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der grüne Affe - Page 3

  • Déclaration tonitruante

     

     

    COLLIGNON

    NOX PERPETUA.

    Chadouf landais RMN.JPGMATIERE PREMIERE

    II

    COLLIGNON

    NOX PERPETUA TOME 1I 2

     

    reprendre la pagination p. 23, 23 12 13

     

    56 02 08

    Dans une ambiance de fin du monde, à Guignicourt, chez ma grand-mère, une quantité de vieilles personnes cernées par les ténèbres s'agitent bouleversées en raison d'un attentat islamiste qui a fait 64 morts. Jean Bernard est présent. Tout le monde parle à la fois et j'ai la bouche pleine. J'essaye de m'exprimer, personne ne m'écoute, quel que soit le groupe vers lequel je me tourne. Alors je fais taire tout le monde, et, en achevant de mâcher : « Je vais vous lancer une pique d'ordre général, ne prenez pas cela pour vous : pour que vous soyez indignés comme cela, il faut donc que les victimes ne soient pas américaines... » Tout le monde se récrie : « Mais si, il y en a même beaucoup ! » Alors je m'éloigne par le couloir de la chambre en les complimentant, et je termine par un vibrant « God bless America ! » L'indignation et la compassion se déchaînent à nouveau derrière moi.

    C'est la nuit.

  • Texte terrible

    TEXTE

    L'Empereur avec le palmier au cul RMN.JPG

     

    Un jour me fut donné l'expérience unique de me voir tel que les autres m'avaient vu. Tel qu'en moi-même. Et je fus effrayé. De ce jour il me fut impossible de le rester. Tout cela croyez-le sans effort ni le moindre mérite. En particulier sans volonté aucune : je ne suis pas de ces impudents qui se glorifient. Je ressentais déjà depuis quatre ou cinq semaines les prémices d'un tel avènement, sans en avoir vraiment conscience, ni pouvoir en jurer. Mais je me suis un jour souvenu, dans une nette confrontation, de la succession de mon âme : voyant ce que j'étais naguère, sans autre peine que celle de l'éveil où l'on attrape au vol ces bribes de songes qui les ramènent en leur entier, et je le rapportai à ce que je commençais d'être, depuis si peu.

    Mais ce songe, ô injustice ! avait duré soixante années, presque toute ma vie. C'était la branche surgie au-dessus de l'abîme, sans rétablissement possible désormais sur le plateau de mon passé. A vingt mètres, à vingt années du fond. Or je me rappelais parfaitement le moi précédent, susceptible, aigre et caustique, plus tôt disposé à charger l'univers qu'à remettre en cause la moindre de mes dispositions. Et j'en portais tout l'air hargneux sur le visage. Cela m'était venu depuis l'enfance, ayant compris très tôt que la vie n'était pas faite pour moi, ni moi pour elle. Et que ce jour ne viendrait pas. Et que je ne saurais jamais à qui m'en prendre. De telles constructions ne sont pas rares..

    Ne serait jamais faite pour moi. Je m'expliquais désormais, vingt, trente ans plus tard, pourquoi telle inconnue croisée à 16 ans le long de mon lycée m'avait dit “non” en se foutant de ma gueule ; pourquoi Mme Telle, au lycée où j'enseignais, m'avait crié d'un coup “Je ne veux pas coucher avec toi !” - une spécialité qu'elles ont - sans que je l'eusse même regardée. Je lui ai rétorqué : « Les bonnes femmes ne sont jamais en retard d'une banalité”. Plus d'autres propos pour diluer ma pointe, car mon défaut est de ne pas vouloir vexer. Mais nul n'avait pris garde à l'incident. Ce qui permet aux autres, aux petits champions de la tronche enfarinée du bonheur de vivre, de nier l'offense et la réplique, “tu inventes, disent-ils, ce n'est pas possible, tu te fais du mal..”

    Je m'expliquais aussi du coup l'atroce réflexion d'un connard oublié : “Avec la gueule que t'as, même avant que tu aies ouvert la bouche, on a envie de te dire non.” C'est souvent que j'emploie le mot “gueule”, n'est-ce pas ? même que le clavier il me fait toujours la faute “la gugule”.

