Proullaud296

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  • A spot of bother

     

     

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    C'est écrit en anglais, et si vous ne possédez pas suffisamment la langue de Lowry (assez de “Shakespeare”) vous aurez l'impression de comprendre, vous comprendrez à peu près de quoi il s'agit, mais vous auriez tout intérêt à le lire dans votre langue à vous, le français. Autrement, vous dis-je, une main sur le dictionnaire, en essayant de ne consulter qu'un seul mot par double page, vous risquerez, comme il m'est arrivé, de tout percevoir à travers une espèce de brouillard.

     

    Et pourtant c'est bien une telle impression, de brumes cotonneuses, qui prédomine dans le livre : les personnages se trouvent tous embarqués dans une histoire affolée, qui est la leur mais à laquelle ils peinent à imprimer une direction quelconque : des rats dans le labyrinthe comme on dit, ou bien des héros de bandes dessinées. C'est bientôt jour de noces en effet entre l'épineuse Kathy et son fiancé, lesquels ne peuvent pas se dépêtrer de leurs conflits et engueulades, si bien qu'ils sont en droit de se poser des questions. Problème numéro deux : peut-on décemment inviter le couple homosexuel formé par son frère (si j'ai bien compris) et son petit ami ? Lesquels sont aussi en bisbille, en partie à cause de ces réticences d'invitation, le frère disant “Tu comprends, tout de même...”, et le petit ami refusant de “comprendre, tout de même...” Sans oublier que la mariée, Katy, se trouve déjà flanquée d'un gosse obtenu d'un autre donneur de sperme : ce petit infernal s'appelle Jacob, ce qui sonne plutôt adulte, et veut toujours voir une vidéo chiante pour enfant de son âge aux moments où tout le monde s'affole, ou bien commence une de ces conversations sur le monde, l'univers et la couleur des chaussettes comme les enfants en ont toujours le secret pour emmerder l'entourage à grandes bennes de “pourquoi” plus absurdes les uns que les autres mais éminemment formateurs pour l'enfant, bien sûr. Puis, sans transition, Monsieur Morpion veut jouer au ballon au beau milieu de l'appartement ou bien fait un gros caprice parce qu'il manque de sa marque de chocolat préférée : c'est très bien rendu par l'auteur. Il faut également savoir qui l'on va inviter, ce qui fera plusieurs dizaines de personnes, plus ou moins compatibles, car les amis du futur Monsieur ou de la future Madame se conviennent aussi bien que les deux fiancés, c'est-à-dire de façon pour le moins contrastée.

     

    Ceux qui ont organisé une noce auront compris de quoi l'on parle, alors qu'il est si simple de s'être engueulé avec la famille depuis des lustres et de se retrouver à six autour d'une table en se faisant la tronche, ce qui n'est pas plus mal. Nous ajouterons que la maman de la mariée trompe le papa de ladite, avec son meilleur ami comme il se doit, et enfin, que ledit mari, George, voir plus haut, s'est imaginé avoir un cancer, avec des taches sur le biceps et autres symptomes psychiques : au lieu donc de poursuivre ses travaux de maçonnerie, il les laisse en plan au milieu du jardin où se tiendra la réception de mariage et s'enfuit, carrément, à l'hôtel, alors qu'un autre ami l'attendait en villégiature pour se reposer un peu avant les noces. Le père et futur beau-père se paye une cuite carabinée, salope la chambre d'hôtel, se cogne dans la porte à s'en défigurer puis finit par se faire choper par les flics en pleine nuit et complètement bourré en train de longer un sinistre canal bien profond sans lumière. Le tout (et j'en passe) forme une vaste salade où chacun s'interpelle, erre parmi ses hantises et ses remords, se livre à des dialogues ou des monologues particulièrement incohérents ou trop logiques au contraire, toujours en proie aux soupçons, aux colères, aux émotions extrêmes de l'amour fou et de la rupture déchirante, et le lecteur s'émeut, comprend ou pas, rigole ou sent les larmes qui picotent ou les deux à la fois et se demande quel zigzag va bien pouvoir perturber la marche déjà chaotique de cette mécanique folle.

