Fronfron55

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

- Page 2

  • Fantaisie en cul mineur

    COLLIGNON FIER-CLOPORTE
    FANTAISIE EN CUL MINEUR   

        Il n'y a plus de sexe, confisqué, suivi du doigt dans leurs pliures, dans leurs failles, pour pallier les manquements du noeud vigoureux en baisse, tout bref tout mou sans plaisir ni donné ni reçu, repu détumescent salace dégueulasse.
        Les hommes ont les putains et les putains la main.
      La poupée du portail.JPG  C'est ainsi que de ma part sans révolte se tissa la certitude pressentie, repoussée parfois avec rage. Femmes, à présent je comprends vos détours devant nous. Femmes, vous formez une chaîne secrète de désillusions. Vous vous confiez vos frottements négligemment. Je comprends cela. J'admets ce fossé.
        Qu'en est-il de l'amour ?
        Que peut l'honne face aux innervations tranquilles, que puis-je - sexe sans âme, bloqué sous le pli inguinal, sans accès à mon ventre, extérieur, sans recours, à moins de longs apprentissages incessamment remis. Il suffirait de bannir le remords, si faible, par quelle aberration, Dieu ! inspirée des romans, des culpabilités, s'est-il pu faire qu'amour et sexe fussent mêlés - qui aimez-vous, quand vous portez sur vous la main ?
        Il va falloir que j'apprenne en m'aimant que l'autre n'existe pas, me refusera si je ne me conforme étroitement à ses plaies et bosses. Besoin d'un homme tendre réduit à ma tête, à ma langue sans paroles, sans exigence propre de son sexe, sans cette inhibante érection,  - la femme se blotissans lovée serrera contre elle ce trons à faire dégorger sans bruit dans l'ombre et sans plaisir de part ni d'autre à moins qu'on ne ahane en concert suivant les indications précises, efficaces - il existe une page - dans notre enfer à nous, montant, redescendant, nous nous entrecroisons, sur l'échelle unique des plaisirs permis.

    BISTROT

        (...) la porte en bois, l'ouvrit avec la clef ronde de son bureau, la referma derrière lui (tandis que les malfrats irrumpaient dans la salle en tiraillant) - c'était un couloirà baies sans ronces donnant sur (voir plus haut), sans issue sauf les baies, les guerriers l'arme au poing - il était parvenu à susciter sous son crâne surgelé une bonne intervention armée, afin de s'expulser.
        Les autres ne se battaient pas. Tout redevenait calme ; ils n'étaient revenus que pour l'effrayer, ils regretteraient Casimir  à sa sortie. Tout ce qu'il rêvait l'épouvantait : des viols, des viols. Il avait croisé la veille une fillette avec son chien féroce dans un bois, à mi-pente.
        Il parlait seul, s'essoufflait, ses tempes de quadragénaire perlaient, la fillette l'avait entendu. Mais les enfants ne s'étonnent pas d'entendre parler seul, car ils le font assez souvent. Le chien se hérissait. Il fallait tourner au plus vite vers le soleil couchant, rejoindre la ville. Casimir s'arrêta, laissant le couple mi-canin gagner quelques mètres, puis les suivit.
        Mais la fillette s'attarda.
        Le chien pissa, le chien gronda.
        Tous se rejoignirent.
        La sueur et la crispation donnaient à Casimir la mauvaise allure d'un violeur. Il dépassa le chien hérissé : "Ca ne va pas ?" dit la fillette à la bête. Dieu merci le chemin bifurqua, il nota l'heure : 16h 50. A fins d'interrogatoire. IL avait phantasmé tout son anniversaire, cauchemardé sur une jeune fille, assommée par-derrière à coups de boîte à conserve, et qui tentait d'escalader les étagères,, et qui tombait les jambes en croix (disloquée ?) à la renverse.
        Il en avait senti tout le treize octobre une panique amère. 
        Le chien assisterait à la levée du corps ou "mise en bière", il flairerait - si peu développée que fût l'intelligence chez ces êtres frustes et gardiens, la boîte emboîtée entre les murs de terre et contenant Chrystelle serait la preuve du décès, de l'enfermement de la chose-corps sous le tumulus, et notre chien, distraitement pour finir, l'oeil et le muffle portés ailleurs, graverait dans ces yeux que l'on dit sans mémoire et recouverts de taies mordorées le cercueil sans attrait, il gratterait, il hurlerait, il deviendrait le premier chien qui saurait qu'il devrait mourir.

