08.12.2009

Reléon de Rebloy

Sur mes genoux le tome 2 ("Journal" de Bloy). Juillet 13, combien proche. « On n'a pas compris Hello. » Un connard traité en nourrisson par sa femme. Un moderniste théosophe – Hello, moderniste ? qui nous eût bientôt ramenés à l'Inquisition selon Joseph de Maistre ! Comment croire encore les contes de l'Eglise ? adaptation progressive, chronologique, à la divinité ? Tout vieillard éprouve l'envie de tout faire effondrer avec soi, nam terribilest mori solus. Aussi Bloy pousse à la guerre, pour ne pas mourir seul. Religion devenue chez lui désormais le ramassis de toutes les gentillesses. Corinne, sept ans, exclue du catéchise pour avoir dit de Dieu : C'est comme le Père Noël, mais c'est pour les grands ! Le Curé : "Je ne veux pas de votre fille dans mon cours." "Trois religions, une seule foi", pourrait être le titre de mon ouvrage sur Yahveh, Jésus, Mohammed. Lyon, imprimerie générale, 1890. Who cares ?

Quel gamin, ce Bloy. Index (de son journal...) - voici le rite : compter les occurrences, et lire chaque 47e . Ici, je repars sur le n° 1 : Aristide Boucicaut (1810-1877), propriétaire du Bon Marché : I, 572. Passer à 67 ans était de mise à l'époque ; il ne m'en resterait que 6. Il m'étonnerait beaucoup que Léon Bloy se fût laissé aller à quelque indulgence envers ce propriétaire. Je remprunterai ce tome I, afin de reprendre les passages sélectionnés. Puis vient Marguerite Guérin, M me Boucicaut, 1816-1887, morte à 71 an s (plus que 10), ayant survécu dix ans à son mari - que deviendront nos Sarkolènes ? L'épouse du précédent se piquait de philanthropie. Ne pas changer le monde, faire la charité, tel est des bourgeois le puissant réconfort.

Je ne pourrai vérifier les références (I 353 ; II, 237) puisque cette dame n'occupe que la deuxième place au lieu de la 47e - revue mécanique macchabique. Mgr Emile Bougaud né en 1824 meurt en 1888, à l'âge avancé de 66 ans, plus que 3. « Aumônier de la Visitation » : qu'était-ce ? filles ou garçons ? recueilla-t-il les confessions des jeunes branleuses ? J'en ai connu une, B., de Mussidan, qui disait : « «J'ai menti », tout à la fin, juste avant l'absolution. Et ça dansait, filles et garçons, euphoriques, angéliques, avant confesse. Parole, c'était la préhistoire. On se réunissait, soit chez l'un, soit chez l'autre, jamais chez moi – je n'y aurais pas songé – c'est aujourd'hui que je m'en avise !

Les « surboums » de Mussidan, dont il fallait être, en tendant l'oreille, surtout sans solliciter !je disais donc : ...En 1861, Bougaud devient Mgr de Laval, « Monsieur de Laval », comme

eût dit Saint-Simon. Pays de bons bigots. Comme on étouffait là-dedans, quel plaisir de partir à la guerre ! Bougaud fut l'auteur d'une Vie de sainte Chantal cette même année 1861. Il est mentionné en II 556, 559. Bloy consulta sans doute son ouvrage. Les vies de saints me font chier comme les vide-seins. Ça dégouline. En 3, Georges Boulanger. Qui est ce cadavre ? J'avais un correspondant nommé Révolvet, qui m'a laissé tomber ; il m'envoyait des nécrologies, des vanités, qui dans les 70 monopolisaient les colonnes, puis plongeaient aujourd'hui dans le trou. Ce Georges Boulanger, oui, c'est bien ce fameux général, suicidé en 61, qui faillit emporter la République ! « Il est mort comme il a vécu, en sous-lieutenant », c'est Clemenceau qui l'a dit (revolvérisé sur le tombeau de sa maîtresse) - «général et homme politique » ! I, 472.

