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  • Kérouac, Les clochards célestes

     

    Cette sacrée chèvre de montagne – Japhy – continuait à sauter de roc en roc dans le brouillard, s'élevant un peu plus à chaque pas. Je ne voyais plus que la semelle de ses bottes, au-dessus de moi. » Comment ai-je pu me lier à un maniaque comme lui ? » Mais avec un désespoir efficace, je suivis ses traces. Finalement, je me trouvai sur une petite corniche horizontale où je pus m'assoir sans avoir besoin de me raccrocher. Je m'y blottis en me serrant contre la pierre pour que le vent ne pût me déloger. Je regardai en bas et autour de moi ; cela m'acheva. « Je reste ici, hurlai-je à Japhy.

     

    «  - Viens, Smith, encore cinq minutes ; je suis à trente mètres du sommet.

     

    - Je reste ici. C'est trop haut. » L'homme en effet doit se renier trois fois. Mais « il est beau d'échouer à trois pas du but ».

     

    « Il ne répliqua pas et s'en fut. Je le vis disparaître, tomber, se relever et reprendre sa course.

     

    « Je me serrai encore davantage contre la paroi, fermai les yeux et pensai : « Quelle vie ! Pourquoi nous a-t-il fallu naître d'abord, et ensuite exposer notre pauvre, tendre chair aux abominables horreurs de la montagne, du vide et des rochers ? » Avec effroi, je me rappelai le fameux axiome zen : «Quand tu parviendras au sommet de la montagne, continue à monter. » Cela dressa mes cheveux sur ma tête. Les vers m'avaient paru si beau, alors que je les lisais confortablement installé dans le bungalow d'Alvah, sur une natte de paille. Maintenant il y avait de quoi faire battre et éclater mon cœur simplement parce que je trouvais horrible d'être né. « En fait, quand Japhy arrivera au sommet de ce pic, il va continuer à monter tant le vent souffle fort. Moi je suis plus philosophe : je reste ici. » Je fermai les yeux. « Pour le reste, survis et sois bon, tu n'as rien à prouver à personne. » Voilà ma foi un excellent terrain de repli. « Soudain, j'entendis un ioulement magnifique et haletant, une étrange musique, d'une mystique intensité. Je levai les yeux : Japhy était debout, au sommet du Matterhorn, faisant entendre le magnifique chant de joie du Bouddha-triomphant-qui-a-écrasé-les-montagnes. C'était très beau. C'était comique aussi par certains côtés, encore que le plus haut sommet de Californie ne fût pas comique du tout en ce moment, avec ses rafales de brouillard. Mais il fallait bien le reconnaître : le cran, l'endurance, la sueur, et maintenant ce chant d'une humanité déboussolée c'était comme de la crème fouettée sur une pièce montée » - parfois la poésie de Kérouac se détend d'un coup. « Je n'avais pas assez de forces pour répondre à son ioulement. Il courut quelque part, là-haut et disparut à mes yeux. Il m'expliqua plus tard qu'il en avait profité pour examiner la petite plate-forme de quelques mètres qui se trouvait du côté ouest coupée par un à-pic, au bas duquel devait se trouver à mon avis, rien moins que Virginia City. C'était une folie. Je l'entendis me crier quelque chose, mais je me blottis plus fort encore sur la corniche, comme dans une coquille protectrice, en frissonnant. Je regardai vers le bas, là où Morley devait nous attendre, auprès du petit lac, confortablement étendu sur le dos, un brin d'herbe entre les dents et dis à haute voix : « Voici le karma de ces trois hommes : Japhy Ryder parvient triomphant au sommet de la montagne ; il a gagné. Moi j'y suis presque arrivé pour abandonner et me cacher sur ce maudit rocher. Mais le plus malin des trois c'est ce poète des poètes étendu à plat dos, les genoux croisés haut vers le ciel, mâchonnant une fleur et rêvant au bruit des vagues sur une plage. Sacré nom, on ne me reverra plus jamais ici ! »