    BIOGRAPHIES    2035 08 27

        Le matin du drame, Walter s'est rendu au supermarché.
        C'est un bâtiment de tôle très plat, on y entre par portes battantes, à musique modérée, les airs ne reviennent qu'à de longs intervalles confortables. Pour le rayon légumes, le chariot passe bruyamment sous des arceaux métalliques, impossibles à rebrousser. Les légumes choisis, la vendeuse les pèse avec son bec-de-lièvre recousu. Elle n'inspire aucun désir. Quand elle place les pommes de terre sur le plateau blanc, il se demande quelles pensées tristes.
        4 F 60 le kilo, 8F 90.
        Par exemple.
        Eviter le poissonnier, l'air mauvais parce que les Français boudent le poisson. Walter se tient bien droit, sans serrer les fesses comme un Blanc, ni porter le ventre comme un Belge. Car les gens sont sans pitié (ils sont pleins de sarcasmes) ; en cas de rencontre, saluer : "Qu'est-ce que tu achètes (de beau, de bon...)"
            Aujourd'hui, Walter a rencontré Otto : un grand roux. Otto n'a jamais de difficulté à se faire rembourser la consigne. Il n'ouvre jamais samaison. Il confond Baudelaire et Voltaire, qui sont homéotéleutes. Il n'a jamais voulu d'enfants. Aussi loin qu'on remonte, on ne trouve dans sa famille que des fils uniques. Walter pense beaucoup de mal d'Otto, sans vouloir le lui confier.
        Walter se croit très intelligent, voire cultivé. Il a besoin d'Otto pour cela. Un jour, Otto lui dit :
        - Ma mère, la grosse D., voudrait te montrer ce qu'elle peut tirer des vieux. C'est une comédie musicale.
        Il ment.
        Le fils de la grosse D. a essuyé tant de claques, dans sa jeunesse, qu'il reste roux, avec un bec-de-lièvre. Il boit l'eau minérale à la bouteille : "Viens à huit heures." Walter pense : "Pour une fois, je tirerai quelque profit de cette souche."
        Il se rend chez le Boeuf Simon, c'est Otto, qui vit avec sa mère : la grosse Donna occupe tout l'espace disponible ; la petite couche du grand fils tient le coin droit sous une couverture orange. Il n'y a rien à manger. Le spectacle se déroule à une cinquantaine de km. La voiture de Walter fera l'affaire. L'éloignement même prouve formellement que ce n'est pas Donna, percluse de graisse, qui a pu mettre en scène un "Spectacle de Vieux".
        Evaux s'est mise en frais : l'Hôtel de Ville s'est garni de guirlandes, les lustres illuminent le vestibule. La salle de spectacles brille par son vide. La grosse Donna disposera d'espace. On ne se parle pas beaucoup. Walter se dit :
        - Otto l'osseux désirerait tant admirer sa mère ! il lui invente des gloires, qu'elle ne dément pas. Il craint de la voir vieillir, il épie déjà sur lui-même à 25 ans les indices d'une décrépitude. La déchéance à venir de sa mère lui servira d'excuse et d'exercice. Si la Donna au moins se souciait des vieillards ! elle se rajeunirait, suivrait un régime. Or Donna déteste les vieux.
        Elle appréhende les horreurs des premières flétrissures, n'estimant pas qu'il serait exorciseur de se frotter à de vieilles peaux, de sentir de vieilles haleines (cet oncle dont la salive marinait dans l'eau d'acier du dentier). Deux motifs de satisfaction curieusement liés s'incurvent dans sa cervelle : qu'il y ait dans la salle tout l'espace requis par sa corpulence, et que les bouffissures de son visage éloignent tout souci de rides.
        Désespéré, le Directeur des Vieux propulse les aînés sur les planches.

  • Nostalgies

     

    Affaire Russier. Je mets vertement en doute la sincérité unanime de mes conlègues vis-à-vis de cette prof persécutée : « On vous verrait tous venir, tiens, si ça se passait dans votre établissement... » Et chacun, la main sur le cœur, de protester de sa sincérité. Je me souviens d'Istère, génial compositeur d'une tragédie en vers hugoliens, sombré depuis dans le ratage et l'alcool : tout le monde n'a pas la chance de rencontrer Nodier. Il avait une petite fille, qu'il rudoyait en l'appelant Princesse - qu'est devenu tout ce monde ? Mort de Nasser, novembre 70. Je cours tout d'une haleine de chez moi, en pantoufles, jusqu'au bistrot, pour l'annoncer. Comme si c'était moi, comme si je l'avais fait moi-même.

     

    Pourquoi la vie vous sépare-t-elle, pourquoi n'empile-t-on pas les strates indestructibles de tous ceux que l'on a connus ? Souviens-toi pourtant, sous-pitre, de ce petit con porcin que tu as poursuivi à la course jusqu'au lycée, pour faire poli ; tu ne t'es jamais vraiment intéressé à personne.

