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  • De l'Histoire à la Konnerie, itinéraire

     

    Pas de chance, Thibault, encore toi, qui nous gonfle sérieusement avec les dégrèvements fiscaux qui peuvent faire varier la contribution directe ou indirecte de l'Etat de 30 à 70 p. 100 du coût e la construction ce qui est le cas en Allemagne fédérale. On s'en fout. Le texte date du début 71. C'est la loi du genre : sitôt que l'on veut descendre, en histoire, aux temps d'aujourd'hui, l'on débouche sur des pensums concernant l'économie, la finance et autres joyeusetés. Je me souviens d'un horrible épais volume sur l'Histoire de l'Autriche, qui expédiait à toute vitesse et dans la plus inextricable confusion les âges héroïques et médiévaux, qui sont tout de même l'essentiel de l'âme germanique, et s'épanchait en pages extasiées et interminables sur les derniers développements de la Caisse d'Epargne (Sparkasse) et l'expansion considérable des pantoufles Meinl...

     

    J'espère bien que j'ai foutu ce livre à la poubelle, encore n'en suis-je même pas sûr. Il en sera peut-être de même de ce volume sur Le temps des contestations, ou plutôt, je le fourguerai à ces bibliothèques de plein air disposées près des mairies ou des églises, où les personnes à mobilité réduite, entendez les clopineux, viennent se réapprovisionner en victuailles intellectuelles. Les fameux ouvriers qui s'intéressent tant à l'économie. Enfin, l'Etat est également amené à intervenir dans le domaine de l'enseignement. Détails suivent. Ce serait en effet impeccable, si ledit Etat ne tenait compte hélas de la sottise des emballements collectifs pour imposer des leçons entières sur le féminisme (“Encore !” ont soupiré les filles) ou la protection de la Nature , prout, gaz à effets de serre.

     

    Je deviens contre l'éducation obligatoire. Qu'on ne fasse donc plus redoubler ; la sélection interviendra beaucoup plus tôt, et je laisse au peuple tous les Michel Drucker, Patrick Sébastien et Jean-Marie Bigard, plus mon cul et six kilos de moules, pour qu'ils se goinfrent bien de conneries à s'en faire péter la ceinture, et pendant ce temps-là, nous autres, loin de la populace, nous pourrons nous livrer aux délices de la culture et de la littérature. Et quand la grosse masse se remuera un peu trop, on lui enverra des flics et du pognon. Encore faudra-t-il que les journalistes ferment leurs gueules, ainsi que les oppositions : par exemple, les militants de gauche qui exigent pour les Roms des emplois (mais pas dans leurs entreprises), des logements (mais pas en face) et une scolarité (mais pas dans leurs écoles).

     

    Le fascisme, au moins, c'est franc. Il le fait d'abord, l'Etat, pour assurer la promotion sociale et le renouvellement des élites sur la base des seules aptitudes intellectuelles et manuelles. Des bibliothèques se sont constituées sur de simples phrases de cet ordre. D'abord, la promotion sociale, certes, mais de ceux qui le désirent seulement. Les autres, que l'on n'aura pas fait redoubler depuis la sixième et qui encombreront (autre possibilité, hélas !) les classes de terminales de leur analphabétisme chahuteur, à dégager. Il est question ici en effet de “promotion sociale” et pas de “promotion friquière”. Le renouvellement des élites ? Bien, monsieur Thibault ! Un gros mot ! Encore faut-il voir plus haut que des journalistes aboyeurs n'aient pas écrasé l'Education nationale sous leur fatras de critiques négatives et de dénigrement systématiques desdites élites, sous prétexte qu'elles ont commis des erreurs et se vautrent tant soit peu dans une certaine conscience de leur valeur - dans leur prétention, soit... Tous les ans, à la rentrée, c'était le même tintouin en pages de couverture des magazines : l'école ne sert à rien, des tas d'élèves quittent le système scolaire sans avoir de diplôme (traduction : sans en avoir foutu une rame), l'école répercute les oppressions sociales, j'en passe et de plus calomnieuses ; et à présent, ces semeurs de vent se scandalisent de récolter la tempête, et titrent sur “la violence à l'école” ! Et que je me voile la face, et que je hulule en me tordant les bras ! Mais braves ploucs, qi vous n'aviez pas passer quarante ans à tirer sur les profs à pleines bordées vos haines et votre bave, nous n'en serions pas là et chacun respecterait le savoir. Mais revenons à ces bonnes intentions européennes : il le fait aussi (l'Etat) afin de four nir à l'économie les cadres scientifiques et techniques de plus en plus qualifiés et de plus nombreux que requiert cette dernière à tous les échelons de la hiérarchie professionnelle. Ah çà, on ne l'a surtout pas oublié.