     

    Fin du chapitre, la morale étant qu'il n'est point nécessaire de triompher pour s'exalter, que la vie n'est pas un concours, et que d'avoir participé suffit. Le chapitre 12 sera juste effleuré :

     

     

    Le vent passe.JPG

    « Je me sentais plein d'admiration pour la sagesse de Morlay, maintenant. « Au diable, pensai-je, au diable toute cette imagerie suisse de sommets enneigés ! »

     

    « Mais un instant plus tard je me trouvai plongé en plein délire : en levant la tête je vis Japhy descendre la montagne en courant, à grandes foulées de dix mètres, sautant, fonçant, atterrissant sur les talons de ses grosses bottes, rebondissant deux mètres plus loin, pour s'enlever à nouveau par-dessus les rochers, planant, criant, ioulant sur cette marge de la terre, où nous nous trouvions, et dans un éclair je compris qu'il est impossible de tomber de la montagne, espèce d'idiot, et avec un ioulement de ma composition je me levai soudain et me ruai à mon tour vers le bas de la pente après Japhy, à force de bonds aussi grands que les siens, de foulées aussi fantastiques ; en cinq minutes, je pense, Japhy Ryder et moi (toujours chaussé d'espadrilles dont j'usai les talons sur les rocs, les pierres et le sable, sans m'en soucier davantage, tant je désirai me trouver sorti de ce mauvais pas) dévalâmes le flanc du Matterhorn comme des chèvres de montagne, hurlant comme des fous, ou des inspirés chinois du dernier millénaire, avec assez de force pour faire dresser les cheveux du méditatif Morley sur son crâne, là-bas, auprès du lac. Il dit en effet qu'il nous avait vus descendre et qu'il n'en avait pas cru ses yeux. Il est vrai qu'après l'un de mes bonds les plus prodigieux et avec mon cri de joie le plus éclatant, j'atterris juste au bord du lac, plantant, du coup, les alons de mes espadrilles dans le sol et me retrouvai assis par terre, débordant d'allégresse. Japhy avait déjà ôté ses

     

    chaussures et en secouait les graviers et le sable. Je sortis de mes propres espadrilles deux seaux de poussière de lave et dis : » Ah, Japhy, tu m'as appris la suprême leçon : on ne peut tomber d'unemontagne. »

     

    Ainsi s'achèvre notre extrait, sur une leçon de triomphe et d'humilité joyeuse. Et n'oubliez pas, bouddhisme ou christianisme, que le grand secret de la vie reste toujours :  « Faites ce que vous pouvez, et démerdez-vous ».

     

  • Impersonnel, et très personnel

     

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    Chercher à s'introduire, en uniforme d'apparat de professeur dans un grand lycée militaire de Madrid. Eprouver une grande admiration pour tous ces anciens officiers franquistes, qui pourraient m'enculer en grand uniforme. Dans la cour intérieure, j'entends de brefs commandements, plus un adjudant qui se présente : Brigada Pérez Emalfil, presente. Et d'un coup, tant de soldats rangés en carrés s'exclament : ¡ Hó ! Frémir. Se coucher, malgré l'uniforme, tout au long de la première marche d'un perron, qui me déborde à la tête, aux pieds : ne plus être qu'un degré partiel, attendant le piétinement. Tout ce qu'il faut pour attirer l'attention, et se faire définitivement refuser l'admission pour comportement excentrique et indécent.

     

    Arrive alors le concierge, el portero, rondouillard, en habits de fonction bleu sale, qui me relève et me console de mon immense infériorité : « Je vais vous présenter » dit-il en parfait français « à des ouvriers espagnols » - seuls de mon niveau, apparemment ; ne pas pouvoir prétendre à mieux – francophones également. « Ils sont là, en contrebas » Le mur a besoin de se relever le soutènement. Les hommes, accroupis le dos aux pierres, puisent dans leurs gamelles en jacassant fortement. Deux d'entre eux se débattent avec des assiettes en carton, peu pratiques. Sous ma falourde d'uniforme, j'avais, moi aussi, pressentant, désirant cette décadence, ce déclassement, une gamelle d'ouvrier !

