06.09.2008

Pubis repetita placenta

Le brochage des Cahiers de civilisation médiévale est de type cousu. Il me serait difficile, voire impossible de déterrer quoi que ce fût dont je me foutisse davantage. Tous ces gens qui écrivent des revues. Leurs petites passions dont tout le monde se contretape. Et qui se font répertorier, pour publier leur fiche, cum commento – y compris bien sûr les caractéristiques techniques. L'imprimeur, c'est M. Bondieu, à Murat. Rien à foutre.Ce que j'écris sera tout juste bon à empoisonner la vie de mon petit-fils, s'il s'avise de vouloir me lire et approfondir cet être extraordinaire et modeste que je fus ; et de son descendant à lui s'il en reste, après destruction de notre civilisation, on ne va pas faire dans le mesquin. 
C'est fou ce que tout le monde pourra penser à autre chose, qui nous semble nul et non avenu aujourd'hui. Mon Singe Vert à moi, ma revue, lettre S, les Cahiers de civilisation merdiévale – lettre C - tu parles... Editeur ? en blanc. Auto-édité sans doute. Qui lit par-dessus mon épaule ? C.P. : 2181 (je ne sais plus ce que c'est) ; ISSN (j'ai oublié ce sigle) : 0007-9731 - tant d'informations ingrates. Réduction de la couverture : 1/7 environ – de fait, nous voyons la couverture, avec un beau porche – connaissez-vous Availles-Limouzines ? Copyright : Le Calcre, Reproduction interdite. S.P. Entourez l'option choisie. S.P. veut dire "Service de Presse." Ils voient tout ça en grand, ces enfoirés. 
J'avais voulu m'atteler à un roman, un vrai, un gros. Mon dernier fit en tout 21 pages de 32 lignes, et 19 (dix-neuf) chapitres. Ça douche. C'est pas bien de se moquer. Il fallut en rabattre ô combien. Ma culture ? Un gratouillis. Tout juste bon à ravasser comme un benêt JFMAMJJASONDJFMAMJJASOND, initiales des mois de l'année, avec ces formules, toujours les mêmes, deux fois par page : Mois d'expédition/réception, S.P.? Ma revue fait à cette revue un S.P. permanent (un poing pouce en l'air), périodique (une main avec un zéro, et deux ou trois doigts levés), (tous les (tant de) numéros), enfin pas de S.P., poing pouce en bas - je lis ces pauvretés, parce qu'elles ont été écrites, et que mon éthique et toc m'impose de lire toutes les phrases, toutes les bizarreries, du moment qu'elles ont été imprimées : j'empile, j'engrange, minutieux, frivole. Caractéristiques économiques : prix, 120 F (1998) - cher le numéro. Tu mettrais 120 balles, toi, dans les Cahiers de civilisation médiévale ? Qui est-ce qui va vouloir acheter ça ? Tu vois bien que cette formule est on ne peut plus pertinente... Abonnement 540 F point zéro, donc "virgule zéro" selon l'ancienne nomenclature. Et tu y mettrais 540 F. ? Que dalle. Tu ne dois pas t'attendre à ce que le lectorat verse deux euros pour ton Singe mal torché – tiens, j'ai revu Philipesse, il en est au journal gratuit, un simple r° / v° - la situation évolue à vitesse V. E. ("vache enragée"). Périodicité : Trimestrielle. Pour mon Singe, 74 numéros depuis nonante-huit. Toutes les six semaines. Pas mal pour un fauché. Numéros parus : 984. Remarquable. Date dernier numéro : 30/03/98 – autant dire, mec, la Préhistoire. Retenez ça, les futurs : en ce temps-là il y eut l'antérieur au 11 septembre, et ce qui suivit. Point barre.  

