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der grüne Affe

  • Gardien stagiaire

     

    C O L L I G N O N

     

     

     

     

    G A R D I E N S T A G I A I R E

     

     

     

    ÉDITIONS DU TIROIR

     

    Semper clausus

    COLLECTION DES AUTEURS DE MERDE

    À Enki Bilal, auteur de «Bunker Palace Hotel »

    Radôme : (de »radar » et « dôme » : Voûte transparente à énergie électromagnétique, destiné à protéger une antenne de télécommunication contre les intempéries   

    Ruelle périgourdine b.JPG

     

     

    Le radôme fut construit pour protéger l’une des premières antennes de télécommunications par satellite. La première liaison fut effectuée le 9 juin 1961. Inutile aujourd’hui de recourir à cette énorme sphère blanche : des antennes paraboliques sont implantées sur le plateau d’Hermès où je vis. Mais le radôme a subsisté ; nous l’avons adopté malgré nos résistances. Il est à lui tout seul un paysage, on y projette des éruptions, des cosmologies. Son globe contiendrait l’Arc de Triomphe. On vend des chocolats-radômes, tout blancs, dans les pâtisseries. Au début, c’est vrai : la population protestait. À présent le pénitencier fait vivre toute la lande d’Arbor, et les confiseries à la gnôle, à la crème ou creuses, consolident les soldes sans éclat des gardes.

    Plus loin au-delà des clôtures du lac de barrage (ça n’a aucun rapport), le soleil est glacé sur les rocs, sur une permanente criaillerie d’oiseaux prédateurs. En fin de journée ça devient intenable. Le STAGIAIRE a grimpé le sentier à peine distinct dans l’herbe, et voit peser sur ses yeux la sphère en surplomb, immaculée, carcérale, du radôme – non plus capteur d’infini mais signe et repère fermé. Œuf clos bombant ses casemates, guettes et loges de garde – tandis qu’en contrebas parmi les buissons plats se disséminent les préfabriqués des classes à racheter – de tout un peu – ici d’un coup se suppriment les perspectives : l’homme a rejoint son poste et ses congénères à plates semelles dans le neige rase.

    Mains dans les poches, en bonnets noirs et cache-cols. Ils graillonnent, se raclent la gorge ou toussent avec ou sans gnôle, gras, sec ou caverneux. Nouveau venu juste émergé du brouillard d’accès j’ignore encore ma tâche mais sûr d’y parvenir. C’est une belle et noble contrée, de granit, d’habitants fiers dit la notice (maquis décimé, combats d’Hercos exécution de Louis Méhu 12 juin 44, mitraillage de St-Drou erreur d’épuration toute une noce massacrée ni documents ni preuves Monsieur le Président tout en ordre besséder ola enndaksi la Centrale est bien pleine et les gardiens aussi, pas spécialement au chocolat-liqueur.

  • Fragments


    B E R N A R D

     

     

     

    C O L L I G N O N

    F R A G M E N T S

    17 05 2019

    Pourquoi “Pas d'enfants” ? ...d'autres en ont eu, sans être morts...

    ---> refus d'assimilation au père

    ---> refus du statut d'enfant

    ---> refus de devoir s'intéresser à quelqu'un d'autre

    Le fric n'est qu'un prétexte.

     

    _____________

     

    ______________

     

    Idées de sujets avec des classes...

    Voir pourquoi ça ne marche pas...

    Préliminaire : Babette M. ; la mère qui surveille Instaurer une Dictature du Parti Intellectuel, pour édifier l'humanité (Gogol) : élever "l'homme et ses œuvres à la hauteur d'une religion" - ce qui ne serait qu'un bandeau sur les yeux.

    Il y a des idées auxquelles je crois - hélas.

    COLLIGNON FRAGMENTS 2

     

     

     

     

    L'élitisme des âmes ne peut s'épanouir que' sur le fumier de la friction des corps - croyais-je. Elitisme, certes, mais refus de toute prédestination. Force, mais refus de la force subie.

    Le doute, le clown et le narcisse : Pamiers, 1er juin 1974.

    Le narcissisme s'incarnera dans un seul homme. Les réflexions démolitrices, en un autre. Seul l'homme dans ses rapports avec l'homme. L'anecdote est le support à la philosophie : Le Diable et le Bon Dieu.

    En ce temps-là le jeune homme imagina - sans rire ! de travailler deux heures par jour.

     

    Fragment de nouvelle

    "Il se dressa sur ses pieds :

    - Je suis Abraham Ronsard ! et le tronc d'arbre s'abattit.

    "Sa femme Albertine lui apporta en plein air une marmite, très lourde, dont elle avait enveloppé d'un linge les anses brûlantes :

    - Cesse de brailler. Tu as fendu toutes les poutres de notre maison.

    "Il pleura bruyamment, car c'était une fermette à poutres apparentes. Martine lui versa l'épais breuvage aux poireaux :

    - Avale ça ; tu es fatigué.

    "J'ai achevé ta mère. Tu trouveras des morceaux de cerveau dans la soupe.

    "Jean-Pierre, alias Abraham Ronsard, recracha sa cuillerée. Puis, haussant les épaules, il termina son assiette.

    Martine, assise sur le tronc abattu, le regardait faire. Puis elle tira de sa poche un miroir de vieil argent orné de deux sirènes ; Jean-Pierre caressa la pointe de leurs seins [caetera desunt]"

     

    En gros caractères : MANGER L'ARTICHAUT D'URGENCE !

     

    Il paraît, comme ça, que je suis fait pour écrire. C'est O'Letermsen qui me l'a dit.

    - Tu es si beau, lui disais-je, si beau, que si j'étais pédé je te sauterais aux couilles.

    - Génial, gloussait-il , génial. Then he added :

    "J'agrandirai tes cartes géographiques. Je les reproduirais sur soie. Je te trouverais un imprimeur ; ce serait de l'imagination pure. Tu donnerais des conférences.

    Première carte : Arkhangelt. Epaisse, limoneuse.

    Mes armées ont sillonné ce royaume, envahi par les Troupes Innombrables du Sud.

    COLLIGNON FRAGMENTS 4

     

     

     

     

    J'avais inventé d'autres pays ; de sanglants combats en avaient eu raison, à Ste-Françoise-le-Lac ; c'était ma cousine, son sexe et la bataille. Une arme était particulièrement terrible: visé, dans un groupe de trois, je restais seul indemne, et mes deux gardes, morts. Le trente août 1973, j'écris : "Je ne mérite pas d'être sauvé, je chie sur les Rédempteurs. Demandé, et il vous sera accordé ; tendez la main, et vous serez hissés. Que ma haine éclate comme une précieuse grenade au ventre de toutes les" - ce qui n'est pas nouveau.

    "Souillons, soyons grands ensuite" - qu'est-ce à dire ?

    Je cite :

    "Quand les délicates, en se voulant torcher, s'apercevront dans leurs doigts vernissés que j'ai déjà embrené leur papier, elles reposeront le rouleau et s'en iront, effarées, cul merdeux, en écartant les fesses."

    Plus loin :

    "Travail sur soi, travail impitoyable, seuls les très grands y sont parvenus. - Un éditeur ! - Ah chien, tu veux ta pâtée...

    "Je hais les bons chiens, qui me font du bien, qui me cernent, larme à l'œil, répétant, dictant ce que je dois faire, ce qui est bon pour moi."

     

    "Moussu curé ! moussu curé ! moi pas fai'e mal, moi ju'é !" Mais le missionnaire pressa sur la détente, et quand le Noir fut mort, il encula sa femme et promena sa courte bite vérolée sous sa soutane en cloche.

    Je ne veux pas que tu penches ta grosse tête crayeuse sur mes écrits, et que les larmes ravagent ta grosse face de cul. Tu ignores la valeur d'Amour de tout cela.

     

    Chronique

    "Tous les hommes furent alignés, la queue sur une planche. Alors, une par une, à la hache, les queues furent tranchées. On en fit des quenelles.

    "Toutes les femmes furent alignées, cuisses ouvertes. Et d'un coup de truelle, tous les cons furent bouchés au ciment frais, et les femmes hurlèrent éternellement avec cet épieu fiché en elles."

     

    Et qu'on ne vienne pas me parler de recherche systématique de l'outrance ! Ces gens-là ne respectent rien.

    - Et c'est pour ça qu'on te paye ?

    Ma mère, ne te retourne pas dans ton cercueil ; ça fait de la poussière, et ça pue.

     

    Quand j'aurai dépassé ce stade, quand j'aurai fini de jouer avec mes excréments, je pourrai m'essuyer les doigts et écrire, puis j'entrerai à l'Académie Française.

    "Et dans 50 000 000 d'années, la Terre, avec tous ses systèmes philosophiques, ne sera plus qu'un grain éteint, et ce sera comme si rien n'avait existé."

    Jean ROSTAND

     

    Je crois en un seul Dieu, créé pour faire chier le monde.

     

     

     

    (16 octobre 2020 ?)

    Certains personnages de Dostoïevski griffonnent, ou rédigent posément, quelques phrases insignifiantes, qu'ils font lire à leur femme, et confient ensuite à la postérité dans de grands cartons verts d'administration. Se repaissant de pipes et de rêves.

    Pendant que d'autres volent dans les plumes de la littérature, eux passent leur vie à se créer une méthode, sélectionnent leurs thèmes, un par page, comme des grains par sachets, composent des fiches ; s'enquièrent de tel point, lisent tel ouvrage primordial - lisent surtout, ce qui dispense d'écrire - poussent même le scrupule jusqu'à indiquer la musique particulière, l'atmosphère qu'ils désirent autour d'eux pour telle ou telle écriture.

    Tantôt une méthode, tantôt l'autre. Ils s'obstinent longtemps, surtout s'ils la sentent inadaptée.

    La pipe se fume, et l'inspiration ne se hausse guère au-dessus du talent. Et de peaufiner leurs thèses.

     

    Pendant ce temps, des gigolos nouent d'innombrables connaissances. Les miens habitent loin de Paris. Ils ne paraissent pas. Ils écrivent à longueur d'heures, qu'ils ont glanées au travers de leurs besognes. Ils écrivent qu'ils ont envie d'écrire, qu'ils ne savent pas écrire. Proust, Du Bellay - furent des seigneurs.

    Une deuxième pipe succède à la première. L'esprit demeure vide. L'auteur retourne à ses briques. Il vit une époque noire, chargée d'oubli futur. Il sait qu'en période de décadence, les auteurs perdent le souffle : l'épopée, le roman-fleuve, se perdent...

    Et voici le moment crucial : sortir de soi. C'est un courant d'air, que je supporte mal.

     

    X

     

    Es war einmal un schizophrène. Il ne voulait jamais quitter son oeuf. Il voulait écrire sans effort - au fil de la plume. Il s'indignait qu'on vînt le lui reprocher :

    - Comment écrire sans souffrir ?

    ...comment dresser son flûtiau parmi ces puissants arrachements de trombones ?

    Surgit soudain quelque révolutionnaire, ignorant tout de Proust et de Gide, et qui le fusilla pour tiédeur.

     

    x

     

    Parfums d'église. Chaque heure mûrit et crève ; l'absence de souffrance se fait cruellement sentir. Une araignée étire ses pattes. La pensée file en musique, les comparaisons s'enfilent comme des perles, comme des doryphores qui cheminent, comme, comme...

    Laisse couler le fleuve des automobiles où tourne une sirène, le soleil baisse et va t'atteindre derrière la vitre. Une vieille ouvre son sac, objet vague, les humains fuient, reste, isolée, la moleskine.

     

    Ici s'ouvre le journal du fou, 22-12- 2020

    Aqui se abre el diario del loco.

    Rien ne sera plus concentré que le journal du fou. Nichts wird usw. Le texte en sera pédant, souvent diffus.

    "Le comble du cabotinage est de ne rien laisser paraître de soi."

    FLAUBERT

     

    Ce travail nécessitera une documentation aussi poussée, aussi sévère, que celle de Bouvard et Pécuchet. Il y prolifèrera autant de redondances, autant de répétitions que dans l'oeuvre de Bienaimé Péguy. Partitions musicales, portées tibétaines, cartes géographiques, "et l'on parlera plus des couleurs et dees formes de l'oeuvre, que de l'oeuvre elle-même."

    Nul ne doit pouvoir dire :

    - Houynhnhnh ! ceci est bon ; j'en ferai fructifier."

    Il n'y aura pas de plan ("Es wird" usw.)

     

    X

     

    Le futur est le temps des dieux, le temps-Dieu.

    "Il est le temps qui exprime qu'une action se fera ou ne se fera pas dans l'avenir ; il exprime ce qui sera (ou ne sera pas) (verbes d'état), sans restriction."

    Ceci encore :

    "Obsédé du besoin de faire coïncider la durée de sa création avec celle de l'élan créateur (coïncidence exaltante

    qu' "on peu nommer l'inspiration") - le fou ne se sent ni atteint ni tourmenté par la suite de la citation ("il [Tchaïkovski] est d'autre part tourmenté par les exigences de la création formelle" J. J. Northmann).

    "Petite musiquette au jour le jour - serinette - non, tu ne seras pas" (Antoine Bourdivier).

    Problème : "raidissement" mène à "trop connu" ; "besoin de nouveau" mène, par d'autres voies, à "trop connu" - les histrions sont fatigués - et puis, l'interdit :

    "Deux amoureux se regardent à travers la vitre du train. Qui ne démarre toujours pas. Or, ils se sont tout dit. Ils se font des grimaces embarrassées de chaque côté de la vitre" - ça, on peut le dire. "Les roues du train comme le bruit de la mer" - ça oui, ça surtout on peut. Ca sent bon. Cendrars, Jules Verne, Michel Strogoff. Références. "Ce qu'il y a de bien" ("de merveilleux") c'est de se sentir en train de penser sans savoir à quoi ; sans besoin de cerveau. "Ce gros viscère chaud"

    MAIS :

     

    : interdit !

    et :

     

    : interdit !

    Conclusion, sans rapport avec ce qui précède.

    Il faut écrire par but précis.

    IL FAUT FUIR LE STYLE DES QU'IL SE MANIFESTE

    Fuir, dès qu'il se manifeste, le style.

     

    FUIR LE STYLE DES QU'IL S'APPROCHE.

    Et non pas : "...FUIR, DES QU'IL S'APPROCHE, LE STYLE."

    Mes lecteurs - rectifieront d'eux-mêmes.

    Le livre d'Henry-François REY "Les Pianos mécaniques" m'aura du moins appris comment ne pas écrire. Opposer, de Rabelais :

    "Or cy trouverent des mots gelés ensemble, et syllabes aincy agglutinées, comme hin, hin, brededin, brededac, bou, bou, bou, trac, trac..."

    De moi in "Monségur [sic] 47"

    "Ça ne devrait pas s'appeler "cimetière" ; ça sonne trop clair, comme un clairon ; il faudrait plutôt le bruit de la terre qui glisse - fss... fss... - quelque chose comme "fossouère"..."

    ...Toujours d'Henry-François Rey :

    "Il but son café à petits coups

    " son whisky d'un grand trait" - prière : my friend,

    Débarrasse-toi de tous ces verres "qu'on tourne entre ses doigts", de tous ces cafés et cigarettes - quand je compose je me les touche, je me court-circuite. Pas de déperdition.

    "C'est là que, tout seul dans le vent, je récite "Hamlet"... Un très bon exercice. Notez bien que je tiens Shakespeare pour un idiot et "Hamlet" pour une pièce infantile. Mais cet infantilisme est comme une purge ; tout de suite après son ingestion, la rigueur vous paraît plus rigoureuse. Nous arrivons."

    Ca fait bien, de prendre Shakespeare pour un idiot. "Vous êtes un vieux croûton : aimer Shakespeare !

    - Ah mais non ! je le "tiens pour" un idiot.

    - Vous êtes un ignare : mépriser (to despite) Shakespeare !

    - Ah, mais non. Je maintiens que son infantilisme purge : d'une certaine façon donc, paradoxale, je rejoins votre admiration. Je l'estime, mais pas comme tout le monde."

    (Enfant = con = génie = con = pureté = nature, tou sles clichés sont au rendez-vous, l'idiot est le plus sage de tous, etc... - êtes-vous allé déjà faire un tour dans la tête de l'idiot du village ?)

    Quant à la "rigueur" qui devient "plus rigoureuse", c'est ce qui s'appelle le comparatif interne : la vie devient plus vivante, la profondeur devient plus profonde... t'en chies des pages...

    Mon cul devient plus enculé.

    Le fin du fin, après les points de suspension - le "coup de menton" - "nous arrivons".

    Brisons là.

    Gardons nos profondeurs.

    Cela s'appelle "poser un jalon".

    Vient ensuite le croquis du village vu de haut : "Vous avez vu un village sous la pluie - décrivez - au soleil - un couple qui baise - décrivez - " poursuivre sur ce ton - secouer le livre comme un vieux sac de patates poussiéreuses qu'il est, cependant, dès deux cents pages avant la fin, une irrésistible, une incoercible envie de poursuivre.

    X

    Se peut-il qu'un si grand cerveau - le mien - reste en friche.

     

     

    Un repas, et c'en est fini de la raison. Une digestion. Un somnolent dimanche de janvier. Le cerveau n'est plus qu'une masse croupissante et molle. J'envie en vérité le baron de Saint-Pastoux. Oui, je me souviens encore de cet homme-là. Seul, noble et fier, embousé de vignes et de meutes. Ses mains de vigneron noircies par le gel et les intempéries.

    Moi : impuissant devant les barres de fer qui retombent en cage autour de moi. J'entends dans l'escalier : "On va promener Thérèse" - lève-toi, enfant, aube sulfureuse, aube crépusculaire de la vie... Vois-tu, il faudrait, accoudé sur un nuage, contempler, agitée sous soi, la troupe estimable des hommes, jetant par intervalles vers le ciel des yeux humides d'allégresse et de reconnaissance, mon beau Peuple... L'univers peuplé de mes semblables. Je ne pourrai jamais admettre les autres.

    Les Extérieurs. Vous savez, "vous".

    Je deviendrais Adulte.

    C'est-à-dire petit, humble, terrorisé ! Zola, Zola lui-même, se relevait la nuit en bonnet et chemise. Sa femme le trouvait pieds nus sur le pavé :

    - Que fais-tu là ?

    - J'ai peur de la mort.

    Quelle œuvre alors faut-il offrir à l'humanité ? Combien en a-t-elle englouti, en est-elle plus avancée... Je dois former l'humanité à mon image. On sait ce qu'il en est advenu de Dieu qui n'a pas su tenir compte qu'il n'était pas seul au monde. L'homme est bon, voilà ce qu'il a envie d'entendre ? Incompréhensible, sournois, un morceau de mémoire ? c'est-à-dire bien peu.

    Toi, l'ermite, ce n'est pas fatigant d'avoir toujours raison ? quelle honte d'avoir trouvé sa voie, de se nourrir de figues et de riz dans son écuelle ! Demain matin, je dépends d'une voiture étrangère pour me rendre à mon travail.

    Cette voiture a un conducteur.

    Ce conducteur, il faut lui parler.

    Eh bien, Nietzsche, que ferais-tu ?

    Toi le critique je t'emmerde.

    Tu dissimulerais, dis-tu ? Tu te dédoublerais ? un moi à la Montherlant par exemple, un moi que le moindre coup d'épée, que le moindre fait vrai tronçonne ? ce serait donc ça, la vérité ? ou bien - suivre le Moi Génial, et pour peu qu'on exagère - on a très vite exagéré, avec ces gens-là - la prison, le Coupe-Cou ? allons nienietzsche, tu divagues : les autres existent.

    Il n'y a pas d'essence.

    En mon âme Sartre et Nietzsche se livrent un combat sans merci. D'où vient ce manque viscéral qui m'étreint les jours de vide ? quand ma langue se colle, quand face à mes Disciples rien ne sort de ma bouche, que des conventions. Dieu, quel besoin d'être écouté ! Monsieur à quoi sert-il de vous répondre puisqu'on sait bien que vous vous en foutez ?

    Les voilà qui chantent, les voilà qui se taisent aussi, qui se replient sur soi-même.

    Plus loin encore : voici que mes égaux, ceux qu'après m'être débarrassé de tous les autres je tolère dans min intimité - les Mahler, les Sibelius, les Proust - voici qu'il m'abandonnent, vos quoque ! Bruckner l'ange se heurte aux voûtes du ciel, heurte son Hammerschlag aux murs de son destin, Mahler plante son pic de plus en plus haut sur les cimes escarpées !

    ...Tandis que je m'essouffle à le suivre.

    Même toi, Nietzsche.

    Même toi je ne puis te suivre.

     

     

    X

     

    A moins que par grâce tu ne te sois contredit. Tu ne nous aies tendu la main. Franchisseur de monts. Dans l'amour seul tu rejoins les embraseurs de haine. Radeaux de Méduse. Mangez-vous les uns les autres. Navires qui se dérobent, fraternité. Chanter l'amour devant des murs bien hérissés de verre. Si l'on prêche l'amour tout en faisant la haine, pourquoi ne pas prêcher la haine etc. Combien Sade en a-t-il converti ? À la douceur : 0,5% ; au sadisme 0,75. N'ayant pas lu Sade : 98. Intéresser quelques personnes pour vingt ans, ou trente : j'accepte le marché. Pour cela parler de l'homme : amour et guerre, gloire et beau, les membres et la bouche – inévitable. Soit. Porte-voix du siècle ?

    JAMAIS. « On ne t'a pas attendu pour... » - certains, si, m'attendent. M'attendent moi. Mes trésors mes décharges. Pas la moindre action. Des obstinations de monastère. Ce soir Complies. BIENFAISANTE CLÔTURE. Que d'autres s'efforcent au niveau supérieur. Bah-houts. Au dehors. Plus de contraducteurs que les grains de sable du rivage. Sables mouvants effondrés dans la mer. Déjà le corps... les humeurs de ce corps comme des marées... flux et reflux de toute foi... car si tu croyait réellement au Nihil, au Rien, tu te tuerais, ou tu massacrerais. Les gens sincères ont du sang jusqu'aux coudes. Tu es vierge. Magda Goebbels tue ses six enfants et se fait justice. Se fait justice. Non pas démence mais lucidité. Nos ennemis ne sont pas si nombreux.

    Est-ce là ton action ? Page écrite à trente ans comme à seize.