     

    Ces homme du peuple dévoilent avec bonhomie la supercherie, mélangent mon frichti avec le leur dans une même assiette, et je communie avec eux : nous sommes de plein-pied ! La discussion s'engage dans ma langue, plus ou moins bien maîtrisée ; la plupart ont déjà travaillé en France, temporairement. Le repas fini, nous remontons vers le perron en réparation, en discutant sur le caractère inné, ou acquis, de l'homosexualité. Chez eux certainement moins de préjugés que chez les haut gradés. Il règne ici une fraternité de classe que ne viennent pas troubler des questions de grades ou de préséances. Mais l'invincible attirance pour le plus grand lycée militaire d'Espagne n'implique pas nécessairement mon homosexualité ! Ils me l'accordent, par égards ; mes protestations sont trop attendues, trop appuyées - les leurs également.

     

     

    Le cul-de-four.JPG

    Non seulement plus de fraternité, mais plus de délicatesse aussi. Le concierge nous voit remonter sur le chantier, je me débarrasse de ma cape, et les aide à leur tâche, dans la mesure de mon incompétence. Une question reste en suspens : pourquoi ce portier m'a-t-il présenté à des hommes ? Assurément l'on voit très peu de femmes dans la cour d'une caserne, moins encore sur les chantiers de maçons. Mais tout de même. Je pourrais bien m'entendre avec un ouvrier. Ou le concierge ; il s'appelle Romero.

     

     

     

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    Jusque dans ma jeunesse, il était de tradition, au gré des proviseurs ou des instituteurs, d'organiser une manifestation, théâtrale ou autre, en l'honneur de la St-Charlemagne, patron des écoles. Le Vatican y mit bon ordre : le 28 juillet célèbre désormais saint Thomas d'Aquin (1224-1274 – comme des mouches, vous dis-je ; célèbre à l'âge où tout juste à présent commence pour de bon une carrière universitaire, semée d'embûches et de flatteries). Le 28 janvier, date du second mariage de Java, est devenu la date de conception de David en 89. L'enseignement, c'est toujours dans la foule. Je voyais descendre vers moi ces foules d'élèves, et je me suis presque trouvé en malaise.

     

    La grosse Jolida m'a laissé me reposer avec mépris pour la mauviette que j'étais. Elle se gouinait avec la Gaufubert. Pour ce genre de doigti-doigta entre ces deux barriques, il faut le bras longs. Paix à leurs âmes, tant de femmes n'ont que leurs propres muqueuses pour se satisfaire... C'est un rêve que nous faisons souvent, de ne savoir où faire cours, ou bien quand, deux horaires ou deux lieux se chevauchant. Nous errions dans les couloirs par classes entières, je giflais un passant, « Tu n'avais qu'à ne pas être là ! » L'école s'effondre et coule comme un Titanic. Plus personne ne veut de mixité sociale, qui est un leurre. Et plus seront fortes les protestations, plus les choses s'accentueront : personne ne peut rien contre les mouvements populaires spontanés.

     

    Descendre ainsi à son tour l'escalier qui ne manque jamais, apercevoir un arbre gisant là de tout son long, déraciné par la tempête à travers une baie, et s'exclamer, toujours prêt à faire un bon mot : « Tiens ! Lebranchu ! » (Marylise, née Perrault, ministre de je ne sais quel redressement, reconduite, ou non?) -mais les disciples que je traînais ne connaissaient peut-être pas cette obscure dame. En tous cas, ils riaient, en se forçant un peu. Comme chez Ruquier. Est-ce que mes cours ne ressemblaient pas très précisément aux émissions de Ruquier ? ...sors de ce corps...

