05.11.2009

Sové l'hallangue francs seize

 

Chaque fois qu'un esprit parle de la vulnérabilité de la langue française, une voix lénifiante et démissionnaire s'est toujours élevée pour déclarer qu'il « y avait des problèmes plus graves ». A mes observations sur l'horrible prononciation d'Eûûûûdipe, un de ces abrutis m'écrivit que mieux valait encore, somme toute, mal le prononcer que de ne plus savoir qui il était. Oui-da, Messire, et la prochaine étape sera de trouver mieux qu'on parle de lui en anglais, que de ne plus le connaître - va pour Youdaïpe ! Non, non, soyons intégristes, comme des Québécois, comme des Flamands. Avec 200 millions de francophones, elle a de quoi se ressourcer, se vivifier : voilà bien encore de l'optimisme niais ! Que m'importe à moi que des Maliens ou des Norvégiens défendent encore ma langue, si mon propre pays ne la pratique plus !

<!-- @page { size: 21cm 29.7cm; margin: 2cm } P { margin-bottom: 0.21cm } --> Libération d'Ingrid Bétancourt. Bref, ne désespérons pas de la langue française ! Pas du tout M. Imbert. Tout revient. Nous assistons à l' Histoire, et tout ce que nous pouvons faire est de nous tortiller artistement tout en tombant, seule liberté que nous ayons. J'ignore ce qu'il adviendra. Nous avons regardé les Zoé de l'Amazonie, derniers vestiges de la vie primitive. Il lui faut des défenseurs, des militants. Cet homme parle d'or. Je suis d'accord. Mais sans intégrisme ! Ma foi si. Les Flamands le furent bien, intégristes. Ce sont eux qui, par leur susceptibilité, empêchèrent les Français de donner leur langue à l'Europe, et que l'anglais s'imposa. Je déteste cette langue avec intégrisme. A l'orée du siècle passé, 10% de nos compatriotes ne la lisaient ni ne l'écrivaient. Ce n'est pas une raison.

Une araignée remonte son fil vers ma bougie. J'espère qu'elle ne s'enflammera pas. 200 millions de francophones peuvent se dissoudre à la flamme anglaise. Combien de francophones seraient prêts à ne plus l'être ! Les paladins que vous êtes de la langue française ne vivent pas dans une forteresse assiégée : mais si ! Mais trêve d' alarmisme pour ce soir. Lecteur, que veux-tu lire ? J'écrivais au rebours de tout ce qui s'est fait. Je me suis soucié de tout ce qu'il ne fallait pas. Comme la vie, comme la mer, la langue française est toujours recommencée ! Belle envolée... M. Imbert frise l'octantaine... L'optimisme me débecte... La joie me plaît, me submerge, le bonheur en éclair, mais, par pitié, pas d'optimisme...

Or, Claude Imbert (je le vois sur les vignettes) a écrit : Ce que je crois, Par bonheur, et je ne sais quel autre titre indiscernable aux seules lueurs de bougies, dans une couillection de poche. Les affirmations de foi genre d'Ormesson demeurent nécessaires, mais ne me touchent pas. Il y faut de la démonstration, de l'angoisse, une certaine précipitation, le sentiment haletant que nous n'avons à nous, avant la mort, que les mots, et les mille façon de les tresser. Tant que nous n'aurons pas la preuve de notre éternité, ce qui ne saurait manquer dans la suite des siècles. Claude Imbert, journaliste, est né e, 1929 à Quins (Aveyron) – quel coin ? St- Affrique ? Séverac ? Bozouls ? Il existe en Argentine des arrière-petits-fils d'Aveyronnais. Ils connaissent toujours leur département grâce aux traditions de leurs instituteurs. Ils tentent d'apprendre le français. Ils savent situer Entraygues et Montpaon...

 

02.11.2009

On dézingue, on dézingue !

 