     

    Ce qui n'est pas sans rappeler Trois mariages et un enterrement, avec toutes ces alternances d'absurdités, de heurts, de courses précipitées au milieu des jurons et des jupes qui tombent d'un coup sur les chevilles. Un grand talent. Une imagination folle avec tout ce à quoi l'on peut s'attendre dans l'inattendu (car c'est tout un art de choquer sans choquer, de surprendre sans outrepasser les bornes) : tous les ingrédients de la rigolade et du succès de librairie, enfin, théoriquement. Style alerte, vocabulaire aussi pittoresque et riche que la langue anglaise quand elle veut s'en donner la peine et sortir du basic english, le tout éminemmenbt sympathique et humain, troop humain, à la perfection. Toute la palette des sentiments, un talent fou. Et si l'on tient à émettre une restriction, cela ressemble à Plus belle la vie, mais en nettement moins con et conventionnel ; vous vous reconnaîtrez tous : Then Jean shot across the room at a surprising speed, saying, 'Don't worry. Et tout le monde de courir, incapable de maîtriser ce qu'il a enclenché. A spot of bother, c'estune litote : non pas “Une touche d'ennui”, mais une grosse pelletée d'emmerdements, et c'est tellement plus drôle quand ce sont les autres bouffons qui dégringolent de la benne à ordures. Et comme on dit à la fin des cartoons : C'est tout les mecs ! That's all folks !

     

  • Philippe le Bel

     

    LANGLOIS

     

    Un impressionnant pavé de 450 pages fera l'objet de notre décorticage de ce soir. Il s'agit d'un ouvrage paru en 1900 et réédité chez Tallandier : « Saint Louis – Philippe le Bel », par Charles-Victor Langlois. L'historien bien connu Ernest Lavisse avait entrepris une colossale Histoire de la France, dont il rédigea lui-même plusieurs volumes, mais il chargea certains de ses érudits collaborateurs de composer des volumes à eux. Il ne s'agit pas seulement dans cette histoire de décrire à l'ancienne les événements, brouilles entre cousins, guéguerres entre beaux-frères, mais aussi de démêler les inextricables rouages administratifs et fiscaux d'une époque où naissent les institutions de notre pays.

     

    Entre saint Louis, mort en 1270, et Philippe le Bel, qui monta sur le trône en 1295, s'inscrit un Philippe III le Hardi qui ne laissa guère de place dans l'histoire, et qui ne figure même pas dans le titre. Charles-Victor Langlois est d'une précision, d'uen érudition universitaires. Encore un livre à ne pas mettre entre toutes les mains. Non bacheliers s'abstenir – ou bien, pour le plaisir, feuilletez. Vous ferez connaissance avec une flopée de papes, dont Boniface VIII le tranchant qui fut sinon giflé du moins bousculé ; avec des personnages éperviers, tels le sinistre Nogaret, champion de la calomnie.

     

    Sa calomnie préférée était d'accuser du péché de sodomie. Il a dû se faire enculer et ne pas s'en remettre ; avec des Templiers richissimes, que Clément V n'a pas voulu sauver. Le livre s'arrête en 1328, où monte sur le trône le stupide Philippe VI de Valois, qui déclencha la Guerre de 100 Ans. N'étant aps historien, il ne m'appartient pas de juger de la méthode de Charles-Victor de Langlois. Je me contenterai, pour cet ouvrage d'accès difficile, de vous ouvrir quelques fenêtres sur ce monde si proche. Ainsi, pensiez-vous que saint Louis intimidait fort ses enfants ? Voici une anecdote qui ne court pas les livres d'hagiographie :

     

    Le spectre.JPG

    P. 47, § 2 :

     

    « Louis IX eut six fils, dont l'aîné, Louis, mourut en 1260, à seize ans, et cinq filles. Il prenait soin de leur éducation. Philippe, qui lui succéda, décrivir aux enquêteurs du procès de canonisation les exercices que leur père avait coutume de leur imposer, à lui et à ses frères. Son attitude, en présence du saint roi, était, semble-t-il, un peu craintive, ni lui, ni Pierre d'Alençon, ni Robert de Clermont, ni Thibaut de Champagne, roi de Navarre, époux de leur sœur Isabelle, n'avaient d'abandon avec leur père. « Le roi, raconte Joinville, appela monseigneur Philippe, son fils, et le roi Thibaut, et s'assit à l'huis de son oratoire, et mit la main à terre, et dit : « Asseyez-vous ici, bien près de moi, pour que l'on ne nous entende pas. » « Ah ! Sire, firent-ils, nous ne nous oserions asseoir si près de vous. » Et il me dit : « Sénéchal, asseyez-vous ici » ; puis, s'adressant à eux : « vous avez mal fait, vous qui êtes mes fils, et qui n'avez fait du premier coup ce que je vous ai commandé. Gardez que cela ne vous arrive jamais. » Et ils dirent qu'ils ne le feraient plus. »

     

     

     

    Savons-nous davantage que la piété de Louis IX lui inspira vis-à-vis de l'Angleterreune politique jugée sévèrement ? Il admirait tant la piété de Henri III of England qu'il lui aurait volontiers consenti bien des droits en France. D'aucuns jugeaient cet Henri III bien benêt.

