Proullaud296

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  • Râlades et vie de famille

     19 août 2045

     

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    Nous venons Arielle et moi de changer de place une table, rapporter des tréteaux dans la pièce qu'il est convenu d'appeler "le cellier", je méprise profondément ce remue-ménage. Arielle se met depuis son retour d'hôpital à tout transformer, à tout nettoyer : il y avait ici des nids à poussière dit-elle qui prenaient des odeurs de chez sa mère.

     

    Ces symptômes sont ceux d'une mort prochaine ; mettre tout en ordre pour recommencer, mais "sitôt la maison terminée" dit le proverbe "la mort y entre" : maître Rézac n'a pas tenu quatre ans dans son nouvel appartement briqué. Arielle hausse les épaules.

     

    J'ai pourtant bien lu dans Moravia que Marcello, in extremis veut devenir un opposant à feu Mussolini, mais qu'une bombe tombe sur sa voiture en fuite, réduisant sa famille en bouillie. Je sais bien qu'il ne s'agit que d'un roman, mais tout de même. Céline dit que l'on cherche le plus grand chagrin, pour devenir enfin soi-même, et "l'avorton Tartre" épingle les intellos qui ne savent jamais vraiment souffrir, développant juste leur beau discours sur la souffrance.

     

    Odile enceinte accouche en janvier. Malgré mon opposition à toute reproduction, me voici toute réjouissance parce que visiblement ce fut fait exprès ! ...pari stupide... déjà la grossesse d'Arielle n'a pu nous faire envisager un seul instant de tricher : "On n'avorte pas".

     

    Sans enfant peut-être qu'on devient un vieux con... Les Mortimer cependant sont devenus nettement plus cons depuis qu'ils en ont fabriqué deux coup sur coup -quelle idée ! Ils s'en sont occupés en dépit du bon sens, tolérant que leur aînée exigeât un nombre illimité d'histoires avant de s'endormir, et cédant à ses moindres caprices ! Alors maintenant Mademoiselle est devenue un monument d'insolence, disant à ma femme qu'elle est grosse - merci du renseignement.

     

    Et si elle était noire, qu'est-ce qu'elle dirait ? et arabe ? je lui dis que "je vais bien" se dit en turc "iyiyim", elle me dit qu'elle ne parle pas une langue de bébé ! quelle connasse, elle n'est pas prête de s'amuser dans la vie. Ce qui me fais chier est qu'il va falloir occuper toute cette sainte famille dans notre petit appartement sombre, où il n'y a strictement rien pour amuser un gosse.

     

    Je les entends déjà, ces deux connasses - car la petite marche sur les traces de la grande, répétant déjà "Je te tue" et "Quand est-ce qu'on s'en va ?" Enfin moi je ne sais plus où j'en suis avec les contacts humains, je trouve cela dans l'ensemble assez éprouvant et ultra-chiant. Dodone est arrivée de sa banlieue, habitant et se branlant toujours chez son père.

     

    Le drame est qu'elle s'habille comme un sac, avec un short bermuda affreux qui lui sépare les deux fesses et lui souligne la chougne de façon véritablement pire qu'obscène : disgracieuse... Et puis elle est toujours aussi con, c'est-à-dire timide. Mais je ne sais pas voir la valeur des gens. Et puisqu'aujourd'hui, "cher journal", je suis parti pour râler, autant signaler la terreur que m'inspire mon rôle énorme à apprendre, soixante pages par coeur bien tassées, "Le Banquier anarchiste" de Pessôa.

     

    Je ne sais pas ce qu'ils ont eu dans la tête,pour me choisir, il paraît qu'ils m'ont vu faire mon émission avec les autres, "Humeur cérébrale", qu'ils m'ont enregistré pour "le Quatorze-Juillet", un petit numéro à moi sur une de mes conneries à Paris (j'avais assisté aux cérémonies avec des Martiniquais géants et blasés). Bref, comment vais-je m'en tirer ? Moi qui avais juré mes grands dieux que jamais je ne remettrais les pieds sur une scène !

     

    Alors je dois apprendre par coeur jusqu'à la page 46, sur 91 ! et si je me plante ! et si je cafouille en direct ! j'ai assisté à une de leur pièce, "La Leçon" de Ionesco, ils n'étaient pas contents parce que l'acteur avait oublié des passages entiers, effectivement nous étions sortis à dix heures dix au lieu de dix heures et demie, enfin le public ne s'est rendu compte de rien.