04.09.2008

Gros soupirs historiques

<font size="4"><Puis des fastes, en vers grecs et latins d'une langue qu'on ne parle plus : célébrons Sidoine gendre d'Avitus Premier, déclamant son éloge, exilé dès sa chute, puis d'autres empereurs, dont il prononcera le panégyrique à son tour – converti en temps opportun au triomphant état ecclésiastique – reprenons : les premiers succès de Sidoine, la vie littéraire de ce temps-là, prestige intact au milieu des colonnes qui tombent... 
Il épouse Papianilla. Le voici gendre d'empereur. Imaginer les rapports d'un époux et de sa femme en ces temps-là . Confiance ou soumission, comment reconsidérer tout cela ? Les femmes antiques étaient-elles autant de martyres ? Nul bruit n'a filtré sur une acrimonie quelconque. Papianilla ne fut pas Xanthippe, ni la femme de Haydn. Ce fut un grand honneur pour Sidoine d'être le gendre de l'empereur Avitus. Mon vœu toute ma vie fut de raconter celle de Sidoine Apollinaire, tel quel, avec d'infinies gloses restrictives - pourquoi l'empereur Avitus a-t-il chuté ? aimait-il l'ail ? les putes ? les garçons ? se faisait-il conduire par son esclave dans les bordels de Lugdunum ? 
Son impérial beau-père massacré, Sidoine s'est enfui au pays des Arvernes ; quelle est alors la meilleure voie de Lyon à Clermont ? Combien tout était désert ! Mes recherches ou intuition suffiraient-elles jamais à reconstituer les distances à cheval, de nuit, en contournant les mares envahies de brouillards ? croyait-il aux sorcières, le poète ? Sidoine se fit oublier ; il parcourut ses domaines, aimé de tous, recevant sur sa monture d'humbles témoignages d'affection. Pourquoi revint-on le sollliciter pour chanter le successeur ? Quel sens attribuer à la vanité de son acceptation ? N'était-il pas décidément trop sot pour avoir exercé quelque influence politique que ce soit ? "Lui seul saura donner du lustre à nos cérémonies, il n'y a pas de proclamation de l'empereur sans vers pompeux, un hochet le comblera". 
Majorien passé, puis Anthémius ("Fleury"), il se tourna vers l'épiscopat. Il mourra comme saint Augustin, ou l'Ovide de Vintila Horia...

X
Nous sommes infiniment tenté par un vibrant parallèle entre la Chute de l'Empire Romain (Decline and Fall of the roman Empire) et notre petite époque à laquelle nous ne comprendrons jamais rien ; toutes les époques se sont crues à bout de souffle, complues à s'ériger en Sièclede suprême Ecroulement. Salut aux éternels et incompréhensibles contemporains. Autres déliquescences, autres pernicieuses angoisses, dont l'Homme se relève, éternelle Hydre de Lerne. Lisez la magistrale introduction du Temps des Cathédrales, par Georges Duby ; souhaitons qu'un jour lointain, d'autres érudits encore inconçus restituent aux fourmis futures le monde que nous fûmes (c'est du belge).

01.09.2008

Bouillonnements glauques

Oui, j'ai la prétention d'intéresser mon prochain. Ceux qui me ressemblent, et les autres. Rien de plus étranger,on le voit, aux idéologies collectivistes. « Aux indécises terreurs des « Royaume farfelu » - et qu'était-ce donc ? Du Valery Larbaud ? - « se substitue l'horreur proche et quotidienne ». Collignon au Congo, Collignon en Amérique : comme Tintin. Déclinaison fastidieuse. Je me serais sans doute laissé entraîner d'un parti à l'autre, de même qu'aujourd'hui je flirte avec aussi bien les pires gauchistes démagogues, qui osent encore déclamer « vive la révolution » sur une scène, qu'avec les pépés réactionnaires les plus parafascisants genre Renaud Camus ou Jean Raspail. C'est de mon âge. Non, Saddam n'est pas une victime. Et les pires fascistes sont en Iran. Je note ici que le jour où Israël se sera pris une bombe atomique sur la gueule, je ferai fortune. En me plaçant sur les trottoirs des manifestations de protestations pour vendre des masques de crocodiles. J'y tiens à celle-là. Je me la répète à sept heures du matin, quand je ne peux plus me rendormir après la sérénade des chats (ils veulent sortir, les pauvres, et je ne me vois pas effectuant des travaux d'huisserie de précision pour percer une chatière). C'est moi qui choisis d'écrire cela. Cela me constitue. Je remonte mon sac à dos. « Commence le temps du mépris ». Qui méprise qui ? Malraux, méprisant les nazis ?