Sur mes genoux le tome 2 ("Journal" de Bloy). Juillet 13, combien proche. « On n'a pas compris Hello. » Un connard traité en nourrisson par sa femme. Un moderniste théosophe – Hello, moderniste ? qui nous eût bientôt ramenés à l'Inquisition selon Joseph de Maistre ! Comment croire encore les contes de l'Eglise ? adaptation progressive, chronologique, à la divinité ? Tout vieillard éprouve l'envie de tout faire effondrer avec soi, nam terribilest mori solus. Aussi Bloy pousse à la guerre, pour ne pas mourir seul. Religion devenue chez lui désormais le ramassis de toutes les gentillesses. Corinne, sept ans, exclue du catéchise pour avoir dit de Dieu : C'est comme le Père Noël, mais c'est pour les grands ! Le Curé : "Je ne veux pas de votre fille dans mon cours." "Trois religions, une seule foi", pourrait être le titre de mon ouvrage sur Yahveh, Jésus, Mohammed. Lyon, imprimerie générale, 1890. Who cares ?

Quel gamin, ce Bloy. Index (de son journal...) - voici le rite : compter les occurrences, et lire chaque 47e . Ici, je repars sur le n° 1 : Aristide Boucicaut (1810-1877), propriétaire du Bon Marché : I, 572. Passer à 67 ans était de mise à l'époque ; il ne m'en resterait que 6. Il m'étonnerait beaucoup que Léon Bloy se fût laissé aller à quelque indulgence envers ce propriétaire. Je remprunterai ce tome I, afin de reprendre les passages sélectionnés. Puis vient Marguerite Guérin, M me Boucicaut, 1816-1887, morte à 71 an s (plus que 10), ayant survécu dix ans à son mari - que deviendront nos Sarkolènes ? L'épouse du précédent se piquait de philanthropie. Ne pas changer le monde, faire la charité, tel est des bourgeois le puissant réconfort.

Je ne pourrai vérifier les références (I 353 ; II, 237) puisque cette dame n'occupe que la deuxième place au lieu de la 47e - revue mécanique macchabique. Mgr Emile Bougaud né en 1824 meurt en 1888, à l'âge avancé de 66 ans, plus que 3. « Aumônier de la Visitation » : qu'était-ce ? filles ou garçons ? recueilla-t-il les confessions des jeunes branleuses ? J'en ai connu une, B., de Mussidan, qui disait : « «J'ai menti », tout à la fin, juste avant l'absolution. Et ça dansait, filles et garçons, euphoriques, angéliques, avant confesse. Parole, c'était la préhistoire. On se réunissait, soit chez l'un, soit chez l'autre, jamais chez moi – je n'y aurais pas songé – c'est aujourd'hui que je m'en avise !

Les « surboums » de Mussidan, dont il fallait être, en tendant l'oreille, surtout sans solliciter !je disais donc : ...En 1861, Bougaud devient Mgr de Laval, « Monsieur de Laval », comme eût dit Saint-Simon. Pays de bons bigots. Comme on étouffait là-dedans, quel plaisir de partir à la guerre ! Bougaud fut l'auteur d'une Vie de sainte Chantal cette même année 1861. Il est mentionné en II 556, 559. Bloy consulta sans doute son ouvrage. Les vies de saints me font chier comme les vide-seins. Ça dégouline. En 3, Georges Boulanger. Qui est ce cadavre ? J'avais un correspondant nommé Révolvet, qui m'a laissé tomber ; il m'envoyait des nécrologies, des vanités, qui dans les 70 monopolisaient les colonnes, puis plongeaient aujourd'hui dans le trou. Ce Georges Boulanger, oui, c'est bien ce fameux général, suicidé en 61, qui faillit emporter la République ! « Il est mort comme il a vécu, en sous-lieutenant », c'est Clemenceau qui l'a dit (revolvérisé sur le tombeau de sa maîtresse) - «général et homme politique » ! I, 472.