     

    P. 94, § 3 :

     

    « Henri III s'était de bonne heure efforcé, nous l'avons vu, de reconquérir les provinces que Philippe Auguste avait enlevées à son père, le roi Jean ; mais depusi l'échec de sa coalition de 1242 avec les seigneurs de Poitou, il s'était tenu coi, ou à peu près. La trêve conclue en 1243 avait été renouvelée. Ce n'était ni la paix ni la guerre. Or Louis IX, dès son retour, souhaita qu'un traité définitif intervînt. D'abord il aimait, il vénérait Henri III à cause de sa piété exemplaire; et puis, il aimait la paix. Aussi, quand Henri lui demanda, en 1254, la permission de traverser le royaume pour aller de Gascogne en Angleterre, il consentit avec empressement, et il alla à la rencontre de son hôte

     

    jusqu'à Chartres. Mathieu de Paris, qui force la note, dit qu'il fit à Henri, en soupirant, suspirans, voce demissa, des confidences sur l'orgueil des Français et l'obstination des douze pairs : « Ils ne veulent

    pas que je vous rende vos droits ; sans eux, nous serions inséparables... » Le fait est que des négociations s'ouvrirent, qui se prolongèrent cinq ans. Elles aboutirent à la conclusion du traité fameux qui fut juré au Temple, à Paris, le 28 mai 1258, et ratifié de part et d'autre en décembre 1259. »

     

     

     

    Passons à Philippe le Bel, tempérament billieux et féroce s'il en fut. Voyons-le humilier le Pape Boniface VIII, grand gueulard autoritaire. Que donne la confrontation ? Ceci : Philippe n'est pas saint Louis, et regarde la perfide Albion sans sympathie excessive. D'abord, le pape fait petit cul et flatte la France encore qu'il ne lui déplairait pas de se mêler des affaires françaises à l'occasion des bénéfices et nominations ecclésiastiques. Atmosphère de la cour de Rome : p. 141 -

     

    « Le pape, battu en France, battu en Angleterre (où la constitution Clericis laïcos n'eut pas plus de succès que sur le continent, subit encore d'autres humiliations. A l'exemple de ses prédécesseurs, arbitres désignés des querelles entre chrétiens, il s'était occupé de rétablir la paix entre la France et l'Angleterre. Or Philippe n'accepta son intervention que sous réserves. Le 20 avril 1297, à Creil, les cardinaux d'Albano et de Préneste se présentèrent à la Cour de France : Boniface avait résolu de contraindre les deux rois belligérants à conclure, sous ses auspices, une trêve jsuqu'à la saint-Jean 1298. Philippe, avant d'autoriser les légats à lire les lettres pontificales, fit déclerer expressément que « le gouvernement du royaume appartenait au roi, et à lui seul ; qu'il n'y connaissait point de supérieur ; qu'il n'était soumis à aucun homme vivant, quant aux choses temporelles ». En juin 1298, les représentants du roi de France n'acceptèrent l'arbitrage de Boniface qu'à la condition que ledit Boniface agirait, en cette occurrence, non comme souverain pontife, mais comme personne privée, comme « Benoît Gaëtani ». Pour comble, quoique les Français ne le ménageassent nullement, Boniface leur a laissé prendre, pendant plusieurs années, à partir de l'été 1297, le haut du pavé à la Curie. Son parti pris de leur complaire fut évident à cette époque. Les sentences arbitrales qu'il prononça en 1298 sont très partiales en leur faveur : « Sire, écrivait d'italie, en février 1299, un envoyé du comte de Flandres, le roi (de France) a si bien perverti la Cour qu'à peine y trouve-t-on quelqu'un qui ose dire de lui ouvertement autre chose que louanges... »

     

     

     

    Ecoutons à présent les vitupérations de Nogaret contre les Templiers. Ce ne sont qu'immondes calomnies, servies hélas par un verbe impressionnant de grandiloquence, dont la traduction française laisse encore percevoir le souffle. P. 188 :

     

