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  • Indécences

     

    X LE VIOLONCELLISTE www.anne-jalevski.com

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    Une rencontre, en totale contradiction avec ce qui précède. La première eut lieu sur la route. Je revenais à Farmoutiers de quelque kinési, suivi par un jeune homme au pas résolu. Il m'aborda dans le dos, par mon nom. Je me retournai, il me dépassait de vingt bons centimètres, car le temps m'a rapetissé. Il me dit ses nom et prénom, que je ne me rappelais plus (depuis, cela m'est revenu : Victor Tristur ; et je me suis souvenu de lui, à peu près). Il tint à me serrer la mains, les yeux dans les yeux, et à me dire combien il voulait me remercier, pour tout ce que mes cours « extraordinaires » lui avaient apporté, « et [lui] apportaient encore ». Je lui répondis : « Ça en fera déjà un ».

     

    J'ai en effet de ces forfanteries. Nous nous sommes donné de nos nouvelles ; il avait repris l'entreprise familiale, sans me révéler laquelle ; et moi, j'avais abandonné le théâtre, mais je bloguais à tout va, et lui répétai ma référence sur Fesse-Bouc – il n'y donna pas suite, car les souvenirs ne se revivifient pas si aisément. Mais juste avant de nous séparer, comme une faveur suprême, il m'a demandé la permission de m'embrasser, avec une extrême émotion.

     

     

     

    X

     

     

     

    Je comprends mal ce qui m'arrive. Le fait de ne plus m'intéresser à rien est-il le signe d'une guérison complète, ou d'un irréversible plongeon dans la vieillesse ? Ce refus obstiné de ma profession, de ma vie passée, préfigure-t-il ce renoncement des agonisants ? Je n'ai déjà plus qu'une envie : trouver un fossé à peu près sec pour m'y faire secourir, puis hospitaliser. Je me ferais appeler « Monsieur Cohen ». Puis, je parviens à remonter la pente. Je préfèrerais crever en pleine jeunesse et féconde perplexité, au milieu d'un foutoir de notes éparses ; je voudrais amorcer plus de choses que j'en saurais jamais achever, car ce sont les amorces qui m'intéressent, et je hais la spécialisation, et tout effort. Je suis affamé de connaissance et de vie. Pour une femme cependant, si je commence, je poursuis avec elle notre existence entière.

     

     

     

    Gourous et psychiatres : la sagesse au litre

     

    Du premier au dernier Sage du dernier rang, je vois des Bouddhas de vitrines en rangs d'oignons avec des bides hideux et des sourires de têtes à claques - morale des trois singes,“ne-rien-voir-ne-rien-entendre-ne-rien-dire” - s'écraser, crever tout de suite ! Ou des Christs vomisseurs d'Evangile, tends l'autre joue. Toute sagesse me répugne. Il existe deux choses contre quoi toute sagesse se fracasse : le quotidien, et la force. Bouddha, va me ranger le beurre. Et que ça saute. Jésus, sors-moi donc la poubelle. C'est le plus fort qui gagne. Le plus riche, le plus intelligent. Le plus sage torche les culs et se fait mettre. Toujours. Pour toujours et pour l'Eternité. Amen. Et je refuse consciemment, de plus en plus consciemment, de mûrir et mourir dans l'adulte, qui est une figure à jamais honnie - que veulent-ils donc, tous ces guérisseurs ? que je « prenne mes responsabilités », que je vienne « efficace », pour devenir un jour l'homme le plus efficace du cimetière ?

     

    Que d'évidences, mes maîtres ! Que de blâmes condescendants sur « le sentiment de toute-puissance puérile », qui DOIT absolument s'évanouir pour se résoudre en ACTION dans le domaine du CONCRET ! Je serai le vieux le plus jeune du monde, quitte à me chier dans les couches.

     

     

     

    La peur du sexe

     

    Répandre son sperme, quelle horreur. Ces macrofilms d'aspirations glougloutantes utérines en tourbillons d'évier, les spermatozoïdes engouffrés là-dedans comme des merdes dans une chasse d'eau, avec des trémoussements de friture, ce répugnant gargouillis de mes couilles précipité ridicule dans un vagin de cuvette à chiottes, sous les récris d'admiration de toutes ces spectatrices niaiseuses ; les cellules mâles engouffrées comme autant de tétards moulinant de la queue pousse-toi de là que je m'y mette comme une bousculade de fachos pour gagner la course imbécile et décrocher le prix, cette ignominie infrabestiale des pires délires de la sélection naturelle me débectent, j'en gerbe, tout le monde rit, moi c'est de terreur.

