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der grüne Affe - Page 2

  • Deux rêves

    54 02 11

    Avec Z. et un de ses amis, nous faisons une expédition sur des autoroutes à flanc de montagne dominant des villes à riche passé antique (Vienne en France par exemple). Sonia et Annie suivent, les deux motos de tête sont très puissantes. Il y a aussi un de nos chats, un batracien et un insecte (ou trois chats). De fortes pentes remontent un courant très fort, les chats se défendent, fendant l'eau de leurs museaux. Un inconnu devant nous saute de cette autoroute sur la route ordinaire du bas, qui traverse les agglomérations, pour effectuer quelques achats, puis remonte. Ça continue à monter, les rambardes sont délabrées, nous suivons tant bien que mal. Des articles de journaux rappellent que les conférences archéologiques sur toutes ces villes sont réservées aux “Boches”, et critiquent cela. Puis le camarade de Tarche à son tour regagne la route en contrebas. Il a pété un pneu, et un vaste pare-brise occupe la largeur de la voie.

    Lit défait romn.JPG

    La pente (le talus) est extrêmement raide sur le côté, couverte de magnifiques fleurs bleu foncé, mais c'est impraticable, même à pied. Et l'ensemble de cette autoroute commence à prendre l'aspect d'un plancher de carlingue d'avion écrasé, en équilibre instable à flanc de petite montagne. Je m'amuse bien à lancer en contrebas des débris de métal, puis des gros cailloux, mais je crains que la carlingue ne soit déséquilibrée et ne dévale la pente de côté. Quant à Sonia, Anne, et aux trois chats, ils restent sagement à l'arrière, dans l'attente.

     

    54 02 28 Je suis chez des Asiatiques en Belgique dans un haut immeuble où ils habitent. Les étagères de l'ancienne bibliothèque de Madame sont à demi effondrées et en désordre. J'essaye de retrouver la place d'un beau livre d'enfant qu'elle y a peut-être remis. Je tombe sur une illustration d'incendie dévastateur dans un village de pailllotes, sous un vent violent, dans les îles située dans l'isthme de Panama., comme s'il y avait là une sorte de mer de Marmara. Puis je suis surpris en train de me savonner, complètement nu, près d'un lavabo, dans un petit recoin bien propre. Le couple me voit, mais, très préoccupé, ne me fait aucune remarque. Il s'agit de ma dentiste Nguyen et de son mari.

    Puis je suis sur une autoroute surchauffée, un type fait du stop en marchant au beau milieu des voies. Il s'énerve qu'on ne cesse de le klaxonner. Je me retrouve à quatre pattes sur le goudron brûlant, gênant et ralentissant à mon tour la circulation, frôlé par un énorme camion. Un journaliste me prend une brosse à dents que je tiens dans une main et me la vrille sur la tempe : “Et si je te fais cela, ça te soulage ? - Non pas du tout, ça me chatouille, c'était mieux avant.” Il me la remet. Une jeune journaliste me guide alors, épuisé, vers le bas côté, entre des éléments rouillés de machines agricoles.

    Il paraît que j'ai été victime (dit une voix de journaliste) d'une “estocade” de l'auto-stoppeur qui effectivement m'a quelque peu morigéné. J'observe que “estocade” n'est pas le mot juste. La journaliste a un peu peur et le dit, car la circulation est intense. Je l'aide à ne pas se blesser les talons sur les bouts de ferraille qui traînent là. Nous sortons de l'autoroute au rond-point qui mène de la route à quatre voies vers Andernos.

  • T'en veueueueux.... d'la beueueueuh...

    « L'herbe a la juste réputation de faire rire, d'exploser le cerveau. L'escalier au plastique ROMN.JPG

    «  Le shit, c'est plus solide.

    Pour le travail de fond. »

    Travail de poète, ou de pigiste, ou d'instrospecteur. Je ne sais. Qui n'a jamais connu d'état second du à l'herbe ne pourra pas comprendre. Révisons notre vocabulaire : l'herbe, c'est le cannabis. Le shit, c'est le haschisch.