     

  • Prolongation de Pâques

    Extrait du "Petit livre des grandes fêtes religieuses" par Bernard Collignon, Editions du Bord de l'Eau

     

    LA CENE

    La caserne déserte.JPG

     

     

    C'est au cours du dernier repas du Christ que ce dernier institua l'Eucharistie (« action de grâces), à savoir la transformation effective (transsubstantiation) du pain en corps du Christ, et du vin en sang du Christ : « Pendant le repas, il prit du pain, et après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit, le donna [à ses disciples] et dit «Prenez, ceci est mon corps ». Puis il prit une coupe, et après avoir rendu grâce, il la leur donna et ils en burent tous. Et il leur a dit : « Ceci est mon sang, le sang de l'alliance... » (Marc, XIV). Moins abruptement, les luthériens préfèrent parler de « présence du Christ dans l'ostie » ou « consubstantiation »).

     

     

     

    VALEUR DE LA COMMUNION

     

    Il s'agit de la confirmation sur le mode rituel du mystère de l'incarnation, sans lequel il n'y a pas de christianisme : est chrétien en effet celui qui croit fermement que le Christ, fils de Dieu,

     

    s'est incarné, afin de relier à tout jamais le ciel et la terre, rachetant ainsi le monde d'ici-bas en l'arrimant, en quelque sorte, au monde d'en-haut, au monde céleste, au monde de Dieu, où la mort est inconcevable. « Dieu se révèle comme celui qui a pris le parti de l’homme jusque dans le plus ignoble, du côté de ses échecs, de ses peurs, de ses angoisses et de sa mort. Un Dieu qui a vécu à l’extrême ce que chacun de nous peut vivre, et nous affirme que l’amour va au-delà de la mort. Un Dieu qui se révèle dans la mort sur une croix et dans l’inconcevable de la résurrection, (…) qui se révèle dans la toute puissance de l’amour. (…) L'idée même de résurrection rencontra les plus grands obstacles chez les premiers croyants, qui ne pouvait, justement, y croire.

     

    Pâques protestantes

     

    A Pâques, Dieu nous rencontre dans l’impossible... » nous dit Noémie Woodward, pasteur, depuis 2006, du Bocage Normand, et qui ajoute qu'elle préférerait quant à elle que le jeûne du Carême, au lieu de nous « préparer » à Pâques (auquel rien ne saurait nous « préparer ») serait mieux indiqué, « plus protestant », après cette fête, pour rappeler que rien ne peut s'accomplir sans la grâce de Dieu. Alain Joly, pasteur lui aussi, trouve qu'il est plus opportun de tenter l'évangélisation à Pâques plutôt qu'à Noël : «  A Noël, on s’agite dans les magasins. Dans le temps du carême, il y a une plus grande disponibilité d’ordre spirituel ».

     

    Noter l'initiative des Eglises réformées du Poitou, qui organisent avec les bénédictines de Pié-BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 81

     

    LES FETES CHRETIENNES

     

     

     

     

     

     

     

    Foulard, à Prailles, une marche de l’aube pascale : à 6 heures du matin, on marche en silence dans la nuit, on lit les Evangiles. De même, Pierre et Jean sont accourus au tombeau pour le trouver vide... Parvenus au monastère, tous, catholiques et protestants, se mettent à prier et à chanter « au moment même où la lumière du jour commence à emplir la chapelle. » Les baptêmes se font volontiers le jour de Pâques, puisqu'ils sont eux aussi une résurrection, un « passage » de la mort à la vie éternelle, vers où Christ nous montre la voie. « Nous devons garder ferme ce souci de l'accueil que nous avons déjà et avoir l'audace de partager avec tous cette bonne nouvelle qui nous fait vivre. Pasteur Robin Sautter.