     

    Il faudra que je dise qu'ils prévoient quand même un filet, tel que reprise d'une ancienne pièce à la place de la mienne. Et le trac que je ne vais pas avoir ! et mon débordement de temps quand j'aurai les premières littéraires ! Bref, râler, râler, râler... Vincent vient de s'assoir dans le fauteuil vert en face de moi, il ne sait pas bien sûr que je tape à la machine sur lui, il couche avec Dodone dans une chambre commune mais sans plus, j'y suis allé, Robert dormait encore dans la pièce à côté, il fallait le réveiller, il a des horaires variables extrêmement fatigants.

     

    Vincent doit penser que je tape extrêmement vite. Il fait chaud. Si je m'arrête, il va me demander pourquoi je m'arrête. A part râler sur le fait qu'il fait chaud, maintenant, je ne vois plus très bien. J'ai chaud et c'est chiant. Schelten me montrait de pleins placards de journaux intimes où il se laissait aller à gémir, et il me disait qu'il aurait honte de les publier. Je devais râler encore sur Lazare, tiens, tant que j'y suis. La raison en effet pour laquelle je me rue ainsi sur ce théâtre hasardeux, c'est qu'il ne me reste rien à perdre, rien à espérer de la part de l'éditeur.Lazare est naïf, finalement : il s'imagine encore être capable de découvrir des talents - pas du tout ! il édite qui lui plaît, tel est le critère ! et je ne lui plais plus, ou il me faut le reconquérir ! Il me fait rédiger des lettres de refus : il ne se rend pas compte qu'en me faisant faire cela, je me rends parfaitement compte que n'importe quel texte, fût-il de Dante ou Hugo, mérite d'être refusé !

     

    Il ne veut pas comprendre que les gens ne lisent plus parce qu'ils en ont marre de lire le livre du copain du copain, infect dans sa première mouture, et retravaillé maintes fois par des "rewriters" ! Je dis moi qu'il faut que l'éditeur se livre au commerce des frites, et fasse les livres qui lui plaisent avec l'argent des frites... Amen... disgracieuses...

     

     

  • Vous avez les mêmes à la maison...

     

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    Fosse à munitions.JPG


     

    J'ai rêvé :

     

        1. que des enfants m'aspergeaient de merde dans des chiottes publiques ; j'en sortais pour le leur rendre (chiottes en bois mal fermées, une petite fille plonge sa sandale dans la merde qui a envahi la cabine et m'en asperge, donc, puis un petit garçon fait de même).

     

        1. que Sonia, en grande robe blanche, se convertissait au judaïsme.

        2. qu'Arielle se suicidait du haut d'un escalier dans une petite ville au bord de la Seine : nous descendions le versant d'une vallée urbaine (petits pavillons), et elle avait préféré prendre l'escalier au lieu de faire le tour par le haut. Elle est tombée d'une masse , sans crier. Les gens ont commencé à crier. Je me suis réveillé.

     

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    Je chemine souterrainement, longtemps. D'autres me précèdent (Annie, et une autre femme). J'en croise d'autres, une grand-mère et sa petite-fille, qui sont propriétaires de caves, me montrant une poupée à magnifique chevelure, et voulant me la vendre. Les autres me distancent. Je ne retrouve pas au retour l'itinéraire de l'aller. Je monte des volées d'escalier, des ferrailles agressives m'interdisent une porte que j'ouvre quand même. Me voici dans le soubassement d'un autel, une foule endimanchée se disperse après une grande cérémonie. Dehors, je demande où je suis, déclarant devant l'étonnement goguenard que je viens du souterrain, mais que j'ai laissé ouvert, disons accessible, une porte qui peut être dangereuse si l'on se renfonce dans les boyaux.

     

    Des personnes quittent alors mon entourage pour remédier à cela. J'apprends enfin que je suis au Fieu (= Le Fils) en Gironde. Très beau paysge, église très pointue (cf. Cuzorn). Avec uen carte Michelin (« Ça peut aller quand on est à pied », dis-je aux autres ironiques), j'essaie de trouver un itinéraire vers le N.E., mais tout semble sans grande issue. Je veux passer par un autre sanctuaire, mais c'est très loin, disent les gens. Descendant une côte tortueuse, j'arrive à une autre partie de l'agglomération où une jeune femme dynamique tient une sorte d'auberge-exposition permanente d'artisanat, avec d'autres hommes jeunes.

     

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    Manque un rêve, sur papier libre.

