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  • Fragment de "L'amant de Patagonie" (Isabelle Autissier)

     

    Notre lecture nous ramènera loin en arrière, quand l'orpheline, adoptée par son premier pasteur, l'Ecossais, joue les sauvageonnes, déjà, dans un foyer bien élevé :

     

    "Cinq longues années ont passé. Je me suis peu à peu civilisée, abandonnant l'habitude de marcher pieds nus et de me moucher dans ma manche. J'avais un statut ambigu, entre fille et servante. Mon esprit d'indépendance avait attiré l'attention du révérend, qui voyait en moi une allliée toujours prête à vibrer au récit de ses anciennes entreprises. J'étais la seule à avoir l'autorisation, quand j'avais fini mon travail, de me glisser dans la bibliothèque où il écrivait ses interminables courriers. Je lisais avec avidité une sélection d'ouvrages qu'il m'avait préparée, célébrant les hauts faits et les vertus de quelque missionnaire. J'ai encore le souvenir de l'odeur de ces pages exhalant le renfermé et la poussière, des piqûres brunes d'humidité qui mangeaient les coins et du bruit d'insecte du papier de soie que l'on soulève en réfrénant sa hâte de découvrir un dessin. Parfois, il me commentait l'une de ces images, qui lui rappelait ses propres aventures. Pour sa femme, je n'étais qu'une pauvrette qu'elle trouvait impertinente, pour lui, j'étais la chimère secrète d'un homme qui ne partirait plus jamais et souffrait de n'avoir aucune descendance mâle capable de reprendre le flambeau de l'évangélisation." - combien ambigu... bL'ancienne caserne oubliée.JPG

     

    "Le dénouement vint des mains du facteur, un lumineux matin d'hiver. Deux ans auparavant, l'un de nos visiteurs avait été le pasteur Georges Bentley. Il sillonnait la Grande-Bretagne afin de récolter des fonds pour sa mission dans un endroit improbable, à l'extrémité de l'Amérique du Sud. Il rendait compte régulièrement à ses bienfaiteurs de son implantation à Ouchouaya, où son petit groupe de catéchistes vivait loin de tout, entouré des seuls Indiens. Ce nom étrange, qui sera plus tard déformé en Ushuaia, me plaisait par une sorte de prémonition. J'apprendrai plus tard que cela signifie "La baie qui pénètre à l'ouest". M. Bentley avait un vrai talent d'écriture et le révérend nous lisait souvent ses lettres avant que nous ne priions pour lui. Ses textes parlaient des sauvages qui vivaient nus sous la neige et pour qui nous organisions des collectes de vieux vêtements" empoisonnés. "Mais il dépeignait aussi avec emphase des paysages sublimes et les glaciers plongeant dans la mer, les forêts rousses en automne, tous témoignages de la grandeur du Créateur. Enfin et surtout, il parlait de ces âmes simples et rudes à qui il apportait les lumières physiques de la civilisation, et morales de la chrétienté. Le révérend Bentley était le favori de "Messieurs, nos missionnaires". Ce jour-là, je m'étais encore fait réprimander pour avoir répondu vertement à l'aînée des Mac Kay.

     

    " - Nous ne tirerons jamais rien de cette gamine, elle est de pire en pire. Bientôt elle va jurer comme un charretier, les corrections ne mènent à rien. Je vous le dis, mon ami, c'est une graine de délinquante, tempêtait la femme du révérend, après m'avoir administré deux claques.

     

    "Or le courrier en provenance d'Ouchouaya se terminait par une demande pressante. La femme du pasteur Bentley venait d'avoir son cinquième enfant. Sa fatigue, les soins de sa maison, du potager, joints à sa sollicitude pour les femmes et les enfants indigènes, l'épuisaient. Ne connaîtrait-il pas une jeune fille que ne rebuterait pas ce dur climat et qui pourrait venir la seconder ? Mac Kay lui avait déjà sélectionné deux ans auparavant un forgeron qui réalisait des merveilles. Bentley s'en remettait à lui. Une paysanne un peu dégrossie conviendrait.

     

    "D'un seul élan, toute la maisonnée se tourna vers moi." - on n'est pas plus aimable.

     

    "Le 26 mars 1880, je chargeais ma petite malle sur la diligence de Glasgow, en route vers le Nouveau Monde. J'avais 16 ans."

     

    Voilà pour le romanesque. La jeune fille, même en rébellion, est imprégnée de cette désolante idéologie prétendue civilisatrice, dont nous n 'avons aperçu les tares que très récemment ; nous verrons bien ce que diront nos descendants de toutes nos certitudes arrogantes actuelles ; mais il est vrai que l'histoire, "ça sert à rien". Le chapitre suivant concerne la longue traversée :

     

    "Voilà mon pays ! Je me sens aussi intimidée qu'excitée à imaginer ce qui m'attend sur cette terre nouvelle. Je ne sais pas seulement combien d'années j'y passerai. Est-ce vraiment important ? Je l'ai choisie, j'ai voulu y venir, j'y suis.