    « Là va ma préférence

     

    «  - Tu ne crois pas que tu fumes un peu beaucoup ? me dit Lucie.

    J'ai beau lui dérouler la longue liste des poètes maudits qui m'ont précédé, je n'obtiens d'elle qu'une moue dubitative.

     

    « Dans mon bureau, tout est beau.

    Tableaux, bibelots... »

    Alinéas, alinéas, lignes sautées. C'est pour donner le temps de souffler la fumée. De chercher la rime :

    « C'est rigolo.

    Suis écroulé dans mon fauteuil.

    Les yeux au plafond.

    J'écoute de la musique.

    Me laisse partir. » T'as raison coco, faut pas se prendre la tête. Et avec humour.

    « Mais où est donc ornicar ?

     

    «  - Maintenant, si tu me demandes sérieusement si moi, Benjamin Dubois, en tant qu'être social et responsable, en dehors de tout intérêt personnel, je suis pour la légalisation de l'usage du cannabis et le contrôle de sa vente par l'État, je te réponds non. La légalisation, c'est la mort des banlieues.

     

    « Les plumes volages

    D'une alouette

    Brisée, la nuit, l'écume.

     

    « Lucie est au cinéma avec Yasmine, une copine. »

    Le coup de l'alouette, plus tôt, c'était un haïku à deux balles. Le reste, c'est de la vie quotidienne.

    «  Sommes écroulés dans mon bureau, Solly et moi.

    Il ne fait pas chaud dehors et je le vois avec sa même vieille veste en velours marron que d'ailleurs il n'enlève pas, son pantalon en toile qui lui arrive aux chevilles, ses bateaux antédiluviens qu'il porte sans chaussettes.

    Me demande s'il a mangé et sors pain, fromage, biscuits, tablettes de chocolat, Coca…

    Grignote un ou deux biscuits.

    Écoutons Radio Nova. »

    Vu, l'omission des sujets, comme ça allège l'expression ? Vu ce qu'il y a à dire, il ne reste plus grand-chose. Du vide, du vent, du shit, quoi.

    « On ne parle pas.

    Suivons nos pensées.

    Cool.

     

    « L'organiser, le portable, les clients, les dead-lines, j'ai tout remisé. Au nom des services rendus, mon patron accepta le licenciement pour incompatibilité d'humeur et je me la roule douce le temps que ça me reprenne. » Effectivement, choisir entre l'inaction béate et un travail de con, ce n'est pas très encourageant. Plutôt dormir. Pas besoin d'herbe pour ça, y a qu'à glander, notre pauvre auteur ne plaide pas très bien sa cause. Il est vrai que ça change des voyages flashy avec plein de couleurs et de contractions vaginales. Au moins, là, c'est le nu, le néant. La volonté de présenter les fumeurs de joints sous les traits de personnes superficielles avec autant d'intelligence que des godasses et soixante mots de vocabulaire.

    Nous allons poursuive encore un instant notre douloureux vagabondage à travers le néant :

    « Moment béni où je n'ai plus à suer pour gagner mon pain.

    Mes ASSEDIC ne sont pas près de baisser. Me laisse bercer…

    «  - T'aimerais pas avoir un tapis volant ? me demande Solly.

     

    Et si l'homme devait être lobotomisé pour éviter guerres et carnages, ne faudrait-il pas s'y résoudre ?

  • La merde, les homos

    51 09 27. Et nous revivons une rentrée scolaire. Je sais que mes rapports avec les collègues ne sont que de pure surface, ils ne manquent pas une occasion de me le faire sentir. La réunion de prérentrée se déroule, présidée par la proviseuse, arménienne de Roubaix : Mme Peltérian. Et juste avant voyez l'amabilité, elle est venue me relancer jusqu'à mon domicile, où je me tenais toute souffreteux, sans aucune envie de participer à cette cérémonie sans grande utilité. Chez moi, ce n'est pas très brillant : sur le plancher incliné, les chaises ne tiennent pas, je manque en tomber malgé mes contorsions : je ne pourrais jamais m'habituer à un tel galetas. Le lendemain, en classe, les élèves sont là !

