzesse vient de vaincre son adversaire, à la suite d'un combat dit “comique”. Lypandas lui-même a été vaincu par une gonzesse, et va donc remettre “Lydias” (c'est l'amant) “en liberté.” “Alors” poursuit ladite gonzesse à présent narratrice, “les juges” (du combat) “étant venus, et, Lypandas ayant ratifié sa promesse, ils m'accompagnèrent hors du champ comme victorieux” (n'oubliez pas qu'elle passe pour un homme, sous son armure).

“Mais craignant” (dit-elle ou dit-il) “que l'on ne me fît quelque outrage en ce lieu-là pour y avoir Lypandas toute puissance, après m'être armée, je m'approchai, la visière baissée, de Lydias” (qui assistait au combat) “et lui dis : “Seigneur Lydias,” (elle déguise sa voix) “remerciez Dieu de ma victoire, et si vous désirez que nous puissions plus longuement conférer ensemble, je m'en vais en la ville de Rigiaque” (note 45 : “Rigiacum est le nom latin d'Arras” - d'où “les Arrageois”) - “où j'attendrai de vos nouvelles quinze jours, car après ce terme je suis contraint de parachever quelque affaire, qui m'emmènera loin d'ici, et pourrez demander le Chevalier Triste, parce que c'est le nom que je porte pour les occasions que vous saurez de moi. - Ne connaîtrai-je point, dit-il, autrement celui à qui je suis tant obligé ? - Ni pour votre bien, lui dis-je, ni pour le mien il ne se peut. Et à ce mot je le laissai, et après m'être pourvue d'un autre cheval, je vins à Rigiaque où je demeurai depuis.”

Or ce traître de Lypandas, aussitôt que je fus partie..;" - "et ça continue, encore et encore..."

07.11.2009

L'amour c'est chiant, surtout pour les autres.

Evelyne, à dix ans, fut mon premier amour. Blonde et pâle. Comme nous discutions à petit bruit sur le perron, à trois ou quatre, elle s'est tournée vers moi pour me tendre un coquillage de la taille d'un ongle : “Tiens, je ne t'ai encore jamais rien donné. Je répondis que si ; qu'elle m'avait déjà beaucoup donné. Ce fut la seule fois que j'eus de l'à propos avec une fille. Nous nous sommes promenés main dans la main derrière l'immeuble. Je me souviens – cela n'est-il pas étrange – d'avoir convenu avec elle, en cas de mariage, que je commanderais les jours pairs, et elle les jours impairs. “Tu auras l'avantage, grâce aux mois de 31 jours.” Cela nous faisait rire.

Cela se passait chez mon oncle, qui m'hébergeait pour les vacances. Il écrivit sur-le-champ à mes parents que “c'[était] une honte”, qu' “à dix ans [leur] fils a[vait] déjà une poule” . Il m'inventait des exercices d'algèbre – voilà bien pour aimer les maths ! - afin de m'empêcher de rejoindre Evelyne, et je répétais à mi-voix en pissant dans la cuvette de H.L.M. (un luxe à l'époque) : “Je t'aime, et rien ne pourra nous séparer”, juste pour m'en souvenir plus tard. Retors, non ?

Et je m'en souviens encoe. Tonton m'a dit : “Elle est cloche, ton Evelyne ; attends que Marion revienne de colonie, tu verras !” Une petite brune en effet, piquante, jamais à court de répartie, qui se savait déjà admirée, et qui commençait à se foutre de ma gueule ; je suis retourné auprès de ma blonde. Je n'ai plus revu personne, vous pensez. Curieux tout de même. Qui va commander dans le ménage. Que ç'ait été là ma première préoccupation. Ce qui fait surtout enrager, d'après Roland Barthes, c'est quand l'être aimé prétend devoir obéir à d'autres, alors qu'il ne vous obéit pas à vous, qu'il ne tient pas compte de votre souffrance à vous, qui valez donc moins que l'autre.

J'ai vérifié à maintes reprises en effet que la façon la plus efficace, la plus cloue-le-bec, de se soumettre un partenaire récalcitrant est de se prétendre soi-même ligoté, garotté, par un engagement, de préférence professionnel, une promesse antérieure, auprès d'une autre personne, qu'il importe bien plus de ne pas vexer que vous - est-ce ainsi vraiment que l'on aime ? auprès d'une belle-mère par exemple, bien efficace ; je la hais à mort ; puis lorsqu'elle est morte, la pauvre - rien n'est arrangé. Dix ans de perdus. Et toujours la faute des autres. La personne aimée se réclamera toujours de sa propre soumission, de “l'impossibilité de faire autrement”, pour vous soumettre à ce que vous détestez le plus. Je connais un couple de cons, dont l'épouse a su convaincre le mari de fréquenter sa sœur (à elle) (il faut suivre).

Depuis plus de quarante ans (c'est irrémédiable désormais) le Mari Con (en espagnol : maricón ) se trouve contraint de fréquenter le couple type de blaireaux : la belle-sœur en l'occurrence - chef-d'œuvre de ternitude dépourvue de toute conversation dépassant les liens de famille – car ils se reproduisent, ces cons ! - et le beauf, concentré de machisme, de racisme et d'homophobie - anti-chômeurs, anti-fonctionnaires, rien ne manque à la panoplie. ...Quarante ans à se cogner ces spécimens d'humanité de remplissage et leur tribu, à tâcher de ne pas entendre les conversations de réveillon (quarante réveillons !) sur la flemme comparée des Viets et des Bédouins - je n'invente rien.

Déménager ? Rompre ? avec des gens si sots que le refus de l'un entraînerait nécessairement l'éloignement offusqué de l'autre ? et que ferait-il, ce fameux mari, d'une épouse dépressive, qui l'agoniserait de reproches muets à longueur de semaines, jusqu'à sombrer dans une de ces dépressions que l'on se fait à soi-même, et qui trouve toujours une brochette d'éminents psychiatres pour la confirmer ? Autant gagner quelques années de soins intensifs, et accepter, de guerre lasse, que dis-je, avant même la déclaration d'une de ces guerre où le plus malade est immanquablement vainqueur, d'habiter désormais à 150 mètres de distance du couple honni – qui n'est pas si mal, voyons ! voyons ! à la longue !

C'était bien la peine d'en faire toute une histoire ! - les invitations se sont raréfiées, le mari y a mis le holà. Mais le drame, voyez-vous, c'est qu'il a fini par se sentir à l'aise en compagnie de son ennemi, non pas tant en vertu du proverbe “à force de se faire enculer, on y prend goût” que, par des affinités secrètes. C'est pourquoi, ayant toujours devant les yeux cet exemple édifiant, j'aurai toujours à cœur de défendre, bec et ongle, le principe de ne jamais reprocher à quiconque sa faiblesse de caractère ; on est mou, comme on est noir, ou juif, ou asiatique. Si ma femme est attaquée la nuit, que je me sente tout soudain (à supposer) tout paralysé, sans aucune possibilité physique de casser la gueule à l'agresseur - quel tribunal, je vous le demande, osera me condamner pour non-assistance à personne en danger ? (réponse hélas : tous.) Je souhaite par conséquent ne jamais être dans une situation où je devrais faire preuve de sang-froid, de virilité, voire de simple esprit de décision. J'éprouve toujours la plus véhémente rancœur à l'égard de ces juges qui du haut de leur bitte en barre condamnent les timorés et les trouillards - et qu'auraient donc fait eux-mêmes, ces lâches ? ces diarrheux ? “Il faut prendre sur soi”. Connards. Commencez donc par cesser de fumer.