    “Gugule”, comme ridicule, comme gugusse. Et tout ainsi s'éclairait, toute ma vie, tous les incidents, tout. Cette soirée de la vie antérieure par exemple, où nous traînions entre jeunes notre “mal de vivre” - mais où vont-ils chercher tout ça ? - d'un troquet l'autre, puis chez Ben Muche, l'un d'entre nous pour l'instant. J'étais vautré sur un vieux pouf au pied d'une fenêtre entrouverte dont le rideau palpitait sur mon dos. Soudain mon hôte se rue vers moi : “Écoute, je te mets du rock, tu fais la gueule ; je te mets du jazz, tu fais la gueule ; je te mets du classique, tu fais la gueule. Alors

    qu'est-ce qu'il te faut ?” Moi j'ignorais totalement que je faisais la gueule. Je ne me savais pas observé, servant de référence à Monsieur. Je voulais juste passer inaperçu, et je pensais l'être. Je me suis donc dressé sur les pieds, et puisqu'on me demandait mon petit numéro, je lui ai braillé en pleine poire : “Où sont les toilettes ?” Au sursaut d'effroi général je sentis que cette fois, j'étais allé trop loin, frôlant carrément le cassage de gueule. Avec une courtoisie glaciale, il m'indiqua le lieu en m'assénant ”Il faudra qu'on se parle.” L'assistance dispersée, nous nous installâmes de part et d'autre d'une table basse, il me servit le thé, et je lui racontai le numéro suivant, d'un père collaborateur ayant mené par ses dénonciations sa propre femme, ma mère, dans un camp d'extermination tchèque ; j'étais seul désormais à parler ma langue maternelle, avec trente mille autres locateurs dispersés désormais sur toute la surface de la terre, et autres fariboles.

    Je lui ai complaisamment livré quelques phrases tirées d'un code de ma composition. L'hôte, désarçonné, se trouvait désormais à ma merci. Décontenancé, tenu à un minimum d'attention et de compassion, il me conseilla vivement et à plusieurs reprises d' “oublier tout ce passé”, de “vivre maintenant”.

  • Je dis "vague"

    Parfum d'église - Orgue de Haendel

    Chaque heure mûrit et se gâte. Le fiel du temps perdu. L'absence de souffrance se fait cruellement sentir. Le pain amer de la réflexion se révèle indispensable. Jamais pourtant le niveau de mon soc ne s'abaissera au-dessous de la croûte terrestre. Le soc fixe l'éphémère. L'ennui se déguise en rêve, la musique en pensée -

    72670506.jpg30 10 2020

    Dépayse-moi. Dans le temps et dans l'espace. Laisse couler devant moi le fleuve d'acier où surnage et tourne une sirène bleue. Verse-moi les rythmes et hache mon rêve, et le soleil qui baisse baisse derrière la vitre et va m'atteindre. Une vieille solitaire à sa table sphinx banal ouvre son sac répugnant, chairs supposées molles et moleskine empestée, comment deux êtres qui s'aiment peuvent-ils se retrouver, petites ailes errantes, tonne, juke-box, mâche ta laine de verre. Ombres passantes ouvrant la porte dont les reflets sans me trouver me cherchent, la musique de joie tout étrangère, à travers des dix et quinze ans, à travers les crachouillis d'un transistor tout contre mon oreille.

    Buffet de gare lieu d'avortements de rêves répugnants sitôt qu'approchés, peines d'autrui aux parfums d'asticots dans votre main, moment présent soleil verre acier musique -

    Suspendu aux projets d'autrui, ne suis-je pas coupable de devancer autrui, d'imposer à l'autre mes projets confus. Force de la double vie, impuissance face aux barres de fer qui tombent en cage. Le massacre par le silence. Convoquer l'amitié ou la répudier quand on le veut. Je serais sûr de trouver quelque chose, si j'étais seul. Idéal classique : la coïncidence de la pensée et de la forme ; la recherche de l'Eternel humain par l'étude de soi seul. « Le vieillard s'intéresse à son nombril ; le jeune, au monde. Le monde gît au nombril des vieillard. Lao-Tseu. Lève-toi descendance, aube crépusculaire.