     

    1. Pasteur à Romont, Luc Ramoni rappelle que les protestants mettent plus en relief la fête de la résurrection que celle de la naissance, car la résurrection est l'espoir que tous les hommes un jour ressusciteront, au moins sur le plan spirituel. Les catholiques se focalisent plus sur les souffrances et la mort du Messie – à Romont existent des processions, avec pleureuses. Tandis que les Réformés ne voient plus le Christ sur la croix, où il n'est plus (les temples ne comportent pas non plus de « chemin de croix », et les protestants ne sauraient « processionner» ni déployer de fastes , ils ne reçoivent pas de « message » ni de « directives » de la part du pape. Le carême invoqué plus haut permet plutôt chez les protestants de participer à des actions humanitaires, en signe de communion.   « Nous voulons faire connaître le protestantisme et communiquer de façon positive sur son pluralisme, issu de notre esprit de liberté », affirme le pasteur réformé Jean-Yves Peter. « Nous voulons montrer » ajoute un autre « que nous sommes capables de travailler ensemble » (avec les catholiques). Luc Ramoni : « La foi est avant tout une démarche personnelle, il faut cesser de culpabiliser les croyants qui se sentiraient à leur aise dans une autre communauté que celle de leur origine.» Ce pasteur est un exemple parmi tant d'autres, car il n'existe aucune hiérarchie de type papal ! « Pour nous, Pâques, c’est tous les dimanches, la Pentecôte aussi » : la mission de l'Eglise n'est-elle pas de rappeler ce message de Pâques : « Par sa mort et sa résurrection, Jésus-Christ me rejoint et il me sauve. » L'Eglise réformée se veut essentiellement accueillante, comme on l'a si peut été avec elle.

      Ses cultes sont « joyeux et accueillants », « permettant à chacun d'approfondir ou de découvrir librement la foi. » « Oui », affirme le pasteur Sautter, «ayons l'audace de croire que nous pouvons aider notre prochain en témoignant de notre confiance en Dieu ! »

     

    Réformés et catholiques

     

     

     

    Les propos ici recueillis pourraient faire croire que les réformés et les catholiques vivent sensiblement la fête de Pâques de la même façon. Mais les protestants accordent à cette célébration plus d'importance qu'à celle de Noël : car tous les hommes naissent ; or, seul le Christ a vaincu la mort, seul il est né pour la seconde fois, preuve pour le croyant qu'il est à jamais fils de Dieu, et promesse de résurrection pour tous les autres fils de Dieu que nous sommes... Jamais les Protestants ne s'attarderaient sur la représentation culpabilisante du chemin de croix : ce dernier n'est jamais représenté dans un temple. Et même, le plus souvent, la croix reste vide, car Christ n'y est plus, « il est avec nous » (Luc Ramoni)

     

  • Flaubert non plus n'a pas fini tous ses livres.




    1) Nuit à Rossenberg

    Serait-ce le château d'If.JPG


    a) les lieux (trois pages)
     1) le bâtiment et ses entours  (une page)
    2) la chambre blanche, le petit lit de fer, le portrait de Henri V comte de Chambord. (une page)
    3) ma compagne à côté (une page)
    b)  les raisons pour lesquelles nous y sommes, (trois pages) le froid ou le chaud selon les saisons,
    c)  élargissement de l'espace, sorte de vaste palombière aux ramifications immenses, cf. l'hôtel d'I. à l'horizontale.
    DIX PAGES (EN FAIT, SIX SEULEMENT)
    2) L'effondrement
        a)  alors que je me balade, effondrement d'une aile, je sais qu'il y a qq dessous, je décris les bâtiments, cf. une illustration de la collection "tremblements de terre et catastrophes naturelles"
        b) les hommes vont sur le terrain (torchis, colombages), (laine de verre, masques) - moi, je suis méprisé, on ne me confie que le nettoyage de la vaisselle,  aidé par des fillettes, puits à chadouf, bien préciser à ce moment la situation d'humiliation et d'infériorisation dont je suis l'objet dans ce groupe de merde.
        c) Evocation effectivement  d'O. qui me traite de Gugusse et de L. qui me remet le moteur en marche. Ne pas hésiter à dévoiler alors leur peu glorieux avenir (digeridoo, Uruguay)

    3) Mes lectures, destinées à bien montrer combien je suis supérieur (Musset aux chiotttes à la caserne, chapitre sur Ulysse dans "Si c'est un homme", ceci avec l'une des fillettes. Mais, "après-midi vaseux".
    a) mon bouquin, sa découverte dans les décombres, mon rafistolage, ce que je m'en promets
    b) un commentaire là-dessus
    c) ma transmission, très chaste, pendant la nuit à la petite fille, cf. Nuit de Mai, "Que c'est beau !"