     

     

     

    Interférences

     

    Je suis Eux. Le Sacerdoce Professoral transmute, transcende tout cela. Terrible époque à revivre. J'ai déversé sur eux, sur mes élèves, la manifestation de mes névroses. Nous faisons tous cela. Tout le monde le reproche aux autres, pousse les hauts cris, mais tout le monde le fait, car telle est la nature même des relations humaines, « faire payer »... « Tu vas voir ! Il va te faire payer pour ceci, pour cela, qu'iil a vécu ; qui ne te concerne en rien ! » - « Tu vas voir ! Pour marcher, il va mettre un pied devant l'autre ! » Quel scoop, ô Maître Philosophe de Banlieue rennaise !!!... J'éprouve envers l'ensemble de ma vie passée un profond sentiment de désintérêt, de désapprobation, de dégoût. De mépris. C'était donc là tout ce que j'ai su faire ? Je m'écœure profondément, et ne mérite que de vieillir.

     

  • A spot of bother

     

     

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    C'est écrit en anglais, et si vous ne possédez pas suffisamment la langue de Lowry (assez de “Shakespeare”) vous aurez l'impression de comprendre, vous comprendrez à peu près de quoi il s'agit, mais vous auriez tout intérêt à le lire dans votre langue à vous, le français. Autrement, vous dis-je, une main sur le dictionnaire, en essayant de ne consulter qu'un seul mot par double page, vous risquerez, comme il m'est arrivé, de tout percevoir à travers une espèce de brouillard.

     

    Et pourtant c'est bien une telle impression, de brumes cotonneuses, qui prédomine dans le livre : les personnages se trouvent tous embarqués dans une histoire affolée, qui est la leur mais à laquelle ils peinent à imprimer une direction quelconque : des rats dans le labyrinthe comme on dit, ou bien des héros de bandes dessinées. C'est bientôt jour de noces en effet entre l'épineuse Kathy et son fiancé, lesquels ne peuvent pas se dépêtrer de leurs conflits et engueulades, si bien qu'ils sont en droit de se poser des questions. Problème numéro deux : peut-on décemment inviter le couple homosexuel formé par son frère (si j'ai bien compris) et son petit ami ? Lesquels sont aussi en bisbille, en partie à cause de ces réticences d'invitation, le frère disant “Tu comprends, tout de même...”, et le petit ami refusant de “comprendre, tout de même...” Sans oublier que la mariée, Katy, se trouve déjà flanquée d'un gosse obtenu d'un autre donneur de sperme : ce petit infernal s'appelle Jacob, ce qui sonne plutôt adulte, et veut toujours voir une vidéo chiante pour enfant de son âge aux moments où tout le monde s'affole, ou bien commence une de ces conversations sur le monde, l'univers et la couleur des chaussettes comme les enfants en ont toujours le secret pour emmerder l'entourage à grandes bennes de “pourquoi” plus absurdes les uns que les autres mais éminemment formateurs pour l'enfant, bien sûr. Puis, sans transition, Monsieur Morpion veut jouer au ballon au beau milieu de l'appartement ou bien fait un gros caprice parce qu'il manque de sa marque de chocolat préférée : c'est très bien rendu par l'auteur. Il faut également savoir qui l'on va inviter, ce qui fera plusieurs dizaines de personnes, plus ou moins compatibles, car les amis du futur Monsieur ou de la future Madame se conviennent aussi bien que les deux fiancés, c'est-à-dire de façon pour le moins contrastée.