    Il faut bien leur faire cours... In petto, combien je déplore qu'ils ne savent ni vraiment lire, ni expliquer. Alors, je me transforme en élève, pour mieux comprendre de l'intérieur : en effet, mon enseignante, pourtant bien agréable, ne me permet pas d'articuler un mot sans trébucher. Je me sens fondre. Elle me fascine, ma bite et ma voix se racornissent. Pas l'ombre d'un commentaire. Rien. Kloum, nada.

    51 10 02

    Pourquoi mon Dieu faut-il que je me retrouve toujours au centre de mes préoccupations, de mes évènements. Combien cela n'entraîne-t-il pas chez mon lecteur une puissante défécation ? Que peut-ce lui faire que je chie, et qu'il se trouve en moi quelqu'un qui m'y entraîne aussi ? D'aucuns croiront à une afféterie – en vérité, une afféterie sur la merde... Ils m'enfermaient dans les toilettes, ils me faisaient hurler devant témoins, ce gros fils Lanton aux lunettes de débile, et l'on traversait mon cul, mon asile, mon pré carré de chiottes comme un moulin, mais bon sang, respectez-moi, ou bien, si je suis sur mon trône, comme le Roi allant "à ses affaires", saluez-moi et traitez avec moi des affaires du royaume.

    Vous me voyez de la rue, à travers la fenêtre. Qu'avez-vous besoin de me passer sous le nez, de passer votre nez sous moi ? Finalement, ce qui me dérange et me couvre de honte, c'est que vous ne vous rendez pas compte de ce que je suis en train de faire. Vous ne voyez donc pas que j'agis, comme un roi, et que votre attention me réconforterai, me donnerait de ma valeur ? Je me torche donc, un peu soulevé, avec de larges feuilles d'offset, malaisée à plier, de grande qualité, de grande valeur esthétique : levers de soleil, temples birmans, chouettes surprises au point du jour. Tout cela, sous ma merde ! Mais on se tartine, et la merde est triste. Qu'ils sont loin, les Aristophane, les Alcofribas...

    Croiriez-vous qu'ils se scandalisent ? Je reste seul en plein vent, mes splendides tirages à la main, à peine froissés... Il me faut donc partir. Sortir de ces accomplissements avortés. Pour être admiré, glorifié – disons : considéré – il me faut quitter cette famille ingrate qui veut, e moi, que je grandisse. Installons-nous dans une vaste chambre de cité universitaire : bâtiment A, rez-de-chaussée, chambre 1. Elle est très éclairée, mais close, et j'en ai seul la clé, à l'exception du personnel de nettoyage, qui a le privilège du passe-partout. Le plafond est haut, je le touche en sautant du bout de ma main. Signe d'une grande nudité, d'une grande propreté. Les bouts de cierges ROMN.JPG

    Je serai seul propriétaire de mes souvenirs, quand tout témoin aura disparu. Ni savonnette, ni brosse à dent, ni matériel de toilette. En aurais-je besoin ? Tout est si pur, si nu. Comme un carré de capitaine. Où la progressive instabilité de l'eau signalerait seule un départ, où le fossé sans que je m'en aperçoive autrement s'élargirait entre la rive et moi, où ne retentiraient que dans ma tête les signaux réglementaires du départ. Et si je sors de mon enclos, c'est un pont de navire, de yacht blanc sous les mouettes, dont la propriétaire est une jeune femme en blanc d'officier.

    Revoici donc un monde extérieur, enfin libre, enfin décevant comme il faut, décemment, où les avanies s'essuient galamment : Arielle, qui me suit partout mais ne m'essuie pas, se met en frais pour l'officière, et l'entraînerait bien avec elle en cabine, sans que l'autre s'en fît trop prier.