    4)  Ma soûlographie  en mémoire de l'ermite
    a) le menu pantagruélique "Aux chasseurs", "A l'auberge basque" à Sarlat,  les sauveteurs se restaurent, O.K.
    b) Je suis ridicule et hargneux, cf. le barak hongrois, les cinq litres de vin avec L.
    c) Une agressivité sauvage, ma paranoïa n'ayant cessé de monter.

    5)  Le voyage du retour
    a) Le trajet à travers le Bocage, avec la petite fille dont nous ne savons pas tous les deux qui est le père ; petite route et cimetière de G., pélerinage ultra-lent car nous n'y reviendrons plus.
    b) le peintre Manolo, les adieux à tous.
    c) engueulade magistrale devant la petite fille pour savoir qui de nous deux est le père.

    6)  Il faut pourtant larguer la fillette chez sa mère
    a) l'accueil plus que mitigé, cf. Machinchose à Kekpar.
    b) accueil dégueulasse de la fillette, cf. fille de V. à Villaras, écoeurant.
    c) elle nous annonce qu'elle va la larguer chez une autre copine


    7) Achat de bouffe cours Dr Lambert
    a) je médite ma vengeance en achetant des produits avariés
    b) je me lamente sur ma vie ratée, en retraçant la vie antérieure de mon compagnon et de moi
    c) le repas est dégueulasse, avec la radio qui hurle sur le jambon d'York

    8) Toujours la soirée studieuse
    a) Je reviens sur Musset
    b) je fais le tour de tous mes bouquins
    c) je fais effondrer à mon tour toute ma cabane

    9)  Coincé dans ma poche d'air, j'attends les sauveteurs.
    a) je me sortirai de là, j'irai à St-Flour
    b) je ne pourrai jamais, jamais vivre seul
    c) j'entends la voix de mon compagnon qui demande qu'on arrête les recherches, on m'arrose de créosote avant de mettre le feu.
        Pendant ce temps-là je creuse, pour m'évader, deux cents mètres plus loin.