     

    Il n'y en a même plus que pour ceux-là. Les élèves abandonnent en masse les études littéraires pour se ruer sur les fausses sciences économiques, autant dire l'astrologie. L'économie vous dis-je, le poumon, le poumon ! Ensuite, ces braves économistes, scientifiques et techniciens nous vont prônant, le ricanement à la bouche, l'abolition de toute formation culturelle, en particulier musicale et artistique, parce que “ça ne sert à hhhhien” ! Et l'on voit tenez-vous bien le doyen de telle faculté décréter que dans toute son académie, on supprimera le latin et le grec parce que personne ne veut plus s'y diriger, et que les professeurs coûtent trop cher ! J'espère que les diplômes nouveaux mélangeant le grec et l'économie vont bien marcher...

     

    Il n'y a pas que des cons à côté de moi, ce qui m'a toujours surpris (humour évidemment, connard). Quelle idée, mais quelle idée franchement, d'avoir voulu “populariser” la culture... Autant apprendre aux poissons à naviguer dans l'espace... Cette intervention se manifeste d'abord par la prolongation de la scolarité jusqu'à quinze ans en Grande-Bretagne depuis 1947 (loi Butler de 1944), jusqu'à seize ans en France depuis 1965 (réforme de 1959). Précisions devenues poussières. Evidemment (revenons, “rebondissons” comme on dit sottement, sur l'anathème prématurément proféré contre les “techniciens” de tout acabit, injustement accusés de crétinerie épaisse) : abandonner toute formation concrète ou administrative plongerait le pays dans une forte récession comparable à celle des Byzantins, qui avaient abandonné leur commerce et leur défense aux mercenaires vénitiens ou pisans, se réservant les discussions théologiques ; ils s'étaient mis des voiles sur les yeux, et se sont réveillés bien égorgés par les Barbares...

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    Alors, vive la science quand même. Nous avons toujours considéré les esprits encombrés de statistiques et de schémas électroniques comme autant de cerveaux mécaniques, incapables du moindre sentiment humain ou des moindres tripes : il paraît que c'est une erreur grossière

     

    acceptons-le comme un mystère, au même titre que la flottaison des navires et le maintien en l'air, sur des milliers de kilomètres, d'avions de plusieurs centaines de tonnes... Elle se manifeste également, cette intervention, en particulier dans ce dernier pays (la France), par la généralisation de l'enseignement secondaire qui tend à y devenir aujourd'hui aussi commun que l'enseignement primaire l'était jadis (suppression de l'examen d'entrée en 6e depuis 1959 ce qui est devenu absurde vu la faillite des cours préparatoires) et par l'encouragement systématique apporté à l'éducation professionnelle (loi de 1960) et à l'enseignement technique bien que celui-ci soit encore insuffisamment développé. Parfait, que de bonnes intentions !

     

    Il est à observer toutefois que les établissements d'enseignement professionnel et technique (...toujours “insuffisamment développé”) sont devenus d'inexpugnables forteresses de vulgarité, de dénigrement de la culture “bonne pour les tapettes” et de violence ; et tel journaliste pour une fois réaliste avait bien eu raison de déplorer que personne ne voulût s'y inscrire, pour ne pas avoir à côtoyer “la lie de la société”. La sortie de tel établissement de banlieue où je suis allé chercher mon épouse donnait l'impression d'une immonde dégoulinade de maquereaux et de putes, d'une avalanche de vulgarité comportementale et vestimentaire, à vomir, et je tâchais, bien correct dans ma petite auto, de ne pas me faire remarquer, avant de soustraire mon épouse à cette bande d'abrutis : “Celle-là, on va voir combien de jours elle va rester avant de craquer”, phrase entendue de ses propres oreilles ; trois jours, record battu.