Comment a-t-on pu considérer aussi nettement le nazisme comme mauvais ? Comme ça, là, d'un coup, en ayant raison ? Pourquoi ma question est-elle inconvenante ? Je suis bien pour le refoulement des Palestiniens : et les morts ? Si je les voyais là, maintenant, sous mes yeux, si j'apprenais que des ratonnades ont lieu, les supporterions-nous ? (il est temps d'utiliser le « nous »). Quels furent les rapports entre Malraux et Aragon ? Mes lignes ne sont-elles pas insupportables à l'instar des tortillements de vieux coquet de Louis A. ? Malraux-l'ambigu... Je me souviens effectivement que Malraux rencontra Drieu La Rochelle sur la Côte d'Azur, en pleine guerre 40, afin de discuter de la façon la plus efficace de faire la révolution : avec les Bolcheviks, ou avec les Nazis! La Shoah est le seul moyen, la seule pierre de touche irréfutable. Actualisons à tout jamais cette opposition entre le nazisme et le reste du monde d'une autre manière qu'une simple confrontation, lointaine et indistincte avec le temps, telle que celle des Bourguignons et des Armagnacs...

30.08.2008

Les Etudiantes, II

A la demande générale de moi-même, je vous offre la suite de la passionnante introduction théâtrale (sans vaseline) dont vous jouîtes naguère.


LES ETUDIANTES


Silence. Le tas de couvertures sur le fauteuil respire doucement.

LE REPRESENTANT
Dites-moi ?

JEANNE
Oui ?

LE REPRESENTANT
Où va cet escalier ?

FITZELLE
Il va nulle part cet escalier.

JEANNE
Il reste ici.

LE REPRESENTANT
Ah bon.

FITZELLE
Porto ?

Elle le ressert d'office.

LE REPRESENTANT, posant la main sur le volume
Une somme incomparable...

JEANNE
Il est pas bon le porto ?


FITZELLE
Nous sommes l'Encyclopédie.

LE REPRESENTANT
Tout est là-dedans

JEANNE ET FITZELLE, lui tendant la bouteille
Là-dedans !

Il empoigne la bouteille et la vide en roulant des yeux.
De l'âtre surgit la TROISIEME VIEILLE, accroupie, tisonnant le foyer.

LA TROISIEME VIEILLE, MARCIAU
Je ne suis pas d'accord !

Un coup de feu dans l'âtre, éclairant les visages dans les mauves rougeoyants. Une lueur aussi, inquiétante, au-dessous de l'escalier.

MARCIAU, brandissant son tisonnier
Je ne veux pas acheter l'Encyclopédie Watson. (elle prononce [vat--son])

LE REPRESENTANT, tourné vers les deux autres
Vous étiez d'accord, vous deux. Ça fait vingt minutes qu'on discute...

FITZELLE
Trois quarts d'heure.

LE REPRESENTANT, pincé
Ah bon.

Il se dirige en titubant vers la sortie, heurte du genou sur la chaise le tas de couvertures, qui pousse un cri.

LE REPRESENTANT, affolé
Y a quelqu'un ?

LA QUATRIEME VIEILLE, SOUPOV, sous la couverture
Imbécile !

LE REPRESENTANT se retourne lentement. Il hausse le front, passe son index recourbé sur ses lèvres. Voix doctorale
"Imbécile " ? Soit. Mais connaissez-vous bien le sens du mot "imbécile" ?
Il referme le tome sur son doigt. Il en appuie fortement le dos sur la table.
Vous pensez que j'en suis la parfaite illustration.
Les vieilles restent impassibles.
Il n'y a pas de miroir, ici ?

Elles se regardent. La plus petite, MARCIAU, tournée vers la flamme, essuie ses lunettes de fer.

SOUPOV
Τι δ·άν αυτω χρώμεθα ; [ti dann autô krôméta ?]

LE REPRESENTANT
Ce que vous en feriez ? Ô courte sagesse, ô sexe imbécile , sexe faible ! C'est une folie de courir aux miroirs ; mais bien plus grande encore de les briser...!

JEANNE
Proxima mors mox auferet nos (Sur le prompteur : « une mort prochaine bientôt nous emportera »)