    « Une chose amère, une chose déplorable, une chose terrible à penser, terrible à entendre, détestable, exécrable, abomnable, inhumaine, avait déjà retenti à nos oreilles, non sans nous faire frémir d'une violente horreur. Une douleur immense se développe en nous, en présence de crimes si nombreux et si atroces, qui aboutissent à l'offense de la majesté divine, au détriment de la foi, au scandale de tous. La raison souffre de voir des hommes s'exiler au-delà des limites de la nature ; elle est troublée de voir une race oublieuse de sa condition, ignorante de sa dignité, ne pas comprendre où est l'honnheur. » L'auteur du manifeste continue longtemps sur ce ton, avec des élégances qui font frémir : « Elle a abandonné la fontaine de vie ; elle a changé sa gloire en l'adoration du Veau ; elle a sacrifié aux idoles, cette race immonde et perfide dont les actes détestables et même les paroles souillent la terre de leur ordure, suppriment les bienfaits de la rosée, infectent la pureté des airs. »

     

     

     

    Bon ! Passons aux Lombards. Ce sont des banquiers Italiens. On les déteste. Ils vous piquent votre blé, comme disait Charrasse, exigent, c'est un comble, le remboursement de vos dettes. Le seul moyen est de les expulser régulièrement, de tout leur confisquer, puis de les laisser revenir puisqu'on a bien besoin de banques, tout de même. Les Français sont bien trop chrétiens pour se salir les mains à ce commerce, interdit par la religion de Jésus.

  • Ter quaterque repetita placent

     

    Soyons clair et net, franc et sans bavure : le CAPC de Xonville présente de prétendues œuvres artistiques n'ayant en commun avec l'art que la proximité qui relie ma chemise à mon cul.

     

    Je vous le dis en vérité comme un vulgaire Coffe, c'est de la merde. Et je ne le répèterai jamais assez : c'est de la merde, c'est de la merde, c'est de la merde.

     

    On nous présente un art soi-disant contemporain, alors que ça fait soixante ans qu'on nous bassine avec les mêmes excréments paraît-il révolutionnaires et qui sont à la révolution ce que sont les goulags à l'idéal socialiste. Ce qui n'était, ce qui n'aurait dû subsister que comme un joyeux canular est à présent institutionnalisé pour la plus grande joie des spéculateurs bourgeois, qui ne maintiennent artificiellement la valeur de ces sous-merdes que pour ne pas perdre leurs investissements.

     

    C'est devenu de la culture d'Etat, soutenu par les snobs pleins de fric. C'est devenu aussi puissant, aussi monstrueusement inexpugnable que les Salons sous Napoléon III, lorsque les impressionnistes relégués dans un contre-salon n'excitaient que les sarcasmes. Il faut enfin démolir la forteresse de l'amateurisme, du tape-à-l'œil et du manque de conscience professionnelle.

     

     

    Le sexe puissant.JPGPuissance - www.anne-jalevski.com

    Il n'y a là que des gadgets, des négations de potache : trois panneaux peints sur lesquels s'étale la proclamation : "ici on vend du vent". Les rayures de l'ineffable Buren devant lesquels j'ai entendu s'exclamer :"De toute façon avec Buren c'est la déception absolue". Plus : une rangée de lits d'hôpital. Certes, cela ferait un excellent décor pour une pièce de Brecht ou un film sinistre. Mais un décor est au service d'une œuvre, d'une pensée. ici, c'est au service de "ce que vous voudrez". Vide comme une auberge espagnole... et qu'on ne me parle pas de liberté: l'indigence n'est pas la liberté. Des étalages de meubles et de vêtements défraîchis sous des vitrines, ou la banalité érigée enart. S'il est vrai que tout mérite un coup d'œil artistique, n'importe quoi pouvant être promu au rang d'œuvre d'art, eh bien soit, nous avons compris, mais pourquoi, modernistes de mes couilles, exposez-vous toujours les mêmes choses depuis cinquante ans et plus ?

     

    "Nous ne pouvons pas définir ce qu'est l'art", dites-vous? Bien sûr : nous ne pouvons pas définir davantage l'amour, ni même l'électricité (demandez aux physiciens !) - et pourtant, nous continuons à faire l'un et à nous servir de l'autre. Qu'est-ce qu'on est con !

     

    Où sont donc passés le sérieux dans le travail, le sens de l'émotion et de la beauté ? Et mes Pol-Pot de la peinture me rétorquent : "Y a plus de travail !" "Travail-Famille-Patrie" ! "Y a plus de beauté ! Y a plus de sentiments" - oui, cent fois oui : l'on a mis sous ces vocables des réalisations aussi douteuses que les portraits de chiens de Monsieur Rose et les biches aux bois des calendriers des postes.