     

    Elle est belle, la démocratisation de l'enseignement. La meilleure école de technique, c'est la pratique. Allez hop, à l'établi, avec coups de pied au cul ! Ah, devant un patron, on fait moins le fier, petit con...

     

  • Rue des chats

     

    Carte postale hideuse séparée en deux parties, représentant dans un sens, puis dans l'autre, une rue bien connue des touristes : la Rue des Chats, que j'ai prise en photo moi-même. La carte est coupée d'un montant vertical couleur bois où s'incruste en lettres rouges le nom de la ville : Troyes. La carte elle-même présente sur ses quatre côtés un liseré noir de quelques millimètres de largeur. En bas, de part et d'autre de l'ouverture, quatre silhouettes félines semblent contempler leur territoire, deux par deux. A gauche, les chats sont de profil, le premier baissant la tête en profil perdu, l'autre exactement détouré, hiératique et familier.

     

    Les deux queues vont au devant l'une de l'autre, sur le sol. A droite, le premier chat ramène sa queue contre son arrière-train et l'on n'en voit que la pointe. Le dernier chat s'est ramassé, calmement, et l'on distingue bien ses deux oreilles dressées, ainsi que celles de son vis-à-vis ; les autres n'en montrent qu'une. Mais il reste peu de chats dans cette rue assez passante. La légende au verso précise qu'elle était close, comme beaucoup de rues au Moyen Âge, d'une grille à chaque bout. L'époque n'était pas favorables aux déambulateurs nocturnes ! Les encorbellements de la première vue, à gauche, éliminent la trace du ciel, et les chats de jadis n'avaient sans doute aucun mal à passer d'un immeuble à l'autre d'un léger bond sur les toits.

     

    Ce qui frappe c'est l'échelle de bois, horizontale, qui semble servir d'étai entre deux murs , assez mal entretenus : ils se rejoignent sans doute en une étroite ogive, que la perspective ne permet pas d'apercevoir. Plus loin, la lumière montre un angle de mur gris clair, indiquant une bifurcation, un changement de nom. Au niveau du sol, nous apercevons un pavage de part et d'autre d'une rigole centrale, soigneusement conservés et restaurés depuis le Moyen Âge. Les bornes accolées aux murs, nous disent obligeamment les notes du verso, empêchaient que les essieux des roues n'endommageassent les parois. A droite, les étais sont situés beaucoup plus haut, l'espace semble plus étroit, au point qu'on pouvait se serrer la main d'une fenêtre à l'autre – mais cette époque ignorait le shake-hand.

     

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    Tout va aussi en se rétrécissant vers l'arrière-plan, les bornes sauf les deux premières n'apparaissent pas, mais l'on aperçoit mieux les colombages, en haut à gauche, et les empilements e briques entre deux montants de bois, sur la droit. D'autre part, nous voyons que l'ogive ne se referme pas, barrées par les planches d'étai, à demi-obstruée par le dispositif en potence qui permet à l'encorbellement supérieur de prendre appui sur les poutres verticales du rez-de-chaussée, dont la première présente de profondes crevasses ligneuses. La prise de vue décale le mur de gauche et celui de droite, si bien que le spectateur se figure, en contre-plongée, que les deux angles d'entrée ne se font pas face exactement, d'autant plus qu'il voit bien par-dessous la disposition des planchers saillants sous l'encorbellement du premier. Tout cela est bel et bon, mais ne nous empêche pas une fois de plus de déplorer ces cartes postales représentant plusieurs vues à la fois en une marqueterie très commode pour le touriste qui veut résumer, mais assez frustrante pour l'amateur de rêves et d'unité.

     

  • Et je m'en vais, Plotin, plotan...

