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  • fea8e4

    Qu'est-ce que vous voulez que ça me foute que vous sa CHIEZ mon code d'accès ? Il aura changé au petit bonheur dans les 8 jours. Mais qu'est-ce qu'ils croient, tous ces gens qui viennent baver ici ? moi compris... Ils se prennent pour des Personnages Importants ? Ils ne veulent pas qu'on sache le prénom de leur belle-mère, ou qu'ils ont des boutons sur leur zob ? Mais qui ça va intéresser, ça ? Ils te piquent de ces crises parce que leur tronche paraît au bout de 18 (dix-huit !) clics ? Ils pensent que ça concerne au plus haut point la Cia, le Mossad et la préfecture de la Sarthe ? Et ils se croient protégés, alors que ma moindre virgule est entassée dans un gigantesque réservoir à données. C'est comme les chats tatoués et pucés : ils disparaissent aussi bien que les autres. Si "ON" veut vous nuire, ça vous arrivera nécessairement. Même si vous vous cachez sous une bouse blindée à l'épreuve des tirs directs. Si vous voulez qu'une chose reste secrète, facile, parlez-vous tout seuls dans vos chiottes (à supposer que Poutine n'y ait pas entreposé de micros). Mais dès que ça paraît ICI, c'est à tout le monde. Bande de niais.

    Le chien flou.JPG

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  • Arcachon et Basse Bavière

    « Allô ? Fat Kader ben Zaf ? Tout baigne à La Teste ? » C'est le mot de passe. Kader, entre deux liqueurs, fait fête à l'autre bout du fil à son ami Duguay, collègue en manipulation  : oui, Mademoiselle Bost, ex-boulangère bien connue , mord à l'hameçon, pose de plus en plus à l'artiste, et même, commence à sourire. Des stratégies s'établissent pour lui faire vendre ses œuvres, grâce à des acolytes, qui trouvent toujours moyen de le refiler moyennant quelque bénéfice dans le médiocre marché de l'art. Quant au Père Duguay, du haut de sa Margeride, que peut-il révéler ? Comment persuader à une strip-teaseuse professionnelle de venir s'enterrer en hauteur à Châteauneuf-en-Beauves, prise de la ville par Robert de Montebrond (1370) ? Une musicienne morbide, à la rigueur, eût succombé à la Danse Macabre, à 110km par la route (Grandrieux-Brioude) – bref, les subalternes prennent le pouvoir.