     

     

     

    X

    Mes stages (Nominoë à Rennes, L'Epervier à Paramé) : avec deux filles, Sentéral et Polissé. M. Poil au collège de l'Epervier, enthousiaste de goche, cong... « Mais je n'en ai rien à faire de la prononciation de votre famille ; on prononce « No-ël », et pas « Nowêle » - où voyez-vous un w ? » Le vieux « montaniste » (Yodaud, spécialiste de Montaigne) qui me drague en me comparant à Lucien de Samosate, « avec votre air de ne pas croire à ce que vous enseignez... » (une classe de Terminalesà Beauvoisy se posait la même question : j'ai répondu « Je ne me sens pas le droit de vous communiquer si peu que ce soit mon désespoir – Mais pas du tout, pourquoi dites-vous ça ? » Je les ai accusés en conseil de classe, histoire de dire quelque chose, de lèche-culterie ; ensuite ils ne m'ont plus parlé : vous comprenez, après ce que vous avez dit... »Polissé, Sentéral : toutes deux sexagénaires à présent. Le chat sur le drap.JPG

     

    Sans les avoir conservées par devers moi . Lycée Albatros de Paramé - gros proviseur niais comme une planche à voile. Mes deux évaporées s'obstinant à franchir la porte de classe juste à la fin de la deuxième sonnerie, avec les élèves... Sentéral, fille du Gérant des Pompes Funèbres ; ses parents m'avaient invité à table. Je ne savais plus où me mettre. Quelles gaffes commettre et ne pas commettre. Occasions manquées, où êtes-vous ? dans ton cul, au fond à gauche. Polissé couchait avec deux amoureux à la fois, et me demandait (à moi!) si elle devait le dire ; je l'en ai dissuadée : “Tu perdrais les deux” - heureusement, heureusement ! je ne lui ai pas demandé si l'un des deux était moi.

     

    Mais d'extrême justesse. Son frère s'est fait longuement étriper dans un accident de moto (« Y en avait partout, sur 50 mètres... »). Sans transition, Mme Huguette, avec son petit tailleur bleu ciel moule-cul, à qui personne n'osait chanter « L'autre jour la p'tite Huguette... », elle aurait bien voulu ; on peut toujours se dire ça. 

    X

     

     

     

     

     

    A St-Léon, la directrice me jette oh, celui-là même avant que j'ouvrela bouche. Je me vire tout seul de la cantine après une vanne very fine sur la soupe aux menstrues. Beulac : Une collègue vient m'avertir que dans sa classe à elle, à côté, on aimerait travailler. « La salope » commenté Merlaud ; je dis à la même, en voyage scolaire : “Je vais te montrer un buisson qui n'est pas sur la carte. » Morte d'un cancer du sein : six mois. Merlaud,fielleux : "Faudrait tout de même pas te figurer que la vie de l'établissement tourne autour de ta personne » - si, justement  : à chaque fois qu'on parle de mon établissement, gueule Climens, on me demande de vos nouvelles ; il n'y a tout de même pas que vous chez moi ! " Merlaud, barbu : «Tout le monde me prend pour un vieillard ; j'ai 35 ans ! »Chialant de rire à mon “C'est guerre épais” (Tolstoï tâtant son steak dans la boucherie) ; fâché tout rouge qu'on n'ait pas mentionné la méthode à Papa complété par Fifils :il y a une façon très simple de démolir un livre : c'est de ne pas en parler ! - tu découvres l'Amérique, Merlaud.

     

  • Peace, "G.B. 84"

     

    Vous souvenez-vous des Gibis, les gentils, opposés aux Shadoks, les méchants ? Les Gibis portaient des gibus, et leur nom rappelait "G.B.", comme Grande-Bretagne. Eh bien, ces deux lettres, suivies de l'année fatidique, 1984 (ça ne vous rappelle rien ?) forment le titre d'un ouvrage fleuve écrit par David Peace, GB 84, même titre sobre en anglais (eighty-four) qu'en français (quatre-vingt quatre). En ce temps-là, Margaret Thatcher tenait l'Angleterre d'une main de fer, dit le cliché : Iron Lady. Et c'est sa main, énergique, fripée, bijoutée, que l'on aperçoit posée sur une de ces colonnes tronquées où l'on s'appuie pour faire de longs discours politiques. En 1984, les discours politiques de Maggie portaient sur l'assassinat de l'industrie minière de la Grande-Bretagne, qui fut perpétré à la fin d'une longue, épouvantable guerre, entre les syndicats et le gouvernement, lequel manipulait l'opinion publique.