     

     

    Plotin est , à proprement parler, intolérable. Rigoureusement incompréhensible. Il s'obsède, par exemple, sur des histoires d'unités et de multiplicités, confondant l'idée de dieu avec l'idée de Un, du Grand Un, ce qui est louable dans son souci de monothéisme, idée platonicienne, car Platon ne dit pas autrement que Ho Théos, Le Dieu. Or, voici notre Plotin qui se hâte, qui s'évertue, à reconstituer cette unité, à la remettre en question, de même que l'Unité divine, difficile à concevoir pour des âmes simples, s'est ensuite multipliée en une infinité de saints. Plotin imagine donc, par le raisonnement, et dans une ambition qui n'a rien à voir bien sûr avec une quelconque superstition ou accessibilité aux âmes simples, s'ingénie donc à s'embrouiller dans des subdivisions de subdivisions, entre ce qui relève de l'âme, de l'idée, de l'intelligible et de l'Intellect, ce qui relève de la théologie, mais explore en même temps les mécanismes mêmes de l'intelligence humaine : il est digne de louanges, car nous nous saurions nous contenter d'une contemplation qui ne serait qu'un truisme : A = A, Dieu est Dieu, Dieu est grand, fin de la réflexion.

     

    Mais notre faiblesse aboutit vite à la fatigue : Plotin, dans ses laborieuses contorsions, tente une distinction entre ce qui est un et ce qui, tout en restant un, se révèle multiple (comme le corps, l'univers, etj 'en passe : comment ce que nous voyons multiple pourrait-il procéder d'une unité, être même une unité ? « Comment donc voit-il, et que voit-il ? » - l'Intellect, je suppose. Réjouissons-nous toujours que Plotin, par exemple, ne possède pas les insupportables certitudes de Socrate, qui est à Platon ce que le bateleur est au grand cirque. Plotin en effet pose des questions, sans recourir à ces formules de politesse aigres-douces en foutage de gueule : « Et comment, tout compte fait, est-il venu à l'existence et comment est-il né de l'Un, pour être en mesure de voir ? » Car s'il n'y avait que l'Un, il n'y aurait ni création, ni homme pour considérer la création et les créatures.

     

    1. Il faut donc bien que l'Un, l'Être, se manifeste par l'existence ( grâce à Dieu, si j'ose dire, le philosophe ni le lecteur ne sont pas encore eunuqués par les notions ni les dogmes chrétiens). Le Grand Un se scinde donc en deux, dans un premier temps, pour se voir, pour prendre conscience : « Car maintenant l'Âme » (de l'homme ? prudence...) « comprend qu'il est nécessaire que ces choses existent, mais elle désire trouver la réponse au problème suivant, si rebattu chez les anciens penseurs : » (j'allais le dire) «comment de l'Un, s'il est tel que nous le disons, peut venir à l'existence une réalité quelconque, qu'il s'agisse d'une multiplicité, d'une dyade » (le Un et le Deux) ou d'un nombre ? » (...qui dépasse « deux »). Autrement dit, comment 

    2. Dieu a-t-il pu créer en dehors de lui-même, sans rupture ? La Cabbale parle du tsimtsoum, Dieu qui rentre le ventre pour créer en quelque sorte ; Wealshey, de l'expérience concrète sans laquelle la toute-puissance ne peut s'exercer. Reste à résoudre le problème subsidiaire suivant : savoir comment il a puexister un «avant » et un « après ». Le tsimtsoum ou « repli » de Dieu, repli de l'Un sur soi-même, pour laisser place à la Création, semble plus rationnel, même s'il est fantastique, tandis que l'expansion par l'expérience introduirait une imperfection originelle, disons une incomplétude. Face à l'hôtel.JPG

      1. Mais comme il est inconcevable que Dieu ait pu se sentir incomplet, puis décider de se compléter, il faut bien que la création et l'existence de Dieu soient apparues en même temps, si même la notion de temps convient ici. Quand je pense à mon catéchisme : « Pourquoi Dieu nous a-t-il créés ? » Réponse : « Pour que nous lui rendions grâce » - il avait donc bien besoin de cela, le pauvre ? « Pour s'éprouver lui-même » - il y aurait donc un Dieu, la Conscience de Dieu, la Crétation de Dieu, tout cela concomitant, à l'instar des Trois Piliers de la Kabbale, ou de la Trinité chrétienne.

