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  • Vivre sur un chat

     

    Le chat bondissait sur ses proies, les lançait en l'air. Ses passagers voyaient parfois voltiger au-dessus d'eux les tripes sanglantes de souris habilement projetées. Il fallait se faire à ces sanglants météorites, bien pires que les exécutions de matelots mutinés sous le commandement du pirate. C'était encore une musique - les cris des rongeurs suppliciés - dont le capitaine se délectait, mais que la femme tentait de couvrir en chantant - alors le chat s'ébrouait en couchant les oreilles. C'est ainsi que dégénèrent tous humains privés de société, travail et souffrance. Un amour ne peut s'épanouir longtemps en de telles circonstances. Notons surtout la perpétuelle divagation du chat. Hors les instants où il repose, qui forment tout de même, chat qu'un le sait, les deux tiers de sa vie, le chat marche toujours. Il n'est pas une pièce, jusqu'aux combles - pas une prairie des environs, jusqu'aux abords des douves ; ni même un sous-bois ignoré - qui ne soit l'objet des pas souples du chat. Cela rappelle le rythme souple et obsédant du fox-trot, ou "pas du renard" ; une chose obstinée, force simple et tranquille du petit carnassier certain d'échapper aux grand trot des coursiers anglais ; au dernier moment, le renard noble glisse dans un trou de haie, où les gails ne pourront le forcer.

     

    Des circonstances extérieures viennent alors perturber leur vie fragile : la transformation du chat en paysage ; son pelage se fait plus gris, creusé parfois de profonds sillons. Des touffes se distinguent, croissant plus haut que tout le reste, formant des halliers, bientôt de véritables arbres. Le tout ondoyant sans jamais crevasser, telle une écorce terrestre en firmament inversé ! Ils se fabriquent des râteaux de poils plus rêches et plus longs que les autres. Ils commencent une fenaison, car la bête perd son pelage. Tout le sol tremble de ronronnements. Il suffit de s'approcher des deux oreilles qu'on voit encore poindre à l'extrémité du paysage, en criant d'un coup : "Gratte-gratte !" pour que tout le grand corps terrestre se mette à frémir, et le gosier, loin dessous, commence son doux et effrayant ronflement. Maison.JPG

     

    Tout à présent rappelait une campagne. Les différentes végétations formaient des moutonnements de couleurs différentes. Les sentiers se laissaient tracer, mais disparaissaient aux premiers coups de pattes du matin, semblables à des tornades. A vrai dire, même pour des créatures minuscules, les proportions du chat devenaient gigantesques. Le jour où Vicki s'avisa que, mathématiquement, les puces d'un tel chat devaient avoir la proportion d'un chat, elle s'effraya, et jeta sa guitare par-dessus bord. Il valait cependant la peine d'explorer le tout. L'idée vint du Pirate, qui trouvait regrettable l'absence d'océans et de cours d'eau - on buvait peu ; on se lavait de même. Le ménage formé faisait peu à peu naufrage en raison du rapprochement de ce chat avec le plus commun des mondes. « Tout devient si banal, dit l'homme. Nous en viendrons peut-être à chercher un emploi. » Ils cueillirent des fleurs d'espèces inconnues, aux parfums lacrymogènes car établissant un rapport entre un "avant" et un "après", notions éphémères qui font pleurer les humains : construire une maison, vivre sur un banc, qu'on achèterait tous deux à la propriétaire animale de ces ombres mouvantes, là-bas, au-delà des épaules ? ainsi le sol ne serait-il plus, entre es quatre pattes, qu'une lointaine surface aussi méconnue désormais qu'un firmament céleste, mais inversé ! Et la pluie se mit à tomber. Le chat possédait-il son micro-climat ? Le Capitaine posa la question, Catia (Vicki) la trouva très plate.

     

    Ils firent ce qu'il avait décidé ce jour même au réveil : une exploration. "Mesurons l'étendue des dégâts. Nous verrons ensuite s'il est temps de rationaliser... Ou bien si nous pourrons vivre d'eau claire et d'imagination, comme avant.

     

    Ils grattèrent longtemps la peau pour en tirer subsistance : pellicules de renouvellement épithélien - il est très difficile de trouver ici-chat quelque chose à manger, manne céleste ou pas, tant l'animal se lèche avec application - et se dirigèrent vers la tête. Ils y parvinrent plus rapidement qu'ils avaient craint, le chat n'ayant point tant grandi - or des ronflements s'élevaient de ce crâne lourdement bosselé.