     

    Mais qu'est-ce qui n'a pas été sali par Pétain et la connerie? On nous dira : "L'extrême droite n'aime pas ce que nous faisons, or vous n'aimez pas ce que nous faisons, donc vous êtes d'extrême droite ! " Voyez le sophisme ! A ce compte, Le Pen a un cul, or il est d'extrême droite : j'ai un cul, donc je suis d'extrême droite ! Petits rigolos ! Je ne vous ai jamais dit que vous étiez de l' "art dégénéré", je vous dit qu'il n'y a même plus d'art du tout ! Le roi est nu ! entendez-vous ? le roi est nu ! et même, il n'y a plus de roi. On nous dit : "Ces mouvements artistiques font partie de l'histoire, ils ont été étudiés comme des mouvements historiques" - rien ne se modifie comme un livre d'histoire - les staliniens et combien d'autres sont bien là pour nous le rappeler - et nous ferons descendre ces usurpateurs de leurs cimaises prétendument historiques...

     

    On nous dit encore : "L'artiste veut présenter,simplement, les instruments de son travail, afin de mettre à nu l'idée de l'art". Je vais donc me présenter à mon éditeur avec un stylo, une feuille et une reliure, et je vais le prier de m'éditer en grande pompe, et très cher : où est-ce que vous croyez qu'il va m'envoyer, mon éditeur ?

     

    Vous trouvez même des prétendus sculpteurs qui entassent des tas de caillasses. Et de vous dire - je n'invente rien : "Au lieu de sculpter par soustraction, je sculpte par accumulation". Tiens ! je vais écrire par soustraction, moi : que des pages blanches ; puis j'irai trouver mon éditeur, et - voir plus haut...

     

    Ce n'est pas "l'art du temps" qui figure là sur ces murs ; mais l'art qui s'est vendu ; à ce compte-là, virez-moi Van Gogh et Modigliani des musées.

     

  • Uranium et Australie

    Observatoire du nucléaire - Communiqué du 18 février 2013 

     

    Uranium : défaite majeure d'Areva en Australie

     

     

    - Un courageux Aborigène a refusé les millions proposés par Areva et a fait classer le Koongarra au patrimoine mondial de l'Unesco, anéantissant définitivement les projets de mines d'uranium

     

    - Les manoeuvres indécentes d'Areva, et ses pratiques relevant de la corruption, ont échoué

     

     

    Le 7 février 2013, une loi australienne a intégré la zone du Koongarra dans le parc national du Kakadu, lui-même classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Cette décision condamne définitivement les projets d'Areva d'ouvrir à Koongara une gigantesque mine d'uranium (*) qui aurait causé des dommages effroyables et irréversibles à l'environnement et mis en cause la santé des êtres vivants.

     

    Le mérite de cette victoire revient en grande partie à un homme admirable, le dernier propriétaire traditionnel (Aborigène) de la région, Jeffrey Lee, qui aurait à ce titre pu devenir l'homme le plus riche d'Australie en acceptant les millions de dollars proposés Areva (**). Notons que cette dernière aurait alors engrangé des milliards, et non des millions, en cas d'ouverture de la mine.

     

    Il est légitime d'estimer que ces offres d'Areva relevaient de la corruption, pas nécessairement sur le plan juridique mais assurément sur le plan moral. C'est justement au nom de la morale, de la droiture, du respect des générations passées et futures, et de la protection de l'environnement, que Jeffrey Lee a mené une longue résistance et obtenu finalement une prodigieuse victoire.

     

    Et ce malgré les pressions incessantes du lobby de l'atome et les manoeuvres d'Areva qui, fidèle à ses méthodes, a tenté par tous les moyens d'empêcher Jeffrey Lee de sauver sa terre ancestrale. Par exemple, en juin 2011, alors qu'une délégation australienne était reçue au siège de l'Unesco à Paris pour faire inscrire la région de Koongarra au Patrimoine Mondial, Areva s'est activée en coulisse pour tenter de faire échouer le processus. (***)

     

    Pour mémoire, Anne Lauvergeon était alors encore à la tête d'Areva, ce qui en dit long sur les méthodes de cette dame, et illustre bien l'indécence du titre de son récent livre "La femme qui résiste" : loin d'être une résistante, elle fait au contraire partie d'un puissant lobby, celui de l'atome, qui tente de s'imposer par les méthodes les plus indécentes. On s'étonnera d'ailleurs de la surprenante impunité dont elle bénéficie alors que de lourds soupçons pèsent sur elle par exemple dans l'affaire Uramin (****)

     

    L'exemple de Jeffrey Lee donne du courage à tous les citoyens qui s'engagent contre les grands projets industriels polluants, contre l'arbitraire, pour la solidarité, la démocratie et l'environnement.