      2. Ce qu'il faudrait d'abord, voyez-vous, comme pour les cours d'instruction civique, ce serait un tableau où figureraient les fonctions et attributions de chaque élément de ce Meccano théologique en souhaitant qu'il n'y ait ni chevauchements ni enclaves... « Comment se fait-il en effet que l'Un au contraire ne soit pas resté en lui-même et qu'une si grande multiplicité soit sortie de lui, cette multiplicité que l'on voit dans les choses qui sont et que nous avons raison, pensons-nous, de ramener à lui ? » Plotin reste donc à peu près clair. apparemment.

      3. Nous pencherions alors volontiers pour la Kabbale, qui parle d'un explosion où les fragments conservent une fraction d'étincelle aussi efficace, aussi énergique, aussi énergétique, que l'embrasement ontologique du Divin... J'ai tant haï Plotin en marge, multipliant les commentaires rageurs et ignorants ! Toujours est-il qu'après des considérationsdifficiles pour un profane sur les rapports entre l'Unité et le Divin, notre penseur s'attache à nous expliquer les mécanismes de l'astrologie et de la magie : tout est lié dans l'univers comme dans un organisme, et selon des règles logiques.

      4. Car le commun des mortels, après avoir contemplé le Grand Un et son Œuvre, se tourne volontiers vers les projets pratiques : ce Dieu doit bien servir, dans sa toute-puissance, à quelque chose : gagner du pogon, ou l'amour, ou – soyons fous - le Bonheur. Donc en invoquant les astres (ou les saints, pour les chrétiens) nos pourrions attirer sur nous les énergies desdits astres (les grâces des saints), sans que ces astres en eussent conscience (mais les saints, pour leur part, intercèdent). Et si Jupiter ou Saturne annoncent l'avenir (car nous autres, faibles créatures, nous restons soumises à la succession chronologique, le temps, et logique, la cause et la conséquece, ce que nous avons fait et ce qui nous retombe sur la gueule, c'est-à-dire tout simplement la morale), ce n'est pas qu'ils doivent immanquablement se produire, mais que de certaines causes résultent certains effets ; si cela ce se produit pas automatiquement, c'est que chacun de nous, d'une part possède sa nature propre (son "substrat"), réceptif ou non à ces ondes émises d'en haut, d'autre part est pourvu de liberté individuelle, de responsabilité, car astrologie ne signifie pas déterminisme, et nous avons été créés, nous les hommes, libres, car sinon, ce n'était pas la peine de nous avoir créés.

     

    L'inconvénient de ces théories rationnelles, ou du moins rationalisées, c'est qu'elles s'articulent difficilement avec une efficacité matérielle ou, plus modestement, pragmatique : les décoctions ou fumigations amazoniennes cèdent aux soins de la médecine occidentale et scientifique, et miracles ou effets placebo mis à part, nous serions curieux de savoir à quels moments la pensée magique, analogique, a pu se muer, ou muter, en pensée logique et scientifique. La raison n'est pas incompatibles avec la foi. Mais l'une et l'autre semblent procéder par sauts, par bonds, qui s'appellent des "hypothèses scientifiques", ou des "inspirations" d'origine mystérieuse, après tout. Par sauts, et non par contacts. L'univers comporte des sauts et des espaces, du risque. Et ce n'est pas en voulant améliorer la bougie que l'on est parvenu à l'électricité, d'où la nécessité absolue, messieurs les calculeux d'budget, de la recherche pure ! le rationnel, certes, mais aussi le mystérieux. Et même, risquons les gros mots : le passionnel, que dis-je, la psychologie ah quelle horreur. La colère, l'envie, ne procèdent pas du rationnel, "et il en va de même" nous dit Plotin, pour [les actions pratiques] déclenchées par les convoitises". Ainsi donc nous aurions nos caractères propres, sur lesquels cependant nous n'aurions pas toujours pouvoir de volonté. Nous avons été créés tels ou tels, et nous y pourrions très peu ; "le désir de s'occuper des choses politiques et celui d'être magistrats" (consuls, présidents) "sont déclenchés par l'amour du pouvoir qui est en nous"