06.12.2009

Bède le Vénérable

Voilà où est l'émouvant. Voilà où réside la piété : c'est d'embrasser tout ce qui se rapporte au passé de l'humain, fût-ce légendaire, avec une extrême considération, une vénération. La piété, d'après Weininger – qui a dû le faucher à Nietzsche – c'est ce devoir de transmission – et c'est pourquoi dans L'Enéide on parle du « pieux Enée », c'es-à-dire celui qui transmet pieusement, avec respect, l'héritage du père, du grand-père, de l'arrière-grand-père. Mais je poursuis, car les reines ne sont pas exemptées du devoir de témoignage. A la note 255 (ah, la poésie de ces notes en fin de volume, double fond de la boîte au trésor !) j'apprends de l'une d'elles qu'elle « devait périr assassinée en 697. Son époux, dont le nom est effacé » (« Ethelred », c'est trop beau) « prit alors la tonsure. Il fut ultérieurement le père abbé du monastère de Bardney » - il y avait des rois qui renonçaient aux pouvoirs de ce monde !

Et « la reine des Merciens était également la fille du frère d'Oswald, c'est-à-dire d'Oswy, qui régna après Oswald sur le royaume, comme nous l'évoquerons plus loin. »

Qui à présent abandonnerait le pouvoir pour la vie monacale ? et qui se souvient de ces merveilleux souverains de Mercie (le centre de l'Angleterre, heureusement, il y a deux cartes dans le volume) dans la généalogie desquels Bède le Vénérable se meut avec aisance, ne doutant pas qu'ils parviendront tout auréolés de gloire dans les siècles suivants et que tout le monde saura parfaitement de quoi et de qui l'on parle ?

Repartons en ambassade, vers Rome, foyer de toutes les civilisations en ces siècles dits obscurs :

« Ils envoyaient en même temps des cadeaux au pape apostolique, et de nombreux vases d'or et d'argent.

« Arrivé à Rome, dont Vitalien occupait alors le siège apostolique, il fit connaître le motif de son voyage auprès du pape apostolique susnommé, mais, peu de temps après, la peste qui survint emporta Wighard et tous ses compagnons de voyage.

Mais, après avoir pris conseil, le pape apostolique chercha soigneusement qui il pourrait envoyer comme archevêque des Eglises anglaises. Il y avait alors dans le monastère de Niridie, guère éloigné de la bille de Naples, en Campanie, un abbé du nom d'Hadrien, né en Afrique, très versé dans l'étude des Saintes Ecritures, ayant une grande expérience de la discipline ecclésiastique, et supérieurement habile dans sa connaissance des lettres grecque et latine. »

Il s'agit en effet de ne pas laisser vacant un seul poste dans cette toute nouvelle province excentrée annexée aux territoires de la foi du Christ. Et quel incipit pourrait concurrencer cette merveilleuse introduction : « Il y avait alors dans le monastère de Niridie..; » ?

Voici à présent des sœurs qui prient pour celle qui vient de mourir :

« C'est ce qu'elles firent pendant le reste de la nuit, et, au petit jour, des frères vinrent du monastère, où Hilda était morte, pour annoncer son départ. Ce à quoi les sœurs répondirent qu'elles étaient déjà au courant. Expliquant alors comment et quand elles l'avaient appris, il s'avéra que son départ leur avait été manifesté à l'heure même où elle avait quitté ce monde.

« Ainsi, grâce à cette étonnante coïncidence, la volonté de Dieu avait-elle permis à l'un de voir son départ au moment même où l'autre prenait connaissance de son entrée dans la vie éternelle des âmes. »

Voyez comme l'on meurt vite, et voyez comme ce n'est là qu'une étape, « un départ », dit-on.

« Pourquoi es-tu venu ? Tu ne peux plus rien faire pour moi. Le roi répliqua : « Ne parle pas

comme cela. Cesse d'agir comme un fou. »

C'est encore une histoire édifiante d'agonie ; la mort était alors au centre de la représentation du monde. Mourez moins, et vous aurez la foi. Si j'ose dire.

C'est ainsi que j'ai pris mon pénible plaisir à la lecture de l'Histoire ecclésiastique du peuple anglais par Bède le Vénérable, qui vivait au VIIIe siècle, avant Charlemagne, mais après Dagobert. Un plaisir à mi-chemin entre l'érudition, le rite de l'enfant très sage et les fumées du poète. Et je serais au comble de la reconnaissance si vous pouviez seulement feuilleter, dans la collection « L'aube des peuples », chez Gallimard, l' Histoire ecclésiastique du peuple anglais par le moine Bède le Vénérable – commentée par Philippe Delaveau. Ave, venerabilis Beda.