     

    "Depuis deux jours il fait meilleur, même beau. Le vent est passé au nord et nous glissons sur une mer grise, parcourue seulement de trouées de lumière qui fusent entre les nuages. Des albatros aux yeux délicatement soulignés de noir nous accompagnent, furetant dans le sillage en quête de nourriture. Délivrée de l'ignoble mal de mer qui m'a tenue au lit pendant la descente depuis le Rio de la Plata, je reste sur le pont toute la journée pour fuir l'odeur de moisi de ma cabine. L'air me semble chargé d'une indéfinissable énergie, une vivacité qui m'emplit les poumons, me donne envie de chanter, conforte ce choix déraisonnable de venir fixer ici une partie de ma vie." Nul doute que ce portrait ne doive beaucoup à l'autrice elle-même, navigatrice au long cours. L'amant de Patagonie, d'Isabelle Autissier, chez Grasset : un long poème musclé d'amour et de tempêtes ; le choc malencontreux des civilisations, racheté par l'amour mixte et l'immense souffle du Sud extrême.

     

  • Isabelle Autissier

     

    Vue du château d'If.JPGIsabelle Autissier n'est pas seulement célèbre pour s'être retournée sous son bateau en pleine mer, ni pour avoir été la première femme à boucler un tour du monde à la voile en solitaire, mais pour avoir écrit, puisqu'il est ici question de littérature, L'Amant de Patagonie, détenteur d'un prix, ce qui n'est pas d'ailleurs la première fois. Evoquer la Patagonie, c'est aussitôt rappeler Qui se souvient des hommes de Jean Raspail, où l'on déplore la disparition des peuples indiens de ces lointaines et frigorifiantes contrées. Lanzmann écrivit pour sa par Le lièvre de Patagonie, qui parle aussi de bien d'autres choses, mais nos trois auteurs s'accordent avec bien d'autres sur la véritable fascination, sur l'inguérissable envoûtement dont souffrent ou bénéficient tous ceux qui sont venus, à la voile ou autrement, dans ce pays balayé par le vent, autour d'Ushuaïa, dont Isabelle Autissier déplore d'ailleurs l'orthographe stupidement anglo-saxonne, et qu'elle transcrit à la française, O-u-c-h-o-u-a-y-a.

     

    L'avantage de relire les dernières, puis les premières pages d'un livre, comme une Torah, est de rapprocher l'incipit de l'explicit, et d'expliquer, réciproquement, la fin et le début l'un par l'autre : Isabelle Autissier imagine une fille d'Ecosse, orpheline de mère, élevée à la dure mais dans l'amour paternel par un jeune veuf avec son petit garçon : elle court les landes, garde et voit tondre les moutons, cavalcade dans le vent, et se fait persuader par un pasteur, lorsqu'elle est devenue jeune fille, de s'embarquer à la fin du XIXe siècle en tant que gouvernante auprès de colons épris d'aventures lucratives. Au début, ces Européens, dont on ne voyait pas la peau, dont les hommes avaient le visage mangé de longs poils de barbes, et qui s'estimaient infiniment supérieurs, ne voient que des sauvages qu'il s'agit d'abord de vêtir, mon Dieu quelle horreur d'aller ainsi cul nu, de contaminer par les germes de ces vêtements bourrés de petits microbes ravageurs, puis d'évangéliser, afin de vite vite les rendre coupables d'exister, voire de baiser en plein air ce qui est vomitif ma chère.

     

    Pas question de se mêler à ces sauvages, qui n'ont jamais froid, qui puent sous leur épaisse couche de graisse de phoque, et dont l'intelligence se réduit à l'instinct de naviguer parmi les passes, les chenaux, les tempêtes de ce coin rébarbatif : on pourra toujours les faire trimer dans l'exploitation agricole, enfin, les moins bêtes, ce qui ne sera pas facile, car ces gens-là ne sont jamais pressés ; ignorant jusqu'à la notion de bénéfice et de rendement. Quant elle arrive là, Emily, dite Emmie, partage les préjugés de cette famille de pasteurs éleveurs. Elle frémit de voir des museaux si sales et si repoussants, si laids, et se garderait bien de s'éloigner des bâtiments de planches autour desquels hurlent les coups de vent, de peur de se faire violer, car tous ne connaissent pas les Evangiles, dont la lecture empêche absolument les viols, comme nous le constatons tous les jours sous nos latitudes. Mais ne vous en faites pas, avec le Coran, ça ira mieux. Bref ! L'héroïne sympathise peu à peu avec les Indiens, se fait courtiser par le fils de cet autre pasteur antarctique, et surtout, s'apprivoise avec ce pays, dont le livre d'Isabelle Autissier fait le premier personnage. Dès qu'elle l'évoque en effet, le lecteur est littéralement envoûté. Qu'elle s'éprenne peu à peu de cet Indien et le suive par amour malgré la désapprobation de son entourage, qu'elle en conçoive un enfant, Lukka, c'est peu de chose, pour nous, à côté des descriptions lyriques, même mystiques, de ces montagnes d'où descendent sans cesse d'imprévisibles rafales, de ces arbres tordus et vaillamment redressés contre l'acharnement météorologique.