     

  • La femme d'à côté refusée

     

    Alors comme ça c'est toi la femme d'à  côté. Avec tes airs triomphants, certaine de te faire aimer ; avec tes yeux de braise et ton air de cours après moi que je t'attrape. Parce que c'est con, les hommes, un sourire, emballé c'est pesé. Par le bout du nez - enfin le nez... Vous n'avez qu'à  vous baisser - oh pardon... Nous les hommes, quand on est seuls, on le reste. Vous n'en avez rien à  foutre des hommes. Rien à  redire, d'ailleurs ; sauf quand vous vous mêlez de nous faire la morale - c'est la meilleure. Femmes d'à côté, d'un autre monde. Le monde des femmes. Celui de la faiblesse. Tu parles. Les hommes, ça le fait mal. Ça viole, Ça tue, ça étripe, ça dépèce. Faut voir le costume qu'on nous taille dans les médias. On en a pour trois âges de glace. Une joggeuse par-ci, une petite fille par là . Sans compter les guerres. Qui est-ce qui fait les guerres ? Gagné, les hommes. Odieux on vous dit. Ou ridicules : ça souffle comme un bœuf enfin un taureau (impuissant, ou violeur ; vous, vous n'aviez rien demandé). L'homme d'à  côté, il bat sa femme. Une femme sur dix ! Vous vous rendez compte ! Vous croisez des femmes dans la rue : une, deux, trois,... dix : une femme battue. - 3 femmes par jour meurent sous les coups de leur compagnon - combien d'enfants, sous les coups de leur mère ? Plus encore.

     

    Ô femme d'à  côté, inciter les hommes à  pisser assis, par voie d'affiches dans le métro, ça c'est du sérieux ; mais quand on pend des filles de seize ans pour "mauvaise conduite", attention, faut pas stigmatiser, silence radio. Bien sûr, salaire égal, droit de vote, liberté totale. Mais de là  à  se faire poursuivre pour harcèlement, pour attouchements, et dès qu'on rate sa baise, pour viol - c'est un peu fort tout de même. "'Il faut aller vers l'autre" Bonjour madame. Ah pardon vous êtes lesbienne ; logique - suis-je bête - moi aussi j'aime les femmes - ça va je n'insiste pas !“ que de dégâts juste avec ce truc qui pendouille j'arrête parce que je vais dire des conneries. La Charente.JPG
    Alors que j'ai toujours adoré les femmes, celles d'à  côté (forcément, les autres on ne les voit pas). Nous perdons notre ignoble domination n'est-ce pas, je ne me suis jamais autant aperçu que j'étais un saligaud qu'en regardant les journaux et la télé. Alors maintenant la femme est libérée, flic elle tire mieux que les mecs - mais qui est-ce que je vais protéger, moi ? Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui apporter ? - attirante, sexy ? Non : revêche, rébarbative. Et l'amour dans tout ça ? (j'oubliais : pas de prostituées, ils ne pensent qu'à  ça ma parole) - “ il faut avoir confiance. Ça ne se décrète pas comme ça, la confiance. C'est une longue approche. La femme d'à  côté ? Elle a tout son temps. Les hommes vous savez c'est dégueulasse : ça a besoin de ça avec une femme en vrai.Alors la femme d'à côté, eh bien on la met de côté. Elle est libre. Elle est seule. Où est le problème ? Ceci est un texte de fiction. Quoique.

     

  • Amours et gaffes

     

    J'ai donné à Djanem une leçon en compagnie de son époux, Nils, qui m'écouta jusqu'au bout, attentif, amusé. Elle se tournait vers lui avant de répondre. “Ce n'est pas lui qu'il faut regarder, mais moi”. Elle m'apprit ensuite l'ivrognerie de ce mari, ainsi que son entière “gentillesse” : impossible d'en tirer autre chose. Mais pressée de questions, elle finit par m'avouer

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    qu'il s'enivrait rarement, que très peu d'alcool suffisait à le mettre hors d'usage, et qu'elle s'exerçait à le détester pour mieux partir avec moi. Quelle maîtrise ! De même, je prenais Nils pour un inculte : elle m'en fit doucement le reproche, affirmant qu'il avait une culture, non pas livresque, mais télévisuelle ; pour se rendre à Bozel il avait emprunté un roman japonais d'aujourd'hui.