  • Et Robinson crut Zoé

     

    Remarquez latechnique particulière de l'auteur, qui "raconte son journal", en s'aidant des temps du passé, de narration, exclus par définition du genre de l'autobiographie quotidienne : cela fait une mise en abîme ou abyme, un habillage littéraire, une proximité de but édificateur. La question est de savoir ce que fera, pragmatiquement, Robinson Crusoé, plus que ce qu'il pensera, puisque la seule pensée ne consiste à se positionner que par rapport à la divinité, en dernier recours et consolation. Enfin, après avoir vu qu'il n'y avait pas moyen de les laisser en un monceau, ni de les emporter dans un sac, parce que, d'un côté, ils seraient pressés et écrasés sous leur propre poids, et que, de l'autre, ce serait les livrer aux bêtes sauvages, je trouvai une troisième méthode qui me réussit : j'interromps là cette phrase, pour faire observer à quel point notre héros raisonne en bon physicien ; il reprend même les éléments matériels précédemment indiqués, rejette les solutions envisagées, réfutées par l'expérience précédente, et se sert de l'ingéniosité de son raisonnement.

     

    Il n'affirme pas péremptoirement, n'impose pas sa réussite au lecteur, mais au contraire expose ses échecs, tant qu'ils ne sont pas uniquement facteurs de découragement stérile et mortel. Se manifeste aussi le sentiment d'appartenir à la race humaine, reine de la création, pour qui les fruits ont été créés, sans interrogation sur l'égalité ou non des humains et des bêtes : c'est non. L'être légitime sur cette terre, c'est l'homme, qui ne doit pas exterminer son gibier, mais se conformer aux recommandations de Dieu, écrites dans la Bible, qu'il lit désormais : c'est en priorité aux humains, pourvu qu'ils se montrent raisonnables, mais cela va sans dire au XVIIe siècle, que sont réservés les fruits de la terre...

     

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    LE PONT www.anne-jalevski.com

     

     

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    Nous voici à présent rendu en des temps fort différents. Notre Robinson, une fois Vendredi sauvé des cannibales, n'a pas eu de tâche plus pressée que d'en faire son esclave et de lui fournir des habits, "ce dont il se montra fort ravi, car il allait nu sur tout le corps" – ce qui m'étonnerait pour le ravissement. Le tout accompagné de réflexions bien nauséabondes pour nous autres modernes concernant la couleur de sa peau, "point trop désagréable comme celle de" tels ou tels peuples tropicaux rencontrés lors de navigations précédentes". Pour moi je ne sache pas, quand je l'eus lu pour la première fois, que l'intrusion de Vendredi se fût révélée pleine d'intérêt : c'était tricher, l'homme devait mourir seul sur son île.

     

    Je ne pense pas non plus que le sauvetage de l'Espagnol et la découverte du propre père de Vendredi, ligoté au fond d'un canot, m'aient particulièrement exalté : l'on revenait aux bons vieux combats de pirates, ou de Blancs contre les Caraïbes désarmés face aux fusils. Mais quoi ! Il faut bien finir une histoire d'isolement ("isola", "île") et préparer le retour du Pauvre Robinson en Angleterre, ce qui ne constitue pas même la fin de ses aventures dans le roman. Il ne me semble même pas qu'il eût éprouvé le désir, finalement, de retourner dans son île, au large du delta de l'Orénoque. Je ne sais plus si le Robinson de Tournier n'y repart pas de lui-même, écœuré par la corruption et l'insensibilité occidentales, autant que Greystoke dans le film. L'épisode sur lequel je porte mon regard se situe après que Vendredi a retrouvé son père et lui a frotté les membres engourdis par les liens.

     

    Notre Robinson donc (près de qui manque la femme, et qui prodigue "des caresses" (exquise pudeur) à son Vendredi), observe les débordements de joie de ce dernier lorsqu'il a sauvé son père promis à la dévoration (inversion du rite chrétien). Quoique mon pauvre sauvage s'acquittât de ce devoir avec affection, il ne pouvait pas s'empêcher de moment à autre de tourner les yeux vers son père, pour voir s'il était toujours dans le même endroit et dans la même posture. Il se trouve en effet en train de frotter les pieds d'un second chrétien découvert lui aussi entravé avant d'être dépecé. Le tout me semble bien observé, Vendredi représente à merveille le bon sauvage du XVIIIe siècle, qu'il suffit de frotter de christianisme et de mauvais anglais pour l'amener au bon niveau de la morale occidentale.