     

    L'héroïne en vient à s'éloigner du temple, à se dénuder, à s'enduire de graisse protectrice, à nager dans l'eau glacée, à pêcher au harpon ou à la main, mais le père de son enfant se fait massacrer dans une embuscade tendue par des Européens, qui ont eu peur, et se sont montrés agressifs. L'histoire nous raconte comment elle s'est repliée dans sa communauté d'origine, comment elle a respecté le plus possible la nature et la façon de vivre indigène de son fils, comment elle a désespérément tenté de raccommoder ce qui ne pouvait jamais l'être, car son cas demeurait exceptionnel : les autres Européens ne pensaient pas plus loin que le cul de leurs moutons et leur cubage de bois de charpente à expédier dans l'autre hémisphère pour construire d'autres navires de conquêtes.

     

    C'est pourquoi le fils métis rompt avec sa mère, qui n'a fait qu'une année de tourisme indigène, comme il le lui lance à la face, alors que lui, Lukka, se sent purement indien, dépossédé, prêt à la lutte armée contre les colons envahisseurs, et condamné à mort par les autorités argentines qui se sont mêlé d'annexer le pays de ses pères. Il s'évadera pour l'Afrique du Sud, où se déroule aussi l'un des épisodes les moins glorieux de la colonisation. Mais Emily, pour sa part, mûrie, vieillie, épuisée par une vie de combats contre les préjugés raciaux, et les épreuves personnelles, décide de rester en Terre de Feu : le pays l'a envoûtée, lui a révélé des vastitudes internes et panthéistes d'où nul ne pourra plus la faire chuter sur le sol des Blancs, pourris de combats cupides et de violences entraînant la violence en retour de certains colonisés.

     

    Le livre s'achève sur une méditation panthéiste ou païenne qui ne le cède en rien aux envolées touristiques de Le Clézio, qui fait ce qu'il peut. Isabelle Autissier signe là un ouvrage plein de ciel et d'amour, de rêves infinis sur l'impossible fraternité des hommes, et la contemplation du vaste monde, immense et humble, tandis que s'effacent les échos affaiblis des civilisations que le temps efface...

     

  • L'énigme du malotru

     

    ACTIVITES ETUDE DU PRINCIPES

     

    PROFESSIONNELLES LITTERAIRES MILIEU DIALECTIQUES

     

     

     

     

     

     

     

    1955 Préparation à Guerre des 3e déménagemt,Profonde empreinte relige,

     

    domicile de l'examen d'en- sexes, blâmée à Pasly conçue comme une culpa-

     

    trée en 6e. Reçu 2e. par les parents. Découverte de bilisation absolue. Obses -

     

    Œuvre détruite, la brutalité des sions sexuelles et dépuce -

     

    l'auteur ne sa - garçons de la lage par la cousine.

     

    chant que faire banlieue sois -

     

    des garçons et sonnaise.

     

    des filles au-delà

     

    de quinze ans...

     

     

     

    1956 Prix d'excellence Découverte Premières tendances à l'ho-

     

    du refus des mosexualité : amours plato-

     

    autres face niques (non payées de re _

     

    à l'originalité affichée. Tour...)

     

     

     

    1957 / 8 Rate le prix d'ex- Lettre au prof

     

    cellence à cause des maths. de maths : “Pour

     

    prouver que ces droites

     

    sont parallèles, je

     

    fais glisser le

     

    double décimètre

     

    entre les lignes et

     

    je m'aperçois que

     

    la distance ne varie

     

    pas... La géométrie

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    (2004/5)

     

     

     

    manque tout à fait Découverte

     

    de logique : on ne sait de l'arrogance

     

    jamais s'il ne faut pas phénoménalement

     

    faire passer un trapèze méprisante

     

    par le centre du cercle...” des filles

     

    (Participation à mon en 3e.

     

    dernier spectacle

     

    scolaire)

     

     

     

    2005 / 2009 Présente un spectacle : Découverte de la Elaboration d'une

     

    De la 3e à la histoires drôles en le- phénoménale froi- paranoïa encore

     

    Terminale à Tanger ver de rideau. Partici - deur des filles dès rampante.