     

    Djanem, je te voulais pour infirmière, à temps partiel, pas pour compagne de vie. Juste pour te regader, te prendre très fort dans mes bras, te faire jouir et jouir, à condition que tu te rhabilles et repartes, car nous n'avons rien à nous dire, ni intérêts communs. Rien de cela ne correspond à la définition d' « amour ».

     

    Nils est parvenu à faire pleurer ma Djanem, à lui arracher d'autres serments. Elle a rejuré. Promis. Défendre ce mari ? renoncer à la vie commune ? Car, lui, il repartirait. Il se soûlerait dans tous les fossés. Il préfèrera crier, harceler tout son soûl, mais il ne partira jamais, Djanem et moi différons sur ce point, du tout au tout. Je suis tombé : sur un couple qui se parle, qui fait de temps en temps le point sur ses amours, c'est-à-dire, selon Marie-Claire et tous les spécialistes, un couple qui s'aime.

     

     

     

    R. 40

     

    Première en Date et moi, nous ne le faisons plus. Nous pensons à tort nous être tout dit. Nous savons tous deux sur quel champ de mines ou de déchets nous campons : il ne faut plus bouger, crainte de voir affleurer les veines nucléidaires aux premiers sarclages. Naguère encore, Nils laissait sa femme libre : emplettes, escapades, cinéma. Je soupçonne à quel point Djanem a pu en profiter. A présent, il veille comme un Bartholo. Nils n'est pas jaloux de moi, mais d'elle : autrement dit, possessif plus que jaloux. Je le trouve plus fin dans ses déductions que je ne l'aurais cru. Mais je n'ai pas en tête d'exemple précis.

     

     

     

    X

     

     

     

    Tous les épisodes de ma vie se dégradent en littérature. A la brasserie St-Malo face à l'abbatiale, d'abord nous nous disions vous : le petit chat exprès lâché sur l'autoroute, le premier mari révoltant. Il l'a trompée lorsqu'elle était enceinte, elle en avorta : « Je ne sais pourquoi je vous dis tout cela. » Pourquoi aurait-elle menti à ce moment-là ? Nos mains s'effleurent. Je m'étonne en moi-même de cet effet que je produis. Pendant notre seule et première projection de cinéma, ses ongles me raclaient tendrement la paume, et je grattais sa saignée. Le film parlait d'un crime dans les Pyrénées, avec Sabine Azéma et Dussolier : assez bien, sans plus, mais nous étions occupés d'autres choses dans le cœur. Il est vai que je suis définitivement tiède. Enfant déjà je m'indignais que toutes les chansons parlent d'amour. Je ne comprenais pas pourquoi, dans L'appel de la forêt, tel homme et telle femme ne pouvaient se séparer malgré toutes leurs différences, alors qu'ils s'aimaient : je ne parvenais pas à m'expliquer leur obstination à se réunir, alors que rien dans le récit ne le justifiait, alors que leur fadeur mutuelle éclatait à mes yeux aveugles.

     

    C'était donc cela ce fameux flirt en salle obscure ? que tous les autres avaient pratiqué bien avant moi, dès leurs quinze ans, comme une chose ordinaire, dont il ne valait pas la peine de parler. Ma seule tentative au cinéma remontait à la fille G., treize ans (j'en avais 16), qui m'avait cruellement pincé à chaque tentative d'approche

     

  • Cimetières animaliers

     

     

     

    Les animaux ont droit à tout notre respect. On ne jette pas son chien ni son chat n'importe où. Il est à noter que les vaches ou les éléphants n'ont point droit dans nos contrées à des rites funéraires (les éléphants se retrouvent dans les lieux où leurs capacités, diminuées par l'âge, ne leur permettent pas de survivre ; c'est pourquoi on les retrouve morts à peu près dans les mêmes endroits, car ils se sont d'eux-mêmes exclus du groupe). Les crocodiles et les chats bénéficiaient des mêmes rites d'embauMEments, monsieur Soulages. De nos jours, les dates de naissance et de mort, dans les cimetières de chats et de chiens, sont très proches : ils meurent avec notre enfance. "Je te ferai le temps d'un chien ou d'un chat", disait un vieil amant à sa maîtresse : Cavanna, Reggiani ? un Rital en tout cas ("comment peut-il encor lui plaire").