     

    X

     

    Cinq heures et quart (je pensais autrefois que c'était 10 minutes, et 15 minutes, un quart). Je pense en Jérémie à la vitesse de la pensée (la plainte donne des ailes). Nous regarderions depuis notre trône avec un sourire béat l'estimable troupeau des humains qui feuilletteraient notre livre. Le livre unique que notre rêve rêva d'écrire. Un jour tout sera langue morte, lettre morte. Version de potaches à venir. Jetant parfois vers le ciel de longs regards humides d'allégresse et de reconnaissance. Tout l'univers sera peuplé de nos semblables. Comme ils doivent être heureux, les rédacteurs de la Bible, sur leur petit nuage chauffant.

    Mais pour offrir à l'Homme un ouvrage à sa mesure, il faut lui demander ce qu'il préfère. Il paraît que c'est à reconnaître l'autre que l'on devient adulte ! Comme on doit se sentir humble, terrorisé ! Cette terreur qui rôde en cercles... Notre cerveau l'aura captée comme une source d'énergie ; bénéfique et logique. Les autres me font plus peur que la mort. Que pourrions-nous leur offrir - qu'ils n'aient déjà dévoré ? en sont-ils plus avancés ? Forger l'humanité à son image – Dieu lui-même n'a pas assez tenu compte qu'il n'était pas seul au monde. La vérité n'est pas belle à regarder. C'est Jean Rostand qui le dit...

    A l'hôtel nous avons jeté Cioran dans la corbeille. Ce sont des suées d'angoisses – l'humain dévore tous ses livres. Même s'ils la flattent. Immense est l'Himalaya des clichés, profonds les ravins humanistes – vue de l'esprit, petit morceau des mémoires – vous, là, l'ermite ! sur le vrai chemin, vraiment ? les figues et le riz dans la gamelle ? quelle honte aussi longtemps que ce n'est pas nous... Le Mont des Pleins d'Allant se tient en face, percé de carrières à ciel ouvert mais moins que l'autre. Ici tu méprises quiconque n'est pas toi. Demain matin nous dépendrons d'un véhicule pour nous rendre à nos lieux de travail. Nous devrons parler au conducteur – Nietzsche, que ferais-tu ? nous faut-il donc dissimuler ? nager dans ses brumes – que le moindre coup d'épée tranche en tronçons. Et le moi de chair est le seul agissant – le sceptre d'Aladin retourne dans sa lampe et ferme sa gueule encombrante. Quiconque le suivra sur ses chemins de liberté, ce Moi génial, affrontera les cris et les larmes des abandonnés, jusqu'à l'incarcération, jusqu'à la décollation. Nietzsche divague.

    Souffrance viscérale des angoisses vides : ce que vous faites d'elles ? cette furie de se taire, ce silence d'autrui ? Silence des disciples qui n'écoutent plus, pourquoi répondre disaient-ils si vous vous en foutez ? Le conducteur chantonne une rengaine entre ses dents, la femme que j'aime est terrassée par le mutisme.

     

  • Les écrivants benêts

    je ne sais pas DE QUI EST LE TABLEAU CI-DESSUS. QU'IL AIT L'ELEMENTAIRE CORRECTION DE ME CONTACTER AVANT DE PORTER PLAINTE, MERCI.

     

    16 – 10 – 2020

    J'aime surtout rêver. Une douce lumière d'après-midi joue sur mes pages. Douce également la musique. Éviter l'élégie.

    Tantôt d'une méthode, tantôt d'une autre. Ils s'obstinent longtemps, même et surtout si c'est inadapté, si c'est inefficace. La pipe s'ils en ont se fume, l'inspiration traîne, parfois jusqu'au talent. Et de reprendre sans cesse, de récrire en mieux. A d'autres, qu'ils ignorent, d'assiéger les maisons de passe à livres, de nouer d'appréciables connaissances, ce que les miens ne savent pas faire. De se faire publier. Mais ceux que j'aime ne sont pas de ceux-là. Ils n'osent habiter nulle capitale, ils n'oseraient paraître. Et c'est à longueur d'heures qu'ils écrivent, glanées parmi leurs emplois du temps besogneux, nourris de ce qu'ils ne peuvent, ne savent écrire.