     

    La situation devint rapidement insurrectionnelle, avec des émeutes dans tous les coins du pays, car c'était une partie de l'histoire du Royaume-Uni que l'on bradait ainsi, puisqu'il s'était construit sur sa puissance minière et métallurgique. C'était une culture ouvrière, combative, sociale, unitaire, une religion laïque même, que l'on sciait de force et qu'on envoyait à bas. La grève dura près d'un an, avec des piquets, des dons envoyés de toute part, des privations de salaire, l'embauche massive de jaunes qui hurlaient à la liberté du travail et à la prise d'otages (on connaît ça), et tout se terminait par la force, flics à pied, à cheval pour charger, en voiture pour tabasser, plaintes déposées contre les syndicats pour "troubles à l'ordre public" ; mais sous les matraques, le mouvement renaissait, s'amplifiait, s'effritait, se reconstituait, jusqu'au moment où la guerre d'usure et l'immobilisme soigneusement dirigé finirent par mettre à plat la résistance du peuple des travailleurs.

     

    Amphithéâtre, dit palais de l'empereur Galllien, Bordeaux.JPG

    Il ne nous appartient pas ici de trouver les solutions de rechange que l'on aurait pu envisager, d'estimer le degré de mauvaise foi du gouvernement et de l'opinion publique bien endoctrinée, non plus que la loyauté ou non des syndicats, de leur pouvoir excessif ou non, moins encore d'aligner des poncifs économiques sans savoir le faire d'ailleurs. Pour moi, parler d'économie, c'est parler de la pluie et du beau temps, tout le monde a raison et tout le monde à tort, et je regorge d'ignorance crasseuse. Mais cela dit, la méthode forte se voit, se lit, se touche, dans cet énorme volume de David Peace, qui nous présente un véritable Germinal britannique, vu par les ouvriers mineurs, ou par le chauffeur du salaud de service, larbin écœurant.

     

    Le moyen par lequel nos briseurs de grève ont fini par écraser le mouvement : les flics, les cops, et la misère, car l'aide financière, même internationale, restait insuffisante – sans oublier, dans le roman, certains responsable syndicaux qui jouent double jeu ou s'enfuient avec l'argent de la quête. GB 84 est classé "roman policier" parce qu'il s'y greffe je ne sais quelle histoire de détournement et de prise d'otages, en vrai, mais nous pouvons dire que Margaret Thatcher, tous ces mois-là, en vint à égorger toute une classe sociale, dont l'héroïque résistance nous est ici relatée. Voici les procédés littéraires utilisés : des phrases extrêmement brèves, un emploi constant de l'absence de verbe ou du présent de l'indicatif, dit "de narration".

     

    La répétition incantatoire des sujets de verbes, souvent, Terry, isolé dans son rôle de collecteur de fonds, et bien tenté par la fuite avec les grosse liasses dans les gros attachés-cases. Car même dans une lutte collective, chacun combat seul ; "Une maille rongée emporta tout le reste", comme nous le citait un écrivain de couleur dans "La grande librairie". Il suffit que quelques-une reprennent le travail, le porte-monnaie vide et l'estomac plein de fiel, pour que d'autres cèdent à leur tour. La radio, la télé, fournissent de fausses informations et de faux débats objectifs. Autre procédé : la disposition du texte sur deux colonnes de journaux serrées, sans alinéas, qui s'interrompent brutalement en bas de page, et qui reprennent, par surprise, ex abrupto, juste au milieu de la phrase précédente, quelques pages plus loin.

     

    Aucun lyrisme, abandonné Zola. Le document brut, pour des répressions brutales. Une parataxe omniprésente : des mots forts, les uns à côté des autres, sans liens apparents. Des répétitions. Des slogans. Des flashes, des éclairs donc, de sensations, de douleurs sur la gueule, d'impressions subites, d'associations d'idées incongrues. L'impression toujours plus ou moins de recevoir des projectiles sortis du livre en 3D. Pas de baratin idéologique non plus ; juste la lutte, cruellement vécue de l'intérieur, lutte juste en soi, pour soi-même, pour son existence et sa survie, pour sa dignité, sa grandeur. Les arguments, ça se discute, ça se tourne, ça s'interprète, ça se gauchit, ça se retourne contre celui qui les emploie, et quand on se casse la figure avec les flics ou avec les traîtres, ce n'est pas le moment d'aligner les démonstrations aargument par argument : on cogne, point barre, de fer.

     

    Oui, c'est long. Oui, c'est interminable. Oui, on finit par s'en foutre, par se dire "vivement que c'est fini puisque depuis cent pages nous voyons bien que c'est foutu". C'est un effet voulu, car c'est bien ce qu'ils ont ressenti, les syndicalistes et leurs sympathisants. Les autres, Maragaret   Thatcher, ses sbires, on ne les voit pas beaucoup, on parle anonymement du "Premier Ministre". D'autant plus redoutable qu'il est de genre neutre. Mais il existe un autre personnage, autrement plus ambigu, Mr Sweet, "Ledoux", un nom pour canular téléphonique, la plupart du temps appelé le Juif, avec un J majuscule. C'est le patron du chauffeur de maître mentionné plus haut. Ce "Juif", donc, est l'adversaire acharné des syndicats, non par idéologie, ni par appartenance à "la communauté" comme on dit, mais en tant que tel, en tant que représentant de la classe possédante. Sympathique au demeurant, ne ménageant pas ses efforts, courant de réunion en réunion, débauchant les délégués syndicaux les plus fragiles, interviewant des jaunes ou des miséreux poussés à la reprise du travail, mouillant sa chemise de luxe.