     

     

     

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    Alors que pris enfin d'une forte envie de chier je me dirige vers les WC, un brouhaha me fait sortir sur le palier. Des voisins me ramènent Annie qui est tombée dans la rue, en robe de chambre. Elle sanglote, elle doit aller aux toilettes à ma place immédiatement. Je l'avais envoyée se promener, devant le faire moi-même juste après pour que nous prenions un peu de distance. J'y vais tout de même, dans une descente longeant des prairies avec des barbelés, où paissent les vaches. Je surprend une conversation entre Tastet et un autre à propos d'un mercenaire qui avait perdu ses papiers en Afrique Noire puis en avait retrouvé d'autres au nom de Binda, et s'était ainsi débrouillé, en rentrant par l'Afrique du Nord.

     

    Je décide de revenir pour prendre des nouvelles d'Annie qui m'inquiète beaucoup. Je me suis réveillé avec uen envie dingue d'aller aux gogues...

     

     

     

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    A Marseille dans un appartement clair mais vétuste, des hommes viennent malgré moi boire au pastis de bienvenue. Je leur dis que je suis venu de Bordeaux pour échapper au grappin que ma mère voulait encore me mettre dessus à près de 50 ans (je me rajeunis). Ils ont l'air plus ou moins débilos. Je me demande comment loger Sonia et David, c'est petit. Leur accent était fort, ils étaient dépenaillés, envahissants, excessivement familiers. Je prenais leur accent, je surveillais leurs frôlements, tout était bien écaillé, bien miséreux, bien lumineux mais minuscule, vétuste et crasseux. Dans mon esprit, Sonia et David étaient encore jeunes, mes parents et beaux-parents vivaient encore.

     

     

     

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    Grand bureau très clair en verrières de dernier étage, Lazare, Ivanov et moi prenant congé d'une magnifique stagiaire brune très consciente de sa beauté. Comme nous ne nous reverrons plus elle refuse de donner son adresse. Par dépit je lui dis que puisqu'on va crever, je ne lui adresse plus la parole ni ne prends garde à elle. Les deux autres continuent à blaguer avec cette fille, une autre se penche vers moi pour signer un document de départ, elle est moins attirante, un peu de lie-de-vin sur une joue, mais très aimable, je la prie de m'excuser de n'avoir pas fait attention à elle

     

  • Le chemin de croix de la caissière

     

    Ne généralisons pas. Respectons d'un côté, sachons supporter de l'autre. Payons un peu plus, chers patrons et vice-sous-chefs vicieux ; laissons des temps de pause et n'obligeons pas les caissières à dire au téléphone « code 127 » pour aller pisser discrètement, après trois quarts d'heure d'attente (« retiens-toi, on est en surchauffe, là »). Les employés entre eux sont le plus souvent solidaires, et si chacun y met un peu du sien, les souffrances pourront être endurées, voire fortement diminuées, pour faire de ce métier sinon une sinécure du moins une fonction sociale respectant la dignité. Voici un passage, en exclusivité sur la Clé des Ondes : « Au lieu de passer dix minutes pour faire votre caisse le soir, » - votre journée n'est pas terminée quand le magasin ferme, petite naïve - « vous en passerez quinze grâce à toutes les pièces de 1 mais aussi de 2 et de 5 centimes » - ah, les prix à x,99 euros ! et ça marche!) - « que vous aurez récupérées dans la journée. Et vos doigts seront à la fin recouverts d'une légère couche de cuivre mélangée à... de la crasse.

     

    « - Plus de cinquante fois par jour, vous serez obligée de réponde aux questions et réflexions suivantes :

     

    Client

     

    19,99 euros ? Vous pouvez pas dire 20 ?

     

    Caissière

     

    Ben, non. Mon métier est justement de vous donner le montant exact à payer.  Le château d'If, vu de loin.JPG

     

    Client 

     

    Vous pouvez pas faire des prix ronds ?

     

    Caissière 

     

    Ce n'est pas moi la responsable, allez voir ma direction.

     

    COLLIGNON LECTURES « LUMIERES, LUMIERES » 60 07 02 23

     

    ANNA SAM « LES TRIBULATIONS D'UNE CAISSIERE »

     

     

     

     

     

     

     

    Client » (grand prince) 

     

    « Gardez la monnaie.

     

    Caissière

     

    C'est gentil ! Mais nous n'avons pas le droit d'accepter de pourboire, aussi petit et généreux soit-il.

     

    Client

     

    J'en ai marre de toutes ces petites pièces dans mon porte-monnaie.

     

    Caissière

     

    Mettez-les de côté pour Bernadette Chirac (et ses pièces jaunes, si le client ne percute pas)

     

    Client

     

    Il me manque 1 centime, vous pouvez m'en faire cadeau ?