    X

     

    Exercice d'amour. L'amour dans l'exercice. De sa fonction. Petites pages de papier au fond des poches. Une résolution par jour. Sois un bon fils. Ton père qui t'aime. Recette n'est pas facilité. Avec la consolation de l'humanité entière au fond de l'entonnoir ainsi que toi. La majorité ne se trompe jamais. Totalité du bien. Foi. Cécité. Aimer celui-ci lundi. Cet autre jour ma Mère et cet autre un enfant. Une heure à chacun réservée. Je t'apporte mes bonnes pensées (Mon Dieu) « Deus aliquis », qu'on ne peut préciser. Qu'une majorité soit toujours avec toi. Ou passe-toi de ta majorité. Juste ces sentiments que tu refuses – une Foi se fabrique – une mauvaise foi – c'est ainsi que Roland épousa la belle Aude Je me retoucherai je serai malhonnête

    VALE

     

     

    21 01 06

    Autant je ne crois pas à l'art autant je crois au bien.

    Mais l'art veut Être.

    Pourquoi Chabrier derrière Debussy, Debussy après Wagner ? ...véritablement moins doués ? Moins riches ? Gide, Proust, Eluard, ont-ils jamais tenu le manche d'un outil ou le bout de craie du prof ? Le dévouement est à ma portée ; pas le génie. Juste par pauvreté ?

     

    21 01 27

    Les longs après-midi d'hiver à la dérive

    Ridicule, épargne-moi

    Longs bouleaux sous les nuages gris

    Instinct – Méfiance

    Le don du premier pas, le second doit se re-créer

     

    Je voudrais qu'on me foute la paix

    (malgré cette) Incapacité foncière à faire

    à dire j'aime tu es ma présence mais j'attendrais en vain ton secours tu n'inspirerais pas

    le bras créateur - étant toi-même brume et limbes -

    - est maintenant script-girl dans une compagnie cinématographique

    Roger qui voulut hâter l'avènement de la Justice Universelle est devenu greffier chez un juge de paix rouergat (médiateur).

    Plaignez, plaignez. Il n'en restera rien. Ne croire qu'au sommeil. Comment guérir de ses limites ? de la médiocrité (déchirement, forage) (tourbillon de clavecin ?) (le trou s'approfondit). Cahiers de Va léry. Impropres à la consommation. Les écarts de l'esprit dans la Compensation. Ovations. Prostitution finale Ne m'acclamez pas tant. Le rideau quotidien. L'envie même du vertige qui disparaît (lorsque le sol ondule à la verticale du créneau) Il faudrait s'effrayer. Pas de pudeur ; scruter. Scruter. Masturbation sans bandaison ne vaut rien. Souvenirs d'ineffables tendresses. Caractères minuscules comme intimidés. "Le poème n'est pas fait de ces mots que je cloue sur le papier, mais du blanc que je laisse entre les lignes".

    Vous m'en direz tant.

     

    2021 02 14

    Histoire du fou, suite

    Enfermé dans une pièce sans fenêtres tendue d'épais voilages. Milliers de livres et de disques sur les murs Voyez toutes mes œuvres. Appelez-moi Maître et Seigneur. Je me passe du monde.

    Mahler, Nerval, Rembrandt.

    Compose aussi en son propre nom. Tous les jours un nouveau pseudonyme. Recopie de pleins passages et les signe. Sur ses disques, hurle et chante avec l'orchestre. Aucune amélioration n'est possible. Tion n'est possible. Tion n'est possible. Heureux. Ecarte sa femme et sa fille. Tous les soirs entre en agitation juste avant ses calmants. Il deviendra fou quand il le voudra. Aussi peut-il jouer le prophète. La négation de la métaphysique porte un coup mortel à la psychanalyse.

     

    2021 09 12

    Pouvoir dans un état présent être à la fois tous les états passés. Puis seulement pourvoir à l'avenir. L'instituteur du monde. J'ai tout en tête. L'enfant a raison. L'enfant nie ce qui domine, parents, puissances supérieures. Je nie l'économie. Le ligotage. Dupe assurément, se vantant d'être dupe. Se glorifiant. Reflétant le temps en un seul foyer. Souhaiter l'avenir identique au passé. Renouer la corde. Plusieurs personnages superposés obligatoires. Le Dictateur protègera l'Errant, ladoubera dans son unicité. Douleurs et palpations.

     

     

    2021 09 19

    Lire et s'exprimer chez Nathan. Un grand disparu : Chateaubriand. Cézanne en couverture : bouffée d'enthousiasme. Etouffement par excès d'oxygène. Hernandez Patrice. Né le 10 mars 1961. Arveyres. Six textes pour trois heures. La classe voisine chante les réponses à travers la porte.

     

    2021 9 27

    J'ai peur. Pensées comme les cendres sur la pelle. Père flânait souvent parmi ses livres, parcourant deux ou trois pages, aigri, songeur, j'aurais aimé nier l'hérédité. Ou confirmer tous les déterminismes (et dans le premier cas les autres vous tuaient, dans le second je me couche et je meurs) – leçons passées, leçons à venir, intéresser, gagner tant d'humains ? Je m'apitoie. Formation insuffisante. Juste un humain. Parmi eux. À divertir. Texte de Jean-Christophe insuffisamment préparé. Première fois sur le piano. Relire. Noter. Pourquoi faire des exposés ? Parce que, Mademoiselle, nous devons employer le temps, notre temps, sans bien savoir, tel est le fond de sa pensée – mais s'il se trompait – sans ce regard droit – sans ces décisions qu'ils prennent - bandeau sur les paupières – les enfants galopaient sourdement sur les paliers – la Bête allait revivre.

    Les cours seront donnés, je me serai appuyé sur les murs, j'aurai frotté mes doigts pour les défourmiller, je l'aurai dit à tous pour que tous m'aiment, au jour même de l'Extrême-Onction. Deux pages de Schneider – lequel ? faisons-leur faire connaissance – avec leurs têtes de cons sur le beau livre – que voulez-vous, j'étais subversif. Après l'éternelle dictée, chacun se relisait, livrant son

    $corps en silence et son attitude – pénétrer sous ces fronts, sous ces chevelures – les regards brûlants de ma Polonaise – mouvements du poignet de celui-là – les doigts en cône au-dessus du stylo, main vivement redressée vers l'extérieur. Arcs de cercle tracés vif et court, modelé de pensée; Oui c'est bien ainsi qu'il faut le dire, et leurs lèvres serrées. Dubrocas me fixe au-delà de moi, semble me prier à voix basse, exhibe l'intensité de sa réflexion. Si je la fixe à mon tour c'est elle qui baisse les yeux.

    Futurs hommes ayant un jour prise sur le monde, femmes agissant peu, travaillées de pensées, de scrupules, qui me ressemblent. Elles ne me quitteront jamais. Les garçons un jour deviendront angulaires et mathématiques : "Problème – Solution". Nous ne pourrons plus nous comprendre. L'ébauche attache plus que le tableau. Des garçons j'excepte C. : timide et myope, délicatesse de chat, sous sa casquette de poil brun. Que d'écueils le guettent. Pourrait toujours donner un Serge, sans plus pouvoir se tirer de sa trajectoire – comme ces personnages qui parvenus au bord d'une falaise courent encore dans le vide, avant de baisser les yeux et de s'écraser. Un enfant passe dans le couloir : "Papa !

    - Gibert, on vous appelle, dis-je à haute voix. Gros rires forcés. Il ne restait plus que lui à charrier. Je n'aime pas les garçons. Vulgaires, ternes, semblables.

     

    X

     

    Un chandelier sur la cheminée, que la poussière recouvre. Je passe un doigt sur la bobèche de vieux bronze. Microcosmes retenus dans les cannelures. L'exercice reste au ban de la connaissance. L'âme des objets m'indiffère : âme fière, à 7 branches, hautaine. La date de naissance est celle de l'achat, de l'entrée en famille. D'un côté du poussoir de la boîte d'allumettes, « Vauquier », un nom, de l'autre, un autre nom plat, couple qui s'ignore. Un jour la boîte se vide, se brise, morte à deux mois. Comme pour les femmes d'un harem, il faut alterner leur usage, établir un roulement d'assiettes et de bols : les frais lavés s'empilent au-dessus vers la surface d'utilisation. Ainsi des draps, chemises, serviettes.

    L'élégance joue peu, le confort plus souvent : s'il fait froid, ...mais l'ordre, la succession mécanique suppriment l'hésitation, par quoi sont introduits dans les rapports de l'homme à ses objets quelques éléments de tendresse. J'écris. La passion est parole. L'écriture engourdit : miroir calme. L'enregistrement, sur bande magnétique, glace.

     

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    Si le château de Montaner présente la forme d'une bague « dont le donjon fait le chaton », il faudrait que les habitants du château s'y conduisissent conformément à la désignation des parties de l'original. On ne parlerait d'aile droite ou gauche que si le château est en forme d'aigle. Dire, par exemple : « Ma chambre est dans les serres. » On porterait un aigle, ou une bague, au doigt, au cœur, en écusson. Il faudrait se recueillir à heures fixes, sur le symbole figuré au sol. Le signe aurait valeur de totem. Chacun y conformerait son âme et ses actes. Comme les scouts.

     

    X

     

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    Vivre se perdre afin de retrouver les hommes. Eluard.

    ...L'homme aux charmantes niaiseries. Question prégnante : Eluard n'est-il devenu célèbre que pour avoir été fils de banquier ? Quelle proportion de fils de banquier parfaitement crétins ? ...devenus garçons bouchers ? Pourquoi ne piédestalise-t-on que les Grands ? Qui atteignit jamais le fond de la pensée d'Eluard ? L'imitation de Jésus-Christ dort au fond de mon placard. Je propage la Vérité. Je distille, je tartine le lieu commun. Je vis, je me perds, je parle aux hommes : Beauvoir, Sartre, Wilhelm Reich. Mes 3e auront 40 ans vers l'an 2000. Ils riront bien.

     

    2022 – 01 – 14

    1. - Dans l'univers des faits," (ici interruption parfaitement stérilisante) "les méchants ne sont pas punis, ni les bons récompensés. Le succès est réservé aux forts, l'échec aux faibles. Et c'est tout.

    Portrati de Dorian Gray

     

    Imaginons qu'il faille disserter. Ce serait cocasse. Cela ne donnerait rien de bon. Tout reviendrait à la question Suis-je faible ? Suis-je fort ? Et si l'on conclut bravement qu'on est mi-fort mi-faible, on glissera bientôt, invariablement à la conclusion que nous sommes tous faibles, bien faibles, pliant devant tous et toutes choses (bourges occidentaux ? ce qui reste à démontrer) pour juste une fois conformer sa vie à ce que l'on croit ses idées.

     

    X

     

    Monsieur,

    Nous avons bien reçu votre catalogue d'aphorismes. Malheureusement, leur forme négligée n'est pas faite pour racheter leur manque d'originalité.

    Veuillez croire, Monsieur...

     

    Réfléchir sur la pertinence de la notion d'originalité.

     

    X

     

    1318.- Vivre se perdre afin de retrouver les hommes.

    ELUARD

    Quel optimisme – avoir noté de l'Eluard ! L'homme aux "charmantes niaiseries", comme le stigmatise Ma Brillante Dissertation de la troisième série ! "N'est-il célèbre que pour être le fils du banquier Grindel ?" Se reporter bien sûr à la cohorte de fils de financiers parfaitement crétins. Devenus comme il se doit garçons bouchers. Pascal des Lieux Communs. Le plus grand des Ordinaires. Les Hommes ne piédestalisent que les grands ; autrement, vous comprenez...

    De même au fond de mon placard dort L'imitation de Jésus-Christ. Je crois qu'il serait temps d'envisager la composition de Thèses – en séries, en Système. Vivre se perde afin de retrouver les hommes – et leurs paroles...

     

     

    16 – 01 – 2022, etc

     

    X

     

    Musique : Stockhausen. Magma, écouté chez les autres, est insignifiant ; chez moi, sublime.. La voix de gorge que je prends ; mêmes notes, mêmes effets. La composition "pour soi" n'est jamais que faute de mieux. Me rappeler Sarreméjean qui m'avait débranché l'orgue électrique : il n'y a pas de limite à la médiocrité.

    J'ai reçu mon élève particulière. C'est une femme de bientôt quarante ans, sèche, en bleu, puritaine - “ascétisme”, dit-elle ; intransigeant. Dans un moment de confiance, il y a lontemps, elle m'a confié que l'acte sexuel, quand elle doit s'y résoudre, n'est qu'un besoin naturel. Depuis ce jour, je la hais, je suis fasciné, obsédé par ses pratiques onanistes - en gros plan - le visage, surtout le visage ; tous ses instants d'inattention attribués sans hésiter à ses rêves doigtés. Elle ne pense qu'à moi, à deux doigts de moi. Fais-le, fais-le pour moi je t'en supplie. Mais si par mégarde, dans le feu des explications, Mollen se laissait aller à la passion de la grammaire, il affleurait de ses doigts, de sa main prématurément parcheminée, ou le frémissement indistinct d'une épaule, un frémissement intérieur, une contraction terminale.

    Ils se congédiaient sans savoir que dire, comblant l'instant où elle se rajustait dans son manteau par des propos anodins et contraints. Parfois, elle amenait sa fille au cours. Une petite de quatre ans, sanglée dans de longs imper bleu marine, le nez déjà pincé, le teint déjà jaune, les yeux craintifs. Il lui donnait à feuilleter des images qu'elle feuilletait d'une main morne. De temps en temps elle se levait, venait vers sa mère enlisée dans le marais des ablatifs absolus, et répétait mécaniquement quand est-ce qu'on s'en va ?

     

    Seize degrés au milieu du salon. Pour aider le monde à surmonter ce que l'on commençait à nommer, pour les 50 années à venir, "la crise économique", il s'était promis de n'allumer que juste au-dessous de 15. Le tissu mince de son pantalon lui plaquait les cuisses comme un linge humide. Dehors se déchaînait le flux atroce de la circulation. Parfois les vitres tremblaient.

     

    X

     

    2022 01 28

    Sa femme à présent parcourait les lettres de sa maîtresse. Ils s'en gaussaient ensemble. Parfois, resté seul, il se sent parcouru d'un frisson glacé, comme un couteau de glace dans son cœur.

     

    22 02 02

    Nouvelles errances

    "Bureau de Placement pour Homosexuel(le)s"

    Vaste salle de bureau des Postes. Guichets sur un comptoir unique, séparés par des tringles verticales portant des néons. Tous les employés sourient. Jabel est souriant. Inquiet. Ce sont les premiers pas qu'il fait.. Il se souvient qu'il ne doit, ici, sourire aux femmes qu'en camarade. Ce jour-là, les préjugés sont respectés : toutes laides, ou quelconques. Il retient au fond des yeux ses lueurs lubriques et possessives, restes de son ancienne vie. Aux guichet règnent les files d'attente, mais nul ne s'impatiente – à bien regarder, les femmes sont nettement majoritaires. Des files de filles. Derrière lui, progressivement, l'espace se transforme en cantine grouillante. Il est étrange en vérité de voir les plats s'acheminer à bouts de bras au-dessus des néons de guichets. Il n'y a pas d'autre accès pour eux. Maintenant c'est le tour de Jabel : un employé lui tend un imprimé en dessous d'une choucroute, il faut remplir un questionnaire et le remettre au guichet suivant, le 16. Le guichetier continue de sourire dans l'odeur de cuisine, cela leur fait du bien à tous les deux.

    Jabel s'isole, remplit son formulaire, il ne parle à personne. Quel soulagement de ne plus se croire tenu, pour peu qu'on aperçoive une femme, de lui faire des avances, flirt et baise gymnastique. Il pensait que c'étaient plutôt les femmes qui éprouvaient cela. Au-dessus de certains guichets, sous la barre du néon, des écriteaux précisent que si l'on décroche un engagement, il ne faut pas "compter séduire le personnel". Et aussi : "Au cas où vous seriez refusé, ne vous suicidez pas" – une main a rajouté "ici". Or juste à côté de lui, tandis qu'il achève d'écrire, un petit ange mortuaire lève une tête ironique et boudeuse : "Suicide ? - As-tu donné ton véritable nom ? - Vousotocars pourrez changer plus tard. Mais ici, on donne son vrai nom."

    La fille lui désigne, au guichet, un homme qui tend quelque chose au guichetier : une carte officielle d'identité. Par-dessus l'épaule de l'homme on voit luire un crâne chauve d'employé, surmonté d'un grand plat de saucisses. "Et en plus, je suis juive" - "en plus" ? il comprend soudain et se tait. La fille lui montre une carte où s'étale un nom polonais comme Wdažnievski. Jabel déchire son formulaire : il a triché. "Vous êtes ashkénaze" dit-elle. Jabel ne dément pas je ne la reverrai jamais tous deux s'assoient à la même table, en s'éloignant un peu. Face à eux, un couple hétéro vient d'achever son repas : ils se tiennent pas le bras, assis, rêvassant. L'homme dit Vous vous plairez ici, j'en suis sûr.

    - Mais ici, reprend l'autre, c'est transitoire ? Ou bien, y a-t-il hôtel, dortoir ? Est-ce qu'on ne finit pas toujours par se faire chasser, pour échouer – précisément – ici ? Je suppose même que les gérants – se refilent nos noms...

    - Le personnel garde le sourire. Il ne vous forcera pas la main. Tous ici comprennent votre cas. Vous n'avez pas encore franchi le pas.

    - ...de la délinquance ?

    - ...ou depuis si longtemps que c'est à refaire.

    - ...vous nous suggérez de retomber dans le délit ?

    - Vous serez à nouveau conquis, par leur gentillesse, par toutes leurs manières. Il règne parmi nous une extrême compréhension. Jubel, par exemple, n'a aucun problème à se faire accepter. Il s'apprivoise. Un jour il franchira le pas."

    Il a regagné sa voiture, stationnée près du parapet. Il froisse sans y penser, au fond de sa poche, l'adresse qu'on lui a donnée. La rue passe sous un porche, puis d'un coup descend en spirale, et lui aussi, d'un coup, s'arrête et tire le frein à main : la chaussée, par-dessous, ne repose sur rien, rien d'autre que de frêles étais de métal, comme un toboggan – ce qui veut dire qu'à l'aller, sans y prendre garde, il a roulé sur l'abîme. Et de part et d'autre, en grands demi-cercles, toute la cité s'étageait en terrasses. Et sous lui, en contrebas, d'autres étagements de toits plats, roses, percés çà et là de bouquets de cyprès. À coup sûr, pas Florence. Le ciel d'après-midi est devenu clair et bleu. Il traversa au ralenti tout un quartier de parcs abandonnés, de murs à demi éboulés.

    Sur un long terrassement à pente douce l'attendaient les Koniev, accompagnés de son épouse Elisabeth. "Laisse ta voiture, monte avec nous !" s'écriaient-ils toutes portes ouvertes, "il reste une place !" Mais il secouait la tête, sans se dérider, tandis qu'Elisabeth, sans insister, l'avait rejoint. Ils roulaient à présent tous deux dans les interminables faubourgs, et le couple Koniev tourbillonnait sans fin dans sa tête. Il avait sa femme à côté de lui, sans plus penser à elle qu'à une annexe humaine. Une ombre, que ses yeux intérieurs traversaient. Ivan Koniev, sa stupidité joyeuse, ses moustachettes, ses lorgnons de ferraille ; Archipova et son chignon noir, son rire édenté. Collants, collés l'un à l'autre, fidèles et fiers de l'être on en reparlera dans dix ans – il regarda sa femme de côté, perdue dans ses songes elle aussi.

    Ils longent de hautes grilles de cimetière, lourde, garnie de ferronneries sans grâce, enchaînés à deux énormes piliers d'entrée ; passé le faubourg de Grave Vecchie, c'est à nouveau la pleine ville, puis une autre, aux accès défendus par un immense embouteillage : carrefours à angles morts, feux rouges à mi-longueurs d'autocars. Ils s'arrêtent pour prier, dans un hangar eclésiastique où l'encens combat misérablement les gaz d'échappement. Derrière eux un homme. Puis deux, puis un autre couple. Le jeune curé les pousse à chanter : "C'est de la merde, chante pas ça." Un coup d'oeil en arrière : des costumes fripés, des gueules de pauvres, une répétition de patronage.

    Une petite fille toute seule, qui à peine arrivée s'impatiente. Et le curé. Qui reprend tout. Qui exige l'immobilité totale, quitte à tour reprendre du début. La gamine en blanc s'agite et rigole, le curé pété de dignité se retient de rire. Pour finir la fillette victorieuse se met à courir à travers la salle, personne ne la rattrape. Nous sommes toujours le 2 février, 2022, le jour où je suis tombé amoureux d'Anne Bettendorf, masturbée chronique. Les filles n'ont pas besoin des garçons. Ni pour jouir, ni pour chier. Mais l'immortalité, je l'aurai. Quand il n'y aura plus de hiérarchie, que la mienne, quand tout le monde vomira sa salade sur mes pieds.

    Le monde ne sera plus rien face à moi. J'aurai démontré le néant du monde, je me dresserai sur ses ruines. Cela se peut. Physiquement. Un mur calciné par exemple. J'explique : tu deviens comme tous les autres, puis tu les détruis tous. Légitime, non ? Comme un père. Tu rates ta vie comme un père, puis te le renie (le ratage, et le père - caïd et victime - et là, tu t'embrouilles grave). Et le 3 du mois, tu vois ton public, tu te touches, tu te salues pour te reconnaître. Plus loin c'est interdit (serrer des mains dans la rue, te dépasser, te respecter) - liberté de t'écrire, tu te postes ta lettre et tu l'ouvres avec impatience, tu souffles sur tes lignes Petit ange dors / Ou je vais mourir on n'existe que par le regard d'autrui ne détourne pas tes yeux distraits si tu prends pitié de toi sois maudit.

    Aux bons soins des éditions Jeanne, Beauvais. Je vous ferai classe pour vous distraire. Je serai ridicule pour vous. Tous punis sans motifs ("Qui me punit, et de quoi ?") Mars. La terre sous mon poids, pas celle du paysan (sa puissance et ses composants - pas de science, pas d'instincts, juste ces racines sous moi). Le souffle neuf de la nature, lecture d'Esther au bord du fossé, Tarn-et-Garonne, Clermont-Ferrand. tout voir entre l'écrit et ce que je lis, sans sujet à gérer - à cela, rien de pénible. Amour sacré de tous les musées. Le 4 mars entrée à Nérigean ; il s'agit bien d'enfance ! ...il s'agit de mythologie. En dix leçons, Le Grand Meaulnes. Mon père. D'autres rêves. Tout ce qui, autour de mon père, formait le halo de ce qu'il aurait voulu être. Et j'arriverais juste pour la rentrée des classes... Qu'ils étaient minuscules ! mon père avit régné sur ces tribus de pygmées, dans un hameaui comme celui-ci. Il y faisait froid et venteux, comme aujourd'hui.. ------------------------------------------------

    Carmensac

    La notion de terroir se nourrit au croisement de l'artificiel et du réel. Il y faut, pour le créer, un apport de soi. Je voudrais partager les propos de cez paysans, roulant voiture. Renouer connaissance avec ces gens simples de mon enfance.

