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  • Oniriques

     

    Poliment, je le remercie. Toujours pas d'hôtel. Ma foi, je me lance : il suffit de tirer de ma poche un long document de papier, où figure une non moins longue déclamation. Tantôt de la prose, tantôt des vers. Des badauds s'agglomèrent, portant ma foi plus attention à mes revendications (je me souviens seulement qu'elles étaient agressives) qu'aux sculptures dans mon dos. J'ai composé cela jadis, avant mon voyage, avant mon existence, et cela m'est venu assez vite, en plusieurs langues : une sorte d'Esprit Saint ; une seule langue me résiste encore : le portugais. J'ai reconnu dans l'assistance trois grands barbus lusitaniens, collègues de radio, bien plus capables en langue française que moi dans celle de Camõens. Et tous les jours, à la même heure, je ressors de ma chambre d'hôtel enfin découverte pour imprégner les touristes de passage de mes compositions...

     

    Alors, dans les rues, je déclame. Je déclame sur celle que j'ai perdue, qui n'a plus sa conscience, et je me rends compte que la vie est bien la vie, qu'il n'y a pas de rechange, même dans nos têtes. C'est une douleur jusqu'à l'étourdissement, les passants m'écoutent un instant, et ne voyant aucun chapeau d'aumônes au sol, voyant que je marche encore, repartent à leur vie ; c'est de la prose, ce sont des vers, c'est de moi ou d'un autre, c'est d'une langue ou d'une autre, français, polonais, tüütsch de Suisse... le tout très beau, très cadencé, abusrde ou merveilleux, ou les deux. Mais je proteste, contre la beauté de la vie, sa brièveté, son absurdité en effet.

     

    Un homme sur le trottoir s'arrête devant moi ; il me demande avec accent de lui déclamer quelque chose, n'importe quoi, seja o que for, en portugais – honteux soudain, je m'arrête : je n'en sais pas un mot. Le portugais, je le lis, avec difficulté – sans pouvoir en articuler un mot. Il soulève sa casquette et s'en va, déçu. A peine a-t-il fait dix mètres qu'il se heurte, sur le trottoir, à un compatriote, qui le gratifie avec talent d'une grande tirade de Pessoa. Quelle joie illumine alors son visage ! J'accélère vers lui, vers eux, qui se fondent dans la foule des passants, tandis que je me heurte à mon tour – c'est la journée des folies ! - à mon épouse, descendant précipitamment les marches de l'hôpital : ce n'était rien, le choc passager, l'émotion, la suspension des fonctions vitales, mais elle est là, retrouvée, intacte. Annie au lit.JPG

     

    Il ne me semble pas que l'émotion se lise sur mes traits avec autant de netteté que devant l'auditeur portugais de naguère. Suis-je à ce point dépourvu de sensibilité ? Mon Dieu que de sottise... « Oui », me dit-elle, « j'ai tout entendu ; cet ouvrier t'a mis en difficulté, Ghislain m'en est témoin. » Ghislain : ce petit caniche humain qu'elle avait apprivoisé, l'accompagnant jadis en tous lieux jusque dans son lit, frisé, pomponné, maniéré, qui revient dans nos vies, sans avoir crié gare... Que vient faire ici Fanuc, mon metteur en scène, qui m'inspecte en public et me rajuste mes effets, reboutonne mon col, pour une première... C'est une scène que ce trottoir, le projecteur n'est que le soleil, l'acteur ignore son texte, récite ou improvise en dépit du bon sens, pourtant, je me sentais si bien, au sein de la foule qui défilait, si indifférente, si protectrice, en accord total avec un ensemble qui nous englobait tous...

     

    Fanuc ne se lasse pas de me tapoter partout, des épaules aux genoux (il s'incline) : « Mon vieux, tu es plus soigné maintenant, plus moderne (il désigne la foule), plus en phase. » Qu'il cesse de m'effleurer. Arielle et Ghislain forment à côté de nous un petit couple ridicule qui discute avec animation sur un point de mise en scène, ils sont de petite taille, mon rival secoue ses bouclettes en élevant le ton, rien ne peut distraire le courant humain qui défile et s'enroule comme un tourbillon sur l'Amazone. Nous nous rabattons sur la terrasse d'un café : tel un banc de sable où s'échouent les débris fluviaux. « Je viens rarement », s'écrie Ghislain de sa voix de tapette, « vous savez que j'ai déménagé ? »

     

    Certaines personnes parlent avec une telle intensité, leurs paroles percent à ce point le vacarme, que nul ne peut ignorer un détail de ce qu'elles émettent. Ghislain est de cette trempe. Il va s'en prendre une. Sur le guéridon de terrasse je tripote les cendriers avec une rage contenue ; Arielle me les ôte des mains sans cesser de prêter l'oreille à ce verbiage ghislainien. Je me lève. Au comptoir, je demande une chambre. « La 302 monsieur, voici la clé ». Ils viendront bien me retrouver : ils se demanderont où je suis passé, le personnel viendra les informer : « Chambre 302 ». Malgré notre retard, il faudra bien qu'Arielle, au moins, monte le retrouver. Nous serons en retard, mais de quoi ?