     

    Ceux qui ont organisé une noce auront compris de quoi l'on parle, alors qu'il est si simple de s'être engueulé avec la famille depuis des lustres et de se retrouver à six autour d'une table en se faisant la tronche, ce qui n'est pas plus mal. Nous ajouterons que la maman de la mariée trompe le papa de ladite, avec son meilleur ami comme il se doit, et enfin, que ledit mari, George, voir plus haut, s'est imaginé avoir un cancer, avec des taches sur le biceps et autres symptomes psychiques : au lieu donc de poursuivre ses travaux de maçonnerie, il les laisse en plan au milieu du jardin où se tiendra la réception de mariage et s'enfuit, carrément, à l'hôtel, alors qu'un autre ami l'attendait en villégiature pour se reposer un peu avant les noces. Le père et futur beau-père se paye une cuite carabinée, salope la chambre d'hôtel, se cogne dans la porte à s'en défigurer puis finit par se faire choper par les flics en pleine nuit et complètement bourré en train de longer un sinistre canal bien profond sans lumière. Le tout (et j'en passe) forme une vaste salade où chacun s'interpelle, erre parmi ses hantises et ses remords, se livre à des dialogues ou des monologues particulièrement incohérents ou trop logiques au contraire, toujours en proie aux soupçons, aux colères, aux émotions extrêmes de l'amour fou et de la rupture déchirante, et le lecteur s'émeut, comprend ou pas, rigole ou sent les larmes qui picotent ou les deux à la fois et se demande quel zigzag va bien pouvoir perturber la marche déjà chaotique de cette mécanique folle.

     

    Ce qui n'est pas sans rappeler Trois mariages et un enterrement, avec toutes ces alternances d'absurdités, de heurts, de courses précipitées au milieu des jurons et des jupes qui tombent d'un coup sur les chevilles. Un grand talent. Une imagination folle avec tout ce à quoi l'on peut s'attendre dans l'inattendu (car c'est tout un art de choquer sans choquer, de surprendre sans outrepasser les bornes) : tous les ingrédients de la rigolade et du succès de librairie, enfin, théoriquement. Style alerte, vocabulaire aussi pittoresque et riche que la langue anglaise quand elle veut s'en donner la peine et sortir du basic english, le tout éminemmenbt sympathique et humain, troop humain, à la perfection. Toute la palette des sentiments, un talent fou. Et si l'on tient à émettre une restriction, cela ressemble à Plus belle la vie, mais en nettement moins con et conventionnel ; vous vous reconnaîtrez tous : Then Jean shot across the room at a surprising speed, saying, 'Don't worry. Et tout le monde de courir, incapable de maîtriser ce qu'il a enclenché. A spot of bother, c'estune litote : non pas “Une touche d'ennui”, mais une grosse pelletée d'emmerdements, et c'est tellement plus drôle quand ce sont les autres bouffons qui dégringolent de la benne à ordures. Et comme on dit à la fin des cartoons : C'est tout les mecs ! That's all folks !

     

  • Philippe le Bel

     

    LANGLOIS

     

    Un impressionnant pavé de 450 pages fera l'objet de notre décorticage de ce soir. Il s'agit d'un ouvrage paru en 1900 et réédité chez Tallandier : « Saint Louis – Philippe le Bel », par Charles-Victor Langlois. L'historien bien connu Ernest Lavisse avait entrepris une colossale Histoire de la France, dont il rédigea lui-même plusieurs volumes, mais il chargea certains de ses érudits collaborateurs de composer des volumes à eux. Il ne s'agit pas seulement dans cette histoire de décrire à l'ancienne les événements, brouilles entre cousins, guéguerres entre beaux-frères, mais aussi de démêler les inextricables rouages administratifs et fiscaux d'une époque où naissent les institutions de notre pays.

     

    Entre saint Louis, mort en 1270, et Philippe le Bel, qui monta sur le trône en 1295, s'inscrit un Philippe III le Hardi qui ne laissa guère de place dans l'histoire, et qui ne figure même pas dans le titre. Charles-Victor Langlois est d'une précision, d'uen érudition universitaires. Encore un livre à ne pas mettre entre toutes les mains. Non bacheliers s'abstenir – ou bien, pour le plaisir, feuilletez. Vous ferez connaissance avec une flopée de papes, dont Boniface VIII le tranchant qui fut sinon giflé du moins bousculé ; avec des personnages éperviers, tels le sinistre Nogaret, champion de la calomnie.