     

    Citon

    Regarde. C'est extraordinaire. Tant de petites aventures. Mes seules petites aventures à moi. Saine aigreur des vents de couchant. Au loin le grondement fiévreux de l'autoroute.

     

    2022 03 04

    Ici trop d'entièreté. C'est effrayant. Tant de pages pour savoir pourquoi j'écris, pourquoi nous écrivons tous. Tant de naïvetés, de fleur de peau. Ce souci comédien de plaire, de considérer toujours l'effet sur le public, Ecrire, ce qui n'est rien, mais jusqu'à penser en fonction en fonction de cela. S'obséder sourdement sur des facteurs de productivité, à l'instar d'un haut-fourneau, fonte grise ou fer pur, pourvu que le laitier s'écoule. Tant de pages ou de kilos par jour, et la certitude d'avoir fait tout ce qu'il faut pour coller ses pages dans un manuel consultable, dans le missel séculaire des textes.

    Rien n'est moins assuré. Sartre voulait très tôt se voir lu dans le Manuel de Lanson, ancêtre du Lagarde et Michard. J'étais rassuré. Plus encore par la vie sans risque, bourgeoise, que j'imaginais : pas même le risque d'une vie bohème. Sartre, par ses moeurs, est resté un bourgeois. Il n'a jamais renié son appartenance à la race d'élité qui se perpétue, vents ou marées, par tous les livres à travers les siècles ; notion de décadence égale ...? Je me relis (à tort) pour vérifier que tout cohère...Bien sûr, nous sommes situés, historiquement. Déjà la multitude de mes interlocuteurs m'effraye. Sartre m'a enseigné à écrire pour tous, aussi bien pour le Vietnamien que pouir le péone.

    Apprenons à chacun, sur la planète, à s'y reconnaître. Pourtant, bienfaiteur de l'humanité, c'est bien dépassé. En quoi le Tintoret, par exemple, l'a-t-il servie ? Que d'inconnus dans le dictionnaire... même parmi ceux qu'on a représentés... Trois quarts d'heure après, je découvre la solution : accepter qu'il n'y en ait jamais. En vérité, c'est là écrire comme à seize ans... "Toujours, creuser, en position douloureuse..." Vanité, enfance. Questionnement sans cesse, sur la vanité de se faire éditer, sur ce fameux approfondissement que l'écriture serait impuissante à réaliser... Sans oublier les relations humaines...

    6 mars 2022, au soir : un adolescent fourbu de rabâchage, traînant déjà 30 ans d'existence, confie aux papiers l'écoute d'une Marche funèbre et triomphale de Berlioz. "Extraordinaire". "Fatigue noble" écrit-il. Pas celle du pue-la-sueur, mais celle de l'amateur, de l'homme qui "étudie ses sensations", qui marcherait "à l'infini à la traîne de [s]es cercueils". Militaire, il "aimait défiler", il ne le fit qu'une fois. Au pas. "J'aime m'agenouiller". Nul tyran n'a songé à faire défiler sur ses genoux. Seul le Christ, et ce qui se targue de divinité. Ces funérailles impliquent une profonde pitié pour lé héros tombé (Siegfried,...) - une grande pitié pour soi-même...

    Mourir en héros... Héros de quoi d'ailleurs... Mourir à la Chateaubriand. Mon siècle, c'est le XIXe. Je serai le Réac Superbe. Je le glorifierai. Ayons le courage d'être facho. Prométhée Enchaîné, sinistre Sirène enclouée, j'avertis ; éloignez-vous de mes parages : je suis privé du droit d'être libre. Soyez-le, du moins. J'expie. J'expie avec douceur des fautes imaginées, qui n'en sont cependant pas moins réelles. Démoniaque, j'aime les robots, d'admire l'uniforme. Ô splendides robots esthètes, ne tuez pas. On ne s'échappe pas. Sic sum, neque aliter. Je crois en l'âme, en Dieu et en l'Eternité personnifiée, vive Péguy (Heureux ceux qui sont morts...)

    7 mars 2022

    Fossés remplis d'eau, d'herbes et de reflets.

    Ligne droite allongée au long des barbelés, au pied des saules.

    S'abstraire des bruits du bitume.

    Retrouver, par-delà les haies d'osier,

    Les prés peignés par les crues.

    A deux pas du tumulte, des hommes qui vont quelque part, se trouve toujours un chemin qui tourne virage dangereux texte garé de travers

    et toujours s'efforcer de penser, d'écrire à tout jamais même en dessous, pour indispensablement d'autres encore - conscience - égale - paralysie - si c'est absent : débride la plaie.

    Plaine de lignes intégrant vignes câbles et clôtures

    Bruit de l'avion recouvrant comme la pelle sur la tombe l'aboi âpre et propriétaire du Chien et par dessus ma tête au-devant de moi le grésillement des 735 KV si je courais très vite il y aurait cet angle nécessaire et calculable où l'arc me frapperait en plein - terrible ignorance - rebrousser chemin - quand je reviens au véhicule hermétique et chauffé, sensation d'un foyer retrouvé.

    9 mars 2022

    Qu'est-ce que la pensée. Qu'est-ce que l'écriture. A trente ans comme à seize. Où la direction s'estompe.

     

     

    ACTIVITES PRO le glorieux

    2011 Réussis le concours d'entrée aux IPES, propédeutique et

    deux certificats de licence.

     

    2012 Maître auxiliaire à N.

     

    2013 Surveillant à St-Léon

     

    2014 Etudiant à Tours

     

    2015 A Rennes 1er poste d'enseignement. Pédagogie encore brouillonne mais nettement libertaire

     

     

    ACT. LITTERAIRES

    Tenue d'un journal, essais de réflexions éparses sur Hitler.

    Réfection des « Grenouilles » d'Aristophane.

    DESTIN

    ETUDE DU MILIEU

    Riche activité sexuelle : prostituées accueillantes, elles, au moins ; homosexualité passive. Commence illico un traitement psy.

    Peur panique des élèves.

     

    Mariage.

    Découverte de la férocité bornée de tout supérieur hiérarchique, quel qu'il soit.

     

    Découverte de la lâcheté dépressive du conjoint ; de l'amour possible d'une autre (M.B.)

    Découverte de la révolution, incompréhension totale d'icelle, enthousiasme non moins total.

    Découverte de la saloperie inhérente de tout sup. hiérarchique, indistinctement.

    (2011 – 2036)

    PROBLEMATIQUE

    ET PERSPECTIVES

    DIALECTIQUES

    Veux devenir écrivain – mais n'écris pas.

    Amitié avec un groupe d'étudiants : Cremoux, Dardennet, Fourchade.

    Année d'alcoolisme et de bonheur. Camaraderie féminine toujours en abondance.

    Découverte du milieu cannois de la danse.

    Découverte de l'amour de tête masculin, de la camaraderie masculine.

    Naissance d'une vocation de voyageur amateur d'hôtels.

    Désir de solitude

     

    2014 Maître auxiliaire à L.

    Cours sur Les 3 messes basses, apprécié (applaudi). Cours sur Le Cid, inénarrable. Sauvetage de Frei, fille de 16 ans balancée en 6e.

     

    2017 Tintélian. Fantaisie appréciée en classe. Cours : sur les causes de la guerre 70, lectures du Sous-préfet aux champs, Tristan et Iseut, Zorbec le Gras, applaudis.

     

    2018 Beauvoisy. Cours appréciés. Les 3 messes basses encore applaudies. Pontivy. Que des garçons. Ambiance détestable.

    ACT. LITTERAIRES

    Monségur 47, 1e version (il y en aura 6) – toutes refusées.

    Toujours Monségur 47.

    Lecture du Rivage des Syrtes.

     

    ETUDE DU MILIEU

    Découverte du sinistre des cimetières, des promenades avec le Père.

    Confirmation du caractère salopard inhérent à toute fonction de supérieur hiérarchique.

    PROBLEMATIQUE

    ET PERSPECTIVES

    DIALECTIQUES

     

    Connaissance avec O'Storpe, seul chevelu.

    ACTIVITES PRO

    2019 CPR à Rennes

    Cours sérieux, super-

    visés hélas par des

    conseillers pédagogiques.

     

    2020 GAMBRIAC

    Grand succès : cours

    de 2h à 90 élèves sur la

    musique : je commence

    par Sylvie Vartan et je

    remonte le temps ;

    2h après, 90 élèves

    écoutent religieusement

    du Bach...

    2019 VARIGNAC

    Inéresse toute une classe à « Horace » de Corneille. Considéré par certains (Pauty !) comme « le meilleur prof de tout l'établissement »...

    ACT. LITTERAIRES

     

    Le chemin des Parfaits, 1e version (avril)

    Le test, 1e version 28 12

    Les quêteurs de beauté,

    sept. 73, 1è version

    Jehan de Tours, 1e version.

    Le ch. des Pfts, 2e v. (03)

    Ventadour, 1e v. (22 05)

    Jehan de Tours, 2e v.

    (amour de tête homosexuel)

    Le bûcher d'Elissa, 12 09 2022, 1e version.

    ETUDE DU MILIEU

     

    Deux filles stagiaires;

    Sentéral et Polissé. Mais

    je suis réservé.

    Je méprise ouvertement mes collègues sans m'en

    rendre compte... Ils me le renvoient...

    Amoureux fou de toute ma classe de 3e A, presque uniquement des

    filles.

     

    PROBLEMATIQUE

    ET PERSPECTIVES

    DIALECTIQUES

     

    NAISSANCE DE

    LILI 24 02

    15 05 2017 13h35/13h45

    Près d'une femme. Trouble agréable et fauchant.

    Ne sais que dire : tout idiot ou convenu à mon goût.

     

    Rêve : lapin mangé

    : victime compissée de filles (en intraveineuses)

    Masochisme – dispersion du moi, vivant dans chaque parcelle de l'ostie.

    ! Avec Marie-José renversée sur les poubelles de Condé

    ! Les poils roux. La goutte d'urine.

    ! Clotilde contre le mur du puits.

    L'instituteur sanguinaire pompe le sang de la carotide. Extases sur le lino du palier.

     

    Mon enfance, c'est surtout Louvetière et St-Lyson. La petite chapelle au grenier, autel, dessins (par moi) du chemin de croix.

    Je bande en lisant les récits d'écorchements assyriens, d'écrasement par éléphant, etc.

    Ecueil : que ça devienne du Michel Leiris.

    Tous ces souvenirs sont banals.

    Ma mère nue et sans poils, immaculée.

    Le père, sexe coincé entre les jambes.

    Quand il... à côté de moi dans le lit à Guimbreville.

    Raconter le voyage ? ---> Echec : voyage en 2016 dans les Pyrénées, le traversin que ma mère veut intercaler entre lui et moi.

    Lourdes. Les vieux. La mère qui clopine. La procession.

    Gavarnie. Volupté du renoncement culpabilisant de ma mère.

    @ J'assume le masochisme-sadisme de chaque membre du couple.

    Complicité moi-mon père : lac de Gaube, rucher de Pasly.

    Le rucher

    critiques de ma mère

    l' « homme-aux-abeilles »

    petit bois, lié aux « creuttes » d'arrière, les accidents.

    Le pique-nique familial...

    @ Quand j'y repense, tout n'est pas si sombre.

    Je me suis complu à ne me souvenir que du désagréable.

    Explorations de Pasly solitaire, en parlant seul. Les creuttes visibles.

    La pulvériseuse.

    Le monde imaginaire, à lier à mes souvenirs.

    Charabia, - biens, bœufs, boisx [sic] =, etc...

    « Gratter à la binette » les escaliers de Buzancy.

    L'œil-de-bœuf, les élèves en rangs qui s'éloignent. La cour semblait immense.

    ÷ Je me vois toujours gai, pas plus insupportable qu'un autre, très marqué par la promiscuité, simplement.

    Désolidarisation de celui qui s'est cru persécuté

    mais n'oublions pas que mes chocs subis ont été réels.

    Mes souvenirs, à la file, mais creusés, isolés en épisodes finis, sans exagérer, ne pas faire un recueil pour Eurêka...

    Ces sujets m'intéressent, mais il me les faut terminer (lapsus freudien ?) - DO miner.

    Antécédents : Le grand Meaulnes, etc., Pagnol.

    Orgueil : rentrer dans un cadre littéraire commun aux autres.

     

     

    Je ne veux faire l'attendri que les jours où je le serai sinon j'aimerais être aigre et sanglant.

    Comment utiliser tous ces matériaux ?

    THEMES

    Titre global de l'œuvre : « La mécanique compensatoire »

    Thèmes entrevus :

    promenades seul avec le Père (à Tanger, interruption)

    (quelques-unes après le mariage) – Escapades. Mon père m'adorait,

    comme une prolongation de lui. Il pouvait sans honte s'aimer

    en moi.

     

     

    I – Promenades mémorables

    1. a) avec le Père

     

    Vers les ruches, en jouant au “si c'était”, aux métiers (20 questions)

    Transposer le Père en grand frère, plutôt.

    1. b) seul

    Mes deux étapes obligatoires : église (= interdits sexuels, sermons du Père) et cimetière ---> mère,

    obsédée par la mort, }

    ou plutôt le Temps } pour apaiser ma culpabilité de la quitter.

    Le voyage était pour retrouver mon père, et ma mère...

     

    II Mes cimetières

    Liés à mes souvenirs de Carlepont.

    (penser au cimetière de ce village, “familles Jamais-Renié”, “Despoires-Gâtey”), cauchemar de la tombe qui crève la terre et se fend.

    Je dessinais des cimetières à Carlepont.

    Ma cousine, 12 ans, se masturbant pendant que j'enfonçais mes doigts...

    (j'étais alors attiré par le vagin, et pas du tout par le clitoris, “petit bout de chair”.)

    J'aimerais revivre ça, mais avec conscience, et non pas mon ignorance d'alors.

    ---> Françoise confirmée en Bernadette de Nantes

    (qui peut faire l'objet d'une nouvelle) (voir le résumé)

    surtout bannir le réalisme-souvenir

    | Je masque pour intéresser, non pas que je veuille cacher, puisqu'au contraire : exhibitionniste, mais pour ne pas parler de moi.

    Il faut que les autres puissent se retrouver à travers mon individu.


    Faire même du porno si ça peut me défouler.

    Ex : cours d'anatomie sur Bernadette avec le dico médical à côté.

    ----> C'est alors que je me suis mis à surestimer le clitoris (découvert cela) { . Révélation d'un certain androgynisme de la femme

    { ---> Peur du clitoris-pénis ? du Père ?

    en tout cas : ça coïncide avec les interdictions furibondes qui ont pesé sur mon flirt avec Babette N. (qui, lui, s'amorçait normalement, comme pour n'importe quel garçon de 14 ans)/

    Ici j'arrête de vouloir penser.

     

    04 06 2019 Rêveries d'avenir

    Wi-Fou-Wo, succès.

    D'où vient ce goût des femmes mûres ?

    J'ai plus (ou autant) besoin de protéger que de l'être.

    Amour resté en bouton pour ma mère, ne demandant qu'à s'épanouir pour une autre ?

    N.B. Désir plutôt de se blottir, de cunnilingus... ---> Honorer le pénis de la mère, se concilier ses grâces.

     

    Ma mère était mon père, mon père était mon frère.

    Désir en tout cas de sécurité : une femme mûre ne m'en fera pas voir comme une jeune fille.

    Une délation est à craindre.

     

    Imaginer une conversation entre moi et Bernadette, qui aurait 18-20 ans, seuls, comme j'aimerais, où nous rappellerions ces moments : “Suis-je encore un salaud pour toi (vous) ?”

    J'aurais encore du désir pour elle ; mais les scènes érotiques avec la Bernadette de 20 ans seraient imaginées. A la fin, une ellipse comme : “Elle dégrafa son soutien-gorge...”

    Rappeler des épisodes par la conversation.

    Promenade avec mon père = faire l'amour avec mon père.

    Fellation : emmagasiner sa force

    m'humilier d'en avoir douté parce que je me sens coupable

    1. mon “viol” de Claude, de Cyrille.

    Me rappeler comme j'étais, pâmé, pensant à cet instituteur-vampire.

    Je ne trouvais pas mon père assez sévère, assez puissant, tant ma mère l'avait diminué ; peur de l'orage, des éclairs (il tonne en ce moment, justement).

    Le désir que mes parents meurent : commun avec l'humanité...

    J'aime me faire peur avec des histoires de mort.

    Devenu plus lucide – avec d'autres femmes, je verrai…

     

    Relations homosexuelles, culpabilisantes, pour “rattraper”. Je pliais exagérément, à 16 ans, sous mon père ; en réalité, j'aurais (peut-être ?) pu faire ce que j'avais voulu, car il n'avait pas d'autorité réelle.

    Voilà pourquoi j'ai passé sans cesse des examens, m'abstenant de toute aventure. Voilà d'où viendrait ma paralysie avec les filles.

    Je jouis mieux quand je me répète : “Tu fais ce que la société attend de toi.”

     

    Ce n'est pas la fille qui me fait peur ; c'est une main qui me retient de l'intérieur. Si je surmontais cette “crampe”, il me semble qu'une vague d'indifférence molle me submergerait ---> interdit surmonté ---> castration effective.

    Il faudrait qu'alors je pense “Merde papa”, et que j'avance le bras...

    Apprendre à l'autre la masturbation ou la voir pratiquer ---> désir de partager avec l'autre (sexe) la culpabilité de l'onanisme.

    Quand je la vois faire, je lui dis d'arrêter, par peur qu'elle devienne idiote - ! ? -

    Désir de manger l'autre (penser aux phantasmes où je me voyais mangé). Je me précipite avec la bouche (léger dégoût, style “faut y aller” - en diminution maintenant) pour éviter un contact avec le sexe.

    C'est une conjuration.

    Entrave posée au développement sexuel ordinaire.

    Régression à la sexualité infantile.

    Paralysie : je dois réellement me forcer. Véritable panique. Je sens, de plus, que cette panique, un accès de raison, me ferait dire : “Et puis non, n'y allons pas.”

    Avec E., je n'ai jamais eu cette paralysie, même au début. 6 06 2019

    Conception de la vie – Conception de la littérature

    La vie comme un don – La littérature comme un don.

    “Soyez parfaits comme votre père céleste est parfait”

    Le présent. Le présent éternel. Je suis le soleil qui réchauffe ses enfants.

    Le sage n'a pas besoin des autres. Il trouve en soi l'atma, le brahma, sa force.

     

    Editions : sans arrêt

     

    Je lis Arnaud Desjardins.

    Renoncer me fait frémir. J'ai besoin que ce soit très progressif.

    Balancer mon carnet vert ? Peut-être un jour, en emménageant, facile.

     

    A Elias Fels ? en cours de réintégration dans un vaste cycle.

    Je souhaite : liberté – extension indéfinie de l'ego. Pour cela, détruire l'ego afin de s'en faire un nouveau.

    Réussir d'abord, renoncer ensuite.

    Pourquoi est-ce que je veux écrire ? Réaction de défense contre l'engourdissement qui me gagne. Servir. Prendre la résolution de brûler ces papiers.

    Voyez ce que vous pouvez attendre en fonction de ce que vous pouvez donner”.

    Une femme supporte un mari brutal.”. “Accepter sa destinée, car c'est toujours celle qui vous convenait le mieux” - au fond, je n'ai aucune idée de révolte. Mais je voudrais bien ne pas tourner à la passivité. Préjugé : quand on Est, on ne pense plus à rien. Or j'aime la diversité, le tumulte de mes pensées. Ce que je veux ? la Liberté, qu'on me foute la paix.

    Servir : ça c'est facile ; renoncer à mon moi, à mes tics...

    C'est normal au début. Quand quelqu'un meurt, je crie “Liberté !” même si ça n'a aucun rapport. Je veux ça, et aussi 1) laisser un nom 2) baiser 3) du fric. Comme tout le monde. Mais avant que je renonce, je voudrais un tout petit peu.

    Echec professionnel : impensable ; ma profession est de servir, justement.

    Mais autre obstacle :

    il faut parler à ces femmes avant de les toucher.

    Problème des relations humaines

    - de la conversation.

    Progrès fictivement constatés : - je sais marcher (plier le genou, mes pas moins grands)

    j'ai moins peur des élèves

    je sais répondre à n'importe qui sur n'importe quoi, reprendre sur le dernier sujet abordé.

    A faire : - parler le premier (et pas uniquement avec les yeux)

    - pousser la conversation jusque sur le terrain physique

    ne pas être frappé d'impuissance ou de brutalité au dernier moment.

    Et je peux très bien écrire pour servir.

    arrière-pensée : ainsi mon moi sera satisfait par la gloire.

    Il faudrait plutôt savoir : par quoi puis-je le mieux servir ?

    Ecrire n'est pas si mal.

    Vouloir baiser “pour servir” par exemple... Après laisser tomber, mais d'abord...

    Ecrire : expression du moi, ex-pression, ensuite, débarras. Ne pas avoir peur – toutes les tendances sadiques, etc : cela me libèrera – mais cela risque d'entraîner d'autres vers les mauvaises voies.

    Fric : peut-être ce dont je me passerais le plus aisément (rester du moins dans mes limites actuelles ; mais si je n'avais pas une femme...)

    Ma femme est à sa manière l'instrument de la volonté de Dieu. Tout se brouille un peu.

     

    Il faut un maître... encore un psychiatre ?

    Le problème le plus intéressant pour moi (j'y reviens toujours) : la création littéraire.

    Avant baiser. Car c'est ma justification. Mon ego en a besoin.

    Il doit s'en purifier, au moins.

     

    Plus tard

     

    Voilà. Il paraît que je suis fait pour écrire. C'est O'Storpe qui l'a dit. Et O'Storpe, c'est quelque chose (intercaler le passage sur lui) – un double, mais distingué, britannique et tout, futur raté comme moi – conjurons ! conjurons ! Comme je lui disais hier : “Patrick, tu es tellement beau, que si j'avais le courage d'être pédé” (suivez-bien mon intonation je vous prie) “je te sauterais aux couilles ! - Génial...” (Il ricanait) … Génial...” Flatté, gloussant. “Je t'agrandis tes cartes géographiques, je te les reproduis sur soie, je te trouve un imprimeur, c'est l'imagination pure”... “Tu ferais des conférences.” ...Que je me souvienne seulement que je suis un mortel, un artiste mortel. Un Victor Hugo mortel. Faites que je digresse moins. Faites que... Faites que...

