Fronfron55 Proullaud;296

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  • Massacre

     

    ...Déjà, le fascitrouducule est en mauvais étapette. Non par longue fréquentation, mais par long abandon. Pour l'avoir feuilleté, je sais qu'il s'agit d'un recouil de poèmes, avec beaucoup de blancs “pour l'âme” et une infinité de platitudes – ce genre de vent que s'obstinent à vesser depuis trente ans uen génération d'anémiques. Mais que vois-je ? Une préface ! Sans doute quelque éloge abscons et di tire-en-bique – ouah le beau papier d'impression ! Les beaux cahiers non-reliés, toujours plus brut, toujours plus authentiques ! Hmmm, Danone... Exergue de Kenneth White, ben mon cochon...

     

    L'auteur est donc censé, avec ses “Runes”, surenchérir sur la puissance des dieux. Ça ronfle la préface, coco, dès les premiers mots, ça te renforce déjà l'antipathie, par cette grossière approximation sottement revendiquée de l'écriture aux sciences physique et mathématique. Encore un poseur d'équation. Et de s'interroger : “Est-ce de la poésie, une forme de poésie ? Une poésie formelle ? Ou formellement la poétique ?” - mon pied au cul, est-ce un pied sur un cul, un cul frappé d'un pied, un pied augmenté d'un cul, ou deux fesses exprimées par le pied ? Moi-même et Dieu merci, la page 8 épuise la préface : “L'évidence scientifique peut-elle rejoindre l'évidence poétique ?”

     

    Grand Un, Attila, toute la page. Suivante, blanche, fin du premier cahier, ô grandiose pensée, allez ! On s'y plonge :

     

    La mairie de Bordeaux-Bastide.JPG“Naître dans le noir” (là dis donc)

     

    du vivant des caresses”

     

    (interligne)

     

    “en vouloir à la nuit”

     

    (interligne) (très important les interlignes)

     

    “gagner à s'y perdre”

     

    Traduction (? ) : “Mes parents ont baisé dans le noir (là dis donc) (oui, bon...) - ces salauds, et j'ai peur du noir, ce qui ne m'empêche pas de m'enfoncer dans un vagin”.

     

    N'est-ce pas profond ? C'est fort variable ma foi, et les femmes se le mesurent au doigt tant qu'elles peuvent. La page douze est encore plus succincte. Ayant lu les “Runes”, peut-être en ferai-je cadeau – page 13 : “La parole futile

     

    une douleur qui se tue au silence

     

    ce besoin de rien

     

     

     

    que la faim assouvit”

     

      • autrement dit, “quand j'ai le bourdon, je la ferme, mais je la rouvre, je bouffe un Mars, et ça repart”.

     

    Que de Béotie dans l'âme du critique... Il suffirait sans doute d'un ton pénétré ? Je crains que ma conviction première ne se mue en grosse indulgence de poisson noyé. Qurtout n'attendons rien de neuf : Monsieur Poète pense :

     

    “Captif des vertiges

     

    sur la terre à bâtir

     

    son mal en patience

     

    pour y dormir au bord”.

     

     

     

    Celui-ci me plaît : c'est bien par la faute de ma femme que je ne peux voyager : GNAGNAGNOUEEEERE !

     

    ...Ah, enfin ! Ce vers nul ! Ce vers parfaitement nul !

     

    “Les dents cariées par le sucre du silence” - ça c'est du symbolique mon pote ! “le sucre du silence”, apposition indirecte. “Les prés de mon âme”, “le pneu de mon amour”, “la braguette de mon tambour”, ça c'est de la poésie coco ! T'as pas deux briques que je te ficelle un bouquin à la con ? Page 16 ! Juste avant, “II”, au début d'un feuillet : nous retombons sur nos pieds. Ce doit être cela, le mathématisme de la poésie :

     

    “Les récoltes engrangées

     

    l'ivraie se récolte

     

    pour la beauté” - penseur ! Et qu'y a-t-il derrière ce “grand II” ? Une page blanche. Tant le poème précédent tant à penser laisse...

     

     

     

    “Femmes” (attendons-nosu au pire) (mais non, pas parce que c'est des femmes, abruti !) - “Femmes

     

    moissons oubliées

     

    sous la pluie des regards

     

    elles donnent faim”

     

    - je vous fais grâce des interlignes.

     

    Après l'ennui, l'amour ! Ah nom de Dieu ! Le “grand III”, c'est le sexe : sûr ! Les femmes, les moissons ! Quel être singulier, ce Latire ! Quelle puissance !

     

    “Un sourire,

     

    un champ givré à perdre haleine

     

    la plaie qui se rouvre

     

    quand le lière fuit !

     

    Quand on débande, la vulve bée, puis en redemande !

     

    Moi aussi je manie le symbole. Mais je perds le souffle. Il arriv eun moment où plus rien n'est à dire. Çase surpasse pp. 22/23. Plus que deux vers. Sûr que ça gagne en intensité :

     

    “Quand on caresse l'arbre,

     

    on met la main au feu”

     

    “Arbre, il brûle de le savoir.”