     

    Sa calomnie préférée était d'accuser du péché de sodomie. Il a dû se faire enculer et ne pas s'en remettre ; avec des Templiers richissimes, que Clément V n'a pas voulu sauver. Le livre s'arrête en 1328, où monte sur le trône le stupide Philippe VI de Valois, qui déclencha la Guerre de 100 Ans. N'étant aps historien, il ne m'appartient pas de juger de la méthode de Charles-Victor de Langlois. Je me contenterai, pour cet ouvrage d'accès difficile, de vous ouvrir quelques fenêtres sur ce monde si proche. Ainsi, pensiez-vous que saint Louis intimidait fort ses enfants ? Voici une anecdote qui ne court pas les livres d'hagiographie :

     

    Le spectre.JPG

    P. 47, § 2 :

     

    « Louis IX eut six fils, dont l'aîné, Louis, mourut en 1260, à seize ans, et cinq filles. Il prenait soin de leur éducation. Philippe, qui lui succéda, décrivir aux enquêteurs du procès de canonisation les exercices que leur père avait coutume de leur imposer, à lui et à ses frères. Son attitude, en présence du saint roi, était, semble-t-il, un peu craintive, ni lui, ni Pierre d'Alençon, ni Robert de Clermont, ni Thibaut de Champagne, roi de Navarre, époux de leur sœur Isabelle, n'avaient d'abandon avec leur père. « Le roi, raconte Joinville, appela monseigneur Philippe, son fils, et le roi Thibaut, et s'assit à l'huis de son oratoire, et mit la main à terre, et dit : « Asseyez-vous ici, bien près de moi, pour que l'on ne nous entende pas. » « Ah ! Sire, firent-ils, nous ne nous oserions asseoir si près de vous. » Et il me dit : « Sénéchal, asseyez-vous ici » ; puis, s'adressant à eux : « vous avez mal fait, vous qui êtes mes fils, et qui n'avez fait du premier coup ce que je vous ai commandé. Gardez que cela ne vous arrive jamais. » Et ils dirent qu'ils ne le feraient plus. »

     

     

     

    Savons-nous davantage que la piété de Louis IX lui inspira vis-à-vis de l'Angleterreune politique jugée sévèrement ? Il admirait tant la piété de Henri III of England qu'il lui aurait volontiers consenti bien des droits en France. D'aucuns jugeaient cet Henri III bien benêt.

     

    P. 94, § 3 :

     

    « Henri III s'était de bonne heure efforcé, nous l'avons vu, de reconquérir les provinces que Philippe Auguste avait enlevées à son père, le roi Jean ; mais depusi l'échec de sa coalition de 1242 avec les seigneurs de Poitou, il s'était tenu coi, ou à peu près. La trêve conclue en 1243 avait été renouvelée. Ce n'était ni la paix ni la guerre. Or Louis IX, dès son retour, souhaita qu'un traité définitif intervînt. D'abord il aimait, il vénérait Henri III à cause de sa piété exemplaire; et puis, il aimait la paix. Aussi, quand Henri lui demanda, en 1254, la permission de traverser le royaume pour aller de Gascogne en Angleterre, il consentit avec empressement, et il alla à la rencontre de son hôte

     

    jusqu'à Chartres. Mathieu de Paris, qui force la note, dit qu'il fit à Henri, en soupirant, suspirans, voce demissa, des confidences sur l'orgueil des Français et l'obstination des douze pairs : « Ils ne veulent

    pas que je vous rende vos droits ; sans eux, nous serions inséparables... » Le fait est que des négociations s'ouvrirent, qui se prolongèrent cinq ans. Elles aboutirent à la conclusion du traité fameux qui fut juré au Temple, à Paris, le 28 mai 1258, et ratifié de part et d'autre en décembre 1259. »

     

     

     

    Passons à Philippe le Bel, tempérament billieux et féroce s'il en fut. Voyons-le humilier le Pape Boniface VIII, grand gueulard autoritaire. Que donne la confrontation ? Ceci : Philippe n'est pas saint Louis, et regarde la perfide Albion sans sympathie excessive. D'abord, le pape fait petit cul et flatte la France encore qu'il ne lui déplairait pas de se mêler des affaires françaises à l'occasion des bénéfices et nominations ecclésiastiques. Atmosphère de la cour de Rome : p. 141 -

     