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    Annemarie Mertzmüller, maîtresse du chaussurier, comme nombre de grandes mystiques, éprouve souvent le besoin de pénitence. Les intervalles entre ses tournées, soumises aux aléas d'improbables imprésarios, elle les dépense en retraites ; les unes, conjugales, destinées à François dit Frank Nau, permettant à ce dernier d'oublier son fétichisme du soulier. A moins que par fantaisie le commerçant préfère la levrette en porte-jarretelles, ce qu'elle trouve dégradant, sans compter les marques sur les cuisses – so gemein ! soupire-t-elle,«  si vulgaire » ! Mertzmüller jouit peu. Les autres retraites, Mertzmüller les doit à ses bronches, pour les soustraire aux inhalations de cigares passifs, sous les voûtes des cabarets. « Nous irons » dit Frank « à Châteauneuf-en-Beauves, ou bien La Chaise-Dieu si tu y tiens ». Va pour Châteauneuf. Duguay se rengorge, abreuve la maîtresse de son maître de discours casuistiques, invoque la fine fleur des jésuites du XVIIIe siècle, les Révérends Habert et Valla. Pensée rococo dit-il. Annemarie lui prête une oreille distraite. Le don tout visuel de son corps dévoilé aux Messieurs (et dames) d'un certain âge lui semble toujours bien plus élaboré, plus personnel. Quant aux reproches de frivolité, ils la laissent de glace. La transmission géométrique de la beauté (il serait du dernier commun de vouloir palper) relève à ses yeux non seulement les virilités flapies mais aussi son niveau particulier de conscience, infiniment supérieur aux considérations d'un abbé. Cependant, Annemarie Mertzmüller s'essouffle dans cette paroisse de Lozère où les contraintes du Père Duguay l'entravent. Les commanditaires ont laissé carte blanche Ils ont été supplantés. Les strip-teaseuses ne montrent plus leur cul. C'est un succès. Ce que l'abbé n'a pas prévu, c'est qu'elle est attirée par une autre femme ; car l'amitié (tout sexe éliminé) se révèle souvent plus ardente, efficace et vive entre femmes qu'entre hommes (aucun rapport avec les compensations largement méritées que l'on s'octroie maîtresses quand les frères sont en chasse (calibre 420). Tout est bien compartimenté dans sa tête. Annemarie la strip-teaseuse consolide, au fond des campagnes, des relations plus solides qu'entre filles de salle. Elle rejoint, au second étage du presbytère, une bonne de curé, d'origine allemande elle aussi, la soixantaine. Qui recoud, reprise tous les surplis, toutes ces aubes bannies par Vatican II. « Au contraire de mon métier », dit l'effeuilleuse en souriant. La sexagénaire invente et brode à satiété ses vêtements sacerdotaux, comme si le Concile n'eût jamais eu lieu. Elle en coud même de très excentriques, inspirés de loin par Fellini (François dit Frank Nau, cardinal à roulettes ?). Il règne entre ces deux femmes, Beate und Annemarie, dans cette mansarde Beauvesaise aux armoires profondes, d'insondables affinités. D'emblée, elles se parlent en allemand. Annemarie ne trouvait à employer cette langue que dans ses numéros d' « Ange Bleu » - mais Marlène, longue et grave, ne lui convient guère. Aussi, quel plaisir de converser avec Beatrice, qui sait préserver ce Hochdeutsch suranné de Luther, prononcé en gothiques... Nul ne les comprend, pas même le Père Duguay, qui se targue de germanisme, niveau guide touristique : n'a-t-il pas rédigé la notice Châteauneuf-en-Beauves und seine Umgebung (« et ses environs »), dont une touriste du Mecklembourg lui a renvoyé à sa grande honte un exemplaire abondamment rectifié, qu'il cache mais consulte. Les deux femmes baptisent leurs conversations du beau nom français « Les Entretiens de la mansarde ». Ils portent sur la taille et la nomenclature des habits ou ornements, dans les deux langues ; sur les points et figures de broderies et brocarts  : les Bavarois se sont très longtemps attachés aux pieux vocables saint-sulpiciens, voire Biedermeier. Ces envoûtantes litanies énumératives évoquent plus ou moins le vocabulaire de la solide armure de chevalerie (cuissots, grèves de tibias) : celle que précisément portait Robert du Plessis-Bertrand. Du Guesclin… Puis après de longs silence où toutes les deux cousent (Mertzmüller lève aussi de mémoire ses anciens patrons de scène), la conversation s'oriente insensiblement vers les manœuvres des Mâles, les faux-culs (falschen Fünfziger, « faux quinquagénaires »…) : « Je vous sauverai de toutes ces manigances chère amie, croyez-moi ! » Beate (« Sœur Beate », dit le prêtre) se chipote souvent avec le Père Duguay, de ces petits accrochages entre cousin et cousine passé l'âge de se tripoter. Il s'agit le plus souvent de l'usage auquel il convient d'assigner les grosses pièces de 10F de la quête.

  • Psychiatrie infantile, aux deux sens du terme

    La location comprend l'usage en sous-sol d'une cuisine, encore en installation : « Revenez l'année prochaine, tout sera terminé !» - quelle année prochaine ? pour l'instant, tout reste en chantier : ciment frais, eau froide à l'évier, ampoule nue au bout d'un fil, tambouille sur le réchaud dans sa casserole. Pâtes ou riz. Porte-fenêtre ouverte sur l'herbe. La nuit est progressive et douce à cette altitude. Lydie va et vient de la porte vitrée aux balançoires. Mère et grand-mère croassent à l'unisson : « Reste là pour qu'on te voie ! on lit tellement de choses dans les journaux !” - en dix secondes un enfant disparaît. Le lendemain, sur une aire à pique-nique, nous croisons un vieux menant son âne ; Lydie court après la bête et le vieux. Les croassements virent au frénétique, le vieux se fait vitrioler des yeux.