    Peut-être faudrait-il que moi aussi je découvrisse un homme, un être de mon sexe et de mon rang ? Il existe aussi, à bord, un autre homme que moi. Et je suis censé le draguer. Qui m'aura chargé de cette mission stupide ? Je prends d'abord l'avis de ma femme Arielle, car elle m'a déjà confié de semblables missions. Cela ne m'excite guère, et je devrais une bonne fois la dissuader d'exiger de moi, même en riant, de telles tâches. Elles sont au-dessus de mes forces, dans la mesure exacte où je pourrais y succomber. Pour elle, aucune difficulté : elle flirte avec des femmes, et cela ne lui coûte rien, parce qu'elles savent, toutes les deux, s'arrêter à temps. Cela se voit tant, que j'ai envie de me faire tringler ?

    Enfin, pour cette fois, et à force d'insistance, elle me relève de cette tâche.

  • Chef-d'oeuvre inconnu

    Pour NOS AMIES LES FEMMES  faisons léger. Sous forme de mots croisés par exemple. 
    
    
        1    2    3    4    5     6    7     8     9   10
    1   	P    U   T     A    S   S   E   R   I    E  
    2	R    +    +    C    O   U   R   E  +   N 
    3	O   N   A     N     +  C    O  +   A   C
    4	S    A   L     O     P   E    S   +  N   U   
    5      T    +    +     N    O   R   +   C  U  L
    6	I     C   H     +    +    +    L   I    S  E
    7      T    R   O    N    C   H    E   R   + R
    8      U    R  S     U    L    E    +   A   R  A
    9       É    +   T     +    E    +   N    G   +   +
    10       +      +   +    C    A    B   A    E   R   T
              1      2    3   4     5     6   7     8      9    10
      
    HORIZONTALEMENT
    	1. État naturel de femme 2. Qu'il se dépêche. Patron des deux sexes, honoré de maintes libations. Kéza , noblesse gasconne 4. Paradoxalement, à celles qui ne veulent pas. Comme un cul. 5. Nord sans d. Préoccupation essentielle 6. Avant liebe dich. Demoiselle de Bécaud  7. Activité fine 8. Qui rit quand on l'encule. Qui rit. 9. Nouvelle Gauche. 10. Au cabaret, c'est le bordel. . 
    VERTICALEMENT
    	1. Rare au masculin. 2. Demi-pute de Zola. Casimir, Raymond, Roger (dans l'ordre) 3. Aluminium. Soigne la chtouille. 4. Ce qu'elles disent toutes. A poil. 5. Syllabe d'enculage. Ne pas tourner autour. M. et Mme Pipe ont une fille. 6. Le comble de l'horreur. (...) - suie-moi le cul. 7. Prétexte à chasteté. Largeur. Fin de la pute précédente 8. Parfois du cul. Sur la bite du bizuth. 9. Pas Dei. 10. Sodomie programmée. 
    	Reste à placer :  vulve, clite, con, poil.  
    
    
    
    
    
    
    
    LE TROU DU QUIZZ
    Êtes-vous une femme ? 
    				Oui        _
      				Non       _
    				Autres     _
    Aimeriez-vous être 
    				Pute         _
    		        	Cultivatrice         _
    			Strip-teaseuse     _  
    Vous masturbez-vous ?
    				Jamais      _
    				Jamais      _
    				Jamais      _
    Aimez-vous les hommes ? 
    				Ben…        _
    				Euh...       _
    			C'est-à-dire...      _
    Votez-vous
    				À droite   _
    				À gauche   _
    				Au centre  _
    Votre mec porte-t-il 
    				À droite   _
    				À gauche   _
    				Au centre  _
    Votre tour de poitrine
    				90 C         _
    				85  D        _
    				A   10       _
    	----->    		cuirassé coulé.

  • Les sauveurs et le taureau

     

    Car ils s'engueulaient l'un l'autre devant nous sans la moindre vergogne comme une marquise se déloque devant son valet sans songer que c'est un homme – et nos disputes à nous passaient pour des enfantillages ; cet homme et cette femme étaient si profondément faits l'un pour l'autre, brûlant dans leur empyrée, que nous les admirions passionnément ; la moindre de leur condamnation, la plus petite ombre de réprobation, nous étaient parole d'Evangile, et nous les recevions, régulièrement, ou nous étions reçus, dans notre plus délirante dévotion. Vingt ans plus tard, S. s'étranglait d'indignation : « Comment ? Tu ne t'es donc jamais rendu compte que je te draguais ? » Jamais, Te-Anaa, jamais : comment le ver de terre peut-il s'imaginer un seul instant aimé d'une étoile ?