    “C'est l'enfance qui va resurgir devant vous bonnes gens, un pays qui sort de l'eau, tout plat, tout géométrique, sous forme de carte. Géographie à plat. Ce ne sont pas des souvenirs que je vais raconter avec la pointe d'assaisonnement à l'ail façon Pagnol. C'est du sérieux. C'est le plus sérieux. “

    Première carte. Arkhangelt. Epaisse comme un limon. Molle comme un berceau. Mes armées sillonèrent ce royaume, déchiré, attaqué par une mondiale Coalition – venue du Sud, du Soleil, du Père ? J'avais inventé d'autres pays plus au sud, “au Sud du Sud” ; mais de sanglantes batailles avaient eu raison d'eux tous (à Ste-Françoise-le-Lac) – là, je vous l'accorde : Françoise, c'est ma cousine, qui m'a si l'on peut dire dépucelé ; le lac, symbole sexuel évident ; la bataille des culpabilités – nous tournions autour des tonneaux debout, sous les gouttières : “Dis Aline, on les recommencera nos cochonneries ? - Tais-toi, si tu veux qu'on puisse les refaire !”

    ...Les escargots volants, la pulvériseuse, le char... Tout cela s'expliquera. Il y avait – il était une fois une arme, terrible, très efficace, mais aussi, très imprécise. Visait-on un groupe, celui du milieu s'abattait, les deux autres restaient indemnes. Mais je vous expliquerai plus tard ce qu'était la pulvériseuse.

     

    VRAC 30 08 2020

     

    On met du temps à devenir jeune (Picasso)

     

    N'ouvre pas si tôt tes remugles entrecuissiers : je ne mérite pas d'être sauvé. Je chie sur tous les Rédempteurs. Sauvetage obligatoire. Demandez et il vous sera accordé. Tendez la main on vous hissera. Trois fois.

     

    Ah, ce n'est pas moi qui écris ; ah, ce n'est pas moi ; vous allez voir, petits merdeux superficiels.

     

    Défoulons-nous d'abord. Souillons. Soyons grands ensuite. « Et on te couronne pour ça ? » Ma mère, ma con de mère, confinée dans son « Bonnes Soirées » confite au Guy Lux... Ne te retourne pas dans ton cercueil, ça fait de la poussière, et ça pue... (...bis...)

    L'addition s'allonge ! quel compte à régler ! quelle horreur !

     

    Tu t'es laissé avoir par le sommeil et la facilité.

    Sois puant.

     

    Le chien, ma fille, le chien, ma femme, et mes parents larmoyants suppliants à l'arrière-plan : déterrez-moi tout ça ! déchampignonnez-le moi ! Et pourtant c'est vivant... mais ça pue comme une grille d'égout, où passent, dans les eaux de vaisselle, les immondices streptocoqués. Je déteste tout le monde sauf moi ? Mon mépris de moi n'est pas sincère. Je ne me sens même pas dégueulasse – parce que je mens. Il existe une autre vérité – merde aux lénifiants.

    Dans 15 jours, j'y verrai plus clair.

     

    2020/2021 ?

     

    La haine, d'abord : le fruit de la haine, l'amour.

     

    Si tu crois être immortel, prends garde, tu es un con. Si tu crois que tu écris, tu es un con. Si du haut de ton heure matinale, tel jour, tu te vois, tu te considères en train d'écrire, tu es un con. Car rien de tout cela ne pèsera plus qu'un nuage de poussière au jour du Jugement. Amen.

     

    La radio gueule, et Thérèse est dedans. Les chansonnettes pour Thérèse. Je hais ceux qui me font du bien, en me cernant, en me dictant de leurs faces enlarmées ce que je dois faire.

     

    Tu ignores que faire le Mal sauve plus que faire le Bien, car le Bien est identique, et le Mal multiple. Malheur à qui s'abandonne en chemin !

    Car ce que je dénie, et conchie, c'est ce que j'aime. Malheur aux cons catéchumènes qui en sont restés aux préjugés d'antan !

     

    16 – 10 – 2020

    J'aime surtout rêver. Une douce lumière d'après-midi joue sur mes pages. Douce également la musique. Éviter l'élégie.

    Tantôt d'une méthode, tantôt d'une autre. Ils s'obstinent longtemps, même et surtout si c'est inadapté, si c'est inefficace. La pipe s'ils en ont se fume, l'inspiration traîne, parfois jusqu'au talent. Et de reprendre sans cesse, de récrire en mieux. A d'autres, qu'ils ignorent, d'assiéger les maisons de passe à livres, de nouer d'appréciables connaissances, ce que les miens ne savent pas faire. De se faire publier. Mais ceux que j'aime ne sont pas de ceux-là. Ils n'osent habiter nulle capitale, ils n'oseraient paraître. Et c'est à longueur d'heures qu'ils écrivent, glanées parmi leurs emplois du temps besogneux, nourris de ce qu'ils ne peuvent, ne savent écrire.

    Je songe à Marcel Proust qui raconte en trois tomes comment il s'est enfin décidé à composer ; à Joachim Du Bellay, qui explique tout au long sa manière d'être inspiré. Mais Joachim fut seigneur, et Marcel riche. Ceux dont je parle se consolent en se penchant sur eux, sur leurs liasses provinciales d'impuissants sympathiques dont les rêves alimenteront quelques jeunes suiveurs. D'autres pipes, la lumière s'intensifie, l'esprit s'émousse, l'auteur s'arrête, retourne à ses briques, à ses copies, touche à ses limites, dans une époque aussi noire qu'une autre. Il sait qu'aux temps constants de décadence chacun perd. Il admet difficilement qu'une seule page suffise. S'il savait qu'il la referait, il songerait à l'humanité. Voici pour finir le moment crucial. Fini de baguenauder de la quéquette. Il faut s'attaquer à un sujet, sortir de soi. Un courant d'air qu'ils supportent mal.

     

     

    X

     

    Il était une fois un schizophrène (bis). Il exerçait le doux métier de professeur et lassait tout un chacun de ses nombrileries. Il voulait ne jamais quitter l'œuf. Écrire sans effort, au fil de la plume. Et s'indignait qu'on vînt le lui reprocher. Comment écrire sans souffrir ? Comment oser dresser son flûtiau parmi les grands arrachés des puissants trombones ? Cependant ne va pas succomber au piège de la méthode. Noter successivement n'est pas l'unique salut. Libre à toi de penser qu'un peu de publicité, qu'un peu d'admiration habituelle, transformerait tes manuscrits en belles pages au programme. Souviens-toi de la page sur Céline, parce qu'il faut bien décemment, parler de lui ; mais trois pages pour les « poèmes unanimistes » de Jules Romains, normalien, de l'Académie Française ; ainsi se retrouve-t-on étiqueté dans la vaste armoire à confitures de l'Histoire.

    Survient soudain le Révolutionnaire, ignorant tout de Proust et de Gide, et qui te fusille pour tiédeur. X

    Parfum d'église - Orgue de Haendel

    Chaque heure mûrit et se gâte. Le fiel du temps perdu. L'absence de souffrance se fait cruellement sentir. Le pain amer de la réflexion se révèle indispensable. Jamais pourtant le niveau de mon soc ne s'abaissera au-dessous de la croûte terrestre. Le soc fixe l'éphémère. L'ennui se déguise en rêve, la musique en pensée -

    30 10 2020

    Dépayse-moi. Dans le temps et dans l'espace. Laisse couler devant moi le fleuve d'acier où surnage et tourne une sirène bleue. Verse-moi les rythmes et hache mon rêve, et le soleil qui baisse baisse derrière la vitre et va m'atteindre. Une vieille solitaire à sa table sphinx banal ouvre son sac répugnant, chairs supposées molles et moleskine empestée, comment deux êtres qui s'aiment peuvent-ils se retrouver, petites ailes errantes, tonne, juke-box, mâche ta laine de verre. Ombres passantes ouvrant la porte dont les reflets sans me trouver me cherchent, la musique de joie tout étrangère, à travers des dix et quinze ans, à travers les crachouillis d'un transistor tout contre mon oreille.

    Buffet de gare lieu d'avortements de rêves répugnants sitôt qu'approchés, peines d'autrui aux parfums d'asticots dans votre main, moment présent soleil verre acier musique -

    Suspendu aux projets d'autrui, ne suis-je pas coupable de devancer autrui, d'imposer à l'autre mes projets confus. Force de la double vie, impuissance face aux barres de fer qui tombent en cage. Le massacre par le silence. Convoquer l'amitié ou la répudier quand on le veut. Je serais sûr de trouver quelque chose, si j'étais seul. Idéal classique : la coïncidence de la pensée et de la forme ; la recherche de l'Eternel humain par l'étude de soi seul. « Le vieillard s'intéresse à son nombril ; le jeune, au monde. Le monde gît au nombril des vieillard. Lao-Tseu. Lève-toi descendance, aube crépusculaire.

     

    X

     

    Cinq heures et quart (je pensais autrefois que c'était 10 minutes, et 15 minutes, un quart). Je pense en Jérémie à la vitesse de la pensée (la plainte donne des ailes). Nous regarderions depuis notre trône avec un sourire béat l'estimable troupeau des humains qui feuilletteraient notre livre. Le livre unique que notre rêve rêva d'écrire. Un jour tout sera langue morte, lettre morte. Version de potaches à venir. Jetant parfois vers le ciel de longs regards humides d'allégresse et de reconnaissance. Tout l'univers sera peuplé de nos semblables. Comme ils doivent être heureux, les rédacteurs de la Bible, sur leur petit nuage chauffant.

    Mais pour offrir à l'Homme un ouvrage à sa mesure, il faut lui demander ce qu'il préfère. Il paraît que c'est à reconnaître l'autre que l'on devient adulte ! Comme on doit se sentir humble, terrorisé ! Cette terreur qui rôde en cercles... Notre cerveau l'aura captée comme une source d'énergie ; bénéfique et logique. Les autres me font plus peur que la mort. Que pourrions-nous leur offrir - qu'ils n'aient déjà dévoré ? en sont-ils plus avancés ? Forger l'humanité à son image – Dieu lui-même n'a pas assez tenu compte qu'il n'était pas seul au monde. La vérité n'est pas belle à regarder. C'est Jean Rostand qui le dit...

    A l'hôtel nous avons jeté Cioran dans la corbeille. Ce sont des suées d'angoisses – l'humain dévore tous ses livres. Même s'ils la flattent. Immense est l'Himalaya des clichés, profonds les ravins humanistes – vue de l'esprit, petit morceau des mémoires – vous, là, l'ermite ! sur le vrai chemin, vraiment ? les figues et le riz dans la gamelle ? quelle honte aussi longtemps que ce n'est pas nous... Le Mont des Pleins d'Allant se tient en face, percé de carrières à ciel ouvert mais moins que l'autre. Ici tu méprises quiconque n'est pas toi. Demain matin nous dépendrons d'un véhicule pour nous rendre à nos lieux de travail. Nous devrons parler au conducteur – Nietzsche, que ferais-tu ? nous faut-il donc dissimuler ? nager dans ses brumes – que le moindre coup d'épée tranche en tronçons. Et le moi de chair est le seul agissant – le sceptre d'Aladin retourne dans sa lampe et ferme sa gueule encombrante. Quiconque le suivra sur ses chemins de liberté, ce Moi génial, affrontera les cris et les larmes des abandonnés, jusqu'à l'incarcération, jusqu'à la décollation. Nietzsche divague.

    Souffrance viscérale des angoisses vides : ce que vous faites d'elles ? cette furie de se taire, ce silence d'autrui ? Silence des disciples qui n'écoutent plus, pourquoi répondre disaient-ils si vous vous en foutez ? Le conducteur chantonne une rengaine entre ses dents, la femme que j'aime est terrassée par le mutisme.

     

    23 mars 2024

    Se peut-il que le vin m'abêtisse à ce point ?

    "Rafles nouées au cœur des forêts mortes" - excellent, gratuit, hors du monde, à chier.

    Se peut-il que vous hantent seules les fesses en gouttes d'huile d'une basketteuse.

    "Tonner contre l'injustice" (Flaubert ?) mais l'injustice est loin et le ventre bien lourd. Le mal que j'ai à simplement me faire.

    Trop de monde et je suis en situation. Je le découvre juste. La route gèle. Ce sera dur demain. Un ami écrit à son ami. Cela fera de la littérature.

    Corps, corps sans fin qui montent l'escalier. Ces fesses, ces rires. Qui atteindre ? Verrou tiré. Nous n'atteindrons que nous-mêmes. Nous ne violerons que nous.

    L'alcool tisse un voile plus fort. L'alcool renforce le voile réticent. Femmes, reconnaissance et gloire il sort de tout cela une invincible immaturité, inébranlable barrière. Ni communication ni connaissance. Pensées cousues dans le manteau malade du Non-Être. Je dessinais mon arbre jusqu'aux lisières de la feuille, l'arbre ne s'arrêtait jamais, sans autres je ne suis rien. Jean que j'aime pour la frime, Jean pour le décor. D'autres modèleront le nez dans cette forme informe. Ils parleront plus fort que nous. Une heure pour la frime, une heure pour soi : raisonnable ?

    Quand le temps presse et que la vie est douce. J'envisageais déjà ce que je veux bien faire : garnir les boîtes aux lettres. M'envoyer à tous vents. Semeur perclus aux graines trop pesantes. Jamais les corbeaux ne veulent ni n'obtiennent de réponses. Pensées dissoutes. Circulation sous les fenêtres. Rires des basketteuses sur la rue gelée. Lecteur hochant la tête avec componction. Ni art ni littérature. Ici n'attendre nulles fondations, jalons, espoirs. Ni langue. Je pleure et je ricane. Ce sont là nos médailles. Aujourd'hui posthume. Plan bien net et emploi du temps.

    L'autocar est reparti avec ses basketteuses. Après quelques chansons innocemment paillardes, elles s'assoupiront. Un autre jour elles danseraient, les hanches à craquer les falzars, J'aimerais être l'une d'entre elles, ou l'un d'entre n'importe qui. Que je sache en quoi je ressemble, ou diffère. Je ne suis pas gauchiste, ni collectiviste, je veux juste être regardé, juste être (mon odeur s'évanouira, ainsi que notre obscénité) - faites que nous comprenions tous un jour.

    29 avril 2022

     

    Je ne parle bien que de moi. Arielle portraiture à l'atelier une jeune femme. Je reste seul pour garder Giulia. Tout y passerait, du coq à l'âne, en une interminable récapitulation. Un document paraît-il. Qui n'intéresserait personne. Renoncer à écrire est si dur ! C'est là que se situe la dignité. Les pages s'allongeraient à l'infini. Comme un long chemin creux défoncé par les tracteurs. Je sentis alors une bouffée pince-cœur de mes amours de 18 ans. Je voulais combler mes étapes. C'était mon noviciat. Maggy s'asseyait volontiers sous un arbre, « pour rêver à son ombre ». Nous nos promenions loin de tous, de prairie en fourré, et toujours chastement.

    Même je me souviens qu'elle refusait de desserrer les dents pour nous embrasser. Ma langue butait contre ses incisives. Je n'ai jamais rien osé de plus que la serrer tout habillée dans l'herbe contre moi. C'est elle, et non mon père seulement, que je cherche dans les odeurs d'herbe foulée, dans les brindilles que je tourne entre mes dents. Les promenades avec mon père datent de plus loin. Et ce frémissement de la résurrection que j'ai senti dans le chemin, c'éait Maggy qui me l'avait donné, le souvenir de Maggy, et non celui de mon père. Tout cela n'intéresse que moi. Qui peut le dire. Qui relit ces interminables confessions enfouies dans les commodes de famille. Combien de vies de femmes, en particulier.

    Je suis une femme. Ou bien, une quinquagénaire. « Tu parles comme à 50 ans » Qui a bien pu me donner cette âme défleurie… Qui m'a placé dans l'âme cette plainte perpétuelle,Cet apitoiement sans relâche. Sans avoir pu connaître Henri Miller ni Charon. J'ai serré la main de Béjart sur les marches du Grand Théâtre de Bordeaux. Nous avons frôlé le grand monde Arielle et moi. Nous avions 22 ans. Puis les névroses ont exigé leur tribut. Celle d'Arielle, et la mienne. Ainsi donc cette femme, ce modèle est venue. Elle s'est poliment penchée sur le petit lit où reposait dans la pénombre l'ombre de Sonia. Je suis seul à présent dans le foutoir intitulé « salon », parmi le feutrement intermittent des voitures, et du frottement de mes chaussettes sur le radiateur éteint.

    Ariel est descendue chercher le transistor : le tourne-disque a grillé. Vie délibérément choisie, médiocre choisie. Médiocre universel, œuvre géniale. Le parfum terne que chacun souhaite. Humains enfouis, humains à plaindre. Somnolents, bâillant. Si je tenais le marteau-piqueur, je n'écrirais pas. Qu'est-ce qu'un « personnage » ? est-ce que je me ressens ? Niveau gratte-peau. Pleurez, doux alcyons, pleurez – à mon commandement : ouin-in-in-in – j'entends là-haut des airs d'opéra, un chien à quelques rues… Je ne m'appartiens pas – le passé m'appartient. Ce n'est pas moi, empaqueté. Ma mémoire. Je suis responsable. Moment délicieux. Vérifier la fermeture de la porte – pas d'idées nouvelles. En plein été je porte un pull léger.

     

    X

     

     

    22 04 30

    Prendre la plume assombrit. Je viens de lire un court chapitre sur le donjon de Bassoues dans le Gers. Il me semble sentir encore les chaleurs des étés, les bourdonnements des insectes. L'herbe odorante. Autres fadaises. Sensations désormais sans communication. Brume et désuétude.

     

    22 05 20 salle 11

    La salle froide et sans germes. Pieds d'enfants ammoniaqués, d'avant-hier. Carte géologique aux rouges et bleus crus-chauds. Simple espace où viendront se caser les rêves multiples et agrandissants.

     

    22 06 07

    Jean-Paul Lascassier aligne des mots. « L'écrivain déteste les mots » : titre ? Qui demande nos histoires ? nos ennuis ? L'extase de la puissance ! disaient-ils ! D'où vient le mal rongeur de Jean-Paul ? de son corps ? il faut bien manger, bien dormir. Ô légions étrangères si épanouies ! Les tourments qu'on écrit seront-ils nécessairement les plus légers ? C'est pour que l'on dise plus tard pauvre de lui – qu'il a souffert…

     

    22 08 10

    Très vite comme on se soûle. Que j'écrive. Journal d'Anaïs Nin. Qui vit ce qu'elle rêve au moment même. En telle compagnie. J'ai mon Miller, j'ai mon Artaud. Je vis dans la dissimulation. Elle ne souhaitait pas qu'on lise. Quinze mille pages. Pas avant trente ans. En être encore à me laisser guider par le dernier à parler fort. Je voudrais tout récrire. Plus encore à mon écoute, à mes envies – chemin de perdition.

     

    22 08 11

    June ignore ce qu'est la sincérité, vit dans le reflet des autres. Oui, j'ai joué. Après avoir lu je récris, désormais je signe – errances épuisantes au milieu de la ville. À grandes enjambées entre les bassins à flot – pavés, rails interminables serpentants et cisaillés venus des murs d'usine et disparaissant – préférer le discours d'un hindou à tout voyage en Inde – survivre plutôt en personnage qu'en homme « et j'ai horreur de ce qu'écrit Henry, ce qui nous fait rester en alerte, pour enregistrer » - ce sans quoi nous n'existerions pas – d'où vient ce qui nous éveille ? « ...et nous joignons nos mains » - ces gestes impossibles entre hommes -la main d'O'Letermsen pendant derrière le fauteuil et mon cul tandis qu'il conduisait de l'autre Tu es si beau que si j'étais pédé je te … - Génial, répétait-il, génial ; pourquoi n,'écris-tu pas ? tu as peur... » « June n'atteint pas le même centre sexuel de l'être que l'homme. Cela, elle ne le touche pas. Qu'émeut-elle donc en moi ? » - tout fixer à mesure, citation 2101 – profiter du matin, coincé ente l'éveil imminent de l'enfant et l'envie physiologique de pisser.

    Toujours l'obsession du Jugement. L'odieuse adolescente obsession de la postérité (ce n'est pas le texte primitif ; ce n'est jamais le texte primitif). Je vivrai en 52, en 62, et je serai lu. Moi qui me relis, je crève de gêne June est une personnalité développée jusqu'à ses extrêmes limites. J'admirais ce « savoir-blesser » qu'elle avait, qu'elle n'a plus à présent que nos dents sont tombées je suis prête disait-elle à m'y faire sacrifier. Critique des mots et des jours disparus. Ma petite se réveille dans le vacarme des autobus. Quand trouverons-nous enfin ce qui nous faut à la campagne. June magnifie tous ceux qu'elle voit, en fait-elle autant de nous dès qu'elle cesse de nous voir, dois-je le croire ? (Le Prince vit encore. Ô ciel, puis-je le crère ? - Il arrive, Princesse, et tout couvert de glaire)tant de chaleur, tant d'influence et d'importance accordée à des gens sans emploi et qui peut-être ne sont que des sots…

    Je ne pourrais me passionner ainsi que pour les personnages d'un roman.

     

     

    22 08 2112

    Je pourrais admirer June. Nous en parlons Arielle et moi.

    Elles se sont brouillées pour des raisons obscures.

    Mal présentées de l'une, et rejetées de l'autre.

    Nous en parlons aussi, Arielle se calme. Il n'existe pas tant de personnalités exceptionnelle. Seule existe une vision universelle de l'exceptionnel. Tout génie parfois s'oublie dans le banal, tout citoyen banal peut dévoiler en lui, soudainement, un puits sans fond, comme une fillette creusant toute nue un trou de sable sur la plage révèle d'un seul coup son vagin béant jusqu'au col de l'utérus. Ceux qui m'auront marqué au front : June, Lazare, Gourribs les dernières années. O'Letermsen. Arielle serait scandalisée de ces noms que je rapproche. Les deux premiers pour elle sont des traîtres, qui nous ont promis leur amitié puis se sont mêlés de nos affaires.