     

    Caissière

     

    Désolée, j'aimerais bien, mais ce n'est pas possible. « 

     

     

     

    Eh oui, c'est le paradoxe » - bien sûr, c'est exagéré, mis en scène, relevé pour ne pas être plat, mais la lecture en est rendue plus agréable.

     

    « Sans compter que DixNeufEurosQuatreVingtDixNeufS'ilVousPlaît se prononce beaucoup moins vite que VingtEurosS'ilVousPlaît. À la fin d'une journée, ce temps perdu doit représenter environ deux ou trois clients en moins par caissière. Si j'étais directeur de grande surface, je m'en inquiéterais.

     

     

     

    « Flash Info (rumeurs et autres cancans)

     

    « Aux dernières nouvelles, la Banque de France serait en rupture de stock de petites pièces. Trop de Français (et d'Européens) les garderaient chez eux dans des bocaux ou des tirelires (chouette déco...). Il serait question de les supprimer. Réjoussez-vous, chers clients, les prix devraient « s'arrondir » un jour.

     

     

     

    Mes caisses, mes amours

     

    « Vous vous la coulez douce derrière votre caisse ? Vous ne faites plus qu'une avec elle, vos gestes sont devenus automatiques, vous n'avez plus à réfléchir à quoi que ce soit, vous n'espérez ni COLLIGNON LECTURES « LUMIERES, LUMIERES » 60 07 02 24

     

    ANNA SAM « LES TRIBULATIONS D'UNE CAISSIERE »

     

     

     

     

     

     

     

    ne craignez plus rien ? Attention ! un terrible danger vous guette : votre direction choisira ce moment pour vous envoyer derrière la caisse de la station-service en remplacement. Et alors là, bonjour la panique ! Vous serez complètement perdue.

     

    « Pour que le choc ne soit pas trop violent, pour vous y préparer psychologiquement, voici les principales épreuves qui vous attendent.

     

    « Vous devrez affronter une caisse différente de la vôtre, des clients qui veulent acheter des bouteilles de gaz, qui viennent se plaindre parce que les pompes à essence ne fonctionnent pas, qui klaxonnent comme des malades parce que vous êtes trop lente, qui vous intoxiquent avec leur pot d'échappement... Surtout, abstenez-vous de faire du zèle de politesse, ils détestent ça.

     

    « Client 1 – Caissière 0 » - suit une anecdote sur un voleur d'extincteur... qui n'a que le temps de courir éteindre sa propre bagnole en flammes près du dépôt de bouteilles à gaz... Nous vous en avons passé d'autres et de meilleures, que vous soyez caissière (c'est à vous en priorité que ce livre s'adresse, à la deuxième personne, et c'est plus drôle comme ça) ou clients de bonne volonté. Alors passez de bons moments avec votre propre misère ou celle des autres, exposée avec le sourire dans Les tribulations d'une caissière », par Anna Sam, Livre de poche 31358... xxx60 09 04xxx

     

  • Brigitte vejo, vejo (je vois)

     

    Depuis quatre jours je dévore les Mémoires de Brigitte Bardot, et ne saurais dire pourquoi, tant mes préjugés m'interdisent de le faire. C'est un livre excellent. La vie et la gloire sont tombés sur Bardot sans qu'elle les ait demandées. La réaction des moralistes de tout poil sera qu'elle a bien cherché ce qu'elle a subi, qu'elle se foutait de la misère du monde en accumulant les millions. Mais les traitements inhumains et barbares que lui ont infligés les meutes de Paparazzi l'ont rendue extrêmement dure envers l'humanité, qu'elle traite de ramassis de dégueulasses. Qu'elle soit à présent du parti de Marine m'indiffère, et je comprends très bien sa rapide évolution : trop d'agressions, trop l'impression d'être un tas de viande qu'on piétine.

     

    Elle n'était pas actrice. Elle faisait ce qu'on lui disait de faire. Elle passait d'un homme à l'autre avec volupté et sincérité. Elle a payé de sa vie sa liberté. Elle dit des sottises et des banalités. Mais on ne peut que l'approuver. Elle a aimé la musique classique avec Sami Frey, qui perdit ses parents à Auschwitz, il avait onze ans. Brigitte me bouleverse enfin, ce n'était qu' « une fille toute simple ». A présent personne ne la pourchasse plus. L'époque et son physique ont beaucoup changé. Elle dit toujours ce qu'elle pense, avec des plaisanteries de potache. Elle aime la musique brésilienne. Elle déploie une énergie dingue. Je lui écrirais volontiers, mais les relations que l'on amorce doivent se développer sincèrement, et je suis trop glacé – elle aussi à présent.