     

    « De quoi ronronne-t-il ?

     

    - Elle rêve. Mais nous la chatouillons. Laisse-moi m'agripper à ces poils en buissons : tout bascule autour de nous... Voici les yeux. Ils lancent des éclairs ! La gueule s'ouvre à l'infini !

     

    - Ce n'est qu'un bâillement, Vicki !

     

    A ce moment s'élèvent de trois points à la fois d'immenses panaches de scories, des éblouissements de lave. Le plus gros jaillissement provient de la bouche, et se dirige de côté. Le deuxième sort des naseaux, et se perd loin devant comme une galaxie très allongée. Enfin, une belle giclée de lave verte venue de l'oreille droite.

     

    « La gauche est-elle obstruée ?

     

    - N'y va pas ! je crains pour toi ! Vicki, reviens !

     

    Se repliant vers l'arrière du vaste dos, ils pensèrent au dragon chinois, fécond, dangereux : la vie même. Et tout fut calme soudain. La température du sol velu n'avait pas augmenté. La terre sous leurs pieds, puisqu'on peut s'exprimer ainsi, retrouva son mouvement ondulatoire : le chat reprenait sa déambulation. Ils mangèrent et burent, puis se dirigèrent vers l'arrière-train. Ils reconnaissaient leur emprisonnement lorsque l'espace, curieusement, s'élargissait ; rien de plus commun chez les humains, dont les prisonniers s'évadent, patthétiquement, à trois semaines de leur levée d'écrou : ils éprouvaient donc le besoin de sentir leurs limites. Ils remontèrent la médiane, de vertèbre en vertèbre, succession de petites collines raides, couvertes de bruyères. ...La queue fouettait le paysage.

     

  • Montesquieu, "Voyage de Graz à La Haye"

     

    Je ne sache rien de plus méprisable que ces notes de Montesquieu en voyage à travers l'Italie, parvenu à ce moment où il la quitte : il n'a rien vu, dit-il, "d'Insprück" [sic] "à Munich", "ce qui fait du chemin", croit-il bon d'ironiser, parce qu'il n'y a que des montagnes. C'est d'un esprit bien classique, au sens desséchant du terme, et l'on sait que César faisait tirer les rideaux de sa litière pour ne point voir les trop laids paysages des montagnes ; c'est Rousseau, puis le Romantisme, qui ont mis les sommets à la mode, et nous ne pouvons assurément accuser Montesquieu d'anachronisme. Cependant ses descriptions, ou plutôt énumération de tableaux entassées lors de ses pérégrinations italiennes ont de quoi écœurer par leur platitude : ce ne sont que des "il y a", des "beau, belle", "joli", "admirable", "du premier ordre", "de second ordre" et "de mauvais goût". Maison sévère et attirante.JPG

     

    Les représentations picturales et sculpturales ne sont jugées qu'à l'aune étroite de la conformité avec la nature, et si la photo avait existé, Montesquieu n'aurait pas manqué de s'exclamer, comme un ouvrier : "C'est tellement beau qu'on dirait de la photo". Il exalte Jules Romain, qui n'est qu'un gros faiseur de boursouflures (mais Nicki de Saint-Phalle a fait mieux...), et ne manque pas de préciser que la vérité d'une course, dans une sculture, ne peut s'obtenir que si la "fontanelle" (entendez le creux de la gorge "se trouve représentée en avant des pieds", sans quoi la course paraît suspendue. Il montre une étroitesse esthétique de premier ordre, pour le coup, en déplorant que le Christ par exemple figure deux fois dans une même fresque, "ce qui heurte le bon sens".

     