    O'Letermsen trouve grâce, après qu'elle a cru en son mépris – bonne intuition de sa partLe troisième ici nommé nous semble superficiel, brouillon et, pour tout dire, vulgaire. Il la repousse, il m'attire. Cet homme, ce serait moi, si j'avais mal tourné. Ainsi critiquais-je « le monde avec désinvolture ». Déjà en ces temps-là nous ne voyions plus personne. Le trio strictement familial nous accapare. Ne viennent plus que les anciens amis d'Arielle, qu'elle apprécie à proportion qu'ils m'indiffèrent. Nommons-les Guissou et Christine. Ils ne me plaisent pas. Pourquoi ne divorçons-nous pas. Pourquoi suis-je si peu fidèle à ceux qui m'ont marqué. Ne cherche pas à leur plaire. Assurément, ma bien-aimée. Mais s'ils viennent, comment leur faire mauvais visage ? (« Je n'ai rien contre ta liberté d'opinion, mais je me passerai bien de l'entendre »). Et quand Arielle veut aller chez eux, comment me dispenser de faire le taxi ?

    Puis-je décemment rester au volant comme un larbin tandis que Madame rend visite ? Exaspérante Anaïs Nin, exaspérante Arielle. Ces deux noms désignent l'arrière-petit-fils (ninn) et le lion de Dieu. « À maintes reprises je suis entré dans le réalisme et l'ai trouvé aride, limité. À maintes reprises je suis retourné à la poésie ». C'est à moi que la poésie semble limitée, le réalisme, inépuisable. Bory me fascine. Parler davantage équivaudrait à une dissertation ()

     

    22 08 15

    Tenir l'instant sous la pointe du stylo. Quinze août, vacuité. Un chat blanc sur le toit vitré. Une radio lointaine. Ce matin j'ai fermé la fenêtre - « ...sous aucun prétexte ! » - pas de grand-mère – prétexte de l'Agrégation pour s'enfermer et flâner d'esprit. Une mouche, la rue. Les yeux les lunettes se brouillent. La poitrine s'approfondit. Ce matin la bestiole nous a réveillés à 7h. Si je laissais ma tête errer, ce serait le sommeil. Je lis L'Énéide.

     

    22 08 18

    Ces textes sont retouchés. Stylisés. Ils ne peuvent prétendre à l'historicité, ni au document. Ce serait bien. Mais faux. En ce temps-là Mes parents vivaient. Capitaliser les Je, Me, Moi, Mon. Puisqu'ils sont l'objet de reproches. Faire chier. Parents si faibles, aux yeux ridés. À présent Mes égaux. « Ne tiens pas compte de ce que nous avons dit hier soir ». Pourtant quel feu roulant, incohérent, de névrosés. J'aurais pu les engueuler. Tous les arguments sont spécieux. Jeanne et M. (qui était-ce?) se disputant un personnage extraordinaire, moi-même appelé autrement. Baiser goulu à « ma petite gouine ». Les deux autres estiment la scène inconvenante « car on dirait plutôt deux femmes » - lesquelles ?

     

    22 08 22

    Impressions médiocres de digestion indéfiniment prolongée. Table en plein air, débarrassée, carreaux bleus et blancs. Du vent. Les beuglements saisissants de Chaliapine et ses coups de mâchoires. Les paroles d'une jeune fille en pantalon rouge suivie des yeux jusqu'au tournant de l'allée. Ma fille allongée sur la couverture, la tête appuyée sur un coussin vert. Le bonheur et l'ennui. Les chats de Georges Benoît qui bondissent dans l'herbe. Sonia qui les hèle à petits cris aigus. Debout, puis se rallonge et ramène sur elle la couverture. La jeune fille revient portant un plateau d'aluminium. Joli balancement imperceptible de ses hanches de vierge – ridicule. Sonia me regarde écrire. Le ciel s'est ouvert. Promenade merveilleuse avec Sonia. Mais il est fastidieux et difficile de rêver par écrit à l'évènement récent. » Il nous fallait de l'extraordinaire… « Elle me tenait la main et courait en me regardant au risque de trébucher.

    Je lui parlais sans cesse, lui montrant les fleurs et les arbres. Elle a longuement regardé un cheval qui passait, traînant à pas comptés une charrette. Ensuite il a fallu porter ma petite fille. « Dans moins de 16 ans, devenue majeure, elle se séparerait de moi. » Mauvais pronostic. « Cette faculté des casaniers de s'attacher au détail, au fixe changeant. Ainsi les gravillons des bords de route, vaste écroulement de blocs où peinent les fourmis.

    « Il ne peut écrire qu'en s'excitant lui-même à la haine ». Anaïs Nin, Journal 1932 (June Miller à propos de Henry Miller). « À noter » - comment peut-on se passionner pour les êtres à ce point ? Anaïs Nin se fait le témoin d'un couple. Faut-il imiter Anaïs Nin ? « ...je me sens tout à fait humaine, parce que mon angoisse veut les posséder, tous les deux ». Même situation en 2014 entre T. et Mireille. Jamais je n'ai pu établir de véritable contact avec T. Deux Américains scrutés par une Américaine parviennent à toucher, lorsqu'en particulier Miller observe que June est devenue compréhensive : « Tout est venu trop tard»… les efforts de June vers le normal, qui sont venus trop tard, pour replâtrer notre amour, notre union – nouvelle habitation, voyager, élever S. - mais il manque l'étincelle « Je vois » (qui parle?) « tout cela venir trop tard, j'ai passé mon chemin. Et je dois maintenant, à coup sûr, vivre avec elle, pour un temps, un triste et beau mensonge » (Henry Miller?) (jusqu'à « vivre avec elle », le reste se rapportant plutôt à notre seconde rencontre en 2012 n.s. où elle s'était montrée prête à moi pour me conserver faute de mieux. 

    Anaïs devient pour finir le miroir des surmoi, nul ne voulant quitter la belle image de soi en elle… Arielle serait mon miroir ? Douteux. « June, qui au fond n'a pas de force, ne peut la prouver que par sa puissance destructrice ». J'écris, je me réapproprie. Carnet de citations : c'est ainsi que Montaigne a commencé – qu'importe ce que je fais, c'est ce que je suis qui importe. Juste l'opposé de Sartre. Plus loin encore : l'idée de ce que je suis. L'autre peut bien avoir l'idée qu'il veut. Arielle ne me lit plus. J'écris à l'aveuglette. « Elle a épuisé ses sentiments, elle en a trop joué ; il est vide de toute émotion. » « Écrire est une vie plus vraie que la vraie vie » - ou celle des Anciens aux Enfers : lumière terne, personnages ombreux…

    Ce que j'aime chez Anaïs, c'est qu'elle écrit son journal non pour soi, mais pour ses amis, à qui elle s'exhibe – est-ce que je l'intéresse encore ? Est-ce que tout reste à dire ? Tout surpris d'apprendre que je ne l'intéresse plus guère physiquement – jr croyais, moi, que « du moment que j'étais là, que je bandais » (qui parle ici?) la chose allait de soi. Je suis donc moi aussi un objet érotique, un objet d'amour ? Chaleur, par l'émotion de se sentir désormais vulnérable, par ces pages qu'elle va lire. Tout reste à dire, en dépit des semblants. Ce serait véritablement angoissant de penser pour de bon n'être plus aimé. Cela vous ferait presque respecter l'autre, et chercher à le conquérir. Ce soir je regarde Arielle comme une femme à conquérir, avec inquiétude. Je déteste recopier ceci après plus de quarante années. Sa présence comme sujet est obsédante. Cela sera passionnant, et pour une fois un risque de la connaître.

    23 08 2022

    Sur les châteaux : ce qui m'attire vers eux, ce sera la force, les puissantes assises aussi solides que des jambes écartées.

     

    X

     

    Anaïs Nin again, exaspérante disais-je et fascinante par sa féminité, par sa docilité à se conformer à l'injonction « sois femme », son empressement à sauver eux qui ne le lui demandent pas, ou pis encore, qui le lui demandent – et surtout son refus du laid, son goût « artiste », ce que je prenais pour la « distinction » d'Arielle et que j'ai réussi à défaire, comme un nœud. Henry ne pouvait plus avoir pitié de June. Cette rage qu'ont les femmes de vouloir être aimées – cette rage les pousse à tomber malades. Cela provoque en moi de la répulsion.

    « Je me révolte » (dit-elle ? - ' « contre la sagesse, la sublimation » - qu'apporte la psychanalyse ?

     

    26 août 2022 (quinze ans juste avant la mort de mon père) -

    Sonia joue avec des filles plus âgées, au charme infini déjà. En l'an 22 déjà, je prétends devoir âtre jaloux dès le premier flirt. J'avais «appris » cela, ce serait une quasi-  « obligation ». On ne devrait jamais rien lire, disais-je, afin d'avoir vraiment ses sensations à soi. Ces réactions « apprises » plus que « naturelles » ne se sont pas manifestées du tout comme prévu. Je la promenais au Jardin Public. À la glissoire : « Dépêche-toi ». Au manège : « Ça ne marche pas ». Aux balançoires : « C'est fermé » .

     

    X

     

    Je pensais : « L'artiste », avais-je lu dans les manuels, « retrouve une unité dans le disparate ». Pour moi je ne le souhaite pas. Je ne veux pas « détenir » la clef du monde ? « L'unité, c'est toi-même » Ah ben évidemment. Vu comme ça… Anaïs Nin écrit : « Tout est moi, parce que j'ai rejeté toutes les conventions, l'opinion du monde et toutes ses lois ». Mais le monde que nous avons souhaité est celui du prêche, à mi-chemin de la réalité et de son exclusion. Influencer sans se risquer. Conseiller sans agir. Je suis trop faible voyez-vous, je me laisserais avoir.

    (Observer. Flâner. Sentir.)

     

     

    ICI S'INSÈRE UN CURIEUX FRAGMENT, NON DATÉ, portant les numéros de pages « 15 » et « 16 ».

    Anne Jalevski annote ces réflexions, indiquant une « page 158 » à laquelle se référerait le texte.

     

    « Disons que je la » (?) traite quand même <comme une femme> , comme ma première image (ma mère) de la femme, alors que je me transforme pour plaire à toutes les autres femmes. Il faudrait que j'ose me montrer désagréable avec les autres femmes et ce serait à bon escient, bien sûr, quitte à perdre la « possibilité » d'être accepté d'elles.

    Le patient hait le médecin parce qu'il rouvre la blessure et il se hait lui-même de se laisser toucher : cette citation, reportée au moteur de recherche Google, si décrié par les humanistes DE MON CUL, a levé le mystère : il s'agit du MOI DIVISÉ de Ronald Laing, le plus pur génie de la psychiatrie. Il meurt d'une crise cardiaque pendant un match de tennis à Saint-Tropez en 1989. Et ceci vient encore du moteur de recherche si couvert de fange par la gauche, qui est devenue l'incarnation même des sorbonagres et sorbonicoles torpillés par François Rabelais.

    « Je voudrais bien laisser tout cela, dormir en effet, dans l'appréhension de la crise du « retour d'âge », 47 ans.

    Cf. p. 149 (bas) : Haïr sans être coupable. Le patient est effrayé par ses propres problèmes car ce sont eux qui l'ont détruit.

    | Avec un ψχ femme, j'aurais davantage l'impression de me mesurer à quelqu'un de ma taille, alors

    |qu'un homme n'est pas à la hauteur.

    J'aimerais, exact, être violé par le médecin : qu'il me choque serait salutaire (cela prouverait (?) que je ne lui serais pas indifférent – du moins, professionnellement.

    ÉVITER QUE QUOI QUE CE SOIT VOUS PÉNÈTRE

    (on peut détruire le médecin, ou être détruit)

    ø Mon « moi » social est hélas bel et bien, en partie, moi.

    Les créatures que je rencontre dans Ce macchabée disait sont de faux oi. Accentuer la banalité Guy Luxienne de Michel Parmentier.

    « Je suis prisonnière, mais pas seule ».

    « Il pourrait être aussi terrible de voir de quoi j'ai l'air. Parce que, alors, je pourrais constater que je suis comme les autres gens d'ici.

    | J'ai encore peur d'abandonner la caverne, malgré ses horreurs, car c'est seulement là | | que je me sens capable de conserver un certain sens de mon identité (exact)|

    « Oui, je veux retrouver la caverne.

    Là, je sais où je suis ».

    Il faudrait pouvoir se souvenir, ou savoir, que sa mère vous a aimé lorsqu'on était tout petit. Tu parles !

    Schizophrénie = différence à préserver ( ? ? ? )

    Se sentir l'enfant du psychiatre : ???

    Mon désir de retraite en effet peut être assimilé à un désir de clinique… « Là, on me laissait tranquille.

    R | « Le monde continuait, à l'extérieur, mais j'avais un monde à l'intérieur de moi, que ||personne ne pouvait atteindre et déranger »

    Oui, mais j'interprète cela sinon comme un progrès, du moins comme une étape vers lui.

    Et ailleurs qu'à la clinique, |au cloître,| qu'aurions-nous, en effet ? À moins de risquer, de lutter…

    Gueuler contre mes parents ou attendre leur mort ?

    Plutôt laisser le statu quo que révéler de plus en plus ses fissures. Aussi bien mon père s'est-il aperçu de tout. Ma mère fait semblant de ne rien savoir. « Les médecins n'ont essayé que d'arranger les choses entre mes parents et moi. C'était sans espoir. »

    Je n'aspire pas à avoir « de nouveaux parents ». Ou alors, à croire enfin en un idéal. Anne, par ses personnages, se serait-elle recréé d'autres parents ?

    Noter : on guérit d'abord semble-t-il en calquant la vision du médecin : je n'existais que parce que vous vouliez que je le fasse.

    Avoir une personnalité relève de l'hybris prométhéenne. Et de l'hybridité.

    ROCHER >>>> insensible |

    AIGLE >>>>>> dévorateur |

    = MÈRE

    L'AIGLE DÉVORATEUR DES ENTRAILLES

    = INVERSE DE L'ALLAITEMENT

    (ce qu'on a empêché Anne de faire)

    AIMER QUELQU'UN = LUI ÊTRE IDENTIQUE

    Exact en ce qui me concerne

    Faim d'amour = faim de bouffe = enlaidissement

    >>> confirmation du manque de mérite de l'amour… (A. écrit : ah non)

     

    X X X X

     

    Schizophrénie = du moi / et du non-moi.

    >>> ÉMOTION = RISQUE DE TUER OU D'ÊTRE TUÉ

    Je ne sens la douleur des autres que comme une mise en accusation (ma mère toujours malade)

    (Anne ajoute : exact ) >>> « Je crois que je me serais tué plutôt

    Heureusement, je n'ai pas eu de désir de non-vie. que de faire du mal à quelqu'un d'autre ».

     

    1. 158 Le spectre du jardin sauvage

     

    Julie, « schizophrène chronique, typiquement « 'inaccessible' »

    Essaie de devenir une personne réelle, ce qu'elle ne se sent pas être.

    « UN ENFANT A ÉTÉ ASSASSINÉ »

     

    FIN des propos de Ronald Laing

    30 08 2022

    L'homme à l'échiquier parvient à Londres. Il sauve un homme qui se noie. Il se rend à la soupe populaire et rencontre des gueux, dignes de Dickens. Il dîne avec Chateaubriand exilé. C'est plat, c'est con. J'écris parce que ça se fait. Mieux vaut être mauvais écrivain que bon maçon. Faute de mieux, sur le vide, comme à seize ans, quand j'en ai 30. Il m'est agréable de prolonger cet état précédant le réveil, ces demi-songes. Agréable et nocif. Le refus de voir clair. Mauvaise interprétation de Rank : s'adapter à son monde signifie s'accepter, ne tenter aucun effort : ??? Otto Rank parle de la culpabilité du non-créateur : j'ai peur, si je m'arrête, de ne pas justement me sentir coupable.

    Et comme je désire conserver ma culpabilité, pour ne pas me sentir banal, je maintiens artificiellement mon besoin de créer. Ce qui est retourner le serpent sur sa queue. Mon snobisme exige ma culpabilité je parle de toi, connard.

    Si je suis débordé je me plains de manquer de temps, mais sitôt que j'en ai, je rêvasse. Comme mon père ? Il faut et il ne faut pas que je lui ressemble ? Je ne serais pas venu sur terre pour recommencer la vie de mon père ? ...avec de gros accès de rage impuissante.

    La pitié que je porte à mon père est un reflet de celle que je voudrais qu'il éprouve à mon égard.

     

    X

     

    Arielle conserve tout. Le moindre bout de papier, le moindre sachet d'emballage. Elle range tout le fatras des documents accumulés depuis des années (en prévision d'une année scolaire ? d'un déménagement ?). Elle consulte des listes de prénoms. Se rapporte sans cesse à son monde intérieur. Je crois à la réalité objective de la vie. Quel idiot.

     

    X

     

    De ma névrose j'aurai fait tout un monde. Chacun fait de ses faiblesses une force, de sa timidité une réserve. Je rêve. Sur Douaumont. Éprouver des émotions me fait sortir de moi, ce devrait être le contraire, éprouver des émotions permet de me justifier. Le vrai moi est négatif, l'émotion me concrétise en m'extériorisant, en m'exilant de moi. Il faut reconnaître le peu que je suis, mon peu. J'en suis à imaginer mon rôle devant un psychiatre. Je leur dédie ces lignes. Savoir qu'à mon âge, et pour toujours, je suis resté et resterai influençable – mais ma parole ! C'est qu'il attend d'aller se coucher ce con ! et il fait du remplissage ! il joue au cerveau brumeux ! ...quand son grand rêve est de créer une grande œuvre d'imagination.

    Au choix : répudier l'imagination, transformer cette répudiation en système, en volonté ; ou bien, plus grotesque, rester à l'affût de toute idée qui passe, le papier le crayon. Envoyer ces extraits à toute espèce de gens.

    J'invente vraiment des trucs idiots. Si je me coupais la droite avec du verre brisé, en plein milieu de la nuit, je le lèverais en vitesse avec le sang qui gicle. Giulia se réveillerait, il faudrait tirer le médecin de son profond sommeil, il me poserait des points de suture, défense d'agiter la main pendant quinze jours, et je m'exercerais férocement sur le piano pour me rééduquer. Au lieu de culpabiliser sur la branlette, je me dirais que je ferais mieux d'écrire, Otto Rank au lieu de Freud. Ne pas pouvoir rendre ce que Dieu m'a donné, en ajoutant ma création aux siennes. Cette interprétation suscite mon agrément. Si c'est impublié, Dieu (soit : la Nature) m'en accorde tout bénéfice.

    Progrès : c'est de reconquérir l'envie. Et on se battait à grands coups de morts. J'en-Parlerai-À-Mon-Psychiatre. Sans milieu d'action je me sens châtré, c'est l'action qui châtre ô connard. Parle-moi encore, et de moi. Est-ce que tu as besoin de moi en ce moment ? - Je fais une pause. Je suis fatiguée. Toute la journée j'ai rangé. Trouver reclasser dessins documents. Submersion du moi par le moi. À 18 ans ils étaient roi de France, à 30 ils avaient conquis le monde.

     

    31 08 2022 ESSAI Un homme cela me contrarie qu'il ait un physique parce que je m'attacherais à un homme.je craindrais qu'il ressemble à mon Père. S'il ressemble à Helmut Berger tout est foutu je l'aime. J'écrivais cela à 30 ans mes personnages ont besoin d'un physique flou dans ma vie le physique était tout l'enfant croit que la laideur est méchanceté l'adulte veut l'amour de toutes les femmes belles au risque de tomber amoureux fou de toutes et l'amour, Chateanbriand, l'amour est encombrant. Je ne peux me mettre ailleurs que dans la peau d'un adolescent prolongé à expérience limitée ne sachant pas à quoi ressemble un couloir d'aéroport ce ne sont pas des corridors mais des halls des halls à n'en plus finir de succession bien entendu je serais riche pour qu'il arrive quelque chose il n'y a qu'aux riches que les choses arrivent les pauvres doivent les chercher et la vie leur dit NON NON NON.

    Nous voyagerions dans le temps et l’espace « à travers les siècles » voici une idée : un moine de Macrobe transcrivant tout le passé une fausse vie [ Cassiodore meilleur encore avec le centre culturel conservatoire du Vivarium acheter tout de suite tout Cassiodore bénie l'époque où rien n'est plus à faire rien de plus urgent que le livre ou l'épée lire ou tuer si simple tout simple mon homme serait à la fois Sidoine et Fels, Elias, musicien des Lumières. Sidoine fait l'objet le sujet d'un Zohar Livre des Splendeurs en cours pour le cours de ma vie cours toujours Les changements d'époque doivent être insensibles impossible techniquement par manque de travail manque d'assiduité le beurre je veux le beurre mon héros veut se jeter d'un pont l'autre homme le retient les voici liés d'une profonde et indéfectible amitié qui n'a rien d'homosexuel par pitié je vous en supplie qu'il n'y ait pas d'homosexualité dans mon livre je vous supplie qu'il n'y ait pas l'ombre d'un pédé parmi nous mais le manuscrit dit ceci : il lui présente sa femme Scène suivante Ils couchent Scène suivante c'est le sauveteur qui veut se tuer Viens dit le premier Je vais te présenter à ma femme et tous deux se mettent à rire (que veut dire « ils » ? en français le pluriel masculin peut aussi bien inclure une femme).

    Je tiens mon sujet. Les voici tous les deux sur une péniCHe jusqu'à ce qu'ils n'aient plus d'essence. Décrire longuement la vie ainsi menée. Ils ont bien sûr laissé les femmes. Ils vivent en troubadours. Chantent dans les châteaux en ruines. Se livrent à des chapardages. Dépouillent même un flic. Séduisent, ou tentent de séduire une ou deux filles en route. L'argent s'épuise. L'un d'eux mendie à la porte d'une église (messe ultrarupine). Salles de jeu de casino. Du réalisme. Surtout pa d'humour. Peut-être que l'un d'eux obtient un emploi, puis l'abandonne. Larcins dans les librairies, échanges de livres.

    Quant aux deux femmes, elles ont aménagé un château somptueux, et en chassent les hommes, qui voudraient revenir, à coups de fusil. Puis ils reviennent, et l'une d'elle part avec un des hommes. Sur la route, ils sont pris par une calèche vers Strasbourg. Nous ne sommes donc pas à notre époque. J'inventerais un bal costumé. Quand ils ressortent de là, ils s'aperçoivent que c'est la rue tout entière qui est devenue un bal costumé.