     

    Le chauffeur, comme nous l'avons dit, appartient au prolétariat mais bien payé, traité comme un larbin mais aussi comme un confident, aimant et détestant son maître, entre deux chaises la conviction par terre, n'éprouvant d'empathie ni avec les capitalistes ni avec les ouvriers, sensible surtout à son propre intérêt, et au maintien de sa dignité : domestique, mais digne. L'ennui est que l'auteur appelle ce patron "le Juif". Depuis des centaines d'années, c'est ainsi que l'on se représente les puissances de l'argent : sous les traits d'un juif, banquier, tireur de ficelles. J'aurais bien du mal à ne pas voir là d'antisémitisme, larvé ou provocateur. Je peux toujours dire qu'il s'agit d'un combat entre les puissances du bien et celles du mal, économiquement parlant : les riches combattent, après tout, pours les intérêts de classe, mais sont prêts à se déchirer, ensuite, égoïstement, alors que les mineurs se battent pour leur classe, collectivement, dans un esprit de fraternité.

     

    Nous pourrions dire aussi qu'il s'agit là d'une provocation de plus de la part de David Peace, qui nous présente des individus ni tout innocents ni tout à fait salauds. Nous pouvons cependant nou gratter la tête, comme nous l'aurions fait s'il s'était appelé "l'Arménien" ou "l'Ecossais". Après tout, "il ne faut pas généraliser", comme disent les noyeurs de poissons, et l'on nous montre des sydicalistes et des mineurs peu reluisants parfois, des travailleurs dits "les jaunes", des flics frappeurs, des traîtres et des voleurs, des magouilleurs, l'humanité, quoi. Il n'empêche que ce "Juif" nous reste en travers – et finalement, on s'y fait, n'est-ce pas, comme à l'étoile jaune.

     

    Et le plus grave dégât infligé à la classe travailleuse est sûrement de lui avoir fait perdre non seulement son existence, mais la conscience d'elle-même, sa pureté, de l'avoir brisée moralement, avilie, forcée à ramper, de lui avoir fait sentir sa vulnérabilité, la puissance de la force face au droit, de lui avoir fait bouffer sa propre merde. De l'avoir dégradée. Il ne s'agissait pas de fermer les usines et les puits qui n'étaient plus rentables, puisqu'on a trouvé des jaunes pour faire le travail à leur place. C'est seulement après le renvoi des "jaunes" que l'on a fermé les structures désuètes, non rentables. Il s'agissait bien plus d'un empoisonnement, par le venin, d'une catégorie méprisée de la population par une partie qui s'estimait elle-même supérieure.

     

  • Les errances de Pierre Thibault

     

    Poursuivons, sans nous relire : en Union Soviétique, tu aurais moins fait l'imbécile ! Ah, on ne rigolait pas, sous Staline ! Pas davantage sous Khrouchtchev d'ailleurs, ainsi que Soljénitsyne l'écrit. Thibault n'écrit qu'en 1971, et se contente de trois lignes de désapprobation sur les méthodes musclées de Staline, omettant (mais on ne le savait pas) que la plupart des efforts de productivité reposaient sur des esclaves, et que tous les chiffres étaient faussés du haut en bas de l'échelle vu la pénurie de tout. Mais que ne dira—t-on pas de nos régimes à nous d'ici à cinquante ans... et des réflexions de café du Commerce qui règnent ici à tout-va... Voilà que les entreprises russes se mettent à tenir compte non plus du plan quinquennal mais des commandes des clients !

     

     

     

     

     

     

    L'auteur marqué.JPG

    En vérité, immense clairvoyance ! Ce sont les entreprises Maiak (“de Mai”) et Bolchevitka à Moscou, qui ont commencé. Cette réforme marquée au coin du bon sens du zinc de comptoir qui fut étendue à 671 autres entreprises dès 1966 doit être finalement mise en application dans l'ensemble de l'industrie soviétique à la fin de 1968 tandis qu'elle entre en expérimentation dans 390 sovkhoz dès 1967. Il est dur de remettre les pieds sur terre, il est nécessaire de passer par un “stade d'expérimentation” ! Et si j'étais, Moi, chef d'Etat, je recommettrais les mêmes erreurs de planification, il y aurait des policiers et des patrouilles partout, pire que chez Denys tyran de Syracuse : preuve de mon incompétence, et de ma souplesse de verre de lampe.