    Et tout soudain, au milieu de ces inventaires de commissaire-priseur, interviennent des propos de la dernière platitude sur le commerce des grains, les bénéfices d'un prince ou les besoins de son armée. Notre homme s'excite sur le cours des monnaies et les conversions des bureaux de change, le commerce de la soie et la description (incompréhensible) des ménanismes qui la produisent, à grand enfort de poutres, d'engrenages et de moyeux. L'on voit bien là le négociant étroit du Bordelais, et aussi les prémisses, diront les montesquiolâtres, des réflexions qu'il fera sur les Lois. Il est certain que ces notes n'étaient faites que pour le privé, nullement destinées à la publication : les Lettres persanes et autres ghnideries portent en marge des annotations destinées à l'amélioration du style, ce qui prouverait s'il en était besoin l'extrême attention où notre auteur tient son style ; mais on ne saurait concevoir qu'il se laisse autrement aller à de telles exaspérantes négligences dans ses écrits privés. Encore un de ces esprits "à tiroirs", comme dans ces apothicaireries, ou ces cerveaux juste capables d'être clairs et méthodiques, traitant d'une chose puis de l'autre, de poésie ou de mathématique, de juridiction ou de galanterie. Ayant ainsi plus que prouvé notre propre intolérance brouillonne, nous pouvons rejoindre le texte "de Vérone à Trente", où l'Adige est toujours "fort rapide ; et on monte toujours l'Eisach, qui n'est qu'un torrent et n'est navigable nulle part de Trente jusques à sa source" – caractéristique assurément bien méprisable pour un négociant épris de communications commerciales. C'est le même qui passant à Trente n'y voit "rien de remarquable", alors que le méprisable commentateur qui vous parle ( qui sommes-nous d'autre en effet devant Montesquieu, sans ironie) se souvient de son émerveillement lorsqu'il errait de nuit de sanctuaire en sanctuaire à touche-touche, au point que je crus me faufiler entre deux absides, ce qui ne se peut.

     

    De Trente à la source de l'Eisach il faut compter "13 lieues d'Allemagne". Et pour bien renseigner le voyageur, mais bien se gausser tout de même des noms allemands, à la Thunder-ten-Tronk, énumérez-nous, baron de Labrède, les "postes de Bolzano à Insprük : Bolzano, Leitchen, Kollmann, Brixen" ("Bressanone"), "Mittenwald, Sterzing, Brenner, Steinach, Schœnberg, Insprük". Voilà de quoi faire bien boyauter un vulgaire présentateur de chaîne télévisée. Enfin Mussolini vint, qui réitalianisa toutes ces contrées à grandes brassées de Siciliens. Les germanophones à Bolzano ne sont plus que 20% de la population. Et nous y possédons, mon épouse l'italianisante et moi le le germanophone, une propriété de campagne imaginaire, avec pour devise "Voi fare einen Spaziergang coll'Rücksack sul'dorso".

     

    Et ce doit être le comble de l'exotisme d'habiter à Bolzano, dont certaines élections municipales furent très pittoresques ; mais qu'est-ce qu'on doit se faire chier dans ce bled au quotidien... Rien ne complètera mieux ces sottises que celles du baron lui-même : "Je regarde le Tyrol comme les Alpes mêmes qui séparent l'Allemagne de l'Italie. Généralement, ce quej 'en ai vu est mauvais. Ce sont des montagnes," ( c'est tout dire) "la plupart du temps couvertes de neiges et la plupart du temps très stériles". Marchand ! Ce sont les grasses prairies hollandaises sans doute qui trouveront grâce à ses yeux, avec leurs lignes douces et leurs énormes vaches, qui produisent tant de lait par jour dont on tire de si gros bénéfices ?

     

    Après tout je m'en fous. Que d'autres soient objectifs. Je sais aussi bien le faire. Il nous est en revanche impossible de vérifier que le Tyrol faisait partie du Saint Empire Romain Germanique. "L'Allemagne peut aisément se défendre de l'invasion, et l'Italie aussi, par ces côtés de séparation. Le Tyrol est une forteresse et, si les Romains avoient fait une seule province de ce que nos appelons à présent l'Italie, et que la République l'eût gardée avec jalousie, elle auroit subsisté longtemps." Montesquieu est l'auteur de considérations sur la chute de l'Empire romain, que n ous avons lues avec passion. Noter que les Empereurs allemands n'ont jamais éprouvé de difficultés infranchissables à passer lesd ain Alpes afin de resoumettre les Italiens du nord régulièrement soulevés contre lui.

     

    Mais les Italiens ne se sont jamais avisés, il est vrai, de s'étendre vers le nord. "Au lieu qu'en donnant à des gouverneurs particuliers la Gaule cisalpine, le reste de l'Italie, depuis le Rubicon,", mince ruisseau, "ne pouvoit pas se défendre, et Pompée fut obligé de l'abandonner". Raisonnement bien incomplet.