    Suite, à deux compagnons :

    Disposer une planche entre les motos et jouer aux échecs. Sans rouler, puis en roulant. Attrapent un chat, le tuent, renoncent à le manger pour le jeter sous les roues d'un camion. Finissent par s'emparer d'un camion. Un type était ficelé à l'arrière, veut s'envoyer la femme (devenue) accompagnatrice : « Merci excusez-moi ça faisait si longtemps » - se la joue désinvolte hygiénique. « Où allez-vous ? - M'est égal. Disons Santa Cruz. Je dors en me ligotant. C'est un truc. Un jour j'en ferai un numéro. Prenez-moi 6 cageots de fruits, ramassez-moi ces bidons de lait au bord de la route Prenez en passagers ces enfants, ces ouvriers qui attendent. » Ce service les impatiente.

    Le camionneur les fait descendre. Ils assaillent un train. Dans un compartiment ils font bombance avec le contenu du camion. Halte dans un cimetière. À l'opéra du lieu, jouent les fantômes en se répondant en écho. Repérés par un imprésario qui les engage (Laurel et Hardy, Bibi Fricotin, Tintin) (Bouvard et Pécuchet : Pécuvart et Bouchet). Ils envoient des lettres à n'importe qui. Mon texte serait parfois dans ma langue, doublée à la deuxième ligne en prononciation figurée. Ils parlent et fument toute la nuit, se promènent en ville à l'aube, en compagnie d'une fille qu'ils ne touchent pas, car l'érection continue est une chose très tonifiante.

    Se font dire une messe pour eux seuls dans une minuscule église, où se trouve sur un lutrin une bible illustrée magnifique. Assomment à la fin le curé. « Dieu vous le rendra ! » leur crie-t-il, menaçant. Ils abandonnent cependant la Bible sur le seuil, mais en trouvent une autre pareille sur le seuil d'une autre église, et finalement, une pierre se détache et tombe sur cette deuxième bible, endommagée : « Devons-nous nous séparer ? » Les mains dans les mains évoquant leurs souvenirs et foutent le feu partout partout dans un bistrot mais n’osent pas faire l’amour et se lancent dans une longue longue fuite à mort le premier qui tombe sera tué – qui es-tu ? crois-tu que ce soit de tout faire ensemble, amour pipi action caca – qui permet de mieux se connaître et pourtant tu connais chaque pli de mon corps.Ils s’accusent l’un l’autre de la plus noire ingratitude et tâchent de se poignarder pendant leur sommeil et s’ils veillent se fixent en soufflant Quand crèveras-tu oui quand ?

    Le médecin. Les voici consultants chez le médecin. Salle d’attente comble de reniflards. Déjà une heure. Un jour et deux heures. De quoi manger – Merci. Pour chier c’est dans les coins. Dans son cabinet le toubib manie la sonde et le clystère. Intervertit les greffes de sexes. Décrire si possible l’opération. Je peux en mourir. S’ils sont deux l’enterrement compte un cercueil double à paroi coulissante. Ne reste qu’un seul corps et trois métatarses. L’huissier prend la route avec son clerc. Ils ont rejoint d’autres ménages sodomites. Un congrès se tient au cœur de la Double (Dordogne). En rêve ils escaladent une dune et tombent enculés dans la mer. Alors le jusant rejoint le soleil.

    Alors leurs âmes jointes giclent jusqu’au zénith enfin presque.

    Dès le premier septembre 22 revient le double ou Doppelgänger des Contes et Légendes. Parler à son Double. Dialoguer avec son Double. Qu’ils disent. Ils n’ont donc jamais transpiré. Sué jusqu’à puer. Je ne veux pas rencontrer ça. Plutôt – plutôt, oui, écrire. Ce sera un roman sur la mort. Présence merveilleuse dans son corps. Tout se dévoile. Reflux du zénith jusqu’aux profondeurs du cul. Le cul est un sexe. Que plus rien ne soit engendré. Mon double me dirait ce qu’il faut faire, donnerait une Objectivité à ma Faute.

    Je trouve. Eurisko. Vrisko – Hey Baby - est-ce que tu veux – être mon amie Johnny 1963

    (arranger) dans un bistrot une fausse dispute en fausse langue étrangère

     

    3 septembre 2022

    Toutes mes pensées sont sérieuses. Uniques. Ne pas en laisser échapper une. Je me cogne au Double. Ich musz meinen Doppelgänger verlieren, erst einige Tage, um mich wiederzufingen. Et tous mes hommes porteront ses traits. Mon Double ne doit pas me ressembler. Ne doit pas devenir mon idéal d’amour. Un sexe nouveau, non pas un obscur assouvissement. Beaucoup de déchets quelques perles. Obsession de la mort du père et du journal qu’il tient nécessairement. Je n’ai jamais eu de modèle.

     

     

    8 septembre 2022

    Je ne pense rien du Vietnam ni des séismes de Turquie. Ce qui s’appelle s’en foutre. Seul j’importe. Ce qu’il faut choisir. Ce qu’il faut lire. Écrire de phrases auxquelles on ne croit pas. Desséchées dès qu’elles sortent de soi. Des douleurs de pensées. Pensée écrite, pensée caillée -

    Monsieur,

    Ce que vous écrivez tient du meilleur et du pire, on ne sent, on ne voit pas ce que vous êtes, ce que vous voulez démontrer C.Q.V.V.D. sans que vous sachiez rien ni dont vous auriez peur -

    ne vous justifiez pas je ne suis pas justifié par mes œuvres greffées comme un cancer et ses métastases écrire me rase

    Bienheureux les béats - le vide du morveux.

    De retour de voyage, nous pensions naïvement après cette razzia elles fleuriront de plus belle, nos idées ! Hélas. Les aûtres Écrivains ne sont pas de cette espèce, de mon espèce, Artaud est confus, le chat énorme, étouffe. Jeu avec des socquettes. Le chat m’a griffé. Arielle reviendra. Je ne peux vivre sans elle, sans ordres, euphorie terrible, visions néant. Revenir au stade carnet. Julie couché se repose dans le bruit de la rue. Lecture encore du « Théâtre de Bali » d’Antonin A. C’est une succession de notes répétitives. Mantra confus, éclatant. Rien de classique. Chez Artaud. Forcément. Noter ce que je fais ce qui reste à faire. Afin que je puisse croire ne pas avoir vécu en vain.

    Arielle éprouve elle aussi cette angoisse. Ces après-midi passées dans le salon parmi le vacarme de la circulation. Je suis un génie. Un petit névrosé. Même pas un petit parano. Que j’écrive, que j’écrie. Leçon du structuralisme de Bourniquel. Mais oui mon vieux on à compris. À côté de Moravia tu peux te rhabiller. Une espèce de vie végétative, sans passé ni autre activité que ménage et pouponnage. Un prof qui joue Guignol ou La fatigue à ses élèves et corrige les copies. Arielle croira que j’ai travaillé. Non, j’ai mollassonné. Me suis remis aux « Petites Vieilles » - Carré de Dames. Inadéquation totale entre ces deux torchonneries : cette œuvre et mon esprit. De la pensée. Et encore. Indisposition physique, mauvaises conditions de travail ? Facile…

     

     

     

     

     

     

     

     

    Visite chez Darqué, toujours ce volet de boîte à lettres qui pivote pour vérifier le visage (pas trop crispé, pas trop malade?) - une grosse Portugaise veloutée pain d’épices au carnet de rendez-vous - « permettez » ... Erreur de téléphone mais c’est tout à fait normal une anxiété désamorcée. Rendez-vous rapide.

    Détour par Saint-Ferdinand. Abbé Dagens de permanence après 18h. Église fourre-tout. Une vieille et son pain pour la prière. Encore des croyants, comment peut-on. Vitraux et relents de vieux pieds tous les pieds de fidèles Françoise à Carlepont. Repas rapide Arielle si tendre et trois heures de cours, de métier, 3 leçons 3 merdes monumentales et les mêmes vannes que l’an dernier rit-on d’elles ou de moi les deux mon adjudant. Julie braille et je sombre dans l’exaspération. Horrible irrésolution, métier détesté virant à la ridicule noria et gosse tuante. Démerdez-vous dit le docteur. Démerde-toi. Tes yeux déjà se ferment. .

    18 09 2022

    Ne rien laisser de soi. Retard mental. Jusqu’à satiété, jusqu’à profonde conviction. Le monde prend une dimension nouvelle. La vie n’est que les mots. Remâcher mes jours par les mots – à n’ouvrir qu’après ma mort car l’utilisation ne s’en impose pas ne m’en impose pas Question : Henry Miller écrivait-il à la vanvole, sans retouches ? Il relisait tout, travaillait tout, bossait des seize heures par jour. Les constantes ne changent pas. Ils sont tous pareils. Tous pareils. À l’exact opposé de ce con qui joue. Chasser l’effet, c’est rechercher l’effet. S’écouter parler. Se lire écrire. Personne ne répond. Considérer mon propre regard comme une bénédiction, et comment vont-ils comprendre, au hasard Balthazar au hasard Blanchard – écoute, écoute : quand on a de la personnalité on peut écrire ce que l’on veut ré-ca-pi-tu-lons : discipline et tant pis s’il n’y a pas de suite « une heure par soirée ça devrait aller » même ça même ça je n’en veux plus jene veux plus l’entendre PAPA FAIT 600 BORNES EN AUTO SANS ESCALE ;

    Surtout pas de clin d’œil

    Dès le matin ce regard qui ronge, cet œil qui colle à la peau ce mal de tête ce mal d’agir c’est l’irrésolution Chef c’est l’irrésolution qui me bat là dans la tête et la tempe. Je me revois me dandiner avec mon panier de linge sale j’y va-t-il à la lingerie j’y va-t-il pas, et le corps, suit-il, ce Suisse, les yeux, tout qui tourne, mon pauauvre corps usé avant l’âge qui ressuscitera ce corps de gloire assez.

     

    X

    29 09 2022 18h 35 - 45

    Mélancolie crépusculaire. La feuille sur le volant j’attends à l’arrêt interdit, les voitures me frôlent dans une hargne indifférente. Leçons de danse. Un panneau blanc désigne à l ‘attention des pauvres femmes qui sonnent là, qui se garent vite en dépit de l’interdiction puis s’engouffrent en ramenant sur les seins les pans de leur châle. Des parapluies font la roue au carrefour. Un beau jeune homme aux jeans moulants s’avance dans le rétro puis disparaît de dos. Ciel gris. Feu rouge, orange, vert. La femme ressort tenant à la main sa petite fille. Une 4L, un Solex, un parapluie, des essuie-glace. Un cycliste vient sur moi, me contourne, les yeux déformés sous ses sourcils froncés. Une voiture borgne, un clignotant. Les phares sur la chaussée humide jusque sous la voiture qui précède.

    Deux femmes en bleu. Mélancolie. Cessation.

     

    2 10 2022

    Quand les mots à dire ne passent pas par les mots, mais par les nerfs à vif, les cris, les bras explosants. Une sorte de danse ou d’éclaboussure. Le poing qui cogne et le gémissement qui écorche la gorge, le coup et l’étreinte, du dehors au dedans. L’intérieur est l’ennemi. Celui qui me lit ne trouve rien du monde. Juste moi et lui, entre nous ce trousseau de clés rongées de rouille, monument rongé qui s’élève à la Conscience. L’évènement n’est rien. Plus vide que le miroir que je lui tends. Arielle plongée dans les revues de nus masculins, virils travestis, Speak-Easy Bar. Nous y étions allés trois fois. La Grande Eugène, depuis, s’est tuée ? ...fausse rumeur. Dans ma vie tout est spectacle.

    « Et rien n’arrive, rien ne se passe ; autant rester les bras croisés » (Émile Zola, jeune).

     

    2022, 7 novembre

    Fausse agitation. Vraie agitation. Maladresses. Témoignage direct. Petit garçon. Peur du vide administratif, du monde ouvert comme un gouffre. Le fer roule sous mes oreilles (la rue). Volonté en charpie. Facilités : attention ! Obscurités : attention ! Célébrité : le temps n’est plus. Mérobaude (connu de 363 à 383). Salvien (405-451). Gouffres relatifs. Bien sûr, que je pense au public. Comment non ? C’est pour lui que j’écris. C’est à lui que je veux plaire. L’édition serait mon garant. L’édition mettrait fin à toute critique. Question : les romanciers sont-ils communicatifs ? réponse : oui. Impossible de créer des personnages si l’on n’est pas communicatif. AVENIR : RÉSERVÉ AUX GRANDES GUEULES ; suivent des considérations sur le manque de force.

     

    Enfant

    « Que vous êtes enfant ! » dit-elle. Je tourne aussitôt les talons - il a pris ça mal ! il a pris ça mal ! 

    Cacher la suite e rester droit.

    Il faut « assumer son enfance – qu’est-ce à dire ? ...Assumer ses rêves ? pourquoi tu t’arrêtes ?

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Contes et élucubrations

    COLLIGNON

    CONTES ET ÉLUCUBRATIONS

    Nouvelles (quelle horreur !)

    poignard,meurtre,lumières

     

    Éditions du Tiroir

    Semper clausus

     

    COLLIGNON CONTES ET ÉLUCUBRATIONS

    LÉGITIME DÉFENSE 2

     

     

     

    La rue s'allonge droit comme un couloir entre deux rangées de poteaux électriques. De là- haut tombe tous les trente mètres un cône de lumière. Il est minuit.

    Je reviens à pied du cinéma.

    La rue est déserte.

    Dernier poteau d'ici cent mètres.

    Puis le noir : quartier neuf.

    Avant-dernier poteau. Je regarde dans mon dos la longue enfilade des petits points brillants, qui s'enfoncent, qui s'enfoncent. Le dernier luit au ras de l'horizon.

    Un autre point mouvant, vers moi. C'est une bicyclette. Mon ombre se déplace d'arrière en avant, la bicyclette s'éloigne, voici le dernier poteau dont l'ampoule tremblote – comme si l'électricité en bout de ligne s'était essoufflée, à courir si loin.

    Voici le noir.

    Le lent dégradé de la lumière sur l'asphalte.

    Je ne dois ni ralentir, ni courir.

    La route tourne. Lune nouvelle. Plus d'autre lueur que les étoiles.

    Tu bouges t'es mort.

    J'ai sursauté. Il croit que je veux l'attaquer. Je mords sa main, il m'empoigne, je frappe, je frappe, sa mâchoire sonne, il tombe, j'ai frappé, il perd connaissance, je cogne des mains, des genoux, des pieds, le sang coule à mes mains.

    J'ai ramassé son revolver et envoyé dans le noir une balle, deux balles, trois, des volets claquent, les fenêres envoient leurs lumières, du sang coule vers mes pieds.

    Je me suis mis à courir, parce que personne ne m'aurait cru, je suis allé dans la prairie obscure afin d'y jeter l'arme. J'entendais :

    " Il est mort ?

    - Un médecin !

    - Il est parti par-là !

    J'ai parcouru un large demi-cercle dans la prairie, je suis rentré chez moi pour me barricader.

    Je suis resté assis.. Mes mains et le haut de mon corps sont agités de tremblements.

    J'ai bu. Je me suis passé de l'eau sur le visage, et je crois bien que j'ai pleuré.

    COLLIGNON CONTES ET ÉLUCUBRATIONS

    LÉGITIME DÉFENSE 3

     

     

     

    J'entendais tout un remue-ménage. À soixante mètres de chez moi. Personne ne m'a vu. Toutes lumières éteintes en parfaite sécurité. J'ai revu la scène et ses détails. Je me suis aperçu de ma volupté : des coups d'abord instinctifs, puis une violence, une lucidité de plus en plus fortes, puis j'avais tiré au hasard sur ce corps déjà mort, le revolver se cabrait dans ma main. Premier coup sur la temps déjà mortel.

    Qui était-ce ?

    Une sombre envie à présent qui me ronge. Mais je ne pourrai pas me renier. Je bois.

    Je ne peux pas m'endormir.

    Je n'aurais pas dû fuir. Si je n'en avais pas dit plus qu'il ne fallait, j'aurais été acquité. Il s'esst jeté sur moi, etc. Un fou que j'avais tué. On m'aurait remercié. Ivresse du boxeur qui assomme.

    Je m'endormis très tard sur ces pensées.

    Le lendemain j'ai repris la bicyclette, couteau dans la poche. J'ai préféré le couteau au revolver, parce qu'il est silencieux, mais aussi parce qu'il ne permet plus au corps de se déchaîner. J'aurais même préféré les poings – mais le couteau permet des raffinements. Le soir, toujours pas de lune, le temps est beau, dix heures ont sonné. Je me suis mis dans un fossé, le vélo caché sous les herbes, à douze kilomètres de chez moi. Derrière moi se dressent les ruines inquiétantes d'un lotissement en construction.

    J'ai déjà crevé les ampoules à coups de pierre. L'endroit est bien choisi : bientôt, c'est la sortie du cinéma. Un groupe qui rit et parle fort :

    "Ah ah ! qu'il lui dit comme ça...

    - Tiens, il fait noir.

    - ...et l'autre y répondait...

    - Alors il me met la main sur...

    - ...la mise en scène !...

    - ...je lui dis : ne vous gênez pas !..."

    Le groupe s'éloigne et le bruit de leurs pas. Une ombre attardée suit à vingt mètres. Mon cœur bat, l'homme graillonne, se fouille les poches, je serre mon couteau, vais-je faiblir au dernier instant, je suis un lâche – non, si ?

    Ma gorge est sèche.

    COLLIGNON CONTES ET ÉLUCUBRATIONS

    LÉGITIME DÉFENSE 4

     

     

     

    La sueur pique mes poignets. Il m'a dépassé, je me sens mou comme une chiffe, je sanglote presque, je suis soulagé, comme si j'avais laissé un homme se noyer.

    J'ai envie de pisser.

    Le lendemain soir j'y suis retourné, après avoir bu un demi-litre de vin. Je me suis tapi dans le fossé, les ampoules n'ont pas encore été remplacées. Le vin diffuse en moi. Bandé à bloc et sur le point de me briser d'un coup.

    Et je vis, comme la veille, une ombre qui marchait, d'un pas hésitant. Le :même homme que la veille. Je l'ai frappé la première fois sur la tempe gauche, et j'ai retourné le couteau dans la plaie, pour sortir les esquilles. Puis desserrant les lèvres avec la lame, je l'ai enfoncée dans la gorge, la main dans la bave. J'ai retiré la lame. D'un coup circulaire, j'ai arraché un œil, puis l'autre, que j'ai mis dans ma poche.

    J'ai enfin frappé la poitrine, ouvrant le corsage maculé pour voir à quoi ressemblait un sein de vieille femme. Et j'ai plongé ma lame dans ce sein. J'eus envie d'ouvrir le ventre, mais l'odeur m'aurait incommodé. Je me contentai, à grandes secousses, de lui ouvrir les bras dans le sens de la longueur, et pour finir, j'ai pris le corps exsangue à bout de bras au-dessus de ma tête, pour le projeter sur un tas de parpaings.

    J'étais ivre de vin et de sang. Je ruisselais de sueur, et de sang. Dans ma bouche stagnait un goût (de sang). J'ai enfourché mon vélo, j'ai filé.

    L'air me fouetta, me grisa. La dynamo ronronnait sur le pneumatique. Je supportais une fatigue légère. Je vis une forme blanche, sur le bas-côté. J'ai frappé la jeune femme à la volée, dans le dos. J'ai ressenti à l'avance, dans le bras, la secousse du coup.

    Je freine. Qu'elle est belle. Ses lèvres sont entrouvertes. Je descends l'allonger sur l'herbe. Le sang poisse mes doigts. La lumière des étoiles dessine son nez finemant arqué, ses joues creuses. Je pose ma main sur sa poitrine, son cœur bat.

    Je l'ai prise à bras le corps, j'ai serré très fort, je l'ai embrassée longuement. La police m'a retrouvé au matin, profondément endormi.

    Je suis en prison. J'aime cette femme, qui n'a pas compris. Personne n'a compris. Les psychiatres m'estiment pleinement responsable au moment des faits. Tous croient que je suis un monstre :j'étais simplement en légitime défense.

    COLLIGNON CONTES ET ÉLUCUBRATIONS 5

    LES FAIBLES

     

     

     

    Grand cocktail du prix G. Fumée des cigarettes, atmosphère onctueuse. Henri de Sannes savoure son triomphe. À une extrémité du bar, quelques femmes se sont rassemblées autour du brillant Louis d'Eyraud, parfaitement ivre. Il repose entièrement sur sa jambe droite. Sa voix est forte, ses yeux courent d'un visage à l'autre. Toutes le contemplent.

    À l'autre bout dubar un remous se produit, les hommes trébuchant protègent leur verre, les regards fusillent Michel Magnet qui tente de percer la foule en direction du beau d'Eyraud.

    Louis s'aperçut qu'on ne l'écoutait plus. Il reconnut Michel et planta là ses admiratrices.

    "Ta femme !

    - Nicolettina ?

    - Elle part.

    - Avec Jakubovitch ?"

    Les deux hommes sortent précipitamment.

    "Ils sont devant chez toi. Ils surveillent le déménagement.

    - Bordel de merde !

    - Non, c'est moi qui conduis."

    La Ferrari dévale l'avenue Hersch.

    Michel donne de nouveaux détails.

    Quand ils sont arrivée en tromhe devant le pavillon, Jakubovitch et Nicolettina fuyaient précisément sur la route d'Amiens.

    "Remontez-moi tous ces meubles ! Je suis le mari !

    Les ouvriers haussent les épaules et remontent les meubles.

    "Ce sont eux, dit Jakubovitch.

    - Mon Dieu !"

    Nicolettina se serra contre son ravisseur. Les poursuiveurs, à leurs trousses, dérapèrent. Louis d'Eyraud jura. Il engueula son camarade, puis se reprocha de ne pas avoir surveillé son épouse. Michel se laissa insulter, accéléra :

    "Je prends un raccourci.3

    La Ferrari cahote et débouche juste en travers, à cent mètres des fugitifs. Les deux véhicules s'évitèrent en hurlant.

    COLLIGNON CONTES ET ÉLUCUBRATIONS 6

    LES FAIBLES

     

     

     

    "Jacques, ne le frappe pas.

    - Ta gueule.

    - Tu ne l'aimes pas ! h urle d'Eyraud.

    Il pense : Si je ne casse pas la gueule à cet homme, elle me méprisera.

    L'homme trompé frappa son maître en pleine poitrine, sans entrain. L'autre riposte, d'Eyraud d'arrête de taper. Il traite son adversaire de lâche :

    "Tu n'as aucun mérite à me cogner ! Nicole, je t'aime !"