    Deux simples exemples, datant peut-être de la même soirée : lisant mon carnet de citations, l'Autre homme s'était exclamé : « Regarde ! Regarde ! Il ne note que ce qui le rassure ! »Bien vu. Mais : la chose était parfaitement inconsciente. Au même titre que les mouvements péristaltiques - suis-je coupable, moi, de cette merde ? - il paraît que oui. ...Je me mets au piano ; « Ce n'est pas mal » dit Te-Anaa ; et l'Autre, soudain : « Mais c'est du Claude François ! C'est du Claude François ! » - donc, forcément, de toute nécessité, ringard (bourgeois, fasciste) - indigne) (de nous, d'eux-mêmes) – Dalila, La Callas. C'est pourtant bien mélodieux, bien magnifique, bien poignant, l'air de « Quand / un bateau passe,/ Quand un train part / Quand un avion / s'envole dans le soir / Moi j'imagine » - je ne sais plus ce que j'imaginais, de tierce en tierce en baissant ma pédale – et puis je ne notais pas, Monsieur, « ce qui me rassurait » : je me constituais ma sagesse interne, à usage exclusif.

    Et cette sagesse passait par une étape indispensable : clore le bec de tous ceux qui voulaient l'entraver, au profit de la leur ; j'entassais donc mes munitions, mes arguments, pour fermer la gueule à tous ceux que je laissais pénétrer chez moi, dans mon cœur et dans mon cerveau, pour lire mes carnets de citations, et jusqu'à mes carnets personnels. Je fais ici ce qu'il ne faut pas faire : NE PAS SE JUSTIFIER – never explain, never complain.

     

    Le pont fleuri ROMN.JPGTOUGOUDOUP, TOUGOUDOUP : explication de texte.

    A quinze ans, les ado abusent des scies et refrains en tous genres ; à trente, la mienne était cette onomatopée : tougoudoup, tougoudoup. Elle figurait la charge furibonde d'un taureau dans le dos d'un innocent, d'un ahuri, qui découvrait d'un coup, dans un sursaut de terreur hilarant, l'imminence de son encornage.

     

    R.XIX

    A tout propos, en pleine phrase, entre trois de ch'val et deux Sieg Heil, je lâche aussi tougoudoup, tougoudoup. Et l'Homme, le Vrai, de retour chez lui, d'écarter m'a-t-on dit les bras au ciel en me traitant de con : « Tout ce que ce type trouve à dire, c'est” (déclamant) tougoudoupe, tougoudoupe”. Et Te-Anaa me défendait. Or ce n'est que d'aujourd'hui que je découvre enfin le sens de ce message, de cette onomatopée qui pourrait figurer en exergue à ma biographie : “Tougoudoup, Tougoudoup” - attention ; ne te vante pas, vis dans la méfiance ; toujours en effet se tient dans ton dos prêt à foncer le taureau invisible, dont tu n'entendras que trop tard le galop furibond : tougoudoup, tougoudoup, prends garde au ridicule, prends garde à la mort, TOUGOUDOUP, TOUGOUDOUP - et garde-toi de vivre.

  • Du fond des âges

    Rien de plus terne et de moins expressif que cette photographie en noir et blanc, affligée d'une telle médiocrité : l'appareil n'était pas très bon. Ce bâtiment grisâtre et sans relief ne serait rien sans sa légende : École de Monségur (47), soit Lot-et-Garonne, chiffres maléfiques où j'ai cru mourir. On ne saurait confondre en effet le Monségur d'Agenais avec son homophone de l'Ariège. Il vit là une population tranquille, sans rien des touristes fiévreux et suspects qui viennent hanter le vieux château reconstruit après les Cathares. Cette école est en hauteur, sur une petite butte portant le village lui-même, et c'est pourtant de ce batiment mal cadré que je suis sorti, un jour imaginaire de roman, pour descendre jusqu'au cimetière : l'auteur, c'était moi, et le livre, c'est celui que vous ne trouverez dans aucune librairie.