     

    Le texte parle de Sami Frey : « En voulant tout garder, j'allais tout perdre ». Exact. Ne dis pas si tu aimes un autre homme, ou tu les perdras tous les deux. Je me demande qui j'ai pu perdre ainsi. « J'avais Sami au téléphone, j'allais le retrouver demain, je ne le quitterais plus jamais » - personne ne me fait cet effet. Tout téléphone me semble usurpation, vol de temps. J'aimerais revenir où que ce soit, me refaire des amis, des amantes, et rejouer sans cesse la même pièce, quitte à être impulsif, car décide-t-on de son évolution ? Pourquoi faudrait-il évoluer ? « ...il était mon amour, ma conscience, ma racine » - constance de cette « racine » dans les méditations de Bardot. Rien dans cette biographie qui ne soit de Bardot, jusqu'à ses inflexions de voix comme on le dit en quatrième de couverture : « mon espoir désespéré, ma vie, ma mort, il était le temps et l'infini ».

     

    Et parce que c'est Brigitte Bardot, ce devrait être ridicule ? interdit ? Je compte bien lire tout ce qu'elle aura écrit, car nul projecteur n'est allé plus profondément qu'elle-même en elle. BB possède une vitalité, une hargne, une faculté de récupération extraordinaire. Mais aussi une rigidité logique : l'art nègre, l'art égyptien, sont par elle rejeté en raison d'une anecdote définitive, qui l'a marquée, imprégnée. Et d'autre part, comme elle aura aussi aimé ! « Je pleurais me maudissant d'avoir pu le trahir, je me sentais sale et dégoûtante. » Jamais un homme ne ressent cela. Pour lui, la polygamie est une seconde nature gratifiante. Je n'ai jamais trahi, mais les autres, si ; cette paranoïa nous rapproche elle et moi. Toujours à protester, à se poser en victime. Ayant su lire le latin dans le texte, et coucher avec Vadim jusqu'au mariage, alors que les parents menaçaient son fiancé avec un revolver. Il me semble que je suis en elle. Intus, et in cute. « J'envoyais des coups de pied dans les disques de bossa nova qui traînaient par terre, je me précipitais à la Petite Madrague où Jicky et Anne me regardaient, ahuris, débarquer en larmes » - ne jamais traiter légèrement une femme ayant tant pleuré, tant frôlé le suicide, subi de telles agressions et dépréciations.

     

    Je voudrais qu'elle poursuive tous ses combats, dussent-ils être perdus - « mon sac de voyage à la main, leur annonçant que je fermais la maison et partais retrouver Sami par le premier avion le lendemain ». Qu'elle soit toujours aimée.

     

    Rocs et mer.JPGToujours cette incertitude à ne pas savoir ce qu'il faut penser de Bardot, tant il est vrai que les opinions nous préoccupent bien plus que les faits... Exemple : le fameux mariage en 66, le 14 juillet (le lendemain du mien, dont la presse n'a pas parlé) avec Günther Sachs, richissime séducteur germanique. Il la présente à sa mère, qui se demande pourquoi elle n'a pas le costume bavarois. Brigitte n'a jamais pu apprendre que Guten Tag et Grüßgott. Passées les folies médiatiques, BB s'aperçoit qu'elle a épousé un coureur de première et de jupons, avec lequel, sur trois ans de mariage, deux mois de vie conjugale ont dû constituer un maximum par petits morceaux. Il est même revenu un 15 août, le matin, après un prétendu rendez-vous d'affaire urgent, avec un baise-en-ville à la main, bref le foutage de gueule intégral. Brigitte écrit des conneries, mais aussi, elle fait la fête, moi non plus, d'en prend plein la tête question vie sentimentale parce qu'avec Brigitte Bardot certains estiment qu'il n'y a pas de raison de se gêner.Brigitte prend la main de Gainsbourg sous la table j'ai bien dit la main, ils ne se sont plus quittés jusqu'au tournage du western Shalako près de la ville espagnole d'Almeria (elle ne dit plus qu'un seul mot : Almeria). Ce n'est plus que champagne, vie de vedette et atroces contraintes. Pas un mot sur ce qu'est le travail de l'artiste, l'exact antipode de Terzieff qu'elle ne fait que mentionner dans A cœur joie. Il lui a demandé un jour pourquoi elle s'entourait d'une telle quantité de cons ; elle a répondu que tous ces cons étaient indispensables à sa carrière.

    Et leurs relations en sont demeurées là, sans perte pour l'un ni pour l'autre.