    Nicole est rentrée se jeter sur les coussins et s'est mise à pleurer.

    ...Michel Magnet hésite.

    Enfin, les deux couples se séparent. Suivons Jakubovitch et Nicolettina, que nous appelleront, pour plus de commodité, Jacques et Nicole.

    Jacques se laisse absorber par la volupté de la conduite automobile. Nicole reconstitue les premiers mois de son mariage : elle avait toujours raison. Louis d'Eyraud ne cessait d'abdiquer, en s'excusant. Elle se rendait à d'innombrables réunions de dames. Ces dernières parlaient de leur mari et les félicitaient en leur absence. Parfois Louis d'Eyraud avait fait les frais , financièrement parlant, de leurs réussite.

    Nicole applaudissait à ces revers de fortune. Elle les apprenait avant que son mari ne l'en eût informée. Tous et toutes le volaient. Louis d'Eyraud, en toute lucidité, se laissait emprunter sans réclamer (...)

     

     

  • CITATIONS

    C O L L I G N O N

    C I T A T I O N S

     

    Le présent recueil contient les citations relevées par romains,fascisme,souvenirs

     

    BERNARD COLLIGNON

     

    au cours de ses lectures , depuis

    l'automne de l'année 1962 (2009 n.s.)

    jusqu'à la fin de ses jours terrestres

     

     

     

     

    1. Tout comme la femme cherche à être belle

    pour plaire, l'homme cherche à être admirable. La

    femme qu'il aime doit se prêter à ce jeu. Si

    elle se montrait sceptique, si elle soulignait

    chez son amant certaines faiblesses ou certaines

    contradictions, elle serait aussi maladroite,

    d'une clairvoyance aussi inutilement cruelle, que

    l'homme qui signalerait à sa maîtresse des rides

    ou un double menton.

     

    Jules ROMAINS

    "Les Hommes de Bonne Volonté"

    T.I ch.XIV p.152 "Le 6 octobre"

     

    2. Vautel (NOCHER! N.D.L.E.) héritier de Har-

    douin. Un de ces fameux représentants du bon

    sens, qui sont chargés, de génération en généra-

    tion, de maintenir l'homme moyen dans ses pensées

    basses. Dans sa routine d'animal domestique. Dans

    son scepticisme bedonnant. Un de ceux grâce à

    qui le règne des malins continue.

     

    id. ibid.

    ch. XV p.160

     

    3. -Mais dites, la femme, vous ne l'avez

    pas revue, depuis?

    - Non, non.

    - Vous me l'affirmez?

    - Je vous le jure.

    - Ce serait très grave.

    - Oh! c'est une bonne gosse. Elle ne me

    vendrait pas.

    - Quelle illusion! Vous êtes tous

    pareils.

     

    id. ibid.

    ch. XIX p.230

     

     

     

    4. "Eh bien non, tous ces pauvres corps de

    vieilles femmes ne sont pas faits pour pareilles

    épreuves. Cela ne signifie certainement pas que

    le fracas et la destruction seraient plus juste-

    ment réservés aux corps parfaits des hommes jeu-

    nes, comme il semblait qu'il en dût être, autre-

    fois, dans les autres guerres.

     

    Georges DUHAMEL

    "Lieu d'asile"

    ch.XXIX

     

    5. "Quel est mon but dans la vie? Tout est

    là"

    Jules ROMAINS

    "Les Hommes de Bonne Volonté"

    T.II ch.XV p.185

    "Le crime de Quinette"

     

     

     

    6. Je suis persuadé qu'à tout moment, il y

    aurait un point, quelque part, où l'on pourrait

    agir. Je vous répète que nous nous sommes laissés

    abrutir par la philosophie de l'histoire. Le culte

    de l'inévitable.

     

    id. ibid.

    T.II ch.XX p.222

     

    7. Jamais rien de grand ne s'est fait sans

    des audaces morales, des entorses aux principes,

    qui auraient suffoqué les petits esprits.

     

    id. ibid.

    T.II, ch.XX p.236

    8. Voilà le nœud de la question; la jointu-

    re. Le point où l'homme d'action doit pouvoir

    s'articuler sur le théoricien. Être orateur.

    "(pour "(mater) une foule" et "attaquer l'ordre établi")

     

    d'après Jules ROMAINS

    "Les Hommes de Bonne Volonté"

    T.III ch.II p.30

    "Les amours enfantines"

    9. "Race humaine, race de comédiens. Un rôle

    qui vous est échu par hasard, et qu'on joue jus-

    qu'à la mort, par vanité, pour qu'il ne soit pas

    dit qu'on vous en a fait démordre.

     

    id.ibid.

    p.31

     

     

     

    10. Quand on veut obtenir des ouvriers, des

    inférieurs en général, qu'ils fassent à peu près

    ce qu'on leur demande, et aussi qu'ils vous con-

    sidèrent, il ne faut pas regarder à quelques

    sous.

    id.ibid. T.IV "Eros de Paris"ch.I p.9

     

    11.- Il revoit le jour de sa première communion. Journée d’affres et de tremblement ; puis de fatigue fiévreuse, de rancœur presque rancunière, après une semaine vécue à travers une nuée de scrupules, comme si l’on avançait nu dans des tourbillons de moustiques. La terreur constante de perdre le fameux état de grâce. Le matin même, sous le porche de l’église, ses yeux avaient rencontré par hasard une petite communiante. D’office il s’était soupçonné coupable de pensée impure. Il lui avait fallu aussitôt trouver un vicaire, le premier venu – sans prendre le temps de chercher son confesseur à lui – et s’accuser. Toute la cérémonie s’était déroulée sous la surveillance de ce terrorisme intérieur. Bonnes conditions pour goûter les abandons célèbres de l’Eucharistie.

    « C’était entendu. J’exagérais un peu. Mais qui était le plus dans le vrai, moi, ou le fils du crémier sur la chaise d’à côté qui rigolait en douce ? Et plus tard – un ou deux ans plus tard,je ne sais plus – quand je suis tombé sur la phrase de l’Évangile : « Il n’y a qu’un péché qui ne sera pas pardonné : le péché contre l’Esprit. » Exactement une vrille atteignant en trois tours l’endroit de l’âme le plus atrocement central. Je n’oublierai jamais le bleu-ciel douceâtre de la couverture du livre, ce bleu-ciel menteur dans lequel un tonnerre venait d’éclater. »

    Jusque-là, il avait eu la hantise du péché mortel et de la communion sacrilège. Pourtant l’absolution restait à sa portée. Mais maintenant, puisqu’il avait découvert le péché sans absolution, et par nature le plus immatériel, le moins palpable de tous, qui l’empêcherait de le commettre, ou de craindre de l’avoir commis ? La volonté n’y pouvait rien. L’enfant savait déjà, par une âcre expérience, que la volonté se divise contre elle-même. À la rigueur, quand c’est une action qui constitue le péché, la volonté peut se rassurer un peu en se convainquant que l’action n’a pas été faite. Mais quand le péché est une pensée, quand il est tout entier de la substance de la pensée, il devient inséparable d’elle ; il sort d’elle comme d’une poitrine ; il est mêlé à son moindre souffle.

    « Désormais j’avais la damnation logée en moi. Je portais en même temps le gouffre et son vertige. Je revois cette impériale de tramway du dimanche. J’allais au Bois de Boulogne avec mes parents. Les gens du dimanche ne prenaient pas garde à ce pauvre petit enfant de treize ans qui, serrant les lèvres, portait l’abîme chrétien sur l’impériale ensoleillée. Leur abîme, pourtant ; même s’ils n’y pensaient plus ; celui de leur civilisation ; celui de leurs ancêtres. Facile de sourire. L’âme n’a pas d’âge. Moi,je le sais. Honte sur moi si plus tard, quand j’aurai quarante ans, soixante ans, je jette un regard d’ironie indulgente sur un visage de treize ans habité par une douleur inconnue. Et d’ailleurs, y avait-il niaiserie de ma part, méprise puérile ? Mais non. Encore une fois non. Quel était mon tort ? De prendre les choses trop au pied de la lettre ? Mais d’abord, en matière de religion, qui vous permet de ne pas prendre les choses au pied de la lettre ? De quel droit « en prendre et en laisser ? » Attitude de farceur, de tièdes, de candidats à l’incroyance. Je dis qu’un prétendu chrétien qui eût souri de moi n’eût été qu’un amateur. Le système étant donné, c’est moi qui avais raison. Pascal aussi avait porté l’abîme. Comme je me sentais le frère, le cadet tardif de tous ces torturés des grands siècles chrétiens ! Guirlandes de la damnation sur l’ogive des portails. Gargouilles. Torsion désespérée des cathédrales. Vocero de l’enfer. Le moyen âge, je sais ce que c’est. J’y ai vécu. Tous ceux qui ont admis la prédestination et qui se disaient : « Je suis du mauvais côté. » Même Pascal criant si fort « Je suis sauvé » parce qu’il claque de peur.

    Jules ROMAINS

    Les hommes de bonne volonté

    11 bis . - « Quand je suis tombé sur les formidables imprécations de Lucrèce : Humana ante oculos… horribili super aspectu mortalibus instans… Pour d’autres, c’était un texte de version latine. Mais moi, je le vivais littéralement, son cri, vingt fois séculaire ! Ah ! Quelle sombre jeunesse préchrétienne il a dû avoir ! Car ça ne date pas du christianisme ; comme le

    croyait ce polémiste simplificateur de Nietzsche ; le christianisme a simplement approfondi le vertige ; a élevé le supplice à la puissance infinie.

    id. ibid.

     

    11 ter. - Le principal : d’avoir atteint dès treize ans le sommet de la douleur humaine.

    id. ibid.

    11 quater. - Avoir eu de son avenir, de sa destinée, une vue elle, que non seulement la mort n’y apparaissait pas comme un malheur important, mais – arme la plus terrible inventée par la religion contre l’homme - que la mort y apparaissait comme un recours inutile. Un état où l’on se dit que se tuer de désespoir serait inopérant pour mettre fin au désespoir. Après ça, de quelle hauteur on arrive sur les incidents ordinaires de la vie !

    id. ibid.

     

    11 quinquies. - Les parents ou leurs amis qu’on entend gémir sur des pertes d’argent ! Petites misères touchantes de l’adulte.

     

                            7O.    Le rationalisme parle comme si la
                        connaissance, automatiquement ou 						laborieusement,
                        allait toujours dans le sens d'un 						enrichissement
                        de l'être humain. C'est ce que l'on conteste. 
                        
                                              MOUNIER
                              
                               "Introduction aux existentialismes"        
                                     
                        
                        
                            71.    Les philosophes se (sont) 						ingéniés, en accord avec les savants, à 					vider le monde de la présence de l'homme. 
                        
                                            id. ibid.              
                        
                            72.    (Le rationalisme) a oublié que 					l'esprit onnaissant est un esprit existant, 				et qu'il est tel non pas en vertu de 						quelque logique immanente,
                        mais d'une décision personnelle et créatrice. 
                        
                                            id. ibid.                     
                            73.    L'existant...ne recherche pas LA
                        vérité, une vérité impersonnelle et 						différente à tous, mais SA vérité, une 					vérité qui réponde à ses aspirations, 						comble ses attentes, dénoue ses
                        problèmes.                     
                                              MOUNIER
                                "Introduction aux existentialismes"
    
                            74.    Ce n'est pas LA mort qui est un
                        problème philosophique mais QUE JE MEURE.
                        
                                            id. ibid. 
                        
                        
                        
                            75.    Le sujet n'...est (cependant) pas
                        enfermé dans son je-je, mais affronté au monde
                        entier. 
                        
                                            id. ibid. 
                      
                        
                            76.     On n'ose pas aviser le premier fou, le
                        fou noyé dans son rêve intérieur, mais le second,
                        le fou lucide et satisfait qui ne vit plus que 
                        chose parmi les choses, on frémit aussi de le
                        regarder, "par crainte de découvrir qu'il n'a plus
                        de vrais yeux, mais des yeux de verre et des
                        cheveux de paillasson, bref, qu'il est un produit
                        artificiel". 
                        
                                              MOUNIER
                             "Introduction aux existentialismes" p. 19
                                     + citation de KIERKEGAARD
                        
                        
                        
                            77.    Il n'y a pas d' Être, il n'y a que des
                        existants. 
                        
                                            id. ibid. 
                        
                        
                        
                            78.    Soit un poinçonneur de métro, qui du
                        matin au soir perfore des tickets dans une vague
                        inconscience, ou un petit rentier qui somnole dans
                        son confort. Vies dont on éprouve le malaise de
                        penser qu'elles sont quasi-fonctionnalisées, dont
                        les ressources secrètes, les puissances
                        d'émerveillement tarissent peu à peu. A la limite,
                        vies sans mystère. Devant de telles inexistences,
                        une exigence incoercible vous saisit, le besoin
                        d'y découvrir un mystère, une secrète plénitude 
                        d'être qui ne se réduise pas à un déroulement
                        d'états inconsistants. 
                        
                                              MOUNIER
                                "Introduction aux existentialismes"
                        
                        
                        
                            79.    Un inexistant est un homme qui ne
                        s'embarrasse pas de questions.
                        
                                            id. ibid. 
                        
                            
                        
                            80.    La philosophie ne commence pas par une
                        acquisition, mais par une conversion, comme la
                        religion. 
                        
                                            id. ibid. 
                        
                        
                        
                            81.    Il faut nous débarrasser du préjugé que
                        la volonté de rester en dehors de l'objet soit
                        toujours favorable à la connaissance. 
                        
                                            id. ibid. 
                        
                        
                        
                            82. C'est par erreur qu'on a cru voir dans la
                        méthode existentialiste une logique du
                        sentiment... 
                            L'existentialisme refuse simplement de laisser
                        aux catégories rationnelles le monopole de la
                        révélation du réel. 
                        
                                              MOUNIER
                                "Introduction aux existentialismes"
                        
                        
                        
                            83.    Oui, j'en ai assez de porter toujours
                        mon âme, j'ai hâte de trouver ce pays où le
                        soleil tue toutes les questions. Ma demeure n'est
                        pas ici. 
                        
                                               CAMUS
                                          "Le Malentendu"
                        
                        
                        
                            84.    Oh ! je hais ce monde où nous sommes
                        RÉDUITS A DIEU !
                        
                                            id. ibid. 
                        
                        
                        
                            85.    Priez votre dieu qu'il vous fasse
                        semblable à la pierre... c'est le seul vrai
                        bonheur. 
                        
                                               CAMUS
                                          "Le Malentendu"
                        
                        
                        
                            86.    Le sérieux existentiel est à la fois
                        engagement et dégagement, souci de présence et
                        d'insertion, et crainte de s'immobiliser dans les
                        positions acquises et dans les fidélités
                        enregistrées. 
                        
                                              MOUNIER
                                "Introduction aux existentialismes"
                                               p. 31
                        
                        
                        
                            87.    Une conception singulièrement
                        dramatique du destin de l'homme. 
                        
                                            id. ibid.    
                            88.    Un nouveau mal du siècle.
                        
                                              MOUNIER
                                "Introduction aux existentialismes"
                        
                        
                        
                           
     89.    Vous voyez l'air de cette jeune femme,
                        son assurance, le regard joliment dédaigneux
                        qu'elle nous jette... cette affirmation... oh !
                        charmante ! du contentement de vivre et d'être ce
                        qu'elle est... ce refus de toute crainte... ? 
                            Chaque fois maintenant que je suis en présence
                        d'une de ces images, pleine d'une gracieuse, à
                        peine agaçante royauté féminine, qui jadis me
                        séduisaient ou m'intimidaient sans plus, je pense
                        à tous les visages pareils à celui-là qui ont vu
                        s'aligner en face d'eux un peloton d'exécution,
                        dans un des pays que j'ai parcourus... moins que
                        cela... qui ont eu à pleurer en vain pour
                        attendrir le garde-chiourme d'un camp de
                        concentration... qui se sont figés d'épouvante à
                        l'entrée de policiers dans un vestibule, ou devant
                        une bande d'énergumènes qui hurlaient... Oui, …
                        tous les visages qui ont découvert en un dixième
                        de seconde que le sourire un peu dédaigneux, les
                        sourcils coquettement froncés, le regard de
                        princesse, cela ne servait à rien, absolument à
                        rien, que toute cette parade de défi,                                      
    	²de hardiesse, d'invulnérabilité, de "je ne ferai
                        jamais que ce que je voudrai", et de "c'est vous
                        plutôt qui ferez ce que je voudrai pour ne pas me
                        déplaire", que tout cela était chose creuse,
                        coquille friable, prête à s'effondrer, convention
                        et comédie bonnes pour les temps où l'on joue à la
                        gentillesse. Le jour où les brutes mettent leurs
                        pattes sur la vie, le jour de la Kommandantur, de
                        la Tchéka et des mitrailleuses... quand on n'a
                        plus devant soi que la force terrible et nue... si
                        réelle que plus rien d'autre n'est réel... hein ?
                        qu'est-ce qu'il reste de ce joli jeu ? Oui, j'ai
                        envie de dire : "Pauvre petite ! " (Pas moi)                    
                                           Jules ROMAINS
                                   "Les Hommes de Bonne Volonté"                    
                           T. XXII, Les Travaux et les Jours" pp. 184-5
                            90.    L'ON N'A PAS RAISON. L'ON SE DONNE
                        RAISON.
                        
                                            id. ibid. 
                              T. XXIII "Naissance de la Bande" p. 161
                                         
                            91.    Il ne s'arrêtait à aucune vision
                        particulière. C'était plutôt comme si des images
                        vives, marquées chacune d'un excès, eussent été
                        jetées dans la trémie de sa tête et brassées
                        ensuite par un vent violent. Il y avait des
                        visages de nègres, de grosses lèvres de nègres,
                        des seins et des croupes de négresses, des femmes
                        très parées, à cheveux courts, dansant avec
                        impudeur dans les bras de jeunes hommes minces, au
                        regard froid et sportif. Une ronde de corps nus,
                        tous noirs, tous blancs, ou alternés. Des caresses
                        qui soudain parcouraient ces rondes, les
                        ralentissaient, les couchaient à terre. Ou bien,
                        le long d'une rangée dansante et gracieuse comme
                        celle des Panath‚n‚es, de fines mains de jeunes
                        femmes, d'un geste pareil, saisissaient de jeunes
                        dieux ithyphalliques. Il y avait des cortŠges
                        d'hommes durs, des saluts du bras lev‚, des
                        matraques tombant sur de vilains cr^anes, sur des
                        dos vo^ut‚s et ch‚tifs ; des acclamations ; des
                        monuments o— l'on entrait par-dessus des grilles
                        renvers‚es ; des pelotons d'ex‚cution face … des
                        murs trŠs lumineux, et le bruit des salves ‚tait
                        couvert par celui des fanfares. Il y avait des
                        festins et des orgies dans des palais tout neufs
                        aux murs blancs, aux lignes nues, sortis du sol
                        comme un ascenseur qu'on appelle par un bouton.
                        Tout cela ‚tait fouett‚ de soleil ; travers‚ de
                        secousses rythmiques, … mi-chemin du spasme de 
                        
                        
                        BERNARD COLLIGNON
                        
                        CITATIONS                                       45
                        
                        
                        
                        sexe et de la contraction de muscle d'athlète ; et
                        réveillé constamment par une saveur qui
                        ressemblait à celle du champagne nature glacé. 
                        
                                           Jules ROMAINS
                        
                                  "Les Hommes de Bonne Volonté‚" 
                           T. XXIII "Naissance de la Bande" pp. 167 / 8
    
    XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
                        
                        
                        
                            92.    Les imbéciles ! ils paieront ça ; ils
                        paieront leur dédain pour tout ce qui est beauté,grandeur, noblesse de la vie... leur rêve de                    toute une humanité en savates, en gilet de laine,
                        en bretelles flasques, qui acceptera de vivre dans des cabanes à lapins, sur des ruelles de gadoue,
                        du moment qu'il n'y aura plus de patrons, plus de femmes trop bien habillées, qu'on en fichera le
                        moins possible, et qu'il sera assuré aux ex-damnés de la terre un minimum de six heures par jour pour
                        jouer à la belote ou pêcher à la ligne. 
                        Jules ROMAINS
                        
                                  "Les Hommes de Bonne Volonté" 
                                         id. ibid. T. XXIV
                                       "Comparutions" p. 69
                        
                        
                        
                        
                        
                        
                                   
                        
                            93.    On nous dit qu'en suivant Hitler le
                        peuple allemand proteste contre des injustices
                        qu'il aurait subies, ou se prépare à assouvir un
                        besoin de revanche. Oui, sans doute. Mais il
                        acclame encore plus l'homme qui, par des
                        incantations délirantes, l'arrache à des années de
                        dépression nerveuse, qui, par des cérémonies
                        n‚o-barbares, lui prodigue les secousses,
                        l'‚bri‚t‚ ; qui, en lui faisant pers‚cuter les
                        Juifs,br^uler les bibliothŠques,lui procure, …
                        lui, peuple cultiv‚, le plus grand scandale
                        int‚rieur. Les Allemands savent qu'avec Hitler,
                        quoi qu'il arrive, ils ne s'ennuieront pas. 
                        
                                           Jules ROMAINS
                                  "Les Hommes de Bonne Volont‚" 
                                T. XXV - "Le Tapis Magique" p. 127
                        
                        
                        
                            94.    Pourquoi ce qui est d‚licieux … vivre
                        serait-il honteux … d‚crire ? 
                        
                                         id. ibid.  p. 199
                        
                        
                        
                            96.    Je me disais souvent que la carriŠre de
                        s‚ducteur de femmes devait ^etre trŠs difficile, 
                        
                        
                    qu'il était donc un peu trop commode de la
                        m‚priser chez autrui, que les raisins étaient trop
                        verts, etc... Il en r‚sultait une admiration
                        involontaire, et assez aigre, pour ce type
                        d'hommes ; l'id‚e que dans leur genre ils
                        formaient une classe hautement dou‚e et
                        privil‚gi‚e. Et comme tous n'offrent point de dons
                        physiques ‚clatants, il fallait aller jusqu'à leur attribuer soit une sorcellerie, soit un
                        rayonnement vital d'une puissance myst‚rieuse,
                        bref des formes de sup‚riorit‚ que rien ne
                        remplace, qu'aucune ‚tude ne procure, et dont, si
                        l'on veut ^etre tout … fait sincŠre, l'on ne se
                        console point d'^etre priv‚.
                        