Allez Prévert on récapitrouducule : un Temple Solaire, une vieille torturée, un flic dégommé, deux, trois cinq, encore cinq qui ne viendront pas nous faire chier à nous foutre des contraventions, tiens justement six morts dans le Jura dans une collision frontale, soutenez le vin d'Arbois, plus on en boit plus on va droit, des escrocs en chemise blanche, des homme d'Etat qui protestent de leur innocence, je suis serein cui-cui, des gonzesses qu'on excise, en gros plan la semaine prochaine, des peuples qu'on fait crever de faim en gros plan depuis des mois ils pourraient se renouveler putain chiottes, l'homme est un loup pour l'homme, il ne faut pas se leurrer, on ne va pas se bercer d'illusions, “ Faut pas rêver ” merde le titre hideux on vous montre les dernières des dernières merveilles du monde mais faut pas rêver on va te transformer tout ça en parking souterrain avec des chupa-chups dans les distributeurs, on ricane, on ricane, faut pas rêver on te dit, réveille-toi le monde est con eh ! oh ! le monde est con t'avais oublié ? faut pas rêver on te dit pauvre con c'est la dernière fois que tu vois des Indiens des Papous, en Guyane ils se servent de récipients en plastique rouge et jaune c'est tellement plus solide et commode et décoratif que les poteries traditionnelles et ils mettent au frais dans le torrent de véritables bouteilles de véritable sirop Teissières véritablement très rafraîchissant eh ben oui c'est comme ça mon vieux c'est comme ça et si tu ne veux pas le voir tu es vraiment un con, et puis surtout tu es complice, tu es coupable, coupable, coupable, MERDE !

Faut pas rêver.

Et en quoi ça me parle ça, en quoi ça m'encourage à vivre, est-ce qu'il faut couper les couilles (ça m'obsède) à tous les mecs sous prétexte qu'il y a des violeurs, est-ce qu'il faut virer tous les Maghrébins parce qu'ils sont en grande majorité impliqués dans toutes les affaires imaginables c'est ce que disent les flics, est-ce qu'il faut que je devienne con, est-ce qu'il faut virer les Kurdes, est-ce qu'il faut les mettre dans un grand trou qu'on appellerait le Trou du Kurde - ça va Monsieur Ionesco ? il va bien le petit rhino ? on en trouve encore pour faire bander les petits Chinois pour qu'il y en ait encore plus ? tu vois Missié reporter moi aussi je dis des conneries c'est pour être moins seul que tu me rends con ?

Pourquoi est-ce que l'on retrouve Alfred Sirvan ou Sirvin, personne ne sait comment prononcer, très, mais alors très très précisément au milieu du procès Dumas alors que tous les journalistes savaient où il se trouvait je ne dis pas "se cachait", pourquoi on a retrouvé tout de suite les boutefeux des paillotes corses alors que l'assassin du préfet Erignac courAIt toujours et qu'il présidera peut-être même un jour l'assemblée territoriale du peuple Corse con et indivisible qui a dit "pléonasme" - pourquoi est-ce que les assassins du petit Romain sont toujours appelés "assassins présumés", pourquoi sa mère gueule-t-elle dans le couloir "la justice c'est de la merde" qui n'a pas dit "pléonasme" - pourquoi est-ce qu'on n'a pas le Droit de les achever à coups de cutter en pleine audience, pourquoi est-ce qu'ils ont des avocats qui t'expliquent avec gravité qu' "il y a des zones d'ombre" dans le dossier ?

Ah oui je me répète.


..Qui a porté tel coup de couteau, tel coup de pierre, tel coup de queue ? Pourquoi faut-il, pourquoi voulez-vous car j'ai de plus en plus de mal à ne pas croire qu'il s'agit d'une volonté délibérée, que je ne réagisse plus qu'au sentiment comme un vulgaire Jean-Jacques Rousseau, à la haine, à l'antisémitisme comme un vulgaire Voltaire, pourquoi je devrais crier Vive Ariel Charon, pourquoi toujours la réaction immédiate, quoi, quoi, l'air du temps, c'est qui qui le fabrique l'air du temps journaliste de mes couilles - et un procès en diffamation, un, je m'en fous je n'en ai pas je ne veux pas en avoir.

30.10.2009

Fragment d'extrait

 

Il ne faut pas frapper les enfants. Ça ferait du bien. Puis les hyènes. Ça recommencerait, plus haut, plus fort – je ne tremble plus – je respire à fond. Une fois tout de même l'un d'eux s'est pris toute la largeur d'un bouquin sur la gueule – c'est pas moi – qu'y gueulait – c'est pas moij'ai répondu. Pour se valoriser Térence a rédigé une Thèse sur Shelley (Percy Bysshe), correspond avec Oxford, Boston (Mass.), avec un tarif, un pèse-lettre (pas de queue au bureau de poste) ; la boîte aux lettres d'ici s'encastre dans un renfoncement. Terence prend les petits pas chinois dans l'herbe et dépose à l'abri son courrier dans une autre boîte lointaine ; le long du chemin les vitres renvoient son image droite et digne.