     

    pation à l'élaboration qu'il s'agit de dé- Influence décisive

     

    fin d'année. passer le stade du des profs Béchier

     

    Bac, grâce à la fraude aux Journalpersonnel, copinage. (libéral) & Licari

     

    épreuves de physique. régulièrement violé (une féministe

     

    par ma mère et marxiste)

     

    surabondamment

     

    commenté au repas, Flamboiement de dans le mépris et paranoïa : les

     

    l'agressivité. filles n'acceptent

     

    2009 Ne sors pas avec une que les garçons

     

    Glorieusement viré du Découverte du fille : récolte des mo- “bien” : peignés,

     

    Lycée Montaigne à commentaire de queries. Sors avec une lavés, castrés...

     

    Bordeaux texte, où j'excelle. fille: même chose...

     

    en bagnole à Libos et environs

     

    • à pied à Libos * découverte : mon goût du déplacement Transposer. Ne pas “avoir

    • chez Orieux (?) veut retrouver les ambiances l'air de parler de soi”

     

    Plage blanche.JPG

    de mes promenades paternelles - 3e personne p.ê.

     

    - proviseur de Belvès |---> déviation de ma fixation (dans certains récits)

     

    et confidences sexuelles| Ma mère, c'est les rhumatismes, | Le piège du “souvenir réaliste”

     

    | l'impotence. | - on tombe dans le terne Leiris

     

    • Tanger, unique : | Donc, si un jour je n'aime plus | Or, c'est de la littérature qu'il long voie ferrée | voyager, je n'ai plus à en avoir honte. | faut faire, et non du contemple-vers Fez. | nombril.

     

     

     

  • Ca ne vous plaît pas trop, n'est-ce pas, Beyrouth...

     

    Paziols tend au chef de poste une boîte à conserves de tripes ; celui-ci la saisit, en demande une autre, nous passons. Depuis deux jours la capitale a cessé le feu. Les contrôles se sont renforcés – pas partout... L'approvisionnement reste si difficile ! ...partout ailleurs des barrages. Des fouilles. “C'est le moment, Sidi Jourji, de te réhabituer à la vie civile”, me dit Zoubeï le Fou. Je lui réponds que je ne m'en suis jamais défait. Je remercie mes deux fous de vouloir tirer quelque chose de moi. Notre Jeep s'immobilise devant la Caserne Jaune, à côté des corps exécutés – je veux dire sous la terre, derrière un mur de cour. Officiellement, nous sommes venus boire : il n'y a plus de vin au Palais. Dans des caves clandestines nous trouvons du vin clandestin. La caserne est un endroit clos, le crépi jaune des murs s'écaille irrémédiablement, nous y trouvons quelques hommes, dans les coins, ou devant les bureaux, plantons de l'inutile.

     

    Ou planqués sous les coussins de sofas, comme des femmes. Le vin tiré, il faut le boire. Nous remontons de bons bordeaux, de bons chypre millésimés. J'ai même reconnu au passage la canalisation où Paziols m'avait attaché, me sauvant la vie. “Il faut tuer” répète-t-il. “Un jour” dit Zoubeï, “moi, je ne tuerai plus. - On ne peut jamais s'arrêter de tuer” dit Paziols. Il croit que la guerre durera. “Dix ans” dit-il... Que vais-je faire, moi, de tout ce temps... Est-ce que Paziols veut m'apprendre à vivre ? ...Tâchons de ne pas trop boire ; je passerais bien, le nez en l'air, dans la ville – si j'avais épousé la fille du grainetier italien !

     

    ...Je vendrais mes pois chiches et mes fèves, je baisserais le rideau blindé pendant les alertes, nous nous multiplierions dans les caves... Adieu Zoubeï : un obus vient de tomber. Un beau, un solitaire. Adieu, compagnon fou, sans liberté précise – adieu, je ne suis pas blessé, Paziols est sous les tables, voilà de l'ouvrage précise. A présent que tu es parti, premier de mes morts, peut-être trouverais-je le goût de vivre. Zoubeï était un infirmier, qui tirait sur les chèvres du bourg, où les champs épineux s'étendent jusqu'aux bords des trottoirs. Hamri le Rouge le recueillit, l'engagea, lui fournit quelques rudiments de psy, c'est lui qui m'a sauvé la vie dans les bombardements de Damas.

     

    Moi, faux fou ; lui, faux soignant. Nous avons été attiré par le centre de MOTCHE, où tiraient les canons. Nous avons, comme disaient les anciens stratèges, marché au canon. Je reviens au Palais rejoindre mes insomnies, mes femmes et la pénombre : agréable, mais menacé. Je soupire ; Zoubeï autrefois plongeait dans les ruelles, c'est mon premier vrai mort, je veux dire : après mon père. Ils étaient athées tous les deux. Je n'ai jamais prononcé d'oraisons funèbres. Mon Père le Président survit dans toutes les mémoires : Kréüz a trempé dans maints complots, il a fini par disparaître – dans son lit. C'est une honte – ils ont tout bombardé, sans distinction - un jour, je modifierai mes projets.