     

     

     

    Je sens venir, parole ! Une page avec une lettre ! Ou blanche, non plus au revers d'un chapitre, mais en plein milieu !

     

     

     

    “Sur le chemin du retour

     

    la pluie

     

    allume la lumière” - j'ai gagné ! La page d'en face est blanche.

     

    De la poésie mathématique on vous dit ! Plus subtile encore : la page n'est pas numérotée ! Ni la suivante, blanche aussi ! Il faut tourner une page entre 24 et 25 ! ô piètre âme, ô pieds au cul, pieds découragez qui restez mous dans vos pantoufles !

     

     

     

    “La pluie

     

    ses cheveux brûlent

     

    sur terre” - lecteurs, vous avez vu l'opposition ? La pluie qui brûle ! Vous avez remarqué les éléments ? L'au, le feu, la terre ! L'air, c'était le vide des pages. A présent chiche qu'il nous entretient vde vent, de brebis ou de roc... Encore gagné ! C'est la neige, le diamant, “les facettes égrisées par une bise” - je n'aurai pas perdu mon temps : j'aurai appris un mot. Mais j'ai la flemme vraiment d'aller chercher dans le dictionnaire. Allez, un petit coup de Bon Dieu, un petit coup de Mort pour finir, ça ne fait pas de mal ! C'est joli les majuscules. Un peu de montagne, un peu de roc, ça manquait, ah ! La ville. M. Latire touche à tout. J'accélère : “La ville

     

    elle porte des bas

     

    à demeure”.

     

     

     

    C'est joli la polysémie. Soudain, page 35, je tressaille un peu, à peine :

     

     

     

    “Noyés au-delà de la force

     

    cherchant dans l'eau

     

    ce qui dénoue

     

    ils en prennent encore la peine”.

     

     

     

    Et je le noterai.

     

    La moindre chaise au désert devient cathédrale.

     

    Mais la chaise s'effondre page 36. Chapitre IV !

     

    A chaque nombre je scrute en vain l'arrivée de la mathématique :

     

     

     

    “Une grappe de folie fait un repas au solitaire” : il a pensé. Il a poété. Peut-être ce Monsieur gagne-t-il à être connu. Mais voilà : il croit écrire.

     

    “La peur aime à cacher ce que la solitude invente”, et je dirai même plus : “La peur aime à inventer...”

     

    Ce n'est pas fini

     

    “Avec l'âge, la beauté se protège” !

     

    Ici, deux réactions : ou bien s'acheter un kilo de Nivéa, ou bien relire “Les Vieilles” de Baudelaire.

     

    Ah ben merde alors ! C'est fini ! “Il a été imprimé 500 Runes ... Pas de prix... Quelques lignes ua dos, reprises de la Préface, pour rappeler n'est-ce pas, mais ça ne me rappelle rien du tout – mais alors, mais alors, il va falloir que je me cherche un autre livre, moi !

     

  • N'habitez jamais votre lieu de travail

     

    Magdalena tente une autre approche : “Nous ne voyons jamais personne.” Il faut dire que la Cité du Purgatoire (leur domicile) se prête peu aux fréquentations, voire aux voisinages : des immeubles bas, allongés dans leurs briques rouges sur un terrain boueux, venteux... “Quittons ce désert”, dit Magdalena. Quittez ces bois, vous ferez bien [“Le Loup et le Chien”]- à vrai dire chacun d'eux vit sous un véritable déluge de contacts sociaux : patients de psy, potaches de prof. Un trop plein. Une hémorragie. Une diarrhée. Un déluge de diarrhée. De retour du travail il leur faut s'isoler, s'allonger, se reprendre – quant à recevoir... à être reçus... à écouter, parler, répondre - ils étouffent, certes ! Au cœur du Dédale Rouge alias Cité du Purgatoire (pour mémoire) – ce sont les lieux mêmes qui suintent d'inquiétude dit Térence (trop d'élèves habitent la cité, déversant leurs sarcasmes anonymes par les fenêtres ouvertes sauf l'hiver, le bienfaisant hiver.

     

    C'est pourquoi aussi contre toute logique il veut rester ; Magdalena ne jurant plus que par B., port du Midi, où résident famille, amis - je préfère souffrir ici, seul, dignement. dit Térence qui se revoit, jadis, étudiant, à B., au Fac Mother où il reviendrait boire du lait fraise (je suis abstinent). “Je peux” dit Magdalena “rouvrir un cabinet rue J. [quartier des médecins] ; mon père médecin fournira l'argent.” Près de Paris, Cité du Purgatoire, Térence descend la pente et prend le train de banlieue, puis marche dans la Capitale (je prends mon exercice) “Tu ne visites même pas” dit “les expos” mais Térence affectionne Pari où l'air est plus vif dit-il, où j'ai l'impression qu'un jour il se passera quelque chose un peu comme un tirage de loto en province même pas de loto.