     

    Le rhum pour l'instant ne sert encore que de remède en cours de friction. L'esclave obéit, reçoit les bienfaits de l'éducation, manifeste son attachement à Robinson en refusant d'être rendu à son peuple primitif dans les deux sens du texte. Il a des mouvements gracieux et naturels. Une fois entre autres, ne le voyant pas, il se leva avec précipitation, et courut de ce côté-là avec tant de vitesse qu'il était difficile de voir si ses pieds touchaient à terre – humour de colon : ces gens-là touchent aux bêtes par tant de côtés... encore que l'amour filial ne soit pas une qualité si répandue chez les animaux. Mais il faut montrer le respect des anciens, authentique chez les peuples tropicaux.

     

    Nous savons d'autre part que Selkirk échoua sur l'île de Más a Tierra, au large du Chili, et n'y profita d'aucune compagnie. Se renseigner sur lui, dont l'aventure n'est pas moins merveilleuse. ...mais en entrant dans le canot, il vit qu'il n'y avait rien à craindre, que son père s'était couché seulement pour se reposer. Il n'est donc pas mort. On ne l'a pas de nouveau enlevé. Dès que je le vis de retour, je priai l'Espagnol de souffrir que Vendredi l'aidât à se lever et le conduisît vers la barque, pour le mener de là vers mon habitation, où j'aurais de lui tout le soin possible. Les Espagnols sont grands massacreurs de sauvages, ayant exterminé toute la population des Caraïbes par le travail forcé ; ce sont également les ennemis jurés des Anglais. Robinson, en 1689, éloigné de tous pendant si longtemps, n'a plus de ces préventions. Mais il anticipe la répugnance du chrétien à subir le contact d'un Noir, et qui pis est, son aide

     

  • Les combats de radiateurs

     

    L'armement était l'objet d'une débauche d'imagination. Le principe était d'opposer deux gladiateurs aux armements différant le plus possible, de par leur provenance ethnique : un Gaulois contre un Thrace, un Espagnol contre un Arménien. Mais aussi, l'armement présentait des manques pittoresques : l'un des guerriers combattant par exemple avec une armure ne lui couvrant que la moitié du corps, ou avec deux épées, mais sans bouclier, ou avec un trident et un filet – ce qui lui donnait, au rétiaire, le droit de fuir et de se réfugier sur un plan incliné, dominant ainsi son adversaire qu'il pouvait envelopper de haut. Mais le plus souvent, c'était l'homme au filet qui se faisait vaincre.

     

    Il fallait pour pimenter que la lutte fût inégale. Et le cœur des parieurs battait pour le plus faible, le plus défavorisé par ses armes biscornues. Les spécialistes s'en donnaient... à cœur joie, pour démêler la tactique de deux adversaires aussi disparatement armés, aussi dissymétriquement avantagés. Il existait aussi une forme inférieure de combats : celle des condamnés de droit commun. A la pause de midi, car le combat était permanent, ce n'étaient plus les spécialistes entraînés qui se battaient, mais de pauvres condamnés à mort dont on faisait servir l'exécution au divertissement dupeuple. On apportait son manger, et la bouche pleine on accablait d'insultes deux misérables qui ne savaient même pas tenir un glaive. Ils devaient s'entretuer, poussés par derrière par des bourreaux. Ils ne possédaient ni bouclier ni armure. Ils frappaient au hasard, mollement, et l'on devait les contraindre à porter des coups maladroits, qui provoquaient des blessures aussi horribles qu'inefficaces. Dans les gradins, c'était la joie la plus bouffonne. Nous rapprocherons ces divertissements, que les lettrés antiques tenaient déjà pour dégradants, des luttes entre animaux : l'un des amusements de ce peuple (formé d'autant d'étrangers que de Romains) était d'attacher par une patte deux animaux, un lion et un hippopotame, un tigre et un taureau, et de les voir tirer chacun dans sa direction, puis, voyant l'impossibilité de l'évasion, se retourner bêtement vers l'autre bête pour tenter de la déchirer.

     

    Les plus bêtes assurément étaient les spectateurs. Et parfois les condamnés à mort étaient livrés aux bêtes, avant qu'il y eût des chrétiens. L'on poussa même le sadisme jusqu'à les livrer à des boucs et à des béliers, afin que ces animaux n'infligeassent que des blessures insuffisantes, et l'on mettait trop de temps à mourir sous ces coups. Et comme ce n'était ni beau, ni noble, cela n'eut lieu que rarement. L'amusant était encore de contempler, de haut, une forêt reconstitués dans l'amphithéâtre, par arrachages forcenés et transplantations hâtives d'arbres et d'autres plantes ; dans cette forêt artificielle erraient des bêtes féroces et des chasseurs. Depuis les gradins, les spectateurs suivaient les futurs adversaires dans le labyrinthe de verdure.