     

    Un jour. Les menaces incessantes. Cet obus tombé sur mon propre Fou. Quand la paix sera revenue je serai mort. Paziols sort de sous ses tables, ramasse les débris humains qu'il roule dans un tissu, téléphone aux “Enlèvements de corps”, manigance des funérailles – ne ricane pas, tueur civil ! Sans faste funéraire : une civière, une couvrante, trois pleureuses dispersées par un tir de mortier... A quel moment ai-je cessé de parler ? Paziols repose le combiné, me dit “qu'est-ce qu'on fait ?” - c'est un moment de joie, tout de même : je le vois enfin, mon décideur ! embarrassé !

     

     

    Pénombre marseillaise.JPG

    ...Un sanguinaire indécis... nous sommes bien tous des misérables ! “Voyons Paziols lui dis-je en substance, “nous avons d'abord voulu pacifier, régner, fuir ; la guerre nous a suivis, nous l'avons réimportée.” O voyages ! ...abandons ! Ma ville à feu et à sang, l'île de Djiz s'embrase rien qu'à l'avoir vue, et moi, moi je parle d'évasion ! - donnez-moi un quartier à reconstruire ! ...mais sous les bombes, suspendues, improbables, que voulez-vous que je fasse ? Maudits, maudits les bâtisseurs, je préfèrerais donner des représentations théâtrales, sur les places publiques, avec Paziols.

     

    Je lui ai dit : “Chez les Italiens, derrière le rideau de tôle, nous serions à l'abri.” Une petite pluie de projectiles tombe en permanence autour de nous. Avec Paziols en zig-zag parmi les décombres. Puis tous deux assis, ouf ! sur les sacs égueulés de céréales : j'ai retrouvé l'entrepôt. Des femmes, des vivres et du noir. Mon éphémère fiancée – Emilia peut-être ? - ne me regarde plus. Tous me paraissent distants. Des paquets de haschich – c'est nouveau – s'empilent contre un mur. Remigio le marchand m'envoie livrer trois pains de hach à des combattants qui s'escriment contre le vide, sur une barricade ; elle est vide, l'herbe pousse entre les pierres et les pieds de meubles qui la

     

    constituent.

     

    J'abandonne les pains de hach en équilibre sur un moëllon : mon hôte Remigio sans doute se sent sur le chemin de la fortune. De retour au magasin, je fume une petite pipe, je dégueule une soupe aux pois, l'odeur du vomi est intolérable. D'abord la famille me blague, puis elle m'engueule. Engueulis-dégueulis. D'autres tirent sur leurs pipes ; Italiens, Arméniens, Grecs. Combien sont venus se foutre là-dedans ? Comment peut-on à la fois vendre, et consommer ? “Ici on peut” répond un Calabrais. Me voici bien loin de mes ambitions. Autour de moi l'odeur des pipes recouvre celle de la vomissure. Je pourrai peut-être reprendre mes livraisons. J'attends modestement les propositions. Le hach pénètrer dans la ville par la porte Sud, ouverte comme un cul. Et si les Yahouds voulaient nous empoisonner tous ? ...juste une arrière-odeur de moisi – je m'avise qu'il n'y a sans doute pas haschich là-dedans, juste du kif marocain d'importation. Zoubeï, lui qui m'a sauvé du bombardement, et de l'émeute – lui me l'aurait dit.

     

    Que c'était du kif. Je reprend ma pipe à moi, au tabac. Je ne la prête pas. On ne me la demande pas. Je suçote. Un grand coup retentit contre le rideau de fer, c'est un pied, non pas sectionné mais qui frappe, pour qu'on ouvre : c'est l'autre garde d'Abinayah, Hadjian, celui qui n'abaissait pas son voile, celui qui ne riait pas. Il tente sa chance en dialecte : “Tu dois retourner à Mëspëlë. Toi seul peux arranger les gens. Là-bas ils se sont mis à bombarder comme ici. Tu leur dis que MOTCHE prolonge le cessez-le-feu jusqu'à la vraie paix” - et il me tend un sachet d'héro. Je suis partagé entre espoir et sentiment d'absurdité.

     

    Je range ma pipe en bavant, je me soulève engourdi : “Je te suis.” Un obus s'abat sur le magasin d'en face, comme il arrive. Tout de même, avant de quitter MOTCHE, j'offre à Emilia ma fiancée un bouquet de feu d'artifice en arrosant les débris fumants avec trois jerricanes d'essence : la concurrence ne se relèvera pas. Nous fuyons Hadjian et moi. En galopant je fais le rêve d'un vie commerçante à Mëspëlë : mon fils à la caisse enfin domestiqué – il y aura bien quinze années de guerre ? Zoubeï l'a prophétisé - si je survis ici, je serai un vieil homme - si je pouvais éprouver ne fût-ce qu'une haine, une seule...