     

  • Insanités

     

    Lycée agricole Pompidou.JPG

     

      Qui nous délivrera disait Balzac des hommes et des femmes ? Il parlait des intrigues de roman qui ne font à jamais que nous reproduire cette interminable histoire d'Adam et Eve, Tristan et Iseut, et autres Roméo et Juliette. C'est bien vrai. Il faudrait retracer le roman d'un travailleur ou -yeuse, et féliciter Etcherelli Elise ou la vraie Vie ou London Martin Eden , dans les admirables passages où il démontre comment le fait de trimer seize heures par jour dans une blanchisserie transforme n'importe qui en abruti même plus capable de faire du vélo le dimanche pour se distraire. Seulement, qui va s'intéresser à cela ?

     

    Une de mes élèves de seize ans disait qu'elle en avait plus qu'assez de regarder la télévision avec ses parents, parce qu'à la longue c'était toujours le même sujet de film. Bien vu Mademoiselle, et tristement bien vu. En attendant, ce que j'ai déjà exprimé maintes fois, ces fameux progrès de la science qui nous permettront à tous de devenir androgynes, au moins par alternance, force nous est bien à tous de supporter le pire supplice infligé à l'humanité, la séparation des sexes, mot de la même famille que “suivre” paraît-il, sequor, mais que je rapprocherais plutôt de “sécateur”.

     

    Ce qui donne, en attendant : la femme n'aime pas l'homme. C'est pourquoi j'ai soirti l'argument (écœurant ?) consistant à blâmer infiniment plus le viol d'un petit garçon que le viol d'une petite fille parce que la fille de toute façon deviendra une femme qui n'aimera pas les hommes par principe et jouira de toute façon bien plus facilement seule ou avec uen copine, ce qui fait qu'un peu plus un peu moins de dégoût de toute façon ça revient au même, tandis qu'un garçon qui devient pédé c'est autrement plus grave, d'ailleurs il n'y a quasiment jamais de femmes qui tripotent de jeunes garçons, elles les laissent se branler tristement, vous voyez le niveau de l'argumentation, eh bien parfois je pense ça, et c'est le même moi qui est capable de raisonner à peu près correctement c'est-à-dire banalement, on ne peut pas être original tout le temps, les deux sont sincères, que faire docteur, les psychiatres connaissent ça, “le retour du refoulé” ? pas si sûr, il s'agit d'un phénomène par lequel l'intellect est parfaitement libéral et civilisé, tandis que le névrotique subsiste non dissous dans l'acide et revient de temps en temps à la surface, tenez l'autre jour moi qui n'ai rien contre les pédés pas même la queue et qui suis prêt à défendre vigoureusement toutes les libertés, je me suis enfui devant mon écran télé parce que deux mecs se roulaient un patin de première, moi je comprends très bien les pédés qui portent des pancartes “les pédés au bûcher” avant d'aller se faire mettre, vous croyez que c'est facile vous autres d'être pédé même quand l'axe Paris-Berlin ressemble à une pine ?......

     

     

     

     

    Au cinéma porno, je vois deux femmes se sucer, avec roulements de clito de part et d'autre au ralenti sur la langue. Quelle est la femme qui humilie l'autre ? Toutes deux humiliées parce qu'elles obéissent au metteur en scène ? Croyez-vous vraiment qu'elles aient attendu les indications de ce dernier pour inventer le cunnilingus ? Les hommes n'obéissent-ils pas aussi aux metteurs en scène ? Vous confondez la situation dans le scénario et la situation sur le plateau ! Mais tout le monde est volontaire ! Pourquoi les hommes seraient-ils plus machos ou plus souillés que les femmes ?

     

    Il faut être héroïques pour baiser devant les caméras. Plus encore pour les mecs justement. Et savez-vous comment on se retrouve acteur porno ? Parce que les fistons, cousines, beaux-frères et copains encombrent tellement tout le terrain qu'il n'y a plus de place pour ceux qui crèvent la dalle.

  • Petit crème, femmes et autres

     

    Petit crème et lait fraise avec des glaçons bar de femmes toutes séduisantes parlent d'hommes sommes-nous leurs occupations petits tout petits caractères sans rien qui puisse déterminer la direction, si longtemps servi, déchiffré, de moi à moi, seule la femme existe aussi conne mais consolatrice, liberté des yeux qui se brouillent, l'éternité à mesure humaine (200 ans ?) de quels abîmes de quels abîmes jaillissements de volières alors que je traversais ce jardin son domaine me heurte de son poignard à la ceinture sourire effaçant le sexe il n'en reste plus qu'une et ma dingue en face et le sommeil avance.