    « Le pape, battu en France, battu en Angleterre (où la constitution Clericis laïcos n'eut pas plus de succès que sur le continent, subit encore d'autres humiliations. A l'exemple de ses prédécesseurs, arbitres désignés des querelles entre chrétiens, il s'était occupé de rétablir la paix entre la France et l'Angleterre. Or Philippe n'accepta son intervention que sous réserves. Le 20 avril 1297, à Creil, les cardinaux d'Albano et de Préneste se présentèrent à la Cour de France : Boniface avait résolu de contraindre les deux rois belligérants à conclure, sous ses auspices, une trêve jsuqu'à la saint-Jean 1298. Philippe, avant d'autoriser les légats à lire les lettres pontificales, fit déclerer expressément que « le gouvernement du royaume appartenait au roi, et à lui seul ; qu'il n'y connaissait point de supérieur ; qu'il n'était soumis à aucun homme vivant, quant aux choses temporelles ». En juin 1298, les représentants du roi de France n'acceptèrent l'arbitrage de Boniface qu'à la condition que ledit Boniface agirait, en cette occurrence, non comme souverain pontife, mais comme personne privée, comme « Benoît Gaëtani ». Pour comble, quoique les Français ne le ménageassent nullement, Boniface leur a laissé prendre, pendant plusieurs années, à partir de l'été 1297, le haut du pavé à la Curie. Son parti pris de leur complaire fut évident à cette époque. Les sentences arbitrales qu'il prononça en 1298 sont très partiales en leur faveur : « Sire, écrivait d'italie, en février 1299, un envoyé du comte de Flandres, le roi (de France) a si bien perverti la Cour qu'à peine y trouve-t-on quelqu'un qui ose dire de lui ouvertement autre chose que louanges... »

     

     

     

    Ecoutons à présent les vitupérations de Nogaret contre les Templiers. Ce ne sont qu'immondes calomnies, servies hélas par un verbe impressionnant de grandiloquence, dont la traduction française laisse encore percevoir le souffle. P. 188 :

     

    « Une chose amère, une chose déplorable, une chose terrible à penser, terrible à entendre, détestable, exécrable, abomnable, inhumaine, avait déjà retenti à nos oreilles, non sans nous faire frémir d'une violente horreur. Une douleur immense se développe en nous, en présence de crimes si nombreux et si atroces, qui aboutissent à l'offense de la majesté divine, au détriment de la foi, au scandale de tous. La raison souffre de voir des hommes s'exiler au-delà des limites de la nature ; elle est troublée de voir une race oublieuse de sa condition, ignorante de sa dignité, ne pas comprendre où est l'honnheur. » L'auteur du manifeste continue longtemps sur ce ton, avec des élégances qui font frémir : « Elle a abandonné la fontaine de vie ; elle a changé sa gloire en l'adoration du Veau ; elle a sacrifié aux idoles, cette race immonde et perfide dont les actes détestables et même les paroles souillent la terre de leur ordure, suppriment les bienfaits de la rosée, infectent la pureté des airs. »

     

     

     

    Bon ! Passons aux Lombards. Ce sont des banquiers Italiens. On les déteste. Ils vous piquent votre blé, comme disait Charrasse, exigent, c'est un comble, le remboursement de vos dettes. Le seul moyen est de les expulser régulièrement, de tout leur confisquer, puis de les laisser revenir puisqu'on a bien besoin de banques, tout de même. Les Français sont bien trop chrétiens pour se salir les mains à ce commerce, interdit par la religion de Jésus.

  • Ter quaterque repetita placent

     

    Soyons clair et net, franc et sans bavure : le CAPC de Xonville présente de prétendues œuvres artistiques n'ayant en commun avec l'art que la proximité qui relie ma chemise à mon cul.

     

    Je vous le dis en vérité comme un vulgaire Coffe, c'est de la merde. Et je ne le répèterai jamais assez : c'est de la merde, c'est de la merde, c'est de la merde.

     

    On nous présente un art soi-disant contemporain, alors que ça fait soixante ans qu'on nous bassine avec les mêmes excréments paraît-il révolutionnaires et qui sont à la révolution ce que sont les goulags à l'idéal socialiste. Ce qui n'était, ce qui n'aurait dû subsister que comme un joyeux canular est à présent institutionnalisé pour la plus grande joie des spéculateurs bourgeois, qui ne maintiennent artificiellement la valeur de ces sous-merdes que pour ne pas perdre leurs investissements.

     

    C'est devenu de la culture d'Etat, soutenu par les snobs pleins de fric. C'est devenu aussi puissant, aussi monstrueusement inexpugnable que les Salons sous Napoléon III, lorsque les impressionnistes relégués dans un contre-salon n'excitaient que les sarcasmes. Il faut enfin démolir la forteresse de l'amateurisme, du tape-à-l'œil et du manque de conscience professionnelle.