Ce lundi la poste a muré le renfoncement, les jeunes sont partis. Il descend de voiture et pousse un caddie de supermarché. Je ne veux pas être vu.. Magdalena dit On se fout de te voir ou non. Il se sert dans les rayons. Il fait bien attention aux rencontres. Il croit entendre des rires, il remonte les épaules, il opère un savant détour. Pour son tabac il passe par l'arrière ; ces derniers mois les buis ont bien poussé. Prendre le pain avant sept heures. Magdalena est fille de Rachel. (Rachel = belle-mère de Térence). Elle habite à B. rue Jonas. Bourgeoise et bohème, en ce temps-là aime les fleurs, les grands foulards et une affiche de Mucha.

Elle a quantité de livres et de bibelots, pas d'homme (séparée de corps depuis 10 ans) et le couvre-lit de percale orange à motifs mauves : Mickey dix-huit fois répété. Magdalena lui rend visite ; sa mère donc lui offre une toque : “Tu la porteras cet hiver! - Je ne veux pas d'affaires volées. - C'est plus fort que moi, dit la mère. La fille psychiatre observe que sa mère trie ses vêtements sur le lit chaque fois qu'elle la visite : “Maman a des goûts de perroquet. - Tu ne comprends rien à l'Art. - Jette ça” disent-elles. Dans une heure Magdalena reprend le train. Rachel n'est pas le vrai nom de sa mère, qui sollicite tous les metteurs en scène pour remonter sur les planches.

Elle s'intéresse à la politique, chacun l'aime et lui confie des tracts ; quand il lui prend des bouffées catholiques, elle fréquente les associations paroissiales. Plus un grand nez en tremplin de ski, le sien. Souvent elle médite, longuement, dans une espèce d'éblouissement. Pour compléter le tableau familial, Magdalena possède une fillette de deux ans : Chloé. Dans l'ordre, Rachel, Magdalena, Chloé. “R.M.C., “Radio Monte-Carlo” dit Rachel. Au loin prospère le cabinet privé de la psychiatre. Tous les dimanches à 10 h Magdalena téléphone à sa mère (tarif économique) “Je suis restée seule” dit Rachel. “Ta sœur Vivette emménage dans les trois pièces restées libres” jeune fille de quinze ans chaudement recommandée par le Secours Catholique. Elle s'habille très chic. Je ferai de son appartement un joyau.” Pour les vacances Térence et sa femme reviennent chez Rachel à B.

 

Je leur suis très reconnaissante dit-elle à Vivette de leur assiduité. La petite Chloé pousse bien. A Pâques et pour la faire marcher (“Je suis grand-mère !”) Rachel place ses grands pieds sous les siens ; 41 c'est grand pour une femme. Je la vois toujours souriante. Rachel écrit dans son journal qu'elle atteint la Grande Maturité, par le “plaisir des choses terrestres” : “Il vaut mieux que je me suicide”. “Allô je n'ai plus de nouvelles” téléphone Magdalena. “C'est à toi de téléphoner, ma fille” répond Rachel. - Tu trouves toujours un prétexte pour passer ton tour, ma mère. - J'ai acheté un chien. - Comment? - Je l'ai détesté d'emblée. - Rends-le ! - Il aboie au moindre bruit. - Tu es complètement folle. - Tu n'as jamais pu supporter ta propre mère.” Elle ajoute qu'elle a réussi sa vie ; qu'il n'y a pas eu la moindre lubie dans son existence ; qu'elle a été l'artiste la mieux payée dans “Les Vignes du seigneur” en 79. Magdalena demande si “[elle va] inscrire [s]on chien au parti.” - Je ne peux plus faire de politique, avec le chien. - Tu exagères ! - Depuis que vous êtes partis, je n'ai plus envie de voir personne.

- Je connais ton discours par cœur. - Allô ? ... Allô !...

 

X

 

“... Je te passe maman. - C'est toi Vivette ?... reste à l'écoute. - Ici Rachel. Vous m'entendez ? Térence est avec toi ? J'ai acheté un revolver. (Si c'est pour tuer le chien.) “Pas du tout. Je ne manque de rien. Vous ne me manquez pas le moins du monde.” Terence s'agite sur son siège. Dans l'écouteur retentissent des aboiements frénétiques. Le gendre dépressif crie : “Ne jouez pas !

Je lève dit-elle mon revolver, à la santé, à la santé de... Mandrin ! silence quand je me tue ! - Ici Magdalena ! ici Magdalena ! Tu va cesser tes ravages im-mé-diate-ment !” Détonation, glapissements de chien dans l'écouteur - “Elle l'a raté” dit Terence.