     

    Où allions-nous ? Que se passerait-il si nous n'arrivions pas ? Serions-nous si indispensables ? Combien je déteste mon temps, comme tous les autres temps, et de combien s'en faut-il que je sois le porte-parole de qui que ce soit ici, Vienne ou Lisbonne qu'importe... J'ai mal refermé derrière moi. Un chat se faufile, seul compagnon, qui me rejoint sous ma couette. Un courant d'air vient tout refermer. Le chat s'agite ; il s'est coincé. J'enfonce ma main et le prend par le cou, entre les épaules, pour me consoler de caresses – mais l'animal me griffe, c'est une femelle, opérée du dos, une vigoureuse femelle pure gouttière, et d'un geste du bras, je l'éjecte. Elle s'évade par la fenêtre et Dieu sait quels balcons ou corniches ; ce fut ma seule visite.

     

     

     

    Plus loin, c'étaient les nazis. Vous n'avez pas connu cela. Notre professeur de philo nous disait qu'il fallait toujours discuter. Une voix s'était levée : « Et quand on est coincé entre deux soldats allemands, on essaye aussi de discuter ? - Je n'ai pas dit non plus qu'il fallait être con. » Ma chère, votre généralisation tombe à l'eau. Il en est de même pour tout raisonnement. Nous n'avons qu'un outil imparfait : ne le jetons pas pour autant. Echappons-nous vers le haut, pendant que les nazis nous courent aux talons dans l'escalator : saurons-nous courir galvanisé sur les toits ? Et si un nazi, lourdement armé, se révèle capable d'engager la poursuite là-haut ?

     

  • Elucubrations voyageuses

     

    Le Blanc, au moins, je ne le raterai pas : avec ses deux mains dans le savon et son tablier de bonne femme... C'est une bonne expérience, une belle démonstration, que j'ai eues là. Je voudrais que toujours les mots coulent en moi comme dans une fontaine, et qu'il me suffirait de puiser si je veux écrire.

     

     

     

    X

     

     

     

    Chemin de Fardeloup.JPGNous étions à Florence. Uffizi à part, fort mauvais souvenir ; une atroce vague de chaleur prime sur les chefs-d'œuvres. Avec femme, petit-fils et belle-mère pour compléter. Nous logions dans un meublé, aux tiroirs comblés de vieux cahiers d'écolier, les bahuts de vêtements d'enfants ayant appartenu à la maîtresse de maison. Nous sommes donc sortis dans la rue : c'étaient de vieilles maisons, hautes, étroites, comme à Die ; cela grouillait de petits commerces et de chalands. Une ville remontant au fond des siècles : 59 av. J.C. Nous sommes revenus de notre promenade plus nombreux que nous n'étions : une autre famille, semblable à la nôtre, apparentée sans doute, aimable et parfaitement francophone, s'était jointe à la nôtre, et nous formions un groupe animé d'une douzaine de personnes, car ma femme était aussi avec nous : «Accompagnez-moi jusqu'en haut de cette côte », disait-elle, « vous écouterez une conférence que je dois y donner » - elle donna l'adresse d'un établissement scolaire (scuola primaria)- maisen vain.

     

    Avant de retrouver nos alliés de Florence, nous avions parcouru depuis Paris une distance considérable, et jeme souviens bien qu'au lieu de faire au plus simple, nous étions passés par Dieu sait quel toboggan routier de banlieue, au-dessous duquel vivaient entassés dans des geôles grillées une quantité de prisonniers : émigrés clandestins en instance d'expulsion ; cela ressemblait, y compris les grilles, à ces énormes bosses de montagnes russes, dans les foires ; après cela, retrouver notre chemin... ! pour le moment, tirant la langue, nous escaladions cette pénible pente, à pied, nous tordant les chevilles dans des bouches d'aération au ras du sol, rendues invisibles par des bouchons d'étoupe : franchement, à quoi pouvait donc bien penser la municipalité ? comment pouvait-on pousser plus loin l'absurdité administrative ?

     

    Nous sommes donc rentrés bredouilles, dans ce vaste logement de location ; les pièces en étaient innombrables : nous allions vivre dans un véritable palais, délabré comme il se doit. Ma mère n'avait pas bougé ; ma belle-mère se jeta sur un canapé ; pour la rafraîchir, je suis allé chercher dans une vieille salle de bain attenante, dont j'entendais fuir les robinets antiques, des animaux sculptés dans le bois : la salle d'eau en effet, outre sa baignoire sur pieds, comportait aussi des vasques à ras du sol, où flottaient divers jouets en forme de canards ou de pieuvres ; sans doute les enfants, aujourd'hui absents, les choisissaient-ils avec soin avant de les emporter dans leur bain. Les toilettes, heureusement, se trouvaient ailleurs, car il n'est rien de plus désagréable de sentir en se baignant sa propre merde mal déparfumée par un simple tirage de chasse : aucun désodorisant n'est suffisamment efficace pour dissiper ses propres odeurs.