    Je songe à Marcel Proust qui raconte en trois tomes comment il s'est enfin décidé à composer ; à Joachim Du Bellay, qui explique tout au long sa manière d'être inspiré. Mais Joachim fut seigneur, et Marcel riche. Ceux dont je parle se consolent en se penchant sur eux, sur leurs liasses provinciales d'impuissants sympathiques dont les rêves alimenteront quelques jeunes suiveurs. D'autres pipes, la lumière s'intensifie, l'esprit s'émousse, l'auteur s'arrête, retourne à ses briques, à ses copies, touche à ses limites, dans une époque aussi noire qu'une autre. Il sait qu'aux temps constants de décadence chacun perd. Il admet difficilement qu'une seule page suffise. S'il savait qu'il la referait, il songerait à l'humanité. Voici pour finir le moment crucial. Fini de baguenauder de la quéquette. Il faut s'attaquer à un sujet, sortir de soi. Un courant d'air qu'ils supportent mal.

     

     

    X

     

    Il était une fois un schizophrène (bis). Il exerçait le doux métier de professeur et lassait tout un chacun de ses nombrileries. Il voulait ne jamais quitter l'œuf. Écrire sans effort, au fil de la plume. Et s'indignait qu'on vînt le lui reprocher. Comment écrire sans souffrir ? Comment oser dresser son flûtiau parmi les grands arrachés des puissants trombones ? Cependant ne va pas succomber au piège de la méthode. Noter successivement n'est pas l'unique salut. Libre à toi de penser qu'un peu de publicité, qu'un peu d'admiration habituelle, transformerait tes manuscrits en belles pages au programme. Souviens-toi de la page sur Céline, parce qu'il faut bien décemment, parler de lui ; mais trois pages pour les « poèmes unanimistes » de Jules Romains, normalien, de l'Académie Française ; ainsi se retrouve-t-on étiqueté dans la vaste armoire à confitures de l'Histoire.

    Survient soudain le Révolutionnaire, ignorant tout de Proust et de Gide, et qui te fusille pour tiédeur.

  • Charlemagne effleuré

    Finalement, cette bonhomie trouillarde et bourgeoise recèle une bonne résolution, le ferme désir de régner sans partage. Et ce qui donne au souverain cet air rondouillard, c'est la barbe. Cette fameuse barbe fleurie, aérodrome de toutes les taches de bouffe, ici soigneusement peignée, cotonneuse, vieille de Vieille : quelle idée d'avoir ainsi suivi la légende à la lettre ! même dès Roncevaux (Chanson de Roland remontant au XIIe siècle), "l'Empereur" n'était pas qualifié autrement que par sa "barbe fleurie", alors que d'authentiques témoignages, statufiés qui plus est, attestent qu'il ne portait que les moustaches en croc des vigoureux Francs. Viaduc de Glénic RMN.JPG

    La couronne est posée comme un couvercle de soupière, bouffant tout le haut du front. Les yeux sont vifs pour un vieillard de 90 ans (il n'atteignit pas les septante). Les favoris masquent les oreilles, grandes ouvertes n'en doutons pas. Nez droit, bouche gourmande et dégagée sous la lèvre du bas, pour que les ordres s'en échappent sans confusion. Cette horrible barbe en ouate est celle de Dieu après tout, dont il est le représentant : la croix règne sur le haut du globe, fermement assis dans sa main gauche - "ich garantiere die Stabilität" auraient dit les germains bâtards du XVIIIe siècle. Tout est ici traditionnel, couronne et globe également sommés d'une croix grecque, le sceptre lui aussi portant une croix, ce qui rappelle la Trinité, car l'Empereur fut on ne peut plus pieux et généreux envers le clergé.

    Charlemagne incarne ainsi l'autorité, bienveillante mais défiante, incarnation de la stabilité divine. Mais ce n'est pas de Dürer, assurément... Toujours est-il que l'histoire de Charlemagne, actuellement déroulée sur la chaîne 5, c'est l'histoire de ses conquêtes, de ses guerres, de ses massacres, de ses campagnes annuelles. Trois années seulement, et non successives, on ne se battit point. La chose fut extraordinaire sur un règne de 35 ans, au point que les historiens le mentionnèrent. L'armée partait en guerre au printemps, à partir de mai de préférence pour que les chevaux eussent à bouffer.

    L'armée franque se déplaçait vite, avec Charlemagne en personne à sa tête, toujours en excellente santé, mais ne disposait pas d'équipements de siège.