     

     

    Le sexe puissant.JPGPuissance - www.anne-jalevski.com

    Il n'y a là que des gadgets, des négations de potache : trois panneaux peints sur lesquels s'étale la proclamation : "ici on vend du vent". Les rayures de l'ineffable Buren devant lesquels j'ai entendu s'exclamer :"De toute façon avec Buren c'est la déception absolue". Plus : une rangée de lits d'hôpital. Certes, cela ferait un excellent décor pour une pièce de Brecht ou un film sinistre. Mais un décor est au service d'une œuvre, d'une pensée. ici, c'est au service de "ce que vous voudrez". Vide comme une auberge espagnole... et qu'on ne me parle pas de liberté: l'indigence n'est pas la liberté. Des étalages de meubles et de vêtements défraîchis sous des vitrines, ou la banalité érigée enart. S'il est vrai que tout mérite un coup d'œil artistique, n'importe quoi pouvant être promu au rang d'œuvre d'art, eh bien soit, nous avons compris, mais pourquoi, modernistes de mes couilles, exposez-vous toujours les mêmes choses depuis cinquante ans et plus ?

     

    "Nous ne pouvons pas définir ce qu'est l'art", dites-vous? Bien sûr : nous ne pouvons pas définir davantage l'amour, ni même l'électricité (demandez aux physiciens !) - et pourtant, nous continuons à faire l'un et à nous servir de l'autre. Qu'est-ce qu'on est con !

     

    Où sont donc passés le sérieux dans le travail, le sens de l'émotion et de la beauté ? Et mes Pol-Pot de la peinture me rétorquent : "Y a plus de travail !" "Travail-Famille-Patrie" ! "Y a plus de beauté ! Y a plus de sentiments" - oui, cent fois oui : l'on a mis sous ces vocables des réalisations aussi douteuses que les portraits de chiens de Monsieur Rose et les biches aux bois des calendriers des postes.

     

    Mais qu'est-ce qui n'a pas été sali par Pétain et la connerie? On nous dira : "L'extrême droite n'aime pas ce que nous faisons, or vous n'aimez pas ce que nous faisons, donc vous êtes d'extrême droite ! " Voyez le sophisme ! A ce compte, Le Pen a un cul, or il est d'extrême droite : j'ai un cul, donc je suis d'extrême droite ! Petits rigolos ! Je ne vous ai jamais dit que vous étiez de l' "art dégénéré", je vous dit qu'il n'y a même plus d'art du tout ! Le roi est nu ! entendez-vous ? le roi est nu ! et même, il n'y a plus de roi. On nous dit : "Ces mouvements artistiques font partie de l'histoire, ils ont été étudiés comme des mouvements historiques" - rien ne se modifie comme un livre d'histoire - les staliniens et combien d'autres sont bien là pour nous le rappeler - et nous ferons descendre ces usurpateurs de leurs cimaises prétendument historiques...

     

    On nous dit encore : "L'artiste veut présenter,simplement, les instruments de son travail, afin de mettre à nu l'idée de l'art". Je vais donc me présenter à mon éditeur avec un stylo, une feuille et une reliure, et je vais le prier de m'éditer en grande pompe, et très cher : où est-ce que vous croyez qu'il va m'envoyer, mon éditeur ?

     

    Vous trouvez même des prétendus sculpteurs qui entassent des tas de caillasses. Et de vous dire - je n'invente rien : "Au lieu de sculpter par soustraction, je sculpte par accumulation". Tiens ! je vais écrire par soustraction, moi : que des pages blanches ; puis j'irai trouver mon éditeur, et - voir plus haut...

     

    Ce n'est pas "l'art du temps" qui figure là sur ces murs ; mais l'art qui s'est vendu ; à ce compte-là, virez-moi Van Gogh et Modigliani des musées.

     

  • Uranium et Australie

    Observatoire du nucléaire - Communiqué du 18 février 2013 

     

    Uranium : défaite majeure d'Areva en Australie

     

     

    - Un courageux Aborigène a refusé les millions proposés par Areva et a fait classer le Koongarra au patrimoine mondial de l'Unesco, anéantissant définitivement les projets de mines d'uranium

     

    - Les manoeuvres indécentes d'Areva, et ses pratiques relevant de la corruption, ont échoué

     

     

    Le 7 février 2013, une loi australienne a intégré la zone du Koongarra dans le parc national du Kakadu, lui-même classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Cette décision condamne définitivement les projets d'Areva d'ouvrir à Koongara une gigantesque mine d'uranium (*) qui aurait causé des dommages effroyables et irréversibles à l'environnement et mis en cause la santé des êtres vivants.