     

    Je vous aime je vous aime toutes sans différence il faut qu'on sente il faut qu'on voie mon combat, ayant permis je vais lire je m'endors. Toutes petites mais Hugo et le cerveau s'emmêlent mystère de cet affaiblissement – des muscles – me suis vu nu ce matin dans la glace de l'hôtel, c'est un café de Saintes en longueur qui sont ces poils dressés autour desquels s'organise toute une personne, bâtiment détruit, une ride sur le côté, jamais ne fut reconstruite l'abbaye de St-jean d'Y, un jour autre chose. Avec Dieu ne plus jamais oublier. En Dieu. Enn Théô. Déjà mort pourquoi ne pas s'amuser ensuite, café “Le Musée” en face de la chambre de Cremoux mort à 33 ans d'un cancer des couilles. Mystère, mystère insondable du sommeil alors indésirable – Hugo ? Notre-Père ? Sans compter l'incapacité marmeladière, mes marques, mon ouvroir à la Favela (nom désormais de ma maison) – Montendre (suite) : Parfois une prière, un enterrement drapeaux en tête et cent hommes derrière, le maire et le conseil, le carillon sonne mon nom “Tu vas voir un beau mariage” - enterrement, enterrement... Hommage. Un qui rigole dans les derniers rangs.

     

     

     

    Qu'est-ce qui vous prend toutes à vouloir me sauver vous sauver sur mon dos, quand je suis déjà mort, suicidé depuis tant de temps C'était pourquoi qu'on courait après les filles déjà ? Ton illustration sur les cimetières m'a fait super marrer, je l'ai montrée autour de moi, Anne part ce matin jusqu'à jeudi pour Paris et son exposition, l'ambiance est tendue parce que c'est le silence, le silence, les mots mesurés pour ne pas fâcher, calme, calme... Une autre femme en 90 m'avait reproché de lui écrire comme on se soulage pour chier, mais c'est ça l'amitié justement, de ne pas sans arrêt surveiller ses mots, ses expressions de visage évitant les scènes de ménage ou répliques cinglantes à la clef.

     

    Mon pote de Grenoble me dit tout, à Niklaus de Talence je dis tout, mon emploi du temps s'arrange pour ne pas avoir de temps de libre pour la moindre carte postale. Pour mes 107 ans je voudrais me casser, me casser, en fascinante Israël, j'apprends l'hébreu plonge dans la Kabbale extraordinaire explication de Dieu explication du mal dans le monde en plus je pris souvent sachant que c'est ridicule et ça marche : Stablon, et Noctran pour la nuit (réveil à 4 h, délires parano d'où prières, décontraction, déroulements de mots, ne te préoccupe pas de contacts physiques, c'est homéopathique, harcèlement pas mon truc.

     

     

    Les dos bleus.JPG

    Chaque fois que j'ai voulu faire, dire ou penser quelque chose toujours le chœur des autres m'a dit que dis-je corné à la gueule sans que j'aie rien demandé à quiconque “non, tu ne penses pas cela, tu ne dois pas dire ni faire cela” je me carre dans le train tout ce que vous dites je vous brandis mes couilles coupées à la gueule c'est bien ce que vous vouliez tous vous avez gagné mais ne vous plaignez pas de m'entendre hurler considère cela comme un exercice de style je t'en foutrais de la Vvvvvolonté moi je t'en foutrais je demande juste une dose massive de psychotropes pour tenir le coup les 25 ans qui me restent...

     

  • Le viol d'un jeune homme espagnol

     

    COLLIGNON HARDT VANDEKEEN

     

    L E V I O L  D ' U N J E U N E  H O M M E  E S P A G N O L

     

     

     

    "Ce que vous dites sur les prostituées de terrain vague ne me surprend pas. Ainsi -

     

    penchez-vous un peu - dans cette encoignure, sous ma fenêtre, on a violé un jeune homme

     

    espagnol.

     

    - N'avez-vous pas appelé la police ?

    La Jordanne à St-Simon.JPG

     

    - Que pouvions-nous faire ? " 

     

     

    ...Tanger en pointillé : sur le plan, une quantité de rues, de places, de ronds-points, 

    baptisés et disposés selon les canons de l'urbanisme. Seulement, depuis le rattachement

     

    de la zone franche au Royaume, l'argent manque. Entre les rues Vermeer et Tolstoi,

    au centre ville, s'étend un terrain vague oublié. On y pénètre par un trou du mur d'enceinte.