    Je voudrais claquer la gueule à ces deux harpies. Qui de retour au gîte me confient à grands rengorgements qu'elles ont livré Lydie aux psy. Pornopédophilie. “C'est scien-ti-fique !” glapit Fédora. “Scien-ti-fique !” (nous en sommes au petit déjeuner, cher payé (« tout compris »), tandis qu'à la cuisine, la vraie, celle des logeurs, nous sont proposés petits pains, bacon et jus d'orange). La cécité populacière de Fédora pour tout ce qui touche à l'astronomie, pardon : aux vertus thérapeutiques de la psychanalyse, me prouve une fois de plus le caractère irrémissible, indécrottable, de l'inculture. Supposons même que puissent se superposer quelques stratifications culturelles que ce soit, ce serait en de telles cervelles le sens même de la culture qui glisserait tout au long d'eux, « comme l'eau sur les plumes du canard ».

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    Le sens culturel en effet, ce gauchissement salvateur de l'âme, ne peut s'acquérir qu'à l'enfance, sur les bancs de la si décriée, si abondamment honnie, bientôt défunte école publique. Pierre Bayle déplorait encore en son âge mûr qu'il lui eût fallu attendre, faute de moyens, que son frère aîné eût achevé ses études pour entreprendre les siennes, « trop tard » disait-il en substance « pour que j'en retire les bienfaits escomptés ». La plupart des autodidactes, fortes têtes et cancres, bloqués, ne compensent jamais leur tare originelle : scolarité foutue, culture foutue ? Ne parlons pas ici d'origines sociales, tarte à la crème de tous les démagogues, mais du peu de temps dont dispose l'avare vie humaine pour conférer à l'esprit son aristocratie...

    Devant ce pathétique plaidoyer en faveur des psy (qui m'ont si longtemps dispensé leurs clartés) j'empoigne alors, dans la belle salle à manger lumineuse, une chaise Voltaire que je brandis : « Fédora, observe bien cette chaise ; tu l'emportes chez un psychiatre – n'importe quel psychiatre, entends-tu Fédora, et ma bite à couper qu'il lui trouvera sur-le-champ, tu m'entends bien, une névrose, et le traitement qui va avec.” La gosse se marre, car elle a du vocabulaire