  • A Georges Steiner

                Monsieur Steiner,    


          Après avoir pris connaissance de la retranscription d'un entretien que  vous avez eu sur France-Culture avec Antoine Spire, Nicolas Martin et d'autres, publié aux Editions du Bord de l'Eau sous le titre "Ce qui me hante", j'aimerais vous faire part d'une remarque non dépourvue d'intérêt - à mon sens.
        Aux pages 67 et 68 de cet entretien, Nicolas Martin, faisant référence à votre livre Passions impunies,  vous propose si j'ai bien compris un parallèle, une opposition entre la  démarche du lecteur, démarche élitiste, permettant de rapprocher les verbes "lire" et "élire" - et celle de l'homme de religion, qui cherche au contraire à unir le plus d'hommes possible, dans une "culture de masse" : relier / religion, dit-il.
        Sans vouloir entrer dans le fond du débat, qui me semble d'ailleurs sulfureux ( les hommes religieux seraient-ils à rejeter du côté de l'inculture ?), je m'élève au simple titre de l'étymologie contre le rapprochement abusif que l'on fait couramment entre les deux mots "relier" et "religion". C'est une fausse étymologie répandue hélas  jusque dans les milieux .les plus cultivés, parce que les ecclésiastiques ont eu tout intérêt à la répandre.
        C'est au point que, l'ayant trouvée fort doctement rappelée en tête d'une série de cassettes vidéo consacrées à la religion, je me suis abstenu, justement, de me les procurer, fortement indisposé par ce manque de sérieux dans la documentation étymologique. En effet, s'il y a malgré tout quelque chance que le mot "religion" soit à rapprocher de "religare", "relier" - c'est ce que prétend Lucrèce, peu suspect cependant de collusion avec quelque clergé que ce soit - il est beaucoup plus que probable qu'il faille le faire venir de la même racine "leg-" développée précisément par les mots "lire" et "élire" mentionnés plus haut.
        En ce cas, "religion", venu de "religio", "respect scrupuleux", serait beaucoup plus apparenté aux idées de "respect exact des rites", car les Romains y attachaient une importance extrême : si le taureau à sacrifier pour Jupiter n'était pas de couleur blanche, comme l'exigeait le rite, on le passait à la craie ! pauvre bête... La religion serait donc à l'origine un respect scrupuleux des rites, des gestes, des formules lâchons le mot magiques nécessaires à l'accomplissement d'un voeu, afin qu'une faveur demandée aux dieux fût accordée.
        C'est là on le comprend bien une étymologie peu glorieuse, rapprochant la démarche religieuse de la démarche magique (le contraire de "religio" est en effet "neg-legentia", négligence ou non observation des rites) - et dont le clergé de tout poil se garde bien de faire état... Aussi tout débat philosophico-étymologique (or le discours philosophique porte bien souvent sur le sens premier des mots) invoquant ce faux rapprochement "religion / relier" devrait sinon être éliminé comme nul et non avenu, du moins clarifié par des remises en cause véritablement laïques...
        Sans vouloir préjuger de vos réactions à mon message, et prenant pleine conscience de l'inconvenance d'un tel changement de sujet, je vous avais fait parvenir un ouvrage dont je suis l'auteur, ce qui est sans doute bien téméraire ; mais comme il traitait justement du Mythe dans son application romanesque, j'avais pensé qu'il aurait pu être de quelque intérêt...
        Quoi qu'il en soit, je vous remercie de l'attention que vous aurez peut-être prise à me lire, vous présente mes excuses en cas d'irréparable importunité, et vous prie de croire,
    Monsieur Steiner,
    en l'expression de mon plus vif intérêt.
       Paysage insulaire.JPG Bien respectueusement,



  • Une femme nommée Hanim

     

    Si je redevenais son ami, Hanim retrouverait le sens de toutes ses phrases. Je saisirais ses pensées les plus extravagantes ou les plus plates, une infinité de transparences, car j'étouffe dans mon clos funèbre ; nous nous inventerions des vies, des enfants, sans dépenser nos vies ensemble. « On ferait... » - conditionnel des enfants : le sexe importe peu. La femme peut attendre (je ne puis me faire à ses aveux contraires). « Nils est un ami,comprends-tu ? » me dit-elle en me parlant de l'Officiel : c'est ce couple si mystérieusement ficelé (« union indéfectible ») qu'elle ne dissout pas - elle n'admet aucune ironie, aucun humour sur lui. « Conserve-le, ne me retombe pas sur les bras ; je ne peux te combler comme lui, l'officiel. » S'il me venait avec d'autres femmes les mêmes mots de tendresse, j'éprouverais une grande honte, mais celui qui fait l'amour sans paroles s'enlève à lui-même l'essentiel du plaisir.

     

    Alors je me tais. Épouse officielle aime-moi.

     

     

     

    X

     

     

     

    Hier encore j'écoutais Hanim dans le ravissement, dévidant sans trêve ses enfances, les détachant par épisodes en prenne qui veut. Lorsque je la touchai à travers le velours côtelé de sa jambe elle me repoussa puis se rendit sous ma main. Plus jamais nous ne ressortirons de ces communions, nous ne redeviendrons plus jamais différents.

     

     

    X

     

    Une cour, et non pas un harem ! tel est ce que l'homme désire.nos désirs, épanchés ou non – mouvements de pleines chairs fondues comme un coulis d'ambre.