     

    Profitons-en pour blâmer les Autres de n'y point renoncer comme moi. Le seul but est de trouver Dieu, de se reposer au Centre, d'irradier comme Centre et comme dieu, en tant que dieu. En attendant, on glande un peu. Il s'avère en effet que le stimulant économique du profit dont une part importante doit leur être ristournée sous forme de salaire ou de prime incite cadres et ouvriers à rivaliser d'imagination créatrice et d'ardeur au travail pour présenter en fin d'exercice un bilan positif. Le fameux facteur humain. Ce stimulant fait de vaseline et de scories râpeuses constitue le moteur même des rapports personnels que j'ai voulu ignorer, repousser tant que j'ai pu. En m'y engluant à fond, jouant de tous les tableaux dans une classe, avec virtuosité obligée.

     

    L'enseignant veut renseigner tout autour de lui avec ce qu'il vient d'apprendre, il veut rendre service, mais aussi dominer. Une illustration sommitale montre l'un de ces sexagénaires en col blanc, lunettes d'écailles et cheveux blancs qui pullulent dans l'iconographie détestable de ce volume : “Vous pouvez reconnaître...” Eh non, personne n'est reconnaissable, toutes ces personnalités en uniformes bourgeois ne présentent qu'un éternel camaïeu écaillé de petits visages blancs, 5mm sur 4, où la meilleure volonté du monde peine à reconnaître qui que ce soit, s'i n'y avait la légende. Cette fois-ci, nous n'avons qu'un homme à pochette, tenant loin de lui sur une table la double page d'un journal, et dont on nous révèle l'identité : Le professeur Ievseï Limerman à son bureau. Photographie sans doute à son bureau – l'histoire bégaye, les historiens aussi – l'économiste soviétique Ievseï Liberman, professeur à l'université de Kharkov, est l'auteur du plan de réforme de l'économie productive de l'U.R.S.S. mis en œuvre progressivement depuis 1966 et qui vise à rentabiliser la production de l'appareil économique soviétique en accordant aux entreprises une certaine autonomie de gestion et en réintroduisant dans cette dernière la notion de profit. Belle langue de bois, bien délayée pour justifier d'un fort volume broché, matière ingrate et stérilité de ma

     

    COLLIGNON LECTURES "LUMIERES, LUMIERES" 59 12 27 (émission : 61 02 06 etc.)

     

    THIBAULT (Pierre) "LE TEMPS DE LA CONTESTATION" 40

     

     

     

     

     

     

     

    paille opposée à la poutre. Je haïssais profondément cette histoire de l'URSS si triviale, encombrée de tuyaux, de tracteurs, de tonnes de papier Q, sans batailles ni conquêtes militaires. Je jouissais maladivement de ces mots économistes giclant entre mes dents comme autant de morceaux de viande, solide pâtée constructive donnant l'illusion de comprendre et de digérer. L'étudiant se sentait homme, participant à l'effort du prolétariat, invité à s'extasier devant les Stakhanov, ignorant par la force des choses les millions de dos courbés dans “l'enfer des camps”, sur lesquels reposaient les fausses statistiques de triomphes industriels. Ainsi se trouvent mises en application les théories qu'il avait exposées dans ses différents ouvrages dont les principaux s'intitulent – mon Dieu, qu'il y avait moins de gravité, moins d'exhaustivité, moins de lassitude pour exposer à la va-vite les théories exaltantes et fumeuses des candidats, par exemple, à la royauté de Jérusalem au Moyen Âge !

     

    Chimères assurément, mais plus fidèles à l'âme des hommes que ces “Structures de l'équilibre d'un entreprise industrielle”, ces “Moyens d'élever la rentabilité des entreprises socialistes” et “Analyse de l'utilisation des ressources de production” publiées respectivement”, tenez-vous bien, en 1948, 1956 et 1963” - Ph[oto]A.P.N. ! quel sérieux ! Quelle gravité ! Le commentateur ne doute pas un instant que le lecteur ne se rue, sitôt l'ouvrage refermé, sur ces chefs-d'œuvre de gestion, qui eux, au moins, servent à quelque chose ! L'analyse du contenu d'une telle réforme amène certains observateurs superficiels à penser que l'U.R.S.S. (bien placer les points après chaque abréviation) fait un pas décisif vers la restauration du capitalisme. Erreur grossière ! Penser à ces classifications de bibliothécaires sur les livres de religion, disséquées à fond sous diverses cotes, au moins 10, pour les chrétiens, tandis qu'une seule de ces mêmes cotes rassemblait les “autres religions” !