Ils se regardent tous les deux extrêmement pâles, joignent le Commissariat “toutes les lignes sont pour le moment occupées - six minutes plus tard de B. un gradé leur annonce le suicide effectif de Rachel Bratsch “Le chien n'a rien, Madame Elliott” L'enterrement dit-elle se fera sans moi Je ne te demande rien Terence. Assurément : ils seront libres, passeront leurs vacances en lieu sûr, achèteront une maison vaste et neuve – la morte sape cependant tous les projets, par des cheminements inconnus. Magdalena commande deux billets de chemin de fer pour B. (une voisine gardera l'enfant) Je ne viens pas dit Terence au guichetier, est-il possible de ne prendre qu'une réservation

 

je me déciderai au dernier moment le dernier moment c'est maintenant dit le guichetier Finalement Térence reste à quai. Derrière la vitre du TGV Magdalena fait des signes obscurs, j'aurais pu pense Elliott manifester moins d'égoïsme. Rachel s'installe près de lui toute morte dans le métro du retour, elle enlace aux siennes ses jambes d'artiste nous l'aurons si peu connue – je ne l'entendrai plus jacasser - combien pourra-t-il tirer de ses trois étages Quartier Jardin Public ? - récupérer Chloé chez la voisine - avec le magot légué par sa mère à lui en 84, plus les intérêts – mit den Zinsen, und den Zinsen der Zinsen.. - au téléphone Chloé sur les bras Térence demande comment s'est déroulée la cérémonie. “Avant de fermer le couvercle dit Magdalena j'ai coupé une mèche sur le front – Qui est venu ? Allô? Allô ? - Pas toi.” Le soir, l'enfant couchée, Térence apporte son plateau devant la télé, avec du vin et des biscottes, les pieds devant lui sur une chaise : j'ai des escarres au c ul.

Le lendemain Magdalena demande au bout du fil s'il s'ennuie. Non, je lis, je me promène. - Tu n'as besoin de personne ? - De toi – je plaisante - j'ai perdu ma belle-mère - je t'appelle du bistrot (ajoute-t-il) Rachelest restée là (sur l'estomac) et là (sur la tête). - Bois un coup dit un ouvrier. Fais du vélo ! - Je hais les coups de pédales. - Tu parles pas comme tout le monde, dit l'ouvrier ; va chez tes potes. - Tu m'inviterais, toi ? J'ai mes bouquins, j'ai la télé... - On ferme l'intello, tu rentres chez toi... - Pour voir ma morte ? - Tu fais comme tu veux mon n'veu...” Térence au téléphone : “Allô ? je te rappelle retour du café - Tu ne bois pas trop ?

- Et ta mère ? - Toujours morte, Térence...” Quand je boit, la morte se noie. Mais elle a plus d'un tour dans son cercueil . Le professeur Elliott (on l'avait oublié) ne songe plus à éviter ses élèves il dit j'ai pris un congé parce que je me suis fait traiter d'enculé. “C'est vrai m'sieur ? - Que je suis un enculé ? - Oh non M'sieur ! - Vot' femme M'sieur elle est gentille ; pourquoi qu'on la voit jamais? - Foutez-lui la paix, à ce naze.” Térence dit que non, qu'on ne le dérange pas, qu'il aime bien parler, qu'il voudrait une pression et trois Coca, il dit j'espère que je ne suis pas ridicule ? et les jeunes s'écartent précipitamment.

29.10.2009

J'oublie tout

Ben voilà, mes dotrouducuments furent rétrouducupérés, mais tout vides. Avec le nombre d'octets, mais tout vides. Je vais faire un répertoriage. Tout m'échappe. Prout. Heureusement, je corrige un ouvrage sur CELAN, coup de foudre, j'ai acheté "Renverse du souffle", en bilingue (Atemwende), traduction Jean-Pierre Lefebvre. Plus un dico hébreu translitéré, plus de problèmes avec les vocalisations.  Bonne journée de boulot. Quant à vous, merci de me rester fidè-ouè-ouè-ouèleueueueu. Putain d'ordi, vous savez qu'il n'y a rien de tel que le papier malgré tout ? Tiens, je me rebouffe une quatrième pomme : prrrrouththth... Et il ya Quignard aussi, La Nuit sexuelle, autre chose que Titeuf, du chef-d'oeuvre, et supérieur à Calassio, parce qu'au moins c'est sobre. Chaque mot correspond à une haleine. A pluche, dit l'ours. Sauvez-les ! les ours polaires ! Allez ciao.