     

    Le mérite de cette victoire revient en grande partie à un homme admirable, le dernier propriétaire traditionnel (Aborigène) de la région, Jeffrey Lee, qui aurait à ce titre pu devenir l'homme le plus riche d'Australie en acceptant les millions de dollars proposés Areva (**). Notons que cette dernière aurait alors engrangé des milliards, et non des millions, en cas d'ouverture de la mine.

     

    Il est légitime d'estimer que ces offres d'Areva relevaient de la corruption, pas nécessairement sur le plan juridique mais assurément sur le plan moral. C'est justement au nom de la morale, de la droiture, du respect des générations passées et futures, et de la protection de l'environnement, que Jeffrey Lee a mené une longue résistance et obtenu finalement une prodigieuse victoire.

     

    Et ce malgré les pressions incessantes du lobby de l'atome et les manoeuvres d'Areva qui, fidèle à ses méthodes, a tenté par tous les moyens d'empêcher Jeffrey Lee de sauver sa terre ancestrale. Par exemple, en juin 2011, alors qu'une délégation australienne était reçue au siège de l'Unesco à Paris pour faire inscrire la région de Koongarra au Patrimoine Mondial, Areva s'est activée en coulisse pour tenter de faire échouer le processus. (***)

     

    Pour mémoire, Anne Lauvergeon était alors encore à la tête d'Areva, ce qui en dit long sur les méthodes de cette dame, et illustre bien l'indécence du titre de son récent livre "La femme qui résiste" : loin d'être une résistante, elle fait au contraire partie d'un puissant lobby, celui de l'atome, qui tente de s'imposer par les méthodes les plus indécentes. On s'étonnera d'ailleurs de la surprenante impunité dont elle bénéficie alors que de lourds soupçons pèsent sur elle par exemple dans l'affaire Uramin (****)

     

    L'exemple de Jeffrey Lee donne du courage à tous les citoyens qui s'engagent contre les grands projets industriels polluants, contre l'arbitraire, pour la solidarité, la démocratie et l'environnement.

  • Et Robinson crut Zoé

     

    Remarquez latechnique particulière de l'auteur, qui "raconte son journal", en s'aidant des temps du passé, de narration, exclus par définition du genre de l'autobiographie quotidienne : cela fait une mise en abîme ou abyme, un habillage littéraire, une proximité de but édificateur. La question est de savoir ce que fera, pragmatiquement, Robinson Crusoé, plus que ce qu'il pensera, puisque la seule pensée ne consiste à se positionner que par rapport à la divinité, en dernier recours et consolation. Enfin, après avoir vu qu'il n'y avait pas moyen de les laisser en un monceau, ni de les emporter dans un sac, parce que, d'un côté, ils seraient pressés et écrasés sous leur propre poids, et que, de l'autre, ce serait les livrer aux bêtes sauvages, je trouvai une troisième méthode qui me réussit : j'interromps là cette phrase, pour faire observer à quel point notre héros raisonne en bon physicien ; il reprend même les éléments matériels précédemment indiqués, rejette les solutions envisagées, réfutées par l'expérience précédente, et se sert de l'ingéniosité de son raisonnement.

     

    Il n'affirme pas péremptoirement, n'impose pas sa réussite au lecteur, mais au contraire expose ses échecs, tant qu'ils ne sont pas uniquement facteurs de découragement stérile et mortel. Se manifeste aussi le sentiment d'appartenir à la race humaine, reine de la création, pour qui les fruits ont été créés, sans interrogation sur l'égalité ou non des humains et des bêtes : c'est non. L'être légitime sur cette terre, c'est l'homme, qui ne doit pas exterminer son gibier, mais se conformer aux recommandations de Dieu, écrites dans la Bible, qu'il lit désormais : c'est en priorité aux humains, pourvu qu'ils se montrent raisonnables, mais cela va sans dire au XVIIe siècle, que sont réservés les fruits de la terre...