     

    Dès l'entrée, le sol se gonfle de bosses de terre, craquantes de tessons de verre.

     

     

    - Ils l'ont violé à sept, à sept ils s'y sont mis. Sous ma fenêtre. Ou en

    face, je ne sais  plus.

     

     

     

    Le jeune homme espagnol un soir descend la rue sans méfiance, avec trois

     

    camarades. La discussion est animée. On rit de tout. Mais leur façon de rire est différente. Deux

     

    autres, puis deux, par hasard, des cousins, de vingt à trente ans. Les lampes brillent. Les

     

    plaisanteries tournent mal, les coudes se heurtent, l'Espagnol comprend qu'on tourne ses

     

    bons mots en dérision.

     

    C'est un jeune homme de quinze ans, brun, les joues mates et pleines, il a de grands yeux  et les cheveux plaqués. Les autres, des grands Marocains secs, l'entraînent par la brèche

     

    avec des mots durs et il se défend, il repousse les bras, il menace en forçant la voix. Il croit qu'on veut lui casser la gueule.

     

    "...et il criait ! et il pleurait ! il en faisait, une histoire ! "   

    On lui maintient les bras dans le dos, et puis on se ravise, on les tire en avant, il lance des  ruades dans le vide. Quand on l'a fait basculer, quand ils ont immobilisé ses jambes,

     

    il a commencé à crier, car il a compris ce qu'ils veulent. Ce sont d'indignes sanglots, des supplications - les autres, excités par les

    cris, s'exhortentdans leur langue et couvrent sa voix, l'insultent,

    halètent et le dénudent.

     

     

     

    "...et il appelait sa mère ! il appelait sa mère ! " Madre ! - le pauvre

    jésus ! comme il était mignon ! " ¡ Madre ! ¡ Madre ! La mère ne vient

    pas. Elle n'est pas de ce quartier. Les cris s'étouffent entre les mursdes cinq étages. L'enfant pleure. Les autres hurlent, se disputent les préséances :

    à qui tiendra les jambes, à qui le tour, certains préfèrent l'étroitesse,

    d'autres le confortable,  le jeune homme pleure. Il a cessé de supplier,

    il ne se débat plus. Ce n'est plus drôle.

     

    Il n'entend plus que les pensées qui se battent dans sa tête en une seule immense  sensation confuse de chute et d'une mère qui ne

    viendra plus Dieu merci, à qui jamais plus il ne se  confiera surtout ce début de plaisir ressenti, ce destin sans fissure où l'enfoncent encore

    à  l'instant ces coups sourds qu'il ne sent plus l'atteindre et la boue apaisante coulée dans son  corps.

     

    "Vous avez regardé tout ça sans broncher, penchés à vos balcons sur

    cinq étages, sans  intervenir ? À vous rincer l'œil ?

     

    "Viens voir ! qu'est-ce qu'ils lui mettent ! pauvre enfant

     

    "Mais qu'est-ce que tu crois ? Qu'est-ce qu'elle aurait donc pu faire,

    ta police ? Tu  t'imagines qu'en téléphonant tu l'aurais fait venir plus

    vite ?"

     

    "...Chaque seconde durait des siècles... »   

    "...On voit bien que tu ne connais pas ces gens-là ! Ils se soutiennent

    tous, va ! Tu penses  bien qu'on n'aurait jamais retrouvé personne !

     

     

     

    ...Je jure que je les aurais tous reconnus, tous les sept, dix ans après...

     

     

     

    "...On serait passés pour quoi, nous autres ? Encore heureux si on ne

    s'était pas fait  enculer! "

     

    Ils me gueulent dessus, les adultes, à même le corps, ils me

    dépassent de deux têtes, leurs yeux sont injectés de sang, jamais je

    n'ai vu à ce point la haine de près, la véritable pulsion du meurtre,s'ils

    n'y avait pas mes parents leurs amis me tueraient, ils me font taire,

    mes parents, il est jeune, il ne comprend pas, il faut l'excuser, on est

    en visite, ce n'est tout de même pas un petit merdeux de quinze ans

    qui va gâcher la soirée, pour une fois que les Charby nous invitent (...)

     

    ...Pedro Vasquez, homo à Lérida, l'extrême nord de l'Espagne, le plus

    loin possible, avec  tout un passé de vieille tante - la cinquantaine aux

    tempes argentée - bien ri, bien bu au bar, beaucoup aimé, frappé les

    putes qui ne sont jamais, jamais venues à son secours, qui ne lui ont

    jamais donné ce plaisir qu'elles éprouvaient jadis peut-être, quand

    elles étaient femmes...