04.12.2009

Hauteur Dramatique

Paru naguère in "Ecrire et éditer" N° 36

Monsieur Grybouxe, vous me demandez "à quel titre" vous recevez le Singe Vert. Air connu. Je pourrais vous répondre que c'est comme ça, par habitude publicitaire. Ben pas tellement. Dans ce cas vous êtes personnellement visé mon cher. Vous êtes en effet "auteur dramatique". Et franchement, non mais franchement regardez-moi bien dans les yeux sans rougir - vous ne vous sentez pas un tantinet gêné, juste un peu à peine, de lire parmi la foule en délire la belle banderole du Théâtre Bordel l'affiche de la saison de l'année ?

"Euripide, Claudel, Grybouxe, vous avez bien lu, Grybouxe, Corneille et Samuel Beckett" ? Ça ne vous choque pas quelque part ? Vous pouvez toujours mettre un pied devant l'autre avec vos chevilles enflées jusqu'aux couilles ? "Monsieur Grybouxe, hauteur dramatique" - moi non plus, certes, certes ! je ne me prends pas pour de la Scheisse mais franchement, ça j'aurais ressenti comme un insulte. Qui pourrait penser que je m'estimasse suffisamment niais, suffisamment retors, suffisamment pucelle, pour tolérer que mon nom figurât LA ? en si prestigieuse compagnie ? Ou alors (car j'ai ma bonne dose d'hypocrisie moi aussi) en tout petits caractères en bas à droite, pour que ça se détache mieux, que ça fasse bien ressortir mon ignominie et mon minuscule ?

Et que ça se permet en plus de faire une petite conférence modestissime sur " Grybouxe réunira ses amis et ceux qui l'apprécient sans le connaître - son œuvre et son - attention ne pétez pas s'il vous plaît - son UNIVERS" ? Et moi alors, je n'en ai pas un non plus peut-être d' "Univers" ? avec mes trente volumes dans le placard ? Et ça se permet de laisser répandre sur son nom qu' "il est la modestie et la gentillesse incarnées" ? Et cet autre qui laisse imprimer dans sa préface qu'il est "modeste" ? Mais j'ai le sens du ridicule Monsieur, j'ai la dignité de mon ridicule moi, je suis ridicule quand je veux, et si je veux, et si quelque thuriféraire poisseux que ce fût venait à préfacer Mon Oeuvre en y faisant la moindre allusion à ma modestie, je l'attaquerais en diffamation, si j'avais du pognon, mais je ne tolèrerais pas qu'un ami vienne me foutre un pavé de l'ours dans la gueule - ("C'est quoi, "le pavé de l'ours?" - Ta gueule, va faire du rap").

Et que je t'intrigue dans le torchon local, et que je te dégomme une petite interview dans Bordel-Chieronde, et que cet autre encore fasse une conférence - encore ! - sur le thème de l'exclusion et de l'exil, parce que le mot "exclusion" figure à sa page 44 et que tout écrivain vit métaphoriquement en exil, d'où l'expression acrobatique "je me bats les flancs pour tirer la couverture à moi" - je vous le répète mes gusses, il n'y a que les intrigants, que dis-je, les adaptés en société, que dis-je, les gens normaux, les gens adaptés, les gens comme tout le monde qui se font éditer et connaître. Ils vendraient des frites ou des capotes en argile (en glaise, waf waf !) que ce serait la même chose.

Mort aux faibles on vous dit, mort aux faibles.

Bien sûr que j'aimerais aussi faire des ronds de jambe sans me casser la gueule, ou bien être simplement aimable et civilisé, normal quoi, en SSociété, le beurre et l'argent du beurre, mais la logique je l'emmerde, et dès que j'ouvre la bouche c'est pour dire une connerie on me l'dit depuis tout petit, un jour je répondis "et toi sans même ouvrir la bouche t'as déjà l'air con" et un ami pour la vie un. Marius, le grand général romain ("C'est qui ce con ? - Ta gueule, va faire du reggae") "n'ayant pu se faire accepter par la noblesse se tourna du côté populaire", ça, c'est franc ! Le Singe Vert c'est pareil. Diffuse-moi tu seras encensé. En attendant je t'emmerde. Aucune déontologie. Et toi ? Putain tu viens encore de fausser la glace...