     

    Heureux celui qui ne respire pas, qui plus est, celles des autres ! bref, ma fille avait enfin trouvé chiottes à son pied ; les miennes étaient bouchées : c'était vraiment un vieux palais, très mal entretenu. Les gogues étaient vraiment le grand problème dans ce palais aristocratique. Sonia par miracle en trouva de propres.Les miennes étaient bouchées, obstruées, blindées. Les salles de bain présentaient toutes les étapes de la dégradation, depuis les plus convenables jusqu'aux défoncées envahies de cafards. Quand enfin nous eûmes satisfait aux besoins naturels et aux ablutions, nous arrivâmes bons derniers à la table familiale. Ce fut un grand et long repas. Il ne manquait ni un cousin ni un service. Ni même, divin jeu de mots, une grande partie de Sept Familles ; mais la pioche était dissimulée dans un tiroir entrouvert, et nous devions, l'un après l'autre, deviner au toucher de quel membre il s'agissait, père, fille ou grand-mère par exemple, d'après le découpage de leur figurine respective.

     

    Et même après ce jeu, où les préséances avaient marqué le pas, ce fut à qui aurait l'honneur de nous tenir à ses côtés. L'assemblée ne cessait de croître dans ces grands espaces, par l'adjonction de nouveaux venus, jeunes, dynamiques, parfaitement inconnus. Deux grands escogriffes trentenaires ainsi se présentèrent à nous, moustachus et joyeux. Très vite l'un d'eux s'est relevé, sans que l'on eût pu dire s'il était en grand déshabillé ou en guenilles de luxe, où il s'empêtrait dans un grand discours classique en excellent français ; pas une trace d'accent italien. Et pour ma part, j'étais assis juste en face d'une grande fille sportive et joviale, qui ne cessait de me faire du genou sous la table.

     

    Qu'aurais-je fait, grand Dieu, d'une jeune sportive ! ...il doit leur en falloir, de la course de fond ! et non pas de la frousse de con... Après de telles agapes mondaines et vulgaires, nous avons retrouvé notre couple légitime, gravissant une pente herbue vers une école en hauteur, enfin seuls : Arielle déplorait tendrement que depuis notre arrivée en Toscane, soit une bonne semaine, nous n'ayons pu trouver un seul instant d'intimité, ne fût-ce que pour nous parler ; mais nous allions enfin y remédier. Quel étrange épisode en vérité de notre vie, plein de bruits et de couleurs, à Florence...

     

     

     

    Je cherche non pas la mort mais l'acquisition d'une supériorité dans le domaine des pouvoirs de l'esprit, qui me permette un jour ou l'autre, anteou post mortem, soit de dominer les circonstances matérielles de façon à les incorporer à quelque chose de plus grand, soit d'acquérir la volonté de les changer matériellement. Tous les efforts de notre vie peuvent se ramener à cela, et se justifier à cela.

     

     

     

    « Eh bien, lui dis-je après qu'elle eut achevé sa conférence, revenons à Paris. » J'ignore par quelle aberration ou étourderie nous nous sommes retrouvés non pas sur l'autoroute de Pise, comme il eût été logique, mais sur une route à quatre voies au milieu d'un vaste embouteillage de type « accordéon » : trente mètres dégagés, long arrêt, trente mètres, nouvel arrêt, ainsi de suite jusqu'à plus soif. Notre envie de nous retrouver enfin dans notre vie précédente, avec les commodités d'une vie amoureuse et tranquille, ne devait pas être si intense, car elle m'a oublié, ou j'ai oublié de la rejoindre, après un arrêt hygiénique dans une quelconque station-service. Alors ma foi je la rejoins à pied, d'abord avec succès, sans la perdre de vue ; mais, vous pensez bien, sur autoroute... Peut-être un automobiliste m'a-t-il pris en pitié ? Qu'est-il arrivé ? Pourquoi suis-je en cette chambre, au chevet de mon amie, tandis qu'une infirmière lui passe un gant mouillé sur le front ? « Elle a fait un malaise » : au volant ? Elle aurait survécu ? J'assiste à ses soins ? Une aide la redresse, entreprend de la nettoyer.

     

    Dans ce mouvement, ses deux seins dépassent la mince barrière du corsage d'hôpital. Ce n'est ni déchéance ni laisser-aller ; je les trouve agréables à regarder, même partiellement, dans leur rondeur de gros yeux qui roulent. Mais si les seins s'exhibent, minimum d'information de la part du personnel : origine du malaise, temps de récupération, motus. Qui sont ces gens qui viennent la visiter ? Une grosse s'agite, mère juive et chapeau à voilette. D'autres, hommes et femmes. Qui peut la connaître ? Je ne suis donc pas tout pour elle ? Un couple de sexagénaire, la femme en bleu ; ils n'ont pas un regard pour elle mais s'entretiennent du plus sérieusement avec l'infirmière. Ils obtiennent assurément plus de renseignements que moi : la patiente ne serait-elle pas mieux indiquée pour ce faire ?

     

    Il me faudra donc passer la nuit (combien de nuits?) dans cette ville inconnue. Aucun lit n'est prévu, je ne suis pas la mère d'un enfant malade. « Il ya des hôtels dans le quartier », merci infirmier, tous me considèrent comme un poids mort. Alors voilà, je sors à pied, à la recherche d'un hôtel. Dans ce quartier d'hôpitaux, il n'y que des rues droites, des murs et des résidences dépourvues de tout intérêt. Puis d'un seul coup, ça arrive dans les villes, surtout espagnoles, une rue semi-piétonne (les voitures sont au pas), qui s'arrête net : deux bornes, et le plateau plonge sous vos pieds ; en face, au même niveau, sur trois autres meseta symétrique, la fantaisie d'un urbaniste a dressé trois structures métalliques, dont l'usage reste problématique.

     

    De plus, un immense bâtiment pose un pied sur chacun de ces rochers : c'est une église tripode, magnifique, d'acier luisant. Cela ressemble, pour ceux qui s'y connaissent, au Patineur de César. Et comme je suis là, bouche bée, je m'aperçois que d'autres également admirent ce chef-d'œuvre, accoudés au même balcon : en banlieue, la créativité ontemporaine a plus de liberté tout de même. Je demande la ville où je suis : « Colleville ? » C'est tout récent, cela vient de sortir de terre ? Il existe bien, dans le Calvados, un petit village ainsi nommé. Personne ne répond. « Il y a trois autres Colleville, ou quelque chose d'approchant, dans le Calvados », me dit-on enfin. Et mon interlocuteur de se répandre en considérations étymologiques fastidieuses.

     

    ATTENTION, DOUBLON, VOIR PLUS BAS

     

  • Délire, salon

     

    SI JE DOIS

     

    S'il faut écrire ainsi devant je me livre au massacreet tel déferlement de haine ignominie pour tout ce qui m'entoure que j'entre en autohaine, en meurtre et de moi-même et cela restera comme on a dit aux grimaciers Tu seras défiguré pour toujours. Après quoi, ivresses de larmes et d'épuisement, portails de Grande Dépression, commencement de vivre – je ne remonte pas – c'est trop de prix – au fond de moi gît la mort. La Mort honteuse.

    Chagrin d'enfant.JPG

     

    MON SALON 20 10 2052

     

    Z. tricote devant moi. Je ne la voyais pas devenir comme ça. Mince, tout en vert, de longs cheveux de chaque côté. Je lui parle. Elle fait des progrès au violon. Elle incline la tête et me parle de violon. Je ne savais pas qu'elle deviendrait une vraie femme. On ne décrit pas sa fille. C'est inconvenant. Elle est issue du temps ; étrange, médiévale, ou 1925, avec son pantalon collant et son « haut » flottant, vert pâle sur canapé vert foncé. Anne sort de son lit, j'ai prié pour elle cette nuit ; elles partent toutes les deux, je n'ai plus que la télé, que je comptais décrire, qui est bien commode car éloignée de toute psychologie. Sonia revient s'assoir. On dirait un profil de grande maigre, au nez long et droit, légèrement oblique.

     

    Je ne la connaîtrai que jusqu'à 52 ans, l'âge de la mort de la Vierge Marie – pardon, sa dormition. Paupières baissées sur le tricot, une longue aiguille horizontale. Et la télé, vaste fenêtre carrée vert-noir où se reflètent la lueur et le petit-bois de la baie derrière moi. Des cassettes audio empilées flanquent la télé sur la droite avec leurs titres, qu'on ne repasse jamais. Et trois appareils mystérieux sur sa tête : un magnétoscope, gras d'inutilisation, un lecteur de DVD brillant, plat, perfide, et un « Ciné-Cinémas » que je ne puis désigner autrement, indiquant 15 h 23, avec un petit point rouge. Plus haut quatre télécommandes dont deux seulement sont utilisées. La télé flanquée donc et surmontée de trucs inutiles.

     

    Des tableaux non moins inutiles peints par mon épouse allongée, sur lequel j'ai appelé des bénédictions pour qu'elle maigrisse. Je décris ces tableaux en d'autres lieux, destinés à d'autres tiroirs. Le tout sur un mur crépi paille propre, à droite, sale et foncé à gauche. Il faut mentionner (dans mon inventaire) le dessin encadré d'une femme au profil enfoui dans les bras qu'elle tend devant elle, dégageant le sein ; des poches en plastique et deux registres, vert et violet (le premier tenu par des sangles obliques, l'autre barré sur son dos d'une longue étiquette blanche et vierge). Un tabouret soutient tout cela, sans autre utilité. Tous les objets de chez moi regorgent d'inutilité, je m'y sens moi-même un peu perdu et gratuit.

     

    Ce que contient « le meuble de télévision », rescapé de déménagements et d'héritages, est également inutile : le tiroir blond foncé, avec deux poignées, regorge de jeux de cartes et de croquis de branchements, de notices en tous genres. Et au-dessous, derrière une porte aux moulures sans style, d'autres films jalousement gardés : dramatiques, ballets, jamais revus, car mieux vaut toujours

     

    pour moi se retremper aux actualités que de ravasser de vieilles lunes filmées, fussent-elles chefs-d'œuvre. Mon œil descend : il y a sous le meuble aux moulures inférieures vaguement festonnées une prise multiple et blanche, des serpentements de branchements électriques mous et sales, une boîte dont je ne vois que la tranche, ou un carton vide (j'irai vérifier). Sur le sol, à droite, un écorché de plâtre lève au-dessus de ses yeux, comme pour se protéger du soleil ou parer un coup, un coude d'écorché. On lorgne à l'endroit des couilles, et on les aperçoit, pitoyables, entre les deux cuisses dont l'écorchure dégage une abondante et tendineuse musculature. Cette statue sert ou pourrait servir de modèle, rien ne servant ici-bas, ni dans une autre vie.

     

    L'écorché tourne le cul à une pile de livres, en bois, œuvre d'art de toute beauté, qui m'a tapé dans l'œil et désormais se couvre de poussière à l'angle de l'âtre ; je ne vois ce dernier que par-dessous une table brun doré. Ainsi qu'une statue allongée : deux corps enlacés nus et debout, plus devinés qu'à vraiment décrire, formant chenet. Nous n'avons jamais allumé le feu dans cet âtre, pour ne rien détériorer de ces œuvres oubliées. Je vois une chaise paillée, sagement rangée sous la table. Ses pieds droits posent sur le pavé : diverses plaques rectangulaires, en angles droits. Amen.

     

  • Henri III repasse les plats

     

    Parlons donc d'Henri III, dernier des Valois, roi de France, 1574-1589. Et mettons tout de suite les choses au point : il ne faut pas en rester, et jusqu'à quand resterons-nous à cette image du roi pédé ? "Allô Henri III ? - C'est elle-même !" Il y a tromperie sur la marchandise : Jacqueline Boucher, autrice de l'ouvrage éponyme, reprend la thèse de Philippe Erlanger dans sa grosse biographie : n'en déplaise à certains petits messieurs qui aimeraient bien l'introduire dans leur cercle, Henri III ne fut pas homosexuel, en tout cas moins que Louis XIII. Henri fut couvert de boue par les braves catholiques de l'époque, plus calomnié encore que Louis XVI. Nous avons surtout conservé les aspects folkloriques de ce grand roi qui essaya le plus possible de maintenir l'unité d'un royaume déchiré par les guerres civiles.

    Le large fauteuil.JPG

     

     

    Ainsi de ce fameux symbole du bilboquet : sa vogue n'a duré que quelques semaines à la cour – sur quinze ans de règne, c'est peu. Sa femme Louise de Lorraine fut profondément amoureuse de lui, et ne se remit jamais de son assassinat. Pourtant il posséda, roi de France oblige, nombre de maîtresses qu'il s'efforça de lui cacher. On lui attribua même un enfant caché. "Mais les mignons ?" direz-vous – car vous n'êtes pas près de lâcher prise, "il n'y a pas de fumée sans feu". Là encore, détrompez-vous: sous Henri IV aussi nous trouvons des mignons, sans que le Vert Galant ait jamais été susceptible de pédérastie. "Mignon" signifiait tout bonnement "favori". Les satiriques ont parlé de "visage fardé" : mais l'expression signifie aussi bien "empreint de dissimulation", "masquant ses sentiments".

     

    Qu'on l'ait vu travesti au Bal des Amazones ne prouve rien de plus : tous les gentilshommes s'étaient pareillement mêlés à ce bal, et les femmes y parurent travesties en hommes. Nous avons vu de tels amusements au carnaval de Vatan dans l'Indre ; cela ne peut prouver l'homosexualité de toute une population ! En revanche, le cadet du roi, duc d'Alençon, était, lui, complètement homosexuel ; mais comme il penchait du côté des catholiques, pas un pamphlet, on disait un pasquil, ne l'atteignit, lui, cible facile et autrement scandaleuse ! N'oublions pas que l'homosexualité en ce temps-là était passible du bûcher ; que si Henri III en avait tâté, on en retrouverait la trace dans maints écrits, en maintes allusions.

     

    Or il se trouve que nous en sommes toujours réduits aux mêmes sources, les pamphlétaires extrémistes, qui finiront par le faire assassiner sur sa chaise percée en 1589, parce qu'il voulait laisser le trône à son lointain cousin Henri de Bourbon, de religion réformée... Le souverain pressentait le drame de sa succession et fit de nombreux et ardents pélerinages avec son épouse pour obtenir la grâce d'avoir un enfant. Si j'ai attaqué bille en tête sur ce point, c'est parce qu'il me semble capital de détruire une légende confortable autant que calomnieuse. L'autrice d'ailleurs ne traite ce thème qu'incidemment, à sa place, à l'intérieur de l'ouvrage, et sans lui accorder plus d'impportance qu'il n'en mérite, avec un certain dédain, usant des arguments que je viens de vous présenter. Les chapitres envisagés dans le livre traitent de choses beaucoup plus sérieuses : le cérémonial de cour, ses fastes, la façon de gouverner, l'esprit baroque, l'atmosphère intellectuelle et l'italianisation de la cour.

     

    Il ne s'agit pas d'une étude chronologique mais d'une étude par thèmes, par tranches, comme vous l'avez vu par la disposition des chapitres. Le lecteur navigue ainsi du début à la fin du règne, et si l'on n'est pas au fait des évènements, c'est un peu désorientant. C'est ainsi que l'on fait plusieurs fois allusion au "fameux duel des mignons", sans nous dire jamais ce qui l'a provoqué, ni quels en furent les protagonistes. Cependant nous sont présentés des tableaux fort convainquants fixés dans nos mémoires, comme celui de ce faste puissamment déployé. Comme il n'existe pas d'administration à l'échelle nationale, le Roi doit s'assurer la fidélité de ses vassaux en les comblant de cadeaux et de privilèges.

     

    Puis, après avoir fait leur "quartier de cour", c'est-à-dire un quart d'année, un trimestre, obligatoire afin de rester dans les faveurs du roi, les seigneurs s'en retournent dans leurs provinces pour y faire appliquer la loi royale. Comment se logeait la cour ? Versailles n'étant pas construit, c'est au Louvre qu'il faut être, et c'est à Paris que l'on cherche à loger.

     

     

     

    / Lecture de la p. 47 /

     

     

     

    Nous le voyons, Jacqueline Boucher n'avance rien qui ne soit prouvé par documents, datés et localisés. Rien de plus sérieux, de plus scientifique, de plus historique, pour autant que l'histoire soit une science. C'est ce qui donne à cet ouvrage cette physionomie sérieuse mais accessible, sans érudition épouvantail. Nous abordons un autre domaine, à savoir l'influence du roi sur les mariages de cour. Louis XIV, plus tard, l'exercera ; mais laissera en fait ses courtisans, en général, fort libres de convoler en justes noces.

     

     

     

    / Lecture des pages 94 et 141, du quatrain de cette dernière en particulier /

     

     

     

    L'ouvrage s'achève par une déclaration de reconnaissance inattendue de la grande piété du roi. Mais quoi qu'il fît, on l'attaqua : s'il eût été libertin, on l'eût sali, mais fondant un ordre ou érigeant une chapelle, à quoi se reconnaissait en ce temps la plus profonde religiosité, on l'accusa de jouer la comédie. À la fin, comme chacun sait, il fut assassiné par Jacques Clément, moine, alors qu'il assiégeait sa propre capitale. Henri IV lui succéda, Paris vaut bien une messe, mais nul n'accède au plus profond des êtres...

     

    / Lecture de la p. 188 /

     

    Le livre de Jacqueline Boucher remet en place, c'est-à-dire au placard, bien des idées toutes faites sur la dissipation de la cour, qui fut bien plus d'argent que de débauche. Toutes les cours procèdent de même... Le plus spécifique d'Henri III sera peut-être cette riche et brillante italianisation, toute relative d'ailleurs, puisqu'il s'agit d'Italiens de la deuxième ou troisième génération, installés à Lyon par exemple pour le commerce de la soie. Un ouvrage très documenté, à tous les amoureux de l'histoire exacte : Jacqueline Boucher, Henri III.

     

  • Montesquieu l'érudit

     

    Après bien des notules érudites, après tant de poussières soulevées, nous en sommes à présent à celles de Louis, dit le Débonnaire, fils de Charlemagne. Auguste avait fait ouvrir, nous dit Montesquieu, le tombeau d'Alexandre. Interrogé si l'on devait ouvrir ceux des Ptolémées, il répondit : “Je suis venu voir le Roi, non les morts”. Le baron de Labrède interroge les successeurs de Karolus Magnus : ce sont là des morts. Louis fait crever les yeux de son neveu, multiplie les inimitiés : “violents”, “irrécociliables”, “ardents à l'offenser”. Il confond les vengeances personnelles avec les affaires de l'Etat. Est-ce donc par antiphrase qu'il fut nommé le Débonnaire ? Ennemis “insolents”, “déterminés à le perdre”. Charlemagne épuisait sa noblesse à le suivre de campagnes en campagnes ; celui-là répand ses cruautés absurdes. “Et” ses ennemis “l'eussent perdu deux fois sans retour, si ses enfants, dans le fond plus honnêtes qu'eux, eussent pu suivre un projet, et convenir de quelque chose.” Ce qui laisse entendre que les fils de Louis le Débonnaire ne parvinrent pas à s'entendre avec ses ennemis, par esprit brouillon, et dépourvu de revanchardise. Il me semble qu'ils étaient trois, et se partagèrent l'empire. Montesquieu continue “le même sujet”, afin de ne pas lasser le lecteur par de trop longs chapitres : “La force que Charlemagne avoit mise dans la nation subsista assez sous Louis le Débonnaire, pour que l'Etat pût se maintenir dans sa grandeur, et être respectée des étrangers.” Que pouvons-nous ajouter. Commode après Marc-Aurèle commença tout de suite à tout ruiner.

     

    Les fils bien souvent sont plus cons que leurs pères. “Le prince avoit l'esprit foible ; maisla nation étoit guerrière.” Ce qui semblerait risible aujourd'hui. Mais conserver son esprit d'aujourd'hui dans les faits historiques est la ruine même de la notion d'histoire. Nous lisons en même temps des élucubrations déclinistes. Pourtant elles se confirment chaque jour davantage. Être guerrier est devenu le pire des péchés. Même se défendre est sévèrement puni. Mêler ici nos préoccupations contemporaines semble dérisoire. “L'autorité se perdoit au dedans, sans que la puissance parût diminuer au dehors.” C'étaient des temps tribaux. Il y avait le pays, et l'extérieur du pays. Les déplacements étaient aventureux.

     

    Le cheval régnait. Qui peut imaginer cela ? Dieu imprégnait tout. Il était pris au sérieux. “Charles Martel, Pépin et Charlemagne gouvernèrent l'un après l'autre la monarchie”. Charles Martel était maire du palais, élu. Il devint roi. La seconde race, des carolingiens, succédait à la première, mérovingienne. On se battait à coups de masse. Les Arabes ou Sarrasins se faisaient repousser sans que cela fît tant d'histoires. Charles Martel est pris pour un fasciste, dans une perspective de sottise absolue. Pépin reste oublié : “Monté sur un lion, je suis aussi grand qu'un autre”. Charlemagne sera bientôt pris pour un roi décapité. Je ne connais plus rien que l'ancien. Il faut des gardiens de mémoire. “Le premier flatta l'avarice des gens de guerre”, entendez leur cupidité.”Donne aux soldats, et néglige tout le reste” : derniers mots d'un empereur romain. “Les deux autres, celle du clergé”.

     

    Le clergé régnait sur tous, comme aujourd'hui les économistes. On ajoutait foi aux fables des uns comme on vénérera les autres, alors qu'ils ne sont tous en fait que des astrologues. Et le clergé leva la dîme pour sa subsistance, obtint l'équivalent de fiefs. On se lavait à l'eau froide. La vie était saine. On mourait jeune. Les curés, les évêques, plus longtemps. “Louis le Débonnaire mécontenta tous les deux”. L'épée, le goupillon. Mon père disait que c'était un bon roi, vu son surnom sans doute. Dans la première édition de L'Esprit des lois, Montesquieu dit que c'était ses enfants. Il a rectifié. Louis le Germanique, Lothaire, Charles le Chauve. Dis-moi si je me trompe. Je ne sais pas à qui je m'adresse. “Dans la constitution françoise, le roi, la noblesse et le clergé avoient dans leurs mains toute la puissance de l'Etat”. Cela plaisait à Montesquieu. Il ignorait qu'on le classerait à tort parmi les précurseurs d'une certaine “Révolution française”, que personne n'a comprise, puisque je ne l'ai pas comprise.

     

    Dont “les trois quarts et demi du monde ignore qu'elle a eu lieu”. Montesquieu veut établir les droits sacrés, inamovibles, de la noblesse, dont il fait partie. Noblesse de robe je crois. De Secondat de Labrède, ignorant que les têtes prolétaires en grand nombre tomberaient sous l'impulsions de génie fanatiques. Aller-retours d'un temps à l'autre, comme Chateaubriand, comme moi comme moi comme moi. “Charles Martel, Pépin et Charlemagne se joignirent quelquefois d'intérêts avec l'une des deux parties pour contenir l'autre, et presque toujours avec toutes les deux.” Du paysan, il n'est pas question. Les hommes ont une histoire. Les animaux n'en ont pas. Les hommes répètent sans cesse le même cercle.

     

    Les Chinois disaient : “Nous avons eu Dieu sait combien de ces fameuses “Communes” dont vous nous bassinez. Nous avons vécu tout ce que l'Occident vit.” Les humains se répètent. Rentrons la tête dans le sable et naviguons à vue de grains. “...mais Louis le Débonnaire détacha loin de lui l'un et l'autre de ces corps.” Ne reste que l'éloignement, le froid aux pieds et l'envie de lire, de poursuivre sans fin sa lecture tant qu'elle est bonne et instructive. Il est bon de lire, afin de répéter. D'aligner des plaisanteries comme des bidasses au mur. “Le reste du chapitre est une addition de 1758” - mais il était mort depuis trois ans, votre auteur : l'a-t-on restitué d'après ses notes ?

    Le vieux Bordeaux.JPG

     

     

    Qui a rédigé cette fin ? A-t-on repris une édition antérieure ? “Il indisposa les évêques par des règlements qui leur parurent rigides, parce qu'il alloit plus loin qu'ils ne vouloient aller eux-mêmes” : des règlements progressistes, alors ? Le Débonnaire, progressiste ? C'et le même que Louis le Pieux. Je viens de le vérifier. Mon père me l'avait appris, nous reprenions toute l'Histoire de France au début de chaque année. Jamais nous ne dépassions Waterloo. L'histoire pour mon père s'arrêtait à Waterloo. Louis le Pieux Débonnaire mourut en 840. Ses enfants se révoltèrent contre lui. “Il y a de très bonnes lois faites mal à propos”. Dans la bouche de Montesquieu c'est un blâme de poids. Comment peut-il y avoir des lois “mal à propos” ? Est-ce parce qu'il fallait consolider l'Empire à la mort de Charlemagne ? Jouer le grand rassembleur ? Les évêques, accoutumés dans ces temps-là à aller à la guerre contre les Sarrasins et les Saxons, étoient bien éloignés de l'esprit monastique”. Voir en effet la Chanson de Roland. Ils ne répandaient pas le sang, et pour cela ne tuaient qu'à la masse... 

     

  • La machine à rêves

     

    52 03 19

     

    Le roi mon père est désolé : quelqu'un a tailladé le flanc de ses chevaux, acte de cruauté. C'est moi qui l'ai fait. J'espère qu'il oubliera, je me cache dans le palais, mais il revient de ses occupations, me prend par les épaules et me fait part de sa colère et de son chagrin. La fin vient de m'échapper. Je me réveille dans une grande culpabilité : j'ai tué un cheval, les deux, car ils ont fini par mourir. Quel cheval ai-je tué, très jeune ? Le “Ça” ? ...Toutes les conversations ont eu lieu en russe, mon père étant “roi de Russie” - mais pas “le Tsar”.

     

     

    52 03 25

     

    (...) l'imagination scripturaire. Je saute sur des icebergs d'île Flottante, à Khartoum, tandis qu'Annie téléphone 25 mn à Jean V. Elle est très joyeuse, et moi je ne m'en tire pas trop mal, en dépit du caractère spongieux de ces grosses masses jaunâtres. Ce n'est que la fin d'un rêve.

     

    52 03 28

     

    Balustres roses.JPGFin du deuxième cauchemar de la nuit. Salle des profs d'Andernos. Corinne dit qu'elle m'a rendu une valise contenant je ne sais quoi. Je lui ai fourni des éléments pour éditer quelque chose sur l'ordinateur, mais il manque un élément. “Est-ce que c'est en D.L. ou pas ?” Je lui réponds que cela ne veut rien dire pour moi. Elle pleure en prenant les autres à témoins : je devrais savoir depuis le temps certains éléments évidents d'informatique. Elle est très fatiguée, une de ses collègues doit sans cesse monter et redescendre 8 chaises de sa salle de classe après chaque demi-journée de cours.

     

     

     

    52 03 29

     

    A. - Vois Troppstein à l'hôtel avant d'aller à l'enterrement de son père. Elle est malgré tout joyeuse de me voir. Elle m'accompagne à Bordeaux-Benauge, me place sur un socle de ciment et m'étreint en riant. Je ne peux finalement aller à l'enterrement car il est trop tard. Je reviens par le Pont de Pierre où se déroule une manifestation de femmes arabes voilées ou non prônant la fraternité. Je passe le pont suspendu en me retenant au-dessus de l'eau, tâtant les aspérités du parapet et disant des formules sans signification. Parvenu dans un bus avec d'autres dont une bonne sœur, je dis “Heureusement qu'ils ne se sont pas aperçus que c'était de l'hébreu, autrement je me faisais écharper. “Ma sœur, je m'accuse d'avoir menti.

     

      • Ça ne fait rien, me dit-elle en souriant.

     

     

     

    B. - Avec le juge Jean-Pierre à l'hôtel, je dispose ses bagages sur des sièges de hall, il va aux WC, arrivent des sportifs qui s'assoient parmi l'encombrement. Ils s'aperçoivent je ne sais comment que les toilettes sont occupées par Jean-Pierre et chantent une chanson anti-pédés contre les “divanisés”. Je cherche une cabine téléphonique pour avertir mes parents que je serai, et puis j'ai 45 ans tout de même. Je pars seul les rejoindre...

     

     

     

    52 04 03

     

    Je suis arrivé à bicyclette dans un village, suivi par des observateurs, traînant un immense polochon blanc. Tournant à gauche, je monte vers une église que des touristes visitent. Mais il n'y a pas d'issue, je redescends. Le polochon s'est enroulé autour du monument aux morts de l'église sur sa butte, et d'une maison en construction dont les ouvriers se trouvent gênés. Enfin, d'une secousse, tout se dégage. Dans une rue étroite et peuplée d'élèves, le polochon se fait tirer, plier : j'explique qu'il faut le replier au lieu de jouer avec lui, une structure raide analogue à une longue table de ping-pong y aide, tous les adolescents rigolent.

     

    Je suis déçu que le polochon soit resté humide. Je reviens à pied sur les lieux, des visites se passent encore, un concierge dit que des gens sont en train de prendre leurs tickets (il va être 13 h, c'est la dernière visite). Annie et moi nous hâtons vers une représentation scolaire (les tréteaux étendus sur es tables et des chaises d'école) : deux professeurs jouent deux personnages tragiques habillés l'un de noir et blanc, l'autre de bleu et brun, patauds, burlesques, à rayures. Leur rôle consiste pour le premier à déplorer sa vie ratée, pour le second à déplorer que l'un d'eux ait empêché l'autre de se réaliser.