     

    58 06 14

    LE PONT www.anne-jalevski.com

     

     

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    Nous voici à présent rendu en des temps fort différents. Notre Robinson, une fois Vendredi sauvé des cannibales, n'a pas eu de tâche plus pressée que d'en faire son esclave et de lui fournir des habits, "ce dont il se montra fort ravi, car il allait nu sur tout le corps" – ce qui m'étonnerait pour le ravissement. Le tout accompagné de réflexions bien nauséabondes pour nous autres modernes concernant la couleur de sa peau, "point trop désagréable comme celle de" tels ou tels peuples tropicaux rencontrés lors de navigations précédentes". Pour moi je ne sache pas, quand je l'eus lu pour la première fois, que l'intrusion de Vendredi se fût révélée pleine d'intérêt : c'était tricher, l'homme devait mourir seul sur son île.

     

    Je ne pense pas non plus que le sauvetage de l'Espagnol et la découverte du propre père de Vendredi, ligoté au fond d'un canot, m'aient particulièrement exalté : l'on revenait aux bons vieux combats de pirates, ou de Blancs contre les Caraïbes désarmés face aux fusils. Mais quoi ! Il faut bien finir une histoire d'isolement ("isola", "île") et préparer le retour du Pauvre Robinson en Angleterre, ce qui ne constitue pas même la fin de ses aventures dans le roman. Il ne me semble même pas qu'il eût éprouvé le désir, finalement, de retourner dans son île, au large du delta de l'Orénoque. Je ne sais plus si le Robinson de Tournier n'y repart pas de lui-même, écœuré par la corruption et l'insensibilité occidentales, autant que Greystoke dans le film. L'épisode sur lequel je porte mon regard se situe après que Vendredi a retrouvé son père et lui a frotté les membres engourdis par les liens.

     

    Notre Robinson donc (près de qui manque la femme, et qui prodigue "des caresses" (exquise pudeur) à son Vendredi), observe les débordements de joie de ce dernier lorsqu'il a sauvé son père promis à la dévoration (inversion du rite chrétien). Quoique mon pauvre sauvage s'acquittât de ce devoir avec affection, il ne pouvait pas s'empêcher de moment à autre de tourner les yeux vers son père, pour voir s'il était toujours dans le même endroit et dans la même posture. Il se trouve en effet en train de frotter les pieds d'un second chrétien découvert lui aussi entravé avant d'être dépecé. Le tout me semble bien observé, Vendredi représente à merveille le bon sauvage du XVIIIe siècle, qu'il suffit de frotter de christianisme et de mauvais anglais pour l'amener au bon niveau de la morale occidentale.

     

    Le rhum pour l'instant ne sert encore que de remède en cours de friction. L'esclave obéit, reçoit les bienfaits de l'éducation, manifeste son attachement à Robinson en refusant d'être rendu à son peuple primitif dans les deux sens du texte. Il a des mouvements gracieux et naturels. Une fois entre autres, ne le voyant pas, il se leva avec précipitation, et courut de ce côté-là avec tant de vitesse qu'il était difficile de voir si ses pieds touchaient à terre – humour de colon : ces gens-là touchent aux bêtes par tant de côtés... encore que l'amour filial ne soit pas une qualité si répandue chez les animaux. Mais il faut montrer le respect des anciens, authentique chez les peuples tropicaux.

     

    Nous savons d'autre part que Selkirk échoua sur l'île de Más a Tierra, au large du Chili, et n'y profita d'aucune compagnie. Se renseigner sur lui, dont l'aventure n'est pas moins merveilleuse. ...mais en entrant dans le canot, il vit qu'il n'y avait rien à craindre, que son père s'était couché seulement pour se reposer. Il n'est donc pas mort. On ne l'a pas de nouveau enlevé. Dès que je le vis de retour, je priai l'Espagnol de souffrir que Vendredi l'aidât à se lever et le conduisît vers la barque, pour le mener de là vers mon habitation, où j'aurais de lui tout le soin possible. Les Espagnols sont grands massacreurs de sauvages, ayant exterminé toute la population des Caraïbes par le travail forcé ; ce sont également les ennemis jurés des Anglais. Robinson, en 1689, éloigné de tous pendant si longtemps, n'a plus de ces préventions. Mais il anticipe la répugnance du chrétien à subir le contact d'un Noir, et qui pis est, son aide