     

  • Description laborieuse de la Bave

     

    005.JPGComment regarder cette photo ? À l'endroit ou à l'envers ? Tant je suis attiré par le thème du reflet. Reflet dans l'eau, ici, de la Bave, à St-Céré, lieu de naissance du populiste Poujade. Mais aussi de Lagarouste, inventeur du levier à rocher ; le précédent n'est pas mentionné : sans doute en eut-on de la honte. Ce cliché fut réalisé pendant un séjour de ma femme au lit. Nous avions vu le défilé d'une noce en voiture années 30, avec maintes casseroles et gamelles accrochées au cul. Ce lieu fut aussi celui de mon accueil en salle de cybercafé, où l'o,n, vint à ma rencontre en raison de ma tenue fort peu orthodoxe, mais je venais internetter, non casser. Dans la rue, je fonçai en droite ligne et les yeux fixes sur deux autochtones qui s'écartèrent en devisant, par prudence.

     

    Le pont d'une arche est repris dans l'eau. Il forme un arc-de-cercle aboutissant (je le sais) non pas à une rue mais à une porte qu'il me plaît d'imaginer désaffecter : du pur Venise. Le reflet montre deux poutres minérales parallèles : entre lesquelles apparaît cependant la Bave, curieux cours d'eau qui ne mérite pas son nom. Comment cela se fait-il ? Ce pont serait-il sans tablier, devenu impraticable ? J'y vois le fond d'une barque, avec ses planches parallèles, enserrant le reflet vague de constructions lointaines, et un moignon de clocheton dans l'eau. A l'air libre en effet, et au-dessus de ce reflet, une longue abbaye d'ardoises, un toit rond religieux plus un clocheton très Centre-France.

     

    Trois toits de tuiles, l'un en longueur, l'autre en largeur, le dernier en hauteur. Partout de la construction, à l'ancienne : un autre corps de bâtiment, plus proche, sur la rive gauche, balafré d'une ombre claire, ponctuée de volets blancs, ouverts, entr'ouverts "en tuile", fermés au rez-de-chaussée. Les deux rebords d'un parapet pare-crues, d'inévitables interdictions de tourner à droite ou à gauche, un tas de sable de travaux. Plus bas sur la berge raide, des jaillissements de rameaux revêches, vert bouteille, et le reflet à l'ombre cette fois de ces masses et constructions, formant l'oblique d'un point de fuite. Le pont donc aux deux tiers de hauteur comme il se doit, les constructions que l'illusion de perspective place sur lui, et enfin, à égalité de la longueur (mais l'eau semble repousser le tout vers la droite), une oblique assez nette à 80° : un toit, un balcon saillant sur l'eau avec ses croisillons de bois à l'air libre, une petite ogive, un étai à 45° style "descente en rappel", et jusqu'à nous la coulée verte, au soleil, qui s'élargit en base de triangle.

     

    C'est la rive droite, où derrière le parapet s'alignent mal dissimulés nos hudeux mufles d'automobiles qui foutraient tout en l'air question ambiance, avec leurs tôles de sauvages. Le pire est qu'elles font pendant, pour la masse, aux maisons balafrées de la rive gauche, de même que l'ombre végétale de la même rive renvoie aux constructions claires, à poutres incluses, d'un vaste et lourd ensemble dont le cadrage nous dérobe le toit. Ce qui donne, de part et d'autre du pont et de son reflet : rive gauche, masse oblique des constructions, sur la berge assombrie ; rive droite, en haut la construction magistrale et très claire, en bas, l'ensemble compact, de haut en bas, d'une haie noire, des trois capots hideux et adoucis, de la végétation cette fois éclaircie, au soleil. A présent, errons un peu. Le grand côté d'immeuble, à droite, se fait grimper par du lierre. Il cache et bloque un premier volet fermé. Il enserre et menace ou protège un second couple de volets également fermé.

     

    Plus loin sur la droite, vers le rebord de l'illustration, mon œil inhabile ne saurait dire s'il y a rebond, pliure, ou poursuite de surface plane : je vois encore deux volets, l'un au-dessus de l'autre, aux battants fermés. Un petit rectangle très pur. Un dépouillement contrastant. Le pan de mur bouffé au lierre présente deux niveaux, séparés par une poutre incluse brun foncé, soutachée en parallèle d'une autre poutre plus mince. Le lierre ébauche ici la forme d'un ours vert, dont la tête aveugle et le mufle surgit au-dessus d'un vaste demi-torse, flanqué de pattes avant monstrueuses, levées pour assaillir. Geste protecteur, défensif, ou pour le moins affirmatif. Et l'angle droit, invraisemblable anatomiquement parlant, enserre un de ces volets aux battants clos déjà mentionnés.