     

    Pourquoi tant de compréhension... Pourquoi ne suis-je pas moi-même persécuté. Pourquoi ne se sert-on pas de moi. De qui suis-je le modèle. Une fois il m'a pris une bouffée de rage: quelle satisfaction ! A peine sommes-nous à l'abri – que je m'empare de toute une batterie de grenades, de celles qui se portent en bandoulière. Ainsi harnaché j'en lance une, de toutes mes forces. Un homme. Un vrai. “Tirons sur ces porcs” dit Paziols “n'importe quels porcs : tu as compris le comnbat de MOTCHE. “ C'est un assassin de quatorze civils qui me dirige : “Recule, avance, tire, arrière, arrière ! - Qui est-ce qui tombe là-bas ? - Un mec, un mec...” - tout en tirant sur de vraies cibles je réfléchis je tue, tout de même... Allons, tout recommence bien. Mon père mort, Zoubeï mon sauveur mort.

     

    On me vise aussi ; mon fils Mehdi mal éduqué se rebiffe. Le projet de me tuer au ventre. Je veux dire au cœur. Tous les jours Paziols me met à l'exercice. Puis à heure fixe nous nous replions : embuscades, canardages, replis - meurtriers fonctionnaires. “Cite-moi seulement, dit Paziols, un parti, un seul, qui n'ait pas changé plusieurs fois de nom. Tu les as tous oubliés. Jourji, que fais-tu pour le bonheur du peuple ? ...Regarde par les fenêtres de ta putain de caserne – tu sais le coup de bol insensé qu'on a eu d'y être revenus ? A présent que vois-tu ?” Je vois un jeune civil tiré par les cheveux

     

  • Gracq

     

    Le refus du Goncourt en 1938 : voilà ce qui posa définitivement Gracq, aux yeux du grand public, et ce qui semble inconcevable. Adapté, happé que nous sommes par le désir d'être vus, et lus, parce que vus, nous en oublions de chercher la reconnaissance du côté obscur de soi-même. Le Moi, le Sombre, le Dieu n'existent pas. Nous n'avons vu que des paillasses, que nous aspirons à être. Julien Gracq aura vu la part de jeu de tous, voire des plus graves, leurs insuffisances et leurs ridicules, l'insurmontable écart qui les coupe du Grand et de l'éternel, en cela même qu'ils doivent mourir sans plus d'avenir, comme les autres, que d'asticots, nous ne pouvons, dans notre angoisse, nous résoudre à l'abandon de l'histrion : tout homme est un histrion, car, dan sun premier temps, c'est tout ce dont il dispose, tout ce qu'il lui reste.

     

    Plus difficilement Gracq Julien qu'un autre, assurément, plus impossiblement peut-être, mais de telles discrétions, de tels effacements, de telles leçons à prodiguer du haut de sa pureté ne fontt qu'indisposer le guignol qui vit en nous. Est-ce quetout donneur de leçon, si noblement qu'il fasse, n'est pas dans la pose ? Est-ce que nous ne voulons pas tous, plus ou moins, plaire, à tout prix plaire, approuvant ce public et je comprenant sa bassesse, la flattant, l'éprouvant ? Renoncer au monde, n'est-ce pas hanter l'antichambre du néant ? Traîtrise et marécage nous semblent infiniment inépuisables et vivants, le sec XVIIIe siècle et sa Vérité nous désolent. En même temps nous sommes hannetons, ferraille ou mécanique. Béatrice et Séraphita sont mortes.

     

    Alors, trouver un lecteur à présent relève du plus épouvantable paradoxe : ou bien il ne lira pas, ou bien, lisant, il se tiendra hors jeu. Il faudrait à la fois trop d'obscurité, par trop de profondeur, et trop de visions d'outre-monde. Et ma foi nous préférons encore la profondeur. Julien Gracq resta « NON CANDIDAT ». Quel homme. Peut-on concevoir tel détachement des vivats, ne pouvait-on concevoir, tolérer quelque démarche en lisière, à mi-chemin des ombres et des lumières ? Non. Refus. Sincérité. Nulle aigreur. Je ne crois pas à la pose. Butant sur l'Autre. Le jury, qui compte parmi ses membres Queneau, Pierre Mac Orlan et Colette (tout de même !) ne renoncera pas à lui attribuer – dès le premier tour de scrutin – son prix, qu'il refusera. Il n'y a plus de prix.

     

     

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    Le drame est peut-être venu de ce que l'on a voulu éduquer le peuple. De ce qu'on s'est dépris du principe de secret. Que seuls soient dans l'instruction, dans le savoir, les castes des brahmanes. Que le peuple soit dans l'ignorance. Et à partir de là, de cette décadence de la transmission, l'indifférence du peuple, c'est-à-dire de l'ensemble des humains, sa rebelle indifférence, a tout contaminé, tout pourri, comme un appendice éclaté virant tout en péritonite. L'absolue éducation pour tous à la portée de tous a révélé maints abîmes, et là où régnaient seules les hautainetés du savoir se déploient à présent les diaprures qui vont du savoir aux ignorances les plus fascisantes. Bref, Le Rivage des Syrtes est devenu, pour la postérité, le livre dont l'auteur a refusé le Goncourt. Non, monsieur l'auteur de l'article, il est aussi bien autre chose : Ce chef-d'œuvre méritait mieux - il a obtenu mieux. Il fut volé par moi au Lycée d'Agen, dont la bibliothèque n'était presque pas fréquentée – rien de plus ignorants que des profs, une fois qu'ils ont passé leurs diplômes – et ce n'était qu'un volume broché, apparemment de la première édition, perdu à p résent Dieu sait où.