     

    Le cimetière d'animaux doit être excellemment entretenus. En effet, ils n'ont pas mérité la mort. Nous, si. A quelque âge que ce soit, car nous sommes maudits par le péché originel. Même l'enfant mort eût été capable, un jour ou l'autre, des pires forfaits ; les animaux, eux, même les crocrodiles, sont innocents. Ils n'ont rien fait. Ils sont l'expression la plus directe de l'étincelle vitale universelle. ; ce n'est donc pas la mort de l'enfant qui est un scandale, au sens métaphysique du texte, mais bien celle de l'animal. De même n'avons-nous pas le droit de blâmer les immenses sommes prodiguées par certains pour les tombes de leurs bêtes bien-aimées. Car nous ignorons la profondeur du lien qui unissait le maître à sa bête. Nous ne devons pas nous moquer des mémères à chienchiens. Les rires provoqués par la douleur de la concierge dans Rhinocéros d'Ionesco ("Mon chat ! mon chat !") sont une infamie.

     

    En effet les animaux, sauf pour se manger, ne se tuent pas d'espèce à espèce. On a vu des chattes adopter des petits chiens, et se lier de camaraderie avec des vaches ; un hippopotame et une tortue faire bon ménage. Un chien tirer son congénère écrasé de la route, en le prenant de ses deux pattes avant, marchant sur ses deux pattes arrière à travers l'autoroute en dépit du danger. Un autre envoyer de l'eau de flaque, à grands coups de museau, sur les corps palpitant d'agonie de ses frères les poissons à même le quai ? Les animaux valent mieux que les hommes. Ma femme me trahit. Mon chien ne me trahira pas. Pourquoi dans ce cas le deuil de l'animal dure-t-il si peu longtemps, quelle que soit la vivacité de la douleur que l'on éprouve sur le moment ?

     

    La palette du peintre.JPGS'agit-il d'une solidarité d'espèce, impliquant malgré tout, par l'instinct humain que nous voyons à l'œuvre, un sentiment de supériorité? qu'elle nous soit ou non accordée par la Bible, ce qui ne règle rien. Jamais jen'ai pardonné à mes parents le meurtre de mon chien, fusillé loin de moi pour avoir boulotté des poules. Le plus célèbre cimetière d'animaux de compagnie est celui d'Asnières, à l'origine "Cimetière pour aux chiens", sans en exclure les chats et autres animaux de compagnie. Il aurait été le premier cimetière pour animaux créé dans le monde occidental, en 1899, dans une "île des Ravageurs" désormais soudée au rivage. La ville d'Asnières, après en avoir inscrit le site au patrimoine artistique national, en assure la gestion depuis février 1997. Au 4, Pont de Clichy, son seuil est gardé, depuis 1900, par le saint-bernard Barry. Rintintin y possède, lui aussi, sa tombe. On grouve aussi dans ce cimetière, entre autres, des tombes d'oiseaux et de lapins. Mais aussi des chats, bien vivants, pensionnaires de leur propre maison où les employés assurent leur confort en ce bas-monde !

     

    D'autres cimetières animaliers se trouvent en province : à Villars (Loire), La Roche sur Yon, Garnat-sur-Engièvre (Allier). Celui de Villepinte, en région parisienne, est également dédié "A tous ceux que nous avons aimés et qui nous ont quittés". Le "cimetière d'animaux d'agrément" de Cagnes-sur-Mer attire également notre attention. Nous ne saurions les citer tous : par exemple, le Cimetière Fidèles compagnons à 83500 LA SEYNE SUR MER Il existe désormais non seulement des assurances obsèques pour animaux, et des instituts d'incinération, mais aussi, sur internet, un "cimetière virtuel", où chacun, gratuitement, peut rassembler les photos de son animal familier, car notre époque est extraordinaire.