     

    “Tu es un provincial” dit-elle. Arrive un jour de brouillard Cité du P. Les immeubles flottent, les angles s'adoucissent, la vue blanche porte à trois mètres. Térence marche avec soulagement : ni vu ni reconnu. Par temps clair je ne peux sortir de chez moi. Térence croit fermement que sous les fronts de quinze ans ne clapote que du fiel. Il est dur d'être enfant Cité du Purgatoire. Des cons formant barrage devant le bureau de poste. Jadis il était jeune. Peureux. Pas accepté dans les bandes. Il restait seul. A l'instant il voudrait leur casser la gueule. Baisser les épaules marcher droit ! mais il baisse la tête, il lève les pieds.

     

    Scarabée rhinocéros.JPGCe sont les autres qui se tournent, qui sont gênés. Le pain. Les cigarettes. Les vélomoteurs au point mort. Doux bruissement. Juste de l'embarras, ce n'est rien, l'épaule au niveau de l'oreille, l'émotion sans doute, la baguette au-dessus du cabas. Térence trébuche il est mal habillé. Une pièce tinte sur le trottoir : Goo-oo-ood morning, Mister Elliott ! Dès qu'il a tourné le dos la Nuée glapit ! s'il se retourne il est foutu... Il se redresse. Démarche im-pec-cable. Tous les trois jours goo-oo-ood morning goo-oo-ood evening de très loin, de très haut – béni brouillard, béni brouillard.

     

    Il ne faut pas frapper les enfants. Ça ferait du bien. Puis les hyènes. Ça recommencerait, plus haut, plus fort – je ne tremble plus – je respire à fond. Une fois tout de même l'un d'eux s'est pris toute la largeur d'un bouquin sur la gueule – c'est pas moi – qu'y gueulait – moi non plus – j'ai répondu. Pour se valoriser Térence a rédigé une Thèse sur Shelley (Percy Bysshe), correspond avec Oxford, Boston (Mass.), avec un tarif, un pèse-lettre (pas de queue au bureau de poste) ; la boîte aux lettres d'ici s'encastre dans un renfoncement. Terence prend les petits pas chinois dans l'herbe et dépose à l'abri son courrier dans une autre boîte lointaine ; le long du chemin les vitres renvoient son image droite et digne.

     

    Ce lundi la poste a muré le renfoncement, les jeunes sont partis.

     

  • Caetera desunt

     

    CHAPITRE CINQ Le Père Duguay prˆtre … Chƒteauneuf, 
    espion auriculaire

     déjà connu, obéit aux injonctions de François Nau,
     demi-frère du Docteur en m‚decine ;
    il est en relations avec Annemarie Mertzm?ller,
     strip-teaseuse au grand c?ur qui se fait troncher … l'hôtel,
     mais offre en scŠne son corps … Dieu. Il connaŒt
     ‚galement

    le Kader ben Zaf … la Teste, prŠs d'Arcachon.
    Tous deux sont des demi-r“les. Ils doivent cor
    rompre,
    chacun … leur maniŠre, les deux maŒtresses
     des demi-frères, Pascal Matz et le marchand
     de chaussures. Comment s'y prendront-ils ?

    Le poteau, l'arc-en-ciel.JPG

     Le prêtre doit s'aider de toute sa casuistique, 
    afin de paralyser

     petit à petit la strip-teaseuse,
    l'enserrant dans le filet du péché,

     auquel il ne croit pas. Il espère
     la revoir en train de baiser,

    au lieu de se masturber bêtement
     de l'autre côté d'une cloison

     de chambre d'hôtel, au-dessus du bidet
    (pas de taches, évacuation

    immédiate). ...Après son exploration donc
    des couloirs de l'hôtel,

     le Père Duguay ne s'en tient pas là.
    Rappelons ceci :

     vous connaissez de ces petits abbés
    chafouins, cafards, tout noirs ;

    ou de ces gros abbés ventrus. Duguay n'est
     ni grand ni petit,

     ni blond ni brun, ni..., ni. C'est déjà beaucoup,
     c'est trop

     qu'il soit ecclésiastique - vous en connaissez
    beaucoup,

     vous, des ecclésiastiques ? suffisamment
     pour

    qu'on puisse en établir une, voire des typologies ?
     L'église de Châteauneuf est noire, son porche

    en lave s'ouvre en biais face au
    bistrot-cartes-postales ,

    et la ruelle qui les sépare fomente de foutus
     courants d'air.

     L'abb‚ Duguay rase les murs ; il ne se sent chez lui
    que dans son église, multiplie les signes de croix,
    redonne l'argent maigrelet de ses quêtes
     dans les troncs,

    … saint Antoine, … sainte Th‚rèse (qui a vraiment
    une gueule de paysanne born‚e, obtuse
     comme c'est pas permis, pas ‚tonnant
     qu'elle ait vu un grand mur gris devant
     ses yeux

     au moment de mourir au lieu du Christ -
    "Le Christ est peut-être un grand mur gris",
     bave une notice ‚difiante. Duguay prie, bras en croix, à genoux
    ou de tout son long