     

    Se souvenir de ses élans jadis si mal reçus : « J'avais l'air d'un fou ». A présent nulle gêne avec elle, il la retient contre elle de toutes leurs forces - « Je ne suis plus jamais ridicule » dit-il. C'est beaucoup dire. «Si je ne laisse pas les femmes venir, elles refusent. » Il a cru comprendre cela.

     

     

    X

     

    Pour cadre la pluie, la neige fondue de la Tour St-Maur. Carillons comportant des mélodies arabes mais rien pour les juifs. Nous rajeunir de dix ans. Ne pas nous donner d'âge. Cadre : la pluie, le froid, la Flèche St-Michel. Je suis un grand poète. Qui chie tous les jours, mais un grand poète.Dans les phrases un style elliptique, à la fois clair et précis ; préférence malgré tout des gros pavés (journaux de Goncourt, d'Amiel) en consultation libre naguère encore parmi les usuels de la Bibliothèque ; l'ancienne remplacée par ce hall à tous vents où l'on se surprend à chercher des étals de boucherie ou de tissu au mètre – il repense à ce fiasco des Pères Blancs, parmi fleuristes et charcutiers : proposer des livres au marché ! aller au peuple ! - aucun mépris reçu, mais pas de vente...

     

    Nous renonçons à la vraie vie. La plupart la conçoivent (la « pensent », disent-ils à présent) comme une partie de Monopoly : « Pousse-toi de là que j'm'y mette » – obstacles artificiels et d'autant plus prégnants.

     

    Absence de chair : abandonner sa femme, se convertir au judaïsme, longue abstinence ; chaste amitié (poussée très loin tout de même). Découverte de nouveaux itinéraires Rires de bonheur, « Je suis bien aise de te voir », extirpation du vieil Adam, réfection de sa vie, peur de la perte d'Eve. Des éclairs dans la tête.

     

    Projet : revente des maisons. Je ne veux rien savoir. C'est moi le plus âgé, à elle de renoncer à son couple. Elle me montre la vignette immobilière d'une maison à Barsac, à ses frais, où je ne viendrais pas dit-elle - Hanim Hanim, combien vous seriez mieux seule, plutôt qu'avec moi, plutôt que dans la compagnie de cet ivrogne obtus à cheveux roux, le Berbère.

     

    “Je sais très bien ce que j'ai”, répètent les contempteurs de Freud sans en avoir lu trois lignes - « Tu ne viens pas sur le divan pour apprendre : juste pour approfondir ce que tu sais. » Oui, mais les patients se sont avisé que le savoir n'impliquait nullement le passage à l'acte. Comprendre

     

    à la perfection ses imperfections ne fait pas lever le moindre petit doigt : ce sont bien plutôt les coups de tête les plus irréfléchis qui fondent l'acte - pourquoi se décide-t-on ? Même et surtout démontrée fausse, intenable, toute situation perdure à tout jamais ; possédât-on toutes les cartes en mains, et le cerveau droit dans son crâne.

     

     

    X

     

    Te-Anaa jaune jusqu'aux dents. Première Epouse Arielle dont je sais tous les tours de cartes, dont les effusions se dissolvent dans la tendre ironie – bien que la simple pesanteur de son crâne au creux de mon épaule m'émeuve sans la regarder ; Arielle a fondu d'un coup, à la Baldung Grien: maigreur et flétrissure. A présent que ma mère est morte, me 

    Plantes sèches sous le vent.JPG

    recentrer sur mon épouse : tous autour de nous depuis quarante années répètent que nous nous aimons ; pourquoi ne pas devenir démonstratifs? Première Epouse et moi ? serait-ce si ridicule ? ...Si j'abandonne Hanim en revanche, qui sait dans quel bourbier... Ce ne serait pas de l'ennui. Ce serait « la vie continue ». J'ai très envie de frapper Hanim, pour la renfoncer en moi.