     

    Inutilededirequ'ilsneseprivaientpaspourcrierdefaussesindicationsauxchasseurs.QuantàDomitien,citéplushaut,ilsepromenaitàgrandspassurlesommetdesgradins,etabattaitcommeaustandlesbêtesquierraientdansl'amphithéâtre.Lesapplaudissementsétaientobligatoires,cequivousprouvebienqu'iln'yavaitpasqueNérondefou.LelivredeRolandAuguetserecommandeaussiparl'abondancedesillustrations;ilestprésentédelamêmefaçonquelesChâteaux fantastiques d'Henri-PaulEydoux.Parcouronscespagesluisantesdesangséché,quin'estplusqueprétexteàrêveriesadmiratives.D'abord,voicil'illustrationreprésentantungladiateurtrouvéàLillebonne,Seine-Maritime:« Ilportelesubligaculum, sortedetuniqueencourtepointe,lesjambières,etlamanica aubrasdroit,celuiquimaniel'épée.Lebrasgaucheetletorsesontprotégésparlebouclier »,respectantainsileprincipedel'armementdissymétrique.

     

     

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    C'estau« MuséedesAntiquités,Rouen.PhotoEllebée,p.48Chapitre2:Dans l'arèneilfaudraittoutlire!Etl'auteurnesaitpastout:« Làsebornent,nousdit-il,surcettequestion,les conjectures vraisemblables. » Il poursuit, sur cette question des myrmillons, qui sont une catégorie de radiateurs : « L'origine des myrmillons n'est pas moins mystérieuse que la nature exacte de leur armement : il est possible que l'on ait appelé ainsi, primitivement, des gladiateur « Gaulois », dont le casque était surmonté d'un poisson et auquel le rétiaire » (l'homme au filet) « était censé chanter quand il prenait la fuite : « Ce n'est pas toi que je cherche à attraper, c'est ton poisson ; pourquoi fuis-tu, Gaulois ? »

     

    « Nous en savons d'ailleurs encore moins sur d'autres types de gladiateurs dont les techniques semblent avoir été originales. »

     

    Renseignons-nous sur les sociétés d'exploitation du marché des fauves :

     

    « Ces sociétés, plus ou moins liées aux propriétaires de haras, possèdent des ménageries qu'il leur est sans doute facile de constituer en échangeant avec des indigènes des confins des animaux contre des produits manufacturés et de la verroterie. A en croire B. Pace, certaines des peintures rupestres trouvées en Afrique du Nord et au Sahara auraient été laissées par leurs hommes aux soirs des étapes difficiles qui ramenaient lentement les convois vers les cités prospères ». Et je ne dis pas tout ce que l'on peut trouver dans ce livre. Page 188, l'on revient sur la possibilité de révolte des gladiateurs : « La surveillance était si bien organisée dans les écoles, qu'on ne craignit pas d'en installer en plein centre de Rome : le contrôle des armes d'entraînement était rigoureux, et des postes de garde se tenaient prêts à intervenir au moindre incident. Il n'eût d'ailleurs pas été, à cette époque, aussi facile de transformer en guerre civile généralisée une révolte de ce genre.

     

    « On ne s'échappe plus de cet univers en forçant les murs, mais par le succès. »

     

    Finissons par un peu de psychologisation : « Remarquons, par ailleurs, que le reproche formulé ici  n'est pas celui de cruauté, mais de frivolité.

     

    «PlineleJeunerenchéritencoresurlesméritesincomparablesdecesspectaclesetdesacteursquiyparticipent:« Onputvoirensuiteunspectaclequin'énervaitpas,quin'amollissaitpas,incapablederelâcheroudedégraderlesâmesviriles,maispropresàlesenflammerpourlesbellesblessuresetleméprisdelamortenfaisantparaîtrejusquedansdescorpsd'esclavesetdecriminelsl'amourdelagloireetledésirdelavictoire. »AencroirePline,lemunus » (lespectacledejeux)« seraitensommepresquelecontraired'unspectacle,puisquecedernier,danslamentalitétraditionnelledesRomains,sedéfinitprécisémentcommecequiénerveetamollit;lemunus exalteaucontrairelesvertuslesplushautes:lecourageetledésirdelagloire.C'estdumoinscequ'on sembleretenirhabituellementdecestextes. »Pourensavoirplusdoncsurlesjeuxducirque,procurez-vousLes jeu romains deRolandAuguet,chezFlammarion.