    Cette école banale ne convient pas à mon intrigue, celle d'un instituteur pédophile, et de son ami le curé, pédophile aussi. L'enfant, c'était moi. Le narrateur, c'était moi. Mais aucune émotion, car jamais je n'ai habité ici, ni enfant ni plus tard. Juste en repérage avec cet appareil photo misérable, afin de recueillir l'endroit où toute l'histoire se situerait. La luminosité est faible, le ciel couvert. Une aile tronquée s'éloigne, une autre à angle droit se voit coupée très vite par le cadre. A l'angle, une fenêtre masquée par une espèce d'auvent plat, destinée sans doute à diminuer le jour , sans qu'on en devine bien l'intention. En revenant vers nous, c'est une porte close où pointe un porte-lanterne en forme de potence.

    Le petit seuil coquet ROMN.JPGCette ferraille porte en son bout une tige métallique, d'électricité ou de hampe à drapeau (il me semble que les piliers mentionnés tout à l'heure présentaient un mélange de rouge, de bleu et e jaune, en couleurs autrefois pimpantes aujourd'hui fanées ; il y a des lieux ternes que rien ne peut égayer) – mais poursuivons, revenons vers nous pour voir ou constater une fenêtre assutément jumelle de celle du fond, dégagée de tout préau guilleret, dont je croyais distinguer les volets à persiennes : erreur. C'est un assemblage moderne de baies rectangulaires à la verticale : deux battants fermés, une imposte, et, de chaque côté, renforcées par deux meneaux de pierre, deux autres fenêtres et deux autres impostes, le tout étroit comme une vieille fille.

    Près de l'angle saillant ne manque pas la gouttière, verticale et fonctionnelle. L'aile du bâtiment du fond présente une porte-fenêtre de même espèce, et l'on sent bien, de toute cette énumération, qu'il n'y a là que fausses ouvertures, que tout ce verre étalé sépare au lieu d'unir, comme des yeux recouverts d'une taie. Toute cette vitrerie ne fut plaquée là que pour rénover un bâtiment de piètre pierre, badigeonné de gris avec application, qui sent la désaffectation, l'abandon et pourquoi pas la mort. Devant, tenant 60% de la surface, la cour en terre battue creusée d'irrégularités, de flaques en formation peut-être, le temps est au crachin. Le sol s'éclaircit en remontant vers l'habitacle, sont ce dernier semble l'émanation pétrifiée. Tout est banal comme un fait divers de cul.

    Jamais la municipalité n'a eu vent de mes projets, jamais ils n'ont été en vente. Sinon l'on n'eût pas manqué d'énergiques protestations, municipales et autres, sur la bonne qualité de l'enseignement et de son bâtiment, sur les côtés riants de cette "charmante bourgade" e tutti quanti. Mais ce cliché, et l'orientation de mes imaginaires, ont transformé d'office, avec mes préjugés, le village en lieux maléficiés. Que les habitants me pardonnent. Mais dans ces bleds, on se fait chier. Le cliché remonte aux années 70, tout est enseveli désormais dans le neuf, le riant, les petites images aux fenêtres, le "dynamisme" d'une "équipe pédagogique dévouée" qui "épanouit nos enfants", mais rien ne remplacera mon père qui habite là, pour toujours, avec sa blouse grise et sa solitude de marabout effaré.

    Cette photograhie figure ans un de ces petits albums-gadgets, où les clichés s'enfilent aux quatre angles dans des lunules de papier-carton blanc. Juste an face, ma femme en mariée, entre son amie Muriel et sa mère en gants blancs. Elle baisse les yeux avant le sacrifice. Il est vrai que cette autre photo est en couleur