    Et tous les ans, on remarchait contre les mêmes, Bavarois, puis Saxons avec leur chef Wideking, qui ne cessait de trahir aussitôt les traités signés. La guerre, c'était le championnat d'Europe de foot, et les mors, les victimes de la route d'aujourd'hui. Nous n'avons plus les mêmes valeurs, comme le triomphe du christianisme à la pointe de l'épée, mais c'est curieux, des tas de personnes meurent quand même. L'oeuvre humaine est toujours à refaire, il faut toujours réformer la justice, donner du pain aux affamés, abolir la corruption, et tous ces grands hommes n'ont pu faire qu'une petite partie vraiment efficace de ce qu'ils auraient souhaité, mais assez rabâché que les héros sont inefficaces et regorgent de petitesses, donc stop.

  • Les vieux bourrés

    Eugène et Alphonsine restent bouches bées sous leurs vapeurs d'alcool. Le barbu articule «insultez-moi et je porterai ma croix. - Vous l'entendez, l'ivrogne ? Trente ans que ce chef de gare se prend pour un pasteur... » Ils en viennent aux mains. Vieux-Barthek et Émilienne, agents provocateurs, ont atteint leur objectif : les faire interner sur-le-champ grâce à la camionnette de Valhubert où deux infirmiers en tenue maîtrisent les pugilistes. Même à travers la porte arrière, on entend Alphonsine hurler :

    « Où y a Eugène, y a pas de plaisir. »

    Émilienne cligne de l'œil, le logement est tout trouvé. Barthek éprouve de légers remords, c'étaient des gens bien, détrompez-vous enchaîne Émilienne, ils battaient leur troisième fils, nous avons des dossiers sur eux, ils ne laissaient pas de trace sur le corps, faisaient porter à ce dernier tous les haillons des frères aînés, placent son âme en internat dans la ville même, s'opposent tant qu'ils peuvent à son mariage. S'ils ont mieux traité leurs autres fils ?

    « Je crains que oui » répond Émilienne, mais ils ne devaient pas s'acharner sur le dernier, qui voulait plus d'amour que les autres. Ils ne devaient pas s'acharner sur la bouteille. » Devant le mutisme soudain du pensionnaire, elle pense proposer de vendre la bicoque si vite vidée, afin de couvrir les frais d'hébergement et l'improbable désintoxication d'Eugène et Alphonsine. À ce moment Barthek Prastinnthiovitch sort enfin ce qu'il a sur le cœur : une déclaration d'amour, mentionnant les yeux de Émilienne, la peau de son visage « si exactement tendue par le muscle » le masséter ? - ...les buccinateurs aussi, Émilienne, tous les autres… - ...je vais vous confisquer vos brochures médicales, Barthek ; le buccinateur ne se voit pas de l'extérieur.

    Barthek conteste. Dévie sur l'expression de vertu, de justice, d'équité, rendue par son visage - « ...de vertu, Barthek ? » Quand elle rit, les boucles tremblent sur sa joue. Il reste une Cinquième Porte. Toute proche, celle-là, de l'ancien domicile de Barthek et Myriam, avant leur arrivée au Vieillards'Home : « ...avant la mort, deux personnes très, très âgées, en fond de jardin, une arrière-maison ! » - Qui occupe le bâtiment sur la rue ? - Des quadragénaires.

    Toit, verdure et pierre rmn.JPG

    - C'est jeune dit Barthek.

    Les jeunes ont engagé une procédure d'expulsion.

    - On n'expulse pas des vieux dit Barthek.

    Les locataires ont vécu là vingt ans, jetant les ordures entre les deux maisons, des gazinières, des batteries mortes, nos deux fils disaient-ils dégageront tout ça par camionnette – les quadragénaires n'en croient rien. Ils évacuent les amoncellements. Ils s'appellent les Mazeyrolles. Ce sont des cousins de Émilienne, mariés ensemble. Ils n'ont pas supporté leur expulsion. Ils ont senti venir le vent, trop tard. D'abord, la famille leur a doublé le loyer. Elle les avait perdus de vue, sauf pour faire pression sur eux. « Je n'y suis pour rien directement. » Pour gagner l'extérieur sur la rue, les Mazeyrolles devaient traverser le jardin ; c'est ce qu'on appelle une « servitude », conventionnelle, puisque les vieux ne sont pas enclavés. La maison de devant est occupée par des quadragénaires alertes, aimant le soleil qu'ils prennent aux autres, ils mangent dehors l'été sur une table blanche. Ils s'appellent les Acquatinta.