     

    Je ne me souvenais plus de ce livre. Du tout. Le Désert des Tartares, plus bref, mieux servi (par le cinéma), l'a finalement supplanté. La page se tourne sur Musil, pour certains le dernier de nos romanciers, car après la fin de la Seconde Guerre mondiale, il ne resta sur le continent plus rien à raconter. Qu'il est beau d'écrire un article pensé, d'avoir tant de définitif à dire, des phrases dont on attend la suite, une prophétie : que deviendraient alors, selon vous, cher Maître, nos littératures ? N'y a-t-il pas eu nos deux Marguerites, Yourcenar et Duras ? Leurs œuvres relèvent-elles de « ce qui se raconte » ? Ou bien porté par sa thèse et sa misogynie l'auteur les passera-t-il sous silence ? Aujourd'hui, dans ce que nous entendons par notre présent, on peut déjà dire qu'il ne se passe rien,parce que en réalité tout s'est déjà passé, tout est fini. Chez Gracq inclusivement ?

     

    Deuxième thème : C'est l'infiniment grand qui me fascine. Cher Julien Gracq, c'est l'infiniment étriqué qui me ronge. Les vastes paysages où l'on respire, où la ligne des conifères moutonne à l'horizon, me semblent une inadéquation, une usurpation, une fausseté. Pour nous qui ne possédons aucune de ces qualités qui forcent l'admiration. Nous qui baignons dans la palpitation inquiète (l'ai-je bien descendu ? suis-je suffisamment bon sur scène ? suis-je aimé ? me suis-je bien suffisamment contourné, déformé, conformé, ridiculisé – pour être aimé ? ) - nous sentons que ces étendues-là ne sont pas pour nous, ne nous correspondent pas, ne nous parlent plus, ne font que nous promettre ce que jamais nous n'aurions le cœur ni le goût d'atteindre, et qu'après avoir contemplé les immenses dunes landaises ou les confins arctiques, devoir revenir dans nos petites chambres ou regueuler devant les chefs et les esclaves seraient des trahisons immondes.

     

  • Tentative de désertion

     

    Dans l'arrière-salle un gros Laotien règne sur les peep-shows. Il sursaute, met la main sur son arme ; des couloirs en courant, une arrière-cour. La fille en vitrine s'est relevée pour nous suivre, elle se rhabille en courant ; dans la rue parallèle un taxi nous embarque à trois sans un mot et nous dépose à l'Hosto Henri Monnier.

     

    Mon fils occupe un lit, l'épaule cassée, sa fiche porte son nom, en arabe, en grec et en anglais. “Je suis en observation - pour les nerfs” dit-il en se soulevant mais sa jambe et son bras sont dans le plâtre. Le plâtre est beau, vierge d'inscriptions - “...qui est le grand blond qui t'accompagne ?” Ça ne lui dit rien. Il retombe sur le lit en grimaçant. A l'étage inférieur retentissent des rafales rapprochées. A peine arrivés on apporte ça dit Paziols t'es pas drôle grimace mon fils dégagez tous les deux. Tout de suite dans la rue je me précipite dans les bras d'une fille, elle me dit le travail reprend quand je suis ressorti Paziols n'était plus là je ne me suis pas inquiété je me suis senti tout de même misérable puis dans la foule ça s'est calmé, pas question de passer à la morgue, juste le temps de voir au passage dans une cour un peloton d'exécution qui se met en place, les fenêtres intérieures sont garnies d emonde dans la pénombre, un projecteur se braque, je ne veux pas d'ennuis, j'arrive (un quart d'heure de marche) aux limites de l'agglomération, c'est plus petit que MOTCHE plus le moindre soldat ni flic.

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    Devant moi une montée dans le noir qui butte sur une barre rocheuse, je me retourne,

     

    je chante un peu, je redescends me trouver une chambre en ville, je m'endors ; à 3 h du matin une gigantesque clameur me jette à bas du lit, c'est une foule de dix mille personnes (à peu près) qui hurle sa colère en pleine nuit dans toutes les rues avoisinantes comme si tout le monde vivait l'oreille collée au transistor pour manifester comme ça au quart de tour ils ont tué Cheikh Djeïmem ! La foule se dirige vers ma Légation (les vitres volent) un attentat à la voiture piégée les mégaphones appellent aux armes.