  • Les tortionnaires et la strip-teaseuse

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    « Allô ? Fat Kader ben Zaf ? Tout baigne à La Teste ? » C'est le mot de passe. Kader, entre deux liqueurs, fait fête à l'autre bout du fil à son ami Duguay, collègue en manipulation  : oui, Mademoiselle Bost, ex-boulangère bien connue , mord à l'hameçon, pose de plus en plus à l'artiste, et même, commence à sourire. Des stratégies s'établissent pour lui faire vendre ses œuvres, grâce à des acolytes, qui trouvent toujours moyen de le refiler moyennant quelque bénéfice dans le médiocre marché de l'art. Quant au Père Duguay, du haut de sa Margeride, que peut-il révéler ? Comment persuader à une strip-teaseuse professionnelle de venir s'enterrer en hauteur à Châteauneuf-en-Beauves, prise de la ville par Robert de Montebrond (1370) ? Une musicienne morbide, à la rigueur, eût succombé à la Danse Macabre, à 110km par la route (Grandrieux-Brioude) – bref, les subalternes prennent le pouvoir. X Annemarie Mertzmüller, maîtresse du chaussurier, comme nombre de grandes mystiques, éprouve souvent le besoin de pénitence. Les intervalles entre ses tournées, soumises aux aléas d'improbables imprésarios, elle les dépense en retraites ; les unes, conjugales, destinées à François dit Frank Nau, permettant à ce dernier d'oublier son fétichisme du soulier. A moins que par fantaisie le commerçant préfère la levrette en porte-jarretelles, ce qu'elle trouve dégradant, sans compter les marques sur les cuisses – so gemein ! soupire-t-elle,«  si vulgaire » ! Mertzmüller jouit peu. Les autres retraites, Mertzmüller les doit à ses bronches, pour les soustraire aux inhalations de cigares passifs, sous les voûtes des cabarets. « Nous irons » dit Frank « à Châteauneuf-en-Beauves, ou bien La Chaise-Dieu si tu y tiens ». Va pour Châteauneuf. Duguay se rengorge, abreuve la maîtresse de son maître de discours casuistiques, invoque la fine fleur des jésuites du XVIIIe siècle, les Révérends Habert et Valla. Pensée rococo dit-il. Annemarie lui prête une oreille distraite. Le don tout visuel de son corps dévoilé aux Messieurs (et dames) d'un certain âge lui semble toujours bien plus élaboré, plus personnel. Quant aux reproches de frivolité, ils la laissent de glace. La transmission géométrique de la beauté (il serait du dernier commun de vouloir palper) relève à ses yeux non seulement les virilités flapies mais aussi son niveau particulier de conscience, infiniment supérieur aux considérations d'un abbé. Cependant, Annemarie Mertzmüller s'essouffle dans cette paroisse de Lozère où les contraintes du Père Duguay l'entravent. Les commanditaires ont laissé carte blanche Ils ont été supplantés. Les strip-teaseuses ne montrent plus leur cul. C'est un succès. Ce que l'abbé n'a pas prévu, c'est qu'elle est attirée par une autre femme ; car l'amitié (tout sexe éliminé) se révèle souvent plus ardente, efficace et vive entre femmes qu'entre hommes (aucun rapport avec les compensations largement méritées que l'on s'octroie maîtresses quand les frères sont en chasse (calibre 420). Tout est bien compartimenté dans sa tête

  • Le prêtre et les bistrots

    Depuis, il se cloîtrait dans son presbytère. Une église déserte Dieu merci : le loquet qu'on tire,
    la génuflexion, la sacristie, et son chez soi par un petit passage intérieur. Parfois il saluait l'autel à
    la nazie, en claquant des talons. Jamais l'évêque n'avait vent de lui ni de sa paroisse. L'invention
    que Francis Duguay appréciait le plus, c'était le téléphone, qui sans posséder encore les avantages
    de l'électronique, permettait du moins de réduire les relations au simple son de la voix : il obtenait
    instantanément, dans la discrétion la plus totale, cet Arabe du Bassin d'Arcachon qu'il avait connu
    jadis, désormais démesurément grossi, patron de bistrot. Tous deux, Kader Ben Zaf, gros
    musulman, et lui, chrétien banal, obéissaient aux deux frères : Pascal Maatz, médecin, et Frank
    Nau Frank Nau, vendeur de chaussures.
    Ben Zaf se chargeait de l'ancienne prostituée Héléna Bost, et l'hébergeait pour rien
    dans sa soupente, lui proposant stage sur stage, car Maatz l'avait persuadée de se sculpter
    sculptrice locale, faisant miroiter les prestigieux débouchés d'un café-galerie. Depuis, elle
    retournait sans cesse au Bassin d'Arcachon, statue de terre après statue de terre. Et comme
    elle était terne, cela lui convenait.

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    Son amie, la Mertzmüller, s'effeuille dans toutes les boîtes et casinos de troisième ordre,
    de Tarbes à Montluçon, et croit en Dieu : c'est faire œuvre pie de que montrer son cul,
    merveille de la création. Elle estime avoir préservé à elle seule plus de cent trente
    pédophiles (et plus) du passage à l'acte – à moins qu'elle ne les y ait au contraire
    incités, car après tout, il est formellement interdit aux effeuilleuse de se prostituer
    sous peine de renvoi immédiat. