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  • Rêves d'avril et mai

     

    Foule considérable rue Esprit-des-Lois et sur les quais. Je viens de recevoir la visite d'un officier de marine qui m'offre de vieux fragments du Journal de Mickey en allemand. Je lui fais observer que ce journal a obtenu encore bien plus de succès en Italie. Une jeune file (Mlle Jean, de Cadillac) ne cesse de babiller, je la fais taire sèchement auf deutsch. Il semble que là-bas, de l'autre côté de la Garonne, on veuille m'honorer, moi et mon œuvre... Une délégation maritime m'attend. Je parle et chante, seul de toute la rue. Devant un bureau de poste, Edwy Plesnel s'entend dire qu'être encore timide après deux ans de Ministère des postes ne vaut pas le coup ; il inspecte, et dirige, le bureau.

     

    Décrochant un combiné rouge sans avoir composé le numéro, je hurle, chante et déblatère Anna Ganna Genni Sauveur, formule de christianisme indien (??). Après tout, je le chante très très bien. Délis se fout de ma gueule, m'admire et me photographie. Je chante aussi, à présent à vélo, « Una mierda en el camino » avec de belles vocalises gutturales gitanes. M'approche ainsi du pont, et des deux passages souterrains pour piétons. Les structures du pont consistent en d'immenses poulies verticales. Un marchand de porte-monnaies s'en fait voler un que j'avais remarqué sur une rambarde, mais un élève s'en aperçoit et me le refauche sous le nez en disant « C'est pour le père François ».

     

    Je cherche le passage vers l'autre rive et ce pavillon éclatant de blancheur où je pourrais être couronné « comme je le mérite ». Toujours la foule, considérable et dynamique.

     

     

     

    61 04 29

     

    Fragment épique.jpg1) Chez mes parents, je les trouve inquiets : des mafieux veulent les liquider. Après hésitation, je décide de fuir par l'arrière, jusque loin dans le nord.

     

    2) Métro. Un contrôleur me regarde bizarrement puis me sourit : non, je ne veux pas me jeter sous la rame. Dans le wagon, j'essaye de rester bien à l'écart, comme si j'étais contagieux.

     

    3) Mes classes sont vides, les élèves se répandent un peu partout, en toute bonne camaraderie excessive. Je menace de les signaler comme absents, quelques copies sont remises : Parchoun a 10. C'est tout ce que j'ai pu faire. Peur aussi de communiquer à mes élèves un éventuel sida.

     

     

     

    61 05 07

     

    Dans la prairie laissée libre derrière la maison s'installent de nouvelles personnes. Nous sympathisons : une femme seule avec une petite fille et deux grands garçons dans les 18 ans. En visite chez eux, je subtilise une carte de crédit avec son encart de papier. Dans un magasin, il se trouve que cette carte (violette) fonctionne, mais j'ai inscrit quelques chiffres sur le carton qui la sertit. Je lui rends sa carte chez elle avec pas mal d'embarras, ayant d'abord consulté ses garçons, très francs et riants. Avec eux je me suis promené sur un canal où une péniche traîné derrière elle un vaisseau de plaisance de type égyptien tardif, mais sur lequel personne ne peut monter, que le propriétaire qui la remorque...

     

    1. Bref, je rends cette carte avec laquelle tout de même j'ai effectué un paiement frauduleux. Cette femme qui tente de me charmer ressemble de plus en plus à Ysilde Lebescot...

    2.  

    3. 61 05 15

    4. Avec Girac et un ami. Raconte sa vie de soldat et les putes de Toulouse qui ont l'air si naturel, et d'un abord facile, alors qu'à Marseille tout se déroule à toute vitesse. Ils restent là y compris à l'heure du dîner ; je leur offre un chocolat. Apparition d'un chien, hirsute, tout gentil : « C'est mon chien sale ! » Ma femme arrive, je suis à poil d'en bas. Girac poursuit ses anecdotes : on avait décidé de mettre à poil les circoncis. Or je suis l'un et l'autre (?). Le lendemain, Anne et moi partons vers Toulouse,où je suis convoqué à une conférence pédagogique. Mais Bordeaux et Toulouse semblent se confondre : rue Judaïque barrée, parcage difficile ; je me retrouve dans la Ville Rose.

      1. D'ailleurs je suis en retraite, à quoi bon une telle conférence ? Nous errons en touristes, pas question d'aller voir les prostituées bien sûr.

     

     

     

    61 05 20

     

    Il y a d'abord ce premier rêve, réunion de Terminales dans notre ancien atelier rue D – J, où il faut baisser la tête à la porte, où l'on se presse à l'infini, où je serais le seul de mon âge.

     

    Puis cet autre : la préparation, dans ce même atelier, d'une conférence au dernier moment, sur les petits rats masculins de 7 ans, à qui l'on fait croire qu'ils dansent pour faire plaisir au petit Jésus : aliénation, ambiguïté ! Ceci doit être présidé par Nicole Schmoh ou Colette Longet, il existe aussi un homme à l'arrière-plan, qui attendent mon résultat. Je notre entre les lignes d'un document, ou même au dos de ma chemise, qu'il me faudra donc ôter. Je dois rassembler mes idées, faire un plan, au moins, mais impossible de me concentrer. Les volets de l'atelier restent fermés longtemps, même leur ouverture procure peu de lumière. J'ai vu l'un de ces petits garçons : on lui ment, on l'étouffe, on le déforme.

     

    Il s'en tirera par son art, s'il parvient à un niveau suffisant, mais après quelles contorsions de bonzaï ! Même réveillé, je m'efforce de rassembler mes bribes de raisonnement, de construction. Mais l'essence s'en est évaporée.

     

  • Rafale

     

    51 11 18

     

    Sartov a déménagé avec un pote. Ils m'indiquent un chemin pour revenir rue de Pessac et visiter Nicole. Ils me placent en voiture dans un carrefour au sommet d'une colline urbaine, d'où partent maintes directions (“Jaurès”, etc.) Ma voiture démarre difficilement. Elle s'engage même sur des rails. Je parviens à destination à travers une vaste saignée ménagée par des travaux d'urbanisme, bien dégagée, sans savoir par quels quartiers de Bordeaux je peux bien passer. J'arrive soudain à son ancienne adresse, devant Alain Delon au centre d'un vaste bureau d'agence immobilière. Il croise les bras et me dit : “Vous ne saviez pas que c'est moi qui lui ai vendu l'endroit où il habite actuellement ?” Il est gonflé d'autosuffisance devant ma stupéfaction, son bureau domine tout le quartier par de vastes baies, il y a chez lui un vaste globe terrestre à l'ancienne. Cette ville ressemble plutôt à Bruxelles ou à Liège.

     

     

     

    51 11 28

     

    Nombreux rêves. Tout à la fin : suite à une très bonne émission, où j'imagine qu'on me félicite, une grande jeune femme rougeaude et enveloppée mais appétissante se laisse entraîner sans trop de résistance dans une remise du studio, et embrasser sur la bouche. Je lui fais passer les mains par ma chemise pour qu'elle puisse se réchauffer les doigts sur mes côtes, nous nous embrassons à nouveau sur la bouche, elle trouve cela exaltant, cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas touché un homme. Deux copines nous surprennent d'un air de blâme, elle les suit pour nous justifier avec enthousiasme, et moi je dirais qu'elle s'exalte bien pour une simple pelle.

     

     

     

     

    Banc public, et canard.jpg

    51 12 03

     

    Chez Mono, et aussi un peu à Buzancy (Aisne). Devant moi un tapis de souris humide où figurent des curseurs de table de mixage. Je les déplace avec les doigts et cela donne une harmonie très prenante aux ondes Martenot, une mélopée répétitive, évoquant une grande villa très claire, sur les syllabes prolongées “AL-GE-RIE”. Tout le monde m'écoute avec respect, puis le tapis s'assèche, les représentations graphiques de curseurs ne peuvent plus s'animer, la symphonie s'éteint.

     

     

     

    51 12 06

     

    Après un cours donné à quatre ou cinq élèves assez insolents dont la fille B., mais à qui je manifestais une indulgence amusée, je suis jeté en costume du XVIe siècle dans les douves asséchées et boueuses d'un château d'où mes appels au secours ont une grande difficulté à me faire extraire par mes élèves eux-mêmes.

     

     

     

    51 12 07

     

    Je fais cours à une classe passablement agitée, cours réussi mais fatigant. Mon père est à côté de moi, jeune, dynamique, c'est lui l'inspecteur. Je lui dis dans le couloir que c'est bien ; pour une fois, cela suffit. Mais je serais épuisé de continuer : je suis en retraite, tout de même ! Au réfectoire, les serveuses sont peu aimables, je dois prendre des assiettes en plastique. Mauvaise cuisine. Chez moi, c'est haut de plafond, très clair, bruyant (sur la rue), pas encore de meubles, ville inconnue. Anne et sa fille sont en courses, je regarde des photos sur un appareil numérique, apparaît

     

    Flore, joyeuse et sympa, sur l'écran ; comment dissimuler cela si l'on revient ? Il faudrait jeter la cassette entière...

     

     

     

    51 12 13

     

    Au sommet d'une pente rocheuse, une fenêtre incrustée dans une ruine est ouverte devant moi, elle donne sur une immense déclivité en forme de ravin, parsemée de rochers et de prairie, dans la brume. On essaye de me persuader que je pourrai planer sans danger au-dessus de ce paysage, en vertu de pouvoirs exceptionnels. La pente commence presque immédiatement. Je me recule, je refuse.

     

     

     

    51 12 18

     

    Avec Leonardo di Caprio, accroupis de nuit devant deux tuyaux sur le sol ; il faut toucher le bon. Sinon c'est l'explosion. Il se décide enfin, rien ne se passe. Il se redresse en me disant d'un air suffisant qu'il faut savoir se montrer viril.

     

     

     

    51 12 20

     

    Dans une chambre située au rez-de-chaussée de l'internat du lycée de Sainte-Foy je reçois un petit garçon souffreteux pour une leçon de violon. Je suis allongé sur un gros couvre-lit molletonné. Arrive sa tutrice, la cinquantaine, vieille fille pincée, avec des espèces de sachets de thé qui lui pendent sur les sinus. Je m'enquiers de sa santé, elle va mieux. Je lui dis “Je suis un voluptueux” pour atténuer l'effet de ma tenue négligée (pyjama et robe de chambre). J'imagine qu'elle pourrait me recevoir dans sa chambre d'hôtel à elle, et qu'ensuite, peut-être... Et aussi qu'elle me réclame le reste du paiement d'un violon.

     

  • Ouroumtchi

     "Secouer la domination féminine ?" D'étranges choses en vérité, qui densifiaient ses rêves, suite au film et au whisky: une petite fille s'est pendue, après un simple viol. Que se passe-t-il dans les filles pour qu'elles se pendent après pénétration ? La peur, la douleur, cela peut se comprendre. Mais la honte ? Devant un sexe de femme, un garçon éprouverait-il de la honte ?

     

    "C'est grand" - la surface, entendait-il. Ce garçon que je connaissais.

     

    Si la monitrice de la colonie de vacances l'avait seulement touché - je parle de moi - il serait allé tout rapporter. J'en suis certain. L'équivalent du ruban de Rousseau. Elle renvoya le petit garçon après avoir tourné maintes fois dans sa chambre. En ce temps-là, je possédais encore la faculté de m'ingérer tout doucement dans la torpeur la plus voluptueuse.

     

    Les enfants jouissent de mille façons ; l'adulte n'en a plus qu'une. Et encore. "Tu ne reviendras pas". Mais s'il s'était passé la moindre chose (j'emprunte ici l'obscène litote des matrones), Joj(dh) eût tout révélé, par sa joie inquiète, à ses parents : il voulait tout partager avec eux, recevoir des réponses. Les plaisirs des enfants procèdent des incertitudes, du péril.

     

     

    La fontaine en toile.jpg

    Si tu touches un enfant : tu ne sais pas s'il ne va pas transmettre à sa mère les questions qui sont nées. Il est à craindre qu'une manipulation de sexe trop tôt menée n'entraîne l'enfant à rechercher ces attouchements - mais d'où proviennent ces hystéries où sombrent les bébés ? Pourquoi l'intervention des nerfs ? Que viennent-ils faire ici ?

     

    Cinq et quinze ans diffèrent du tout au tout.

     

    Ce matin, Jojdh a rêvé de tout cela, et d'autres choses semblables, où les femmes-en-vrai le dominaient.

     

    Il s'en est sorti trois fois sans sexe avec honneur.

     

    A levé ses deux hôtesses et conduites aux cuisines ; les domestiques leur ont servi le lait. Il s'est senti fort en ouvrant la fenêtre. Il trouve que de plus en plus, depuis l'éternelle mort de sa mère, le sort et les rêves lui confient la force au réveil.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Stendhal, amoureux de l'Italie

     

    Il n'y eut plus qu'un séjour à Milan, ainsi qu'à Rome. Ah, Milan !. Sa cathédrale, ses pigeons, la photo que nous achetâmes - nous ne devions plus revenir. Quant à Rome, trois jours pour Annie en 64, zéro pour moi, malgré Kalda - budget minable, hélas. Je ne voyagerai plus. Rome, ni Naples, ni Pompéi... la Sicile... rien de tout cela. Ou si vieux. Cela n'en vaudra plus la peine. Parfois il me vient une grande bouffée, au volant, de joie de vivre : la seule liberté qui me reste. Le voyageur, parti de Milan, gagne directement Naples par Bologne, Florence, Sienne, Terracin et Capoue. On ignore toute ville tant qu'on n'est pas imprégné de quelconque.

     

    Ce qui se passerait si l'on devenait “de là”. Sans plus rien trouver d'extraordinaire. Ces détails mornes qui résument la ville.Il n'est pas question du voyage de retour. Je disà mon épouse (une rencontre) : “On achèterait là-bas, comme Léo” - mais la camorra, la mafia à payer – j'aurais bien oublié le français. Dommage. Peccato. La prononciation, l'intonation. L'aritocratisme aussi, et les palais. Sans marquis ruinés comme en France, où le dernier croquant se plaint de l'impôt ; les Italiens fraudent avec classe. Rire, décontraction, pendant que les Français serrent les fesses et se pincent les lèvres. La nouvelle édition reproduisait à peine le quart du texte de la première : enfin M. Stendhal devient raisonnable, expurge ses plagiats.

     

    En ce temps-là, il suffisait d'expédier cinquante ou cent dix exemplaires pour se faire un renom ? mais on était enfoui sous tant de populace. De nos jours sous les innombrables publications. 700 romans prévus pour la rentrée. ...encore l'enrichissait-elle d'innombrables additions. Des développements considérables étaient ajoutés - “dédé”, Monsieur Martino, “dédé” ? ...est-ce là écrire ? séjour à Milan (...) (caetera desiderantur). Ce nouveau roman risquait fort de ressembler, dans beaucoup de ses parties, à Lucien Leuwen. Stendhal l'abandonna au bout de quelques mois. Décidément il ne pouvait donner la vie à son couple idéal avec des héros trop près de lui, trop semblables aux Français de son temps, avec des aventures sinon de tous les jours, du moins insuffisamment romanesques. Ma foi ce qui me gênerait, moi Stendhal II, ce seraient précisément ces êtres romanesques, ces gens qui parleraient, agiraient, tout autrement que moi-même.

     

    Une des innombrables vues de Charente.jpg

    Qui agiraient tout court. Et qui auraient agi, et qui se souviendraient. Agir sur-le-champ

     

    me semble du dernier mauvais goût - ressentir, se promener, voyager, soit – mais remuer : quelle débilité. Toute action manque absolument de toute vérité psychologique, voire de toute dignité. De même, la mère de Céline à l'en croire ne se laissait émouvoir que par des peines semblables aux siennes. Il assemblait la matière ; l'étincelle jaillissait, mais ne pouvait enflammer le tas. Et parfois c'est le bois qui ne veut point prendre. Mais la récompense de ce long effort va venir. Pour moi plus d'effort. Plus jamais. Lutter pour l'éveil m'absorbe en entier. Je renonce à l'effort, à ses pompes et à ses œuvres. Mais pas d'action. Plus d'action. Pour son gagne-pain, il écrit des “Chroniques italiennes”, qui sont d'horribles faits divers, où il gave son goût de l'énergie, son admiration des beaux crimes et des solennels supplices. Ah mon petit Stendhal, toujours incapable de concevoir la moindre action, hors ce que tu es sûr de pouvoir ou d'avoir pu faire toi-même !

     

    ...Nous n'avons que notre corps, c'est lui qui nous fait mourir. Quant à nos insignifiantes écritures, songeons à tant de manuscrits dormant dans les archives familiales, comme ces vieux rouleaux de films d'été. Stendhal amasse, écrit, n'achève rien. Bientôt viendra Le Rouge et le Noir, puis La Chartreuse de Parme. Lu 3 fois je crois Pas si terrible pourtant. Flaubert aima-t-il Stendhal ? La flamme prend et va atteindre les matériaux de vie romancée et d'autobiographie, si inutilement entassés jusqu'ici – qui te dit, Martino, ce qui est utile ou ne l'est pas ? Pourquoi sa vie, celle de son héros et de son héroïne, ne s'intéresseraient-elles pas, convenablement affabulées, dans une belle chronique choisie ? La mort et le spectacle : seules actions qui vaillent.

     

    J'ai vanté aux élèves la parfaite ordonnance des cimetières : tout était bien fini, bien aligné, une date de naissance, une date de mort, parfois seule cette dernière, comme au cimetière des fous à Cadillac. Cela m'avait fait frémir, au temps où je frémissait encore. Plus de souci d'imaginer le détail d'une vie et de la conduire ; plus de crainte d'être commun. Ce fond de tableau incendié créera une atmosphère glorieuse. C'est une brusque cristallisation : la Chartreuse de Parme est au terme du long effort de Stendhal pour ressaisir sa vie et pour l'idéaliser. Après (...) il ne songe plus à recommencer cette tentative enfin réussie. Stendhal aura peu achevé. Deux chefs-d'œuvre.

     

    Pourquoi ne sont-ils pas restés inaperçus ? il s'écrit tant de choses... Voyons La Chartreuse d'un peu plus près : La vie d'Alexandre Farnèse est devenue celle de Fabrice del Dongo; Vannozza s'appelle la Sanseverina ; Rodéric est le comte de Mosca ; c'est le crédit de la Sanseverina, maîtresse du premier ministre, qui fait la fortune du « neveu chéri » ; Stendhal a développé cette dernière indication. La jeune femme, enlevée par Alexandre, a pris les traits d'une petite comédienne. Le château Saint-Ange est devenu l'imaginaire tour Farnèse. Les circonstances de l'évasion n'ont pas été modifiées. Fabrice devient coadjuteur de l'archevêque, comme Alexandre cardinal. L'épisode des amours secrets d'Alexandre et de Cleria a donné l'idée de la passion de Fabrice pour Clelia Conti. Stendhal a reproduit jusqu'à la circonstance d'un enfant né de cet amour.

     

    Bien d'autres chroniques ont été utilisées dans la « Chartreuse », et elles ne sont pas représentées toutes dans les manuscrits italiens de Paris. D'autres histoires de prison, où l'on voyait d'autres Farnèse enfermés au château Saint-Ange, la prodigieuse évasion de Benvenuto Cellini, qui, plus hardi qu'Alexandre Farnèse, seul, sans la complicité de geôliers, avait su descendre le long de la haute tour. Près de Parme, à Colorno, Stendhal avait trouvé un château des Sanseverini, et, dans les souvenirs attaché à ses murs, une duchesse Sanseverina, grande amie des écrivains et des artistes, qui, ayant pris part à une conjuration contre Ranuce Farnèse, fut décapitée en 1612. Une autre Sanseverina, comtesse de Nola, avait commencé sa vie de femme comme la Gina fait la sienne. Elle était très heureuse ; son mari meurt ; elle se retire chez son frère, qui la traite durement. Elle se réfugie à Naples, et devient vite une personne très influente à la cour : elle est l'amie préférée de Dona Maria d'Aragon. De même, la Sanseverina s'était d'abord appelée comtesse de Pietranera ; son mari meurt ; elle se réfugie chez son frère, le marquis del Dongo, mais elle s'y ennuie, etc.

     

    Il y a apparence que le personnage de Ferrante Palla, médecin, poète, amoureux et voleur, qui vit caché dans la campagne de Parme, a été inspiré par le personnage du poète Ferrante Pallavicino (1618-1644), qui, lui aussi, vécut caché à Venise, occupé à courir des aventures galantes et à faire imprimer secrètement des vers satiriques. On trouve aussi, dans un des manuscrits italiens, le nom d'un certain Ferrante Pauletto, condamné à mort comme voleur et comme assassin.

     

  • La Dama azul

     

    C'est bête, je vous ai tout dit. Le suspense est annulé. Si ça se savait, mon bon monsieur, l'Eglise universelle serait soupçonnée de fraude comme un vulgaire François Coppé, et ce ne serait pas bon du tout : le catholicisme s'effondrerait, notre pape serait bel et bien le dernier, comme il est prédit par les prophéties dites de saint Malachie. L'ennui est que l'on croit parce que c'est absurde : credo quia absurdum ou mieux quia ineptum, quia impossibile. La réponse est imparable : plus c'est con, plus j'y crois. Mais ne versons pas dans l'irrespect, et ne désespérons pas sinon Billancourt du moins l'épiscopat. N'oublions pas que c'est le martyre qui crée la foi, et non pas la foi le martyre. Et passons au texte, dont nous allons tâcher de livrer une traduction pas trop déshonorante. Cela débute en juillet 1629 à en croire des documents, peut-être vrais, peut-être apocryphes, pero ¿ quién sabe ?- qui sait ? Et le premier qui me répond « le plombier » je lui fous mon poing sur la gueule. No se debe así ironizar con cosas de religión... « L'indienne prit la bible entre ses mains, la baisa avec tendresse et cria quelque chose d'incompréhensible qui répandit l'agitation chez ses compagnes.

     

    « Cette femme arborait une chevelure blanche et vénérable répartie en deux tresses. Elle ne montra pas la moindre hésitation. La tenant dans ses bras elle la fit passer parmi les siens, la leur faisant toucher. Il y eut des malades qui baisèrent la couverture sombre des Ecritures comme s'ils espéraient guérir par ce geste. Il y en eut même qui se jetèrent au sol en implorant la bénédiction du Livre. Mais la plupart se contentèrent de l'efleurer de la pulpe de leurs doigts.

     

    « - Sans aucun doute, c'est une manifestation divine. Roc.jpg

     

    «  Mais les frères ne sortaient pas de leur stupéfaction.

     

    «  - Personne ne nous croira quand nous raconterons cela !

     

    «  - Ils le feront, mon frère. L a foi de ces gens-là nous rendra crédibles. »

     

    Sans transition, faisons un saut de huit siècles trois quarts et transportons-nous, cette fois par l'imagination, dans la cité du Vatican, où sévit l'Américain de service : « Il dottore Albert se tint pour satisfait par les déclarations de Giuseppe Baldi. Le bénédictin n'avait pas la moindre idée sur l'identité de la mystérieuse visiteuse du Père Corso » tombé de la fenêtre, « et, pour autant que les deux le sussent, il n'allait pas être facile de la retrouver » - c'est la dernière à l'avoir vu vivant : l'aurait-elle transporté au XVIIe siècle ? « Corso avait été aussi enseignant du secondaire et il recevait fréquemment des élèves garçons ou filles sur les lieux de son enseignement. Même s'il était peu probable que l'une de ces jeunes filles portât des chaussures rouges, ni qu'elle t revêtu un costume classique comme celui décrit par le concierge à la police, la description pouvait correspondre à la mère d'une étudiante. Ou peut-être à l'une de ses collaboratrice à Radio Vatican.

     

    « - Ecoutez-moi bien, Albert. Avant de mourir, le Père Corso m'a écrit pour me mettre au courant de ce que vous aviez synthétisé les fréquences sonores nécessaires à la vision du passé par une autre personne. Est-ce sûr ?

     

    «  - C'est vrai, approuva-t-il. Tout nos résultats se trouvaient sur le disque dur qu'ils ont effacé de son ordinateur. Mais je dois vous dire que nous sommes arrivés à quelque chose de plus que de contempler le passé.

     

    «  - A quoi faites-vous allusion ?

     

    « - Vous verrez, mon Père. Obtenir des images et des sons du passé était l'objectif principal de la chronovision. Le Vatican s'était seulement proposé de jeter un coup d'œil à l'histoire. Nous, en revanche, nous avons découvert que nous pouvions y intervenir. Et passer du rang de simples spectateurs à celui d'acteurs a transformé le projet initial en quelque chose de bien plus important que ce que personne ait jamais imaginé. »

     

    Ce thème est récurrent dans nombre de nos films ou livres de science ou de fiction, de Borgès à L'armée des 12 singes. Notre curiosité s'en trouve puissamment stimulée. La dame bleue présente tous les ingrédients pour constituer une histoire passionnante, longuement exposée, l'enquête progresse, dans une grande connaissance de la composition et de la progression littéraire, mais que d'hérésies, mes frères, à se faire dresser les cheveux sur la tête : raison de plus pour lire, en français ou en espagnol, La dama azul, de Javier Sierra – il est vrai que « Xavier Lamontagne », ça le fait pas. ¡Olé !

     

  • Vous submerger dans mes nuages

     

    51 10 14

     

    Je dois présenter des textes à moi au couple Jean B. Ils habitent un très beau château avec une grosse tour. Ce n'est pas la première fois que je viens ; ce jour-là, des travaux affaiblissent un mur sommé de tuiles. J'y marche cependant sans dégâts, passant par le sommet des toits pour éviter ces gens qui m'intimident : je les visiterai au retour. Je pénètre dans uen mansarde avec un petit transistor en marche, espérant ne pas me faire repérer. Mais je l'éteins, je remonte de pièce en pièce, surpris deux fois par un couple de domestiques à qui je fais le signe de se taire. Ils le font.

     

    Où était-ce.JPGJe suis nu. Je m'échappe par un rebord de toit qui s'appuie directement sur des montagnes. Ici je pourrais faire le raccord avec un autre rêve, qui me fait traverser puis retraverser en arrière une petite forêt, comme j'en ai vu en Lozère au mois d'août.

     

     

     

    51 11 02

     

    Je me promène à vélo dans les environs de Reims. Parvenu à un restau-bistrot villageois, je mange une énorme soupe au vin pas très saine, à une tablée de ploucs. Je remets ce que je ne veux pas dans la marmite, ou directement dans un énorme récipient sous le nez d'un gros rougeaud, qui manifeste son étonnement mais avale. Je me suis excusé de lui avoir forcé la main, il en est bien d'accord mais avale gloutonnement. En sortant, je cherche mon vieux vélo d'emprunt, le retrouve sans qu'il ait été volé, ouf. Juste après, une ville splendide, inondée, aux trottoirs étroits.

     

    Une femme enlève en souriant de sous mes roues une machine comme une vieille imprimante, puis après le virage sur ce quai étroit, deux chaises de jardin en plastique blanc (elle m'avait dit “Après le coin, ça se gâte”). La cadre architectural est remarquable (XVIIIe s.). Je pense à mon itinéraire, je frôle les régions de mon enfance à côté de Reims. Mon voyage ne doit durer que quelques jours.

     

     

     

    51 11 04

     

    Je suis dans une taverne typique et coloriée (jaune-rouge-vert) de la Terre de Feu. Une carte au mur en montre une partie, ainsi qu'une petite île, dans l'Atlantique, que l'on me désigne. Un Argentin truculent, à collier de barbe, nous parle dans un mélange d'espagnol et de français. Il possède un grand prestige, au point de faire mettre à la porte par le patron une grande partie des assistants, qui ont trop bu et mènent grand tapage. Il ne veut plus parler qu'à moi, à qui il évoque ses femmes successives, plus viragos et caricaturales les unes que les autres. Nous arrêtons de parler de cela au milieu des éclats de rire.

     

    Il recherche mon amitié.

     

     

     

    51 11 08

     

    Je rejoins Annie au matin après une séparation. Elle habite au deuxième étage et j'entends de la rue le bruit pesant de ses pas sur le parquet. Un bijoutier se penche par sa fenêtre, au premier, avec son lorgnon fixé sur l'œil. Il se plaint du bruit. Annie apparaît à la fenêtre et nous pouvons nous rejoindre. Je pars faire les courses en traînant un caddie déjà garni. Je n'ose compléter les courses avec ce caddie déjà plein. Il faudrait que je le remporte chez moi et que je revienne en auto. Je monte à une cafétéria. Un homme est en train de montrer sur un mur des vues cinématographiques. Ce sont de magnifiques nocturnes qui s'envolent, même de jour, dont l'un, tout bleu, à travers l'habitacle d'une voiture. Je regrette qu'Annie ne soit pas là pour les admirer. A une table, un grand jeune dégingandé essaie d'attirer l'attention du commentateur sur une espèce de pavé qui se soulève dans la salle, en forme de champignon, et lui répète : “Tu vas mourir sur la route ! Tu vas mourir sur la route !” Cf. Septimus de Woolf.

     

     

     

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    1)Je fais reculer des voitures sur de l'herbe coupée, en pleins champs, reculant moi-même de plus en plus loin, il y a au volant de la troisième un chasseur très aimable.

     

    2) Je veux faire à pied dans la brume le tour, par la rocade, de Toulouse par l'ouest (ce serait plus intéressant par l'est ; mais je le repousse à une autre fois, à proximité des monuments les plus intéressants). Il s'agit à la fois de Toulouse et de St-Girons. Peu de circulation, je marche plutôt sur la piste cyclable. Vient à ma rencontre une jeune famille expulsée, le père, la mère, l'enfant, qui errent ainsi.

     

    3) Nous nous retrouvons dans une chambre de location

     

    a) 1e version : moi seul avec une logeuse qui vit seule au rez-de-chaussée, et qui ne dirait pas non si je la rejoignais.

     

    b) 2e version : dans une chambre minuscule prenant le jour par une tabatière coulissante, avec Annie et Véra sans doute, comme en Lozère. Annie se désole de devoir quitter Mamers (en même temps Toulouse) parce qu'il lui reste un ticket de douche municipale. Lucinda très calme veut essayer de lire dans mon carnet rouge de citations et je m'en réjouis.