     

    D'autres manifestants remontent des bas quartiers, des salopards sont venus par le dernier bateau mon représentant est tiré de son sommeil, on l'assomme, des flics – enfin ! - le tirent de là en cata, la foule lapide le fourgon qui s'arrache en hurlant, je remonte me coucher pas d'histoires surtout pas d'histoires ; le gouvernement de Djiz – moi aussi j'allume la radio (en tête de lit) déclare une guerre immédiate, une flotte depuis longtemps sous pression dit le speaker “se prépare à appareiller”. J'écoute le poste jusque vers quatre heures – quatre heures et demie. Pour commander le petit-déjeuner – j'ai dû dormir - je m'exprime dans un sabir immonde (italien ? hellène ?) - le groom qui m'apporte le plateau dans ma chambre me regarde de travers au moins je ne viens pas de Motché ?

     

    Dans la rue du matin c'est l'enthousiasme guerrier, on me tend un uniforme, j'embarque pour MOTCHE à bord d'un rafiot tout retentissant de chants guerriers. A midi le rata, nous tirons des bordées jusqu'à nuit tombée, on nous débarque à même la plage, plus au nord - pour les renforts, c'est râpé. Nous zigzaguons sous le ciel noir, entre les dunes et les genêts. Je balance mon casque, je

     

    retourne mon uniforme, personne ne me voit, je cherche le petit chemin sous les crêtes ; au petit matin, par l'extérieur, j'ai pu rejoindre le Palais. Retour à la case départ. Nous ne nous fréquentons qu'entre fous : j'ai sauvé la vie à Zoubeï pendant les bombardements de Damas ; il s'en souviendra toujours – le voici qui entasse les sacs de sable au bord des fenêtres. Il rit sans cesse et rattrape un coin de voile entre ses dents. Un long nez droit, le teint cuit, les yeux brillants, Bédouin, drôle, et fou. Puis il remet le personnel à sa place : plus d'insolences. Les coussins ne traînent plus, les ronds de café sont essuyés sur les tables basses. Zoubeï porte souvent le transistor à l'oreille. Il commente, même devant les femmes.

     

    Il réceptionne les paniers à provisions qu'apportent les plantons. Il est dur de choisir ses amis ; celui-là, au moins, je ne l'admire pas. Il me confirme que les femmes de mon oncle, à présent, m'appartiennent ; même les plus jeunes semblent laides, lointaines. Si je parlais d'amour, pourrais-je envahir la Ville ? Mes tentatives restent vaines. On ne brise pas une conviction : je ne peux plus accorder ma confiance, ni même une once de crédibilité, à une femme. Grâce à Dieu les événements se précipitent. Aujourd'hui 25 juin, Paziols, le fou furieux, s'est remontré à Motché en public.

     

    C'est une ordonnance qui l'a reconnu, en faisant nos emplettes. Aucune blessure ne le marque jusqu'ici. Pourtant son identité ne laisse aucun doute, car il laisse à l'air ses cheveux blonds : “Faranj”, le Franc. Il se vante à présent de son crime. Il se fraie un passage parmi les Yahouds, qui laissent déserter tout ce qu'on veut. Le lendemain, le voici sous mes murs, au Palais. Paziols Faranj, “le Franc”, rencontre Zoubeï. Combats avec tes défenseurs / Sous nos drapeaux, que la Victoire / Accoure à tes mâles accents - mes fous me défendront ; Européen, Bédouin, se font face en riant, se saluent; fusil en mains, luttent “au bâton” en choquant les crosses, se tapent sur l'épaule sans paroles.

     

    La seule chance de véritablement dominer la ville est de la persuader d'un ennemi commun : précisément, les Yahouds – les Juifs. Les péniches de débarquement lâchent 3150 hommes sur le port abandonné de Lwaspoï ; s'ils attaquent pour de bon, la ville est sauvée. Mieux vaut seuls contre tous que déchirés de l'intérieur. Alyah, veuve de mon oncle, me dit : “Sors te battre parmi les autres, tes égaux !” Elle ajoute : “Que feras-tu donc, si la paix s'abat sur ¨MOTCHE ? des hélicoptères mitrailllent la ville d'en haut, depuis ton départ.” Tout contre la Caserne Jaune, on vient d'exécuter quatorze otages ; Aliah rassemble sur sa bouche les pans de son voile bleu, pince les lèvres et s'en va.

     

    Je m'aperçois alors que mes horaires de sommeil se sont complètement défaits ; je ne crains rien : trop malhonnête pour risquer une dépression nerveuse – si j'habitais une ville paisible ?J'irais tout simplement chercher le pain, je saluerais mes voisins. J'écouterais les autres se tuer de loin à la radio. J'aurais une seconde femme, et j'accomplirais mon devoir conjugal. Je ne craindrais plus le dénuement, ni les duperies. Ce soir le matelas me semble dur. Devenir humble serait la fin de tout.