02.12.2009

Péguy, et Papa

De la guerre

Mon père naquit trop tard pour conserver de la Première Guerre Mondiale (et Dieu merci...) autre chose que le souvenir d'un joyeux branle-bas, où surnageaient les images d'un régiment d'Annamites, qui touillaient le riz dans un immense chaudron, et de Russes qui dansaient à la façon de leur pays devant le petit Noubrozi émerveillé. Le jour de l'armistice, il y eut grand carillon, et Noubrozi, huit ans moins cinq jours, tira comme les autres la corde qui serpentait derrière les sonneurs sur le dallage du narthex ; quand ils lâchèrent d'un coup la corde, mon père, qu'ils n'avaient pas vu, passa entre les jambes d'un géant américain – ils étaient donc déjà là, ces cons ? - et fut plaqué aspiré tout hurlant contre le trou de la croisée d'ogives.

Noubrozi traversera la France en de tout autres circonstances, lorsqu'au printemps 40, à l'aide d'une carte Michelin, il fit éviter à la camionnette du capitaine les grands axes sillonnés par la Wehrmacht, des bords de la Seine à Meulan jusqu'au fin fond du Lot-et-Garonne, à Marcellus, ce qui lui valut, ainsi qu'au capiston, de ne pas passer cinq ans dans les camps de prisonniers d'Allemagne. Septembre 1892 : Péguy devance l'appel et s'engage à la 2e compagnie du 3e bataillon du 131e d'infanterie à Orléans.1895, 20 août - 21 septembre : période d'instruction militaire (Orléans, Couillommiers[sic]) - promu sergent le 22 ; nouvelle période d'instruction militaire à Couillommiers [re-sic].

27 août - 20 septembre 1900 : instruction militaire, et manœuvres en Beauce. Du 10 au 20 septembre, manœuvres d'armée, en Beauce (puis sous-lieutenant, lieutenant, mort...) Je fus réformé le 14 avril 1971, pour les 60 ans de Peggy Dark - "débilité légére - menace de déstructuration des mécanismes névrotiques compensatoires". Je lui fis cadeau – ne sachant qu'offrir - d'une poubelle de cuisine à pédale pour lui éviter de se baisser. Vive la France . Quant au patriotisme de Noubrozi, je l'ai entendu se manifester au moindre de nos déplacements, où mon père ne manquait jamais de se récrier : "Comme elle est belle, la France !" Peut-être partageait-il avec Gaston-Dragon, son beau-père, cette réaction de patriotisme exacerbé, typique de ceux qui ont moins risqué leur vie que d'autres : l'un, mon grand-père, aux cuisines (aux "roulantes"), l'autre collabo, comme son gendre, mon père.

 

X

 

Le cadavre de Péguy MORT AU CHAMP D'HONNEUR sentit tout de suite bon. Qu'il était désormais commode, avantageux, d'enrégimenter le lieutenant Péguy, de l'engranger tout chaud au bénéfice de la propagande patriotique ! Et vichyste ! (“Et sa voix crie toujours : Tirez ! Tirez ! Nom de nom!” - “Un admirable exemple – la Mort du poète” - imagerie d'Epinal) - les témoignages s'accordent: Péguy mourut debout, refusant de s'abriter malgré les cris, les injonctions de ses soldats. Non, Péguy n'est pas mort d'avoir été boudé par l'Académie. Péguy est mort en héros. Cependant on meurt toujours de quelque(s) atteinte(s). (Notre Jeunesse). Pas un volume de Péguy à la Bibliothèque “Il a mauvaise presse, non ? Il est de droite ?” (“il n'y a pas qu'à Orange", diront quelques mauvais esprits...) - à étudier (sujet de thèse) : “De l'utilisation – de l'abus ! - de Péguy par le régime de Vichy” (comment ont-ils fait pour se tirer de l'engagement dans l'affaire Dreyfus ? “l'exception qui confirme la règle ? - aussi sournois, aussi imparable, irrattrapable, que l'exploitation de Nietzsche, de Wagner, par les nazis – celle de Péguy – édité en Pléiade en 1941 – putain c'était toujours plus mérité qu'Aragon...