                                           Jules ROMAINS
                                   "Les Hommes de Bonne Volont‚"
                                 T. XXVI - "Fran‡oise" pp. 55 / 6
                        
                        
                        
                            96.    ...il est immoral de faire les choses
                        loyalement, et il est moral de les faire
                        hypocritement.
                        
                                         id. ibid. p. 226
                        
                            97.    Ce qu'on annonce de mauvais est presque
                        toujours vrai.
                        
                                           Jules ROMAINS
                                   "Les Hommes de Bonne Volonté"
                                  T. XXVII "Le 7 Octobre" p. 296xxx 62 10 30 XXX
                        
                        
                        
                            98.    "...il n'y a pas ici de procès à faire.
                        Louis n'est point un accusé, vous n'êtes point
                        des juges ; vous êtes, vous ne pouvez être que
                        des hommes d'Etat et les représentants de la
                        nation. Vous n'avez pas une sentence à rendre pour
                        ou contre un homme, mais une mesure de salut
                        public à rendre, un acte de providence nationale à
                        exercer."
                        
                                            ROBESPIERRE
                                        Procès de Louis XVI
                        
                        
                        
                            99.    "Qu'est-ce qu'un ridicule que personne
                        n'aper‡oit ? 
                        
                                             STENDHAL
                                     "La Chartreuse de Parme"
                                           ch. VI p. 102
                        
                        
                        BERNARD COLLIGNON
                        
                        CITATIONS                                      49
                        
                        
                        
                            100.    "Qu'importe ton sein maigre, ^o mon   
                                                           objet aim‚ ?
                                     On est plus prŠs du coeur quand la   
                                                     poitrine est plate 
                                     Et je vois, comme un merle en sa cage
                                                                  enferm‚,
                                     L'Amour entre tes os r^evant sur une 
                                                                    patte.
                            
                                          Louis BOUILHET
                        
                        
                        
                            101.    Le temps qu'on passe … rire est le
                        mieux employ‚.
                        
                                            Sadi CARNOT
                        
                        
                        
                            102.    L'oiseau cache son nid, nous cachons  
                                                              nos amours.
                        
                                            Victor HUGO
                                       "Les Contemplations"
                                  "Autrefois" - "L'^ame en fleur"
                        
                        
                        
                        
                        
                        BERNARD COLLIGNON
                        
                        CITATIONS                                       50
                        
                        
                        
                            103.    Aimez-vous ! C'est le mois o— les     
                                                   fraises sont m^ures.
                        
                                            Victor HUGO
                                       "Les Contemplations" 
                               "Autrefois" - "L'^ame en fleur" nø 26
                        
                        
                        
                            104.    "Il y a quelque chose de pire que
                        d'avoir une mauvaise pens‚e. C'est d'avoir une
                        pens‚e toute faite. Il y a quelque chose de pire
                        que d'avoir une mauvaise ^ame. C'est d'avoir une
                        ^ame toute faite. Il y a quelque chose de pire que
                        d'avoir une ^ame m^eme perverse. C'est d'avoir une
                        ^ame habitu‚e." 
                        
                                               PEGUY
                        
                        
                        
                           105.   Le plagiat est la base de toutes les
                        litt‚ratures, except‚ de la premiŠre, qui
                        d'ailleurs est inconnue.
                        
                                             GIRAUDOUX
                                         "Siegfried" Acte I
                        
                        
                        
                        
                        BERNARD COLLIGNON
                        
                        CITATIONS                                       51
                        
                        
                        
                            106.    Il n'y a de joie de la jeunesse que
                        pour les parents. C'est trŠs tragique au contraire
                        d'^etre jeune.
                        
                                             GIRAUDOUX
                                   "Tessa II" - 4Š tableau sc. 1
                        
                        
                        
                            107.    L'erreur des ‚ducateurs et des parents
                        est de parler trop souvent aux enfants un langage
                        stupide.
                        
                                         Nous Deux ? nø ?
                        
                            108.    Vous croyez … la possession, alors
                        qu'en amour il n'y a que la pr‚sence.
                        
                                             GIRAUDOUX
                                  "Cantique des Cantiques"  sc. 8
                        
                        
                        
                            109.    Depuis que je t'aime, ma solitude
                        commence … deux pas de toi.
                        
                                                id.
                                           "Ondine" I 9  XXX 62 11 27 XXX
                        
                        
                        
                        BERNARD COLLIGNON
                        
                        CITATIONS                                     52
                        
                        
                        
                            110.    "Je t'aime, Lia. Je ferai ce que tu
                        veux. 
                                     - Ce que je veux ! ce que je veux !
                        c'est encore un beau ma^itre que je me donne l… !"
                        
                                             GIRAUDOUX
                                    "Sodome et Gomorrhe" Acte I
                        
                        
                        
                            111.   LIA  - Tu as mis sur ta vie pour ne pas
                        me la donner, quand pourtant ton amour soufflait …
                        la d‚tacher, le plomb de ton travail.
                                   JEAN - Tu crois en toi ? Tu crois
                        encore … cette femme que les hommes ont faite de
                        toutes piŠces ? Tu crois … ces d‚fauts et … ces
                        vertus qu'ils t'ont pass‚s au cou et qui ne sont
                        pas plus toi que ton collier.
                                   LIA   - Et l'homme, lui, garde toute
                        ces cocardes qu'il s'est attach‚es lui-m^eme ? Il
                        est bon. Il est courageux. Il est fidŠle. 
                        
                                            id. ibid. 
                        
                        
                        
                            112.    AuprŠs du p‚trole, un cadavre n'a
                        jamais senti.
                               id. "La Folle de Chaillot"  Acte I  
                             
                             
                        BERNARD COLLIGNON
                        
                        CITATIONS                                       53
                        
                        
                        
                            113.    L'amour est le d‚sir d'^etre aim‚.
                        
                                             GIRAUDOUX
                                 "La Folle de Chaillot"    Acte II
                        
                        
                        
                            114.    Que penserait celui que j'attends s'il
                        savait que j'ai dit je t'aime … ceux qui m'ont
                        tenue avant lui dans leurs bras.
                        
                                       id. ibid.     Acte I
                        
                        
                        
                            115.    Mon cher sourd-muet, taisez-vous. Vous
                        nous cassez les yeux. 
                        
                                         id. ibid. Acte II
                        
                        
                        
                            116.    O vous tous, que torture l'id‚e que
                        votre femme a un amant, imaginez qu'elle n'est
                        plus votre femme, faites qu'elle ne soit plus
                        votre femme et le bonheur vous reviendra... C'est
                        simple, et personne n'y pense. 
                        
                                    id. "Sodome et Gomorrhe"  
                                                
                       
    

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

                                          
                        
                        
                            197.    Oh ! La route est amère
                                    Depuis que l'autre Dieu nous attelle à						à                                                    sa croix ;
                                    Chair, Marbre, Fleur, Vénus, c'est en
                                                         toi que je crois.
                        
                                              RIMBAUD
                                         "Soleil et Chair"
                        
                        
                            198.    Nous ne sommes pas au monde. La vraie
                        vie est absente.
                        
                                                id.
                        
                        
                        
                            199.    Difficultés du rapport chrétien
                        d'homme à femme...
                        
                                            Y. BONNEFOY
                                      "Rimbaud par lui-même"
                        
                        
                        
                            200.    Cette vie d'illusions, de cruels
                        renouveaux, cet ENFER.
                        
                                             id. ibid.
                        
                                           
                        
                        
                            201.    Qui n'a pas été vraiment aimé, ne peut
                        se résigner à mourir.
                        
                                            Y. BONNEFOY
                                      "Rimbaud par lui-m^eme"
                        
                        
                        
                            202.    Toute conscience de soi, d‚couvrant …
                        l'homme son impuissance, l'oblige au m‚pris de
                        soi.
                        
                                             id. ibid.
                        
                        
                        
                            203.    (La sexualit‚), qui aurait pu ^etre le
                        rythme même de la participation au réel, 		ici,
                        sous le signe de l'interdit, elle ne 			produit plus
                        que le VICE.
                        
                                             id. ibid.
                         204.    Déployez votre esprit, mais ne 	servez pas
                        d'amusement aux autres ; car sachez bien 	que, si
                        votre supériorité froisse un homme 	médiocre, il se
                        taira, puis dira de vous : "Il est très 	amusant!"
                        terme de m&pris.
                                              BALZAC
                                      "Le Lys dans la Vallée"
                        
                        
                      
                        
                        
                            2O5.    Les slips "Kangourou" sont à 	la portée
                        de toutes les bourses...
                        
                                               X...
                        
                        
                        
                            206.    Le doute travaille en ce 	moment la
                        France. Après avoir perdu le gouvernement
                        politique du monde, le catholicisme en 	perd le
                        gouvernement moral. Rome Catholique mettra
                        toutefois autant de temps … tomber qu'en a mis
                        Rome panth‚iste. Quelle forme rev^etira le
                        sentiment religieux ? Quelle en sera l'expression
                        nouvelle ? La r‚ponse est un secret de l'avenir.
                        
                                              BALZAC
                                    Pr‚face au "Livre Mystique"
                        
                        
                        
                           207.    ..."Mat‚rialit‚ de la pens‚e, et son
                        ‚nergie magn‚tique... (Les) id‚es ont une vie
                        propre par elles-m^emes... Elles vivent aussi en
                        dehors... Le fluide nerveux qui se d‚gage du
                        cerveau, et qu'on appelle vulgairement la volont‚,
                        est une force dont le m‚canisme n'est pas encore
                        connu, ni le potentiel ‚valu‚, ni l'utilisation
                        appliqu‚e... La t‚l‚pathie, la clairevue, le
                        
                                     
                        
                        
                        somnambulisme... ; les extases..., sont 	des
                        ph‚nomŠnes produits par une projection de fluide.
                        C'est ainsi que s'expliquent les miracles par
                        attouchement ou … distance, op‚r‚s par J‚sus et
                        par ses ap^otres. En d‚terminant les rapports
                        qualitatifs et quantitatifs de la pens‚e avec la
                        volont‚, les physiologues arriveront … des
                        r‚sultats de plus en plus surprenants. Ils
                        trouveront les moyens d'explorer la zone subtile
                        de la pens‚e et du sentiment. Les hommes exerc‚s
                        en viendront … communiquer d'esprit … esprit ; …
                        voir, … lire dans les cerveaux sans recourir aux
                        sens charnels."
                        
                                           Ph. BERTHAULT
                                             "Balzac"
                        XXX 63 9 9 XXX
                        
                        
                            208.    Les hommes n'admettent guŠre,
                        peut-^etre avec raison, la vertu des femmes
                        ind‚pendantes. 
                        
                                            MAUPASSANT
                                        "Notre Coeur" p. 15
                        
                        
                        
                        
                        
                        
                        
                        
                            209.    Rien n' (est) plus difficile 	que de
                        rendre heureux un homme qui se sent fautif.
                        
                                              BALZAC
                                      "Le Lys dans la Vall‚e"
                        
                        
                        
                            210.    Il ne suffit pas d'^etre un homme, il
                        faut ^etre un systŠme.
                        
                                                id.
                        
                        
                        
                            211.    Cr‚er, toujours cr‚er ! Dieu n'a cr‚‚
                        que pendant six jours ! 
                        
                                               idem
                        
                        
                        
                            212.    Hoc est vivere bis,
                                    vita posse priore frui.
                        
                                              MARTIAL
                                           "Epigrammes"
                                            X, XXIII, 7
                        
                        
                        
                        	
                        
                            213.    La haine n'est pas le 		contraire de
                        l'amour, c'est son autre visage.
                        
                                             P. HERIAT
                        
                        
                        
                            214.    L'homme est un bouffon qui danse sur
                        un pr‚cipice.
                        
                                              BALZAC
                        
                        
                        
                            215.    Qu'a faict l'action genitale aux
                        hommes, si naturelle, si necessaire et si juste,
                        pour n'en oser parler sans vergongne, ... ? Nous
                        pronon‡ons hardiment : tuer, desrober, trahir ; et
                        cela, nous n'oserions qu'entre les dents ?
                        
                                             MONTAIGNE
                                       "Essais" L. III ch. X
                        
                        
                        
                            216.    Comme le coeur d‚borde de pouvoir
                        consoler l'innocent … qui l'on a fait du mal !
                        
                               LAUTREAMONT - Ier chant de "Maldoror"
                        
                    	
                        
                        
                            217.    Abstineas avidas, Mors, modo, 			nigra,  
                                                                  manus.
                        
                                              TIBULLE
                                               I, 3
                        
                        
                        
                            218.    A mesure qu'on a plus d'esprit, on
                        trouve qu'il y a plus d'hommes originaux. Les gens
                        du commun ne trouvent point de diff‚rence entre
                        les hommes.
                        
                                              PASCAL
                                       Pr‚face aux "Pens‚es"
                        
                        
                        
                            219.    L'homme compte passer les trois-quarts
                        de sa vie … souffrir pour se reposer le 4Š quart ;
                        et, le plus souvent, il crŠve de misŠre sans plus
                        savoir o— il en est de son plan ! 
                        
                                         Lettre de RIMBAUD
                                           6 - 1 - 1886
                        
                        
                        
                        
                        
                        
                   	
                        
                        
                            220.    Ton esprit est tellement 	malade que tu
                        ne t'en aper‡ois, et que tu crois ^etre dans ton
                        naturel, chaque fois qu'il sort de ta bouche des
                        paroles insens‚es, quoique pleines d'une infernale
                        grandeur.
                        
                                            LAUTREAMONT
                                      Ier chant de "Maldoror"
                        
                        
                        
                            221.    Les analyses d'hommes homosexuels
                        montrent toujours qu'ils ont peur des organes
                        g‚nitaux f‚minins, ...instruments de castration
                        capables de mordre ou de d‚chirer le p‚nis.
                        
                            (les h‚t‚rosexuels aussi, disait idem ibidem)
                                            Dr A. BERG
                           "Les problŠmes de l'homosexualit‚", 2Š partie
                        
                        
                        
                            222. Le m‚rite d'un roman n'est pas dans
                        l'intrigue.
                        
                                          Abb‚ BERTHAULT
                                             "Balzac"
                        
                        
                        
                        
                       	
                        
                        
                            223.    Sentir des élans de tendresse, des
                        palpitements d'amour, mais ne jamais savoir si on
                        les ressent avec vous ! 
                        
                                               ZOLA
                                     Lettre, … 20 ans environ
                        
                        
                        
                            224.    Lorsque je jette un regard …
                        l'horizon, je me vois seul ; rien ne m'attache …
                        la vie, ni haine, ni amour. Je me demande avec
                        angoisse si je n'ai pas de coeur, si le ciel m'a
                        fait mis‚rable,si je ne suis qu'un tas de boue
                        incapable de briller.
                        
                                                id.
                                         Lettre … Braille
                        
                        
                        
                            225.    Je me battrais vraiment, si j'en
                        valais la peine.
                        
                                               ZOLA
                        
                        
                        
                        
                        
                        
                       
                        
                        
                        
                            226.    Une peur de lui-même insurmontable le
                        paralyse. Il n'agit pas, dans la crainte de
                        l'‚chec. Il manque de hardiesse et de courage ; il
                        pr‚fŠre la r^everie qui lui donne, … bon compte,
                        et sans risque, une ‚bauche de ce qu'il
                        d‚sire...... C'est un vieux gar‡on, un pŠre
                        tranquille, un ennemi de toute complication... Il
                        renonce (… modifier ses habitudes) par une sorte
                        de paresse m^el‚e
                        d'appr‚hension..............................
                        Il a la hantise du ridicule, la constante
                        inqui‚tude de ce que l'on pense de lui.
                        
                                             CASTELNAU
                                              "Zola"
                        
                        
                        
                            227.    On retrouve son ‚tonnante obstination,
                        sa merveilleuse foi dans sa destin‚e. Il pose
                        orgueilleusement sa devise : "Tout ou rien", et,
                        durant sa vie entiŠre, sans lassitude apparente,
                        sans rel^ache, il s'‚lŠvera sans cesse, visant
                        toujours plus haut.
                        
                                             id. ibid.
                        
                        
                        
                        
                        
                        
                      
                        
                            228.    Il y a là quelque chose de sublime …
                        trouver. Quoi, je l'ignore encore. Je sens
                        confus‚ment qu'une grande figure s'agite dans
                        l'ombre, mais je ne puis saisir ses traits. 
                        
                                               ZOLA
                        
                        
                        
                            229.    Il n'y a point d'homme condamnable,
                        qui, au milieu de tout le mal qu'il a pu faire,
                        n'ait encore fait beaucoup de bien. 
                        
                                                id.
                                            "L'Argent"
                        
                        
                        
                            230.    La conduite de Dieu, qui dispose
                        toutes choses avec douceur, est de mettre la
                        religion dans l'esprit par les raisons, et dans le
                        coeur par la gr^ace. Mais de la vouloir mettre
                        dans l'esprit et dans le coeur par la force et par
                        les menaces, ce n'est pas y mettre la religion,
                        mais la terreur.
                        
                                              PASCAL
                                             Pens‚e 9
                                           Ed. Chevalier
                        
                        
                      88
                        
                        
                        
                            231.    Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini ? 
                        
                                              PASCAL
                                             Pensée 84
                                          ‚d. Chevalier.
                        
                        
                        
                            232. Il est bien plus ais‚ d'accuser l'un
                        sexe, que d'excuser l'autre.
                        
                                             MONTAIGNE
                                     "Essais" L. III ch. V fin
                        
                        
                        
                            233.    L'homme est ainsi fait, qu'… force de
                        lui dire qu'il est un sot, il le croit ; et …
                        force de se le dire … soi-m^eme, on se le fait
                        croire.
                        
                                              PASCAL
                                            Pens‚e 102
                        
                        
                        
                            234.    Tout arrive et rien n'arrive. Autant
                        rester les bras crois‚s. 
                                    ZOLA "Au Bonheur des Dames"
                        
                        
                      
                        
                        
                        
                            235.    Les Thébains avaient le r‚giment des
                        amants : beau r‚giment ! quelques-uns l'ont pris
                        pour un r‚giment de sodomites ; ils se trompent ;
                        c'est prendre l'accessoire pour le principal. 
                        
                                             VOLTAIRE
                                   "Dictionnaire philosophique"
                                             "Amiti‚"
                        
                        
                        
                            236.    (l'Amour)... "c'est l'‚toffe 			de la
                        nature que l'imagination a brod‚e."
                        
                                             id. ibid.
                                              "Amour"
                        
                        237.    La nature de l'homme est tout naturel:
                        "omne animal".
                        
                                              PASCAL
                                         p. 121 Chevalier
                            238.    Etait-ce donc si b^ete, l'amour ?
                        Quoi! Ce gar‡on qui avait tout un bonheur sous la
                        main, et qui g^atait sa vie, et qui adorait une
                        gueuse comme un saint-sacrement ! 
                        
                                               ZOLA
                                   "Au Bonheur des Dames" ch. V
                        
                        
                        
                        
                           

     

  • CARRE DE DAMES THEATRE

    C O L L I G N O N

     

    C A R R É  D E  D A M E S

     

     

    dédié à Anne Sylvestre

     

     

    Théâtre

     

    Éditions du Tiroir

     

    Semper clausus

     

     ACTE UN, Tableau unique

     

    Une cuisine traditionnelle, avec cheminée. Une grande table sur le devant, un buffet au fond à jardin. TROIS VIEILLES DAMES debout ou assises tout autour. UN REPRÉSENTANT, UNE AUTRE VIEILLE DAME dans un fauteuil roulant, près d’une fenêtre côté cour, sous un amoncellement de couvertures.

    Prévoir un écran, un prompteur.

     

     

     

    PREMIÈRE VIEILLE DAME (JEANNE)

    WATSON’S INTERNATIONAL ENCYCLOPEDY…

     

    DEUXIÈME VIEILLE DAME (FITZELLE), accent naturel de Toulouse

    Synagogue de Dijon B.JPG

    Tell on… Very exciting…

     

    LE REPRÉSENTANT, petit brun frisé, style taurillon. Les paumes écartées bien à plat sur la table

    Alors ? Décidées ?

    JEANNE

    C’est dit !

    FITZELLE

    Un petit whisky !

    LE REPRÉSENTANT

    Si vous le dites…

    JEANNE ouvre le buffet, sert un verre de whisky ; FITZELLE verse deux verres de Porto.

    C’est du porto.

    DEUXIÈME VIEILLE

    Et du bon .

    Le Représentant boit posément. Les deux vieilles avalent ensemble, côte à côte, cul sec (éclairage:soleil couchant)

    LE REPRÉSENTANT, grimaçant

    L’Encyclopédie Watson, chef-d’œuvre de la conscience professionnelle anglo-saxonne...

    JEANNE

    Aryenne…

    LE REPRÉSENTANT se choque

    JEANNE

    Vous n’êtes pas spécialement nordique, non ?

    LE REPRÉSENTANT

    Niçois.

    FITZELLE

    Arabe ?

    LE REPRÉSENTANT

    Tout de même pas.

    Silence. Le tas de couverture sur le fauteuil respire doucement.

    LE REPRÉSENTANT

    Dites-moi…

    JEANNE

    Oui ?

    LE REPRÉSENTANT

    Il va où, cet escalier ?

    FITZELLE

    Il ne va nulle part cet escalier.

     

    JEANNE

    Il reste ici.

    LE REPRÉSENTANT

    Ah bon.

    FITZELLE

    Porto ?

    Elle le ressert d’office.

    LE REPRÉSENTANT, la main sur le volume

    Une somme incomparable…

    JEANNE

    Il est bon le Porto ?

    FITZELLE

    Nous sommes l’Encyclopédie.

    LE REPRÉSENTANT

    Tout est là-dedans.

    JEANNE ET FITZELLE lui tendent la bouteille

    Là-dedans.

    Il empoigne la bouteille et la vide en roulant des yeux.

    De l’âtre surgit la TROISIÈME VIEILLE,accroupie, tisonnant le foyer

    LA TROISIÈME VIEILLE, MARCIAU

    Pas d’accord !

    Un coup de pétard dans le feu, éclairant les visages dans les mouves rougeoyants ; une lueur inquiétante, au-dessous de l’escalier.

    MARCIAU, brandissant son tisonnier :

    Je ne veux pas acheter L’Encyclopédie Watson.

    LE REPRÉSENTANT, tourné vers les deux autres :

    Vous étiez d’accord, vous deux. Ça fait trois quarts d’heure qu’on discute.

    FITZELLE

    Au moinsse…

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Carré de dames, version narrative