     

    Les feuillages de la patte plus proche de l'eau s'effilochent au-dessus de la double poutre de soutènement, plus haute, prête à frapper ou à se fondre. La poutre est la double base d'un triangle équilatéral, se complétant hors de notre vue. Il est rayé de sept poutrelles verticales, avec deux volets clos, entre la deux et la trois, entre la cinq et la six. Un troisième, tout proche e ce rectangle pur déjà décrit, s'entrouvre, on voit son ombre sur le mur. Il est à supposer qu'on a voulu partout, à St-Céré, se protéger des rayons d'une canicule à venir, et nous serions au matin, lorsque l'ombre subsiste encore. Ou bien le soir, si le soleil provient d'au fond à gauche, en direction de l'ouest. Tout est calme.

     

  • Ecrire, dit-elle. Et de deux.

     

    Ecrire, dit-elle, ces choses pensées en rêve, ces vers géants qui plongent dans les sables frappant de plain-fouet, m'apprennent à concevoir la vie - ce pan de mur ce morceau de sucre - lump of sugar. Elle respire mal. Il est très grave d'entrer en littérature.

     

    Je suis sur le point d'être arrêté.

     

    Cette brume aux senteurs d'épices imprégnant les replis cérébraux, à distance de vie éternelle, une proie pour l'ombre, l'épicier compte et l'esprit soufflera sur les flots. Un souffle ayant contenu tout ce qui s'est passé, tout ce qui s'est pensé, les maîtres ont réponse à tout, c'est une réponse agaçante. Et s'élever, dit-elle, au-dessus du désert, ballon d'hélium d'observation - sauve ton peuple !... Redresse tes murailles dit-elle, et laissant subsister les trous pour respirer, nie wirst Dû Gott aufeinmal einfassen (1), Schade !

     

    Dommage.

     

    Tu te creuses.

     

    Dieu traîne partout. Une seule voûte, un seul couvercle : sky, le ciel, skull, le crâne.

     

     

    La gerbe oubliée.JPG

    Brouteur des poils de Dieu !

     

    Parcours du combattant : dix chaussettes à fond de tiroir, trouvez la paire dans le noir, j'entends des pas, j'entends sonner de vastes salles, plus loin, plus loin - l'armoire est énorme.

     

    ET DE DEUX... 2032 02 11

     

    La boucle est bouclée. Se mord la queue, passant de la dernière ligne à la première. Le voyez-vous, l'aveugle, récoltant son petit morceau de lard ? Afin de réchauffer ses verrues sous sa cuisse.

     

    Dépose à mes pieds ta liqueur prostatique. On est prié d'éjaculer dans les crachoirs disposés à cet effet. Relire à la loupe Sénèque, Lucrèce, Stace. Avec des dictionnaires et des notes adventices. Sens dérivés. "Argot d'époque".

     

    Feuillets moisis, après que les Harkonnen auront fait justice, litière - de toutes les prétentions littéraires : en ce temps-là, les plus forts parvenaient au sommet de la pyramide, sous les pommeaux de douche. Nous ne serons connus qu'au hasard, un nom, un titre, et des médiocrités seront tirées vers les hauteurs. Salut, lecteurs interplanétaires ! Salut, déchiffreurs de versions ! Est-ce un complément d'objet ? ce mot signifie-t-il "croissance" ou "taille" ? "Pocm" en russe signifie les deux. Savez-vous que "pocm" se lit "rost" ? Que les Russes employaient un autre alphabet ?

     

    La littérature croupirait dans quelque conservatoire blindé que nul n'ouvirait plus. Qui tient son livre entre ses dents ?... Ici commence un nouveau jour assombri par la défaillance. La rancoeur entasse ses sédiments. Chaque nuit je perce les brumes, reviennent un Père jeune et si coupable qui n'est pas mien, le Livre semble une vaste construction molle, gélatineuse avec de vastes zones d'ombre, de si subites pollutions nocturnes.

     

    Je veux prendre un sentier dur et bien égalisé, les pins écartés de part et d'autre, les jeeps des forestiers circulent au ralenti. L'air frais, l'odeur balsamique.Né pour me plaindre j'échoue à écrire, danser, tenir des bougies. La stéarine brûle et sèche en croûte souple sur la peau, je crie les heures à intervalles réguliers, comme un sereno madrilène. J'avance dans ma vie sans goût sans autre lien que la chronologie, mon stylo glisse jusqu'à ces moments fixés.Le coeur s'est brisé sans se bronzer. Secrets mal gardés. Opéras détruits. Nuages au loin, mains tordues, plat-bord fuyant à ras de l'eau. Il faut se décider avant le crépuscule, l'horizon grignote le bord du soleil qui, "rouge de sang, disparaissait dans les entrailles de la terre". Note en marge de mon père :

     

    "N'exagère pas."