     

  • Les Métamorphoses d'Ovide

     

    Revenons au texte :

     

    "Il cherche à saisir tantôt mon cou, tantôt mes jambes promptes à lui échapper, ou du moins il en a l'air, et il m'attaque de tous les côtés. Mond poidqs me protège et rend ses assauts inutiles ; ainsi un bloc de rocher que les flots assiègent à grand bruit reste immobile, défendu par sa propre masse. Nous nous écartons un instant l'un de l'autre, puis de nouveau nous nous rapprochons pour reprendre le combat ; nous nous tenons debout sur place, résolus à ne pas céder ; mon pied touchait son pied ; ma poitrine penchée tout entière en avant, je pressais ses doigts de mes doigts, son front de mon front. C'est ainsi que j'ai vu deux vaillants taureaux fondre l'un surl 'autre, quand ils se disputent le prix du combat, la plus belle génisse de tout le pâturage ; le troupeau les contemple effrayé, ne sachant pas auquel est réservé, après la victoire, une si glorieuse royauté. Trois fois Alcide tente sans succès de rejeter loin de lui ma poitrine qui le presse ; la quatrième fois, il s'arrache à mon étreinte, dénouent mes bras qui l'enlacent et (puisqu'il faut confesser la vérité), me faisant tourner sur moi-même d'une brusque poussée, il s'attache à mon dos de tout son poids. Vous pouvez m'en croire (je ne cherche pas en ce moment à me glorifier par des mensonges), il me semblait que j'avais sur moi une montagne qui m'accablait. Cependant je réussis, quoique avec peine, à glisser entre mes bras ruisselants de sueur et à dégager mon corps des terribles nœuds qui l'enfermaient ; j'étais haletant ; il me serre de plus près, m'empêche de reprendre mes forces et me saisit à la gorge ; alors enfin je touche la terre du genou et ma bouche mord la poussière."

     

    Les Métamorphoses sont donc prétextes à récits, à digressions de toutes sortes. On se laisse ravir, c'est la vanité de la vanité de la littérature dans son application parfaite. Tout est en charme, je termine par Atalante :

     

     

    Hibiscus.JPG

    "Le plus agité recevra pour prix de sa victoire ma main et mon lit : ceux que j'aurai devancé paieront de la vie leur défaite ; telle sera la loi du concours." Cette loi était barbare ; mais elle n'empêcha point (si grande est la puissance de la beauté !) qu'une foule de prétendants téméraires n'accourût s'y soumettre. Hippomène était venu s'assoir parmiles spectateurs de cette lutte inégale : "Est-il possible, disait-il, que l'on affronte un si grand péril pour conquérir une épouse ?" et il avait blâmé l'amour insensé de ces jeunes hommes. Mais il voit le visage d'Atalante et son corps dépouillé de ses voiles, tel que le mien, tel que serait le tien (...)" – et ici intervient une note : "Les bouts des lacets qui retiennent ses sandales" – "derrière ses pieds légers ; on voit voltiger ses cheveux sur ses épaules d'ivoire, et sous ses jarrets, les bandelettes, bordées d'une broderie, qui ornent ses genoux ; la blancheur virginale de son corps s'était colorée d'incarnat, comme les blancheurs d'un atrium reflètent le vélum de pourpre qui les couvre" – ici la note "Le vélum rouge a été tendu au-dessus de l'atrium de marbre blanc poiur le préserver du soleil".

     

    "Pendant que l'étranger observe ce spectacle, la borne a été franchie à l'extrémité de la carrière ; Atalante victorieuse reçoit sur son front la couronne des fêtes. Les vaincus poussent un gémissement et subissent la peine convenue".

     

    "Cependant, sans être effrayé par leur triste sort, Hippomène s'est dressé au milieu de l'arène et, fixant ses regards sur la jeune fille : "Pourquoi, lui dit-il, cherches-tu un titre de gloire dans un facile triomphe sur de si faibles adversaires ?"

     

    Atalante donc première à la course et non pas péniche. Tout se dérobe, tout est labile, rein n'est fixe, ne comptez sur rien, jouissez de l'instant : un jour vous serez animaux. Aucune métamorphose dans mes extraits. C'est bien fait. Lisez les Métamorphoses d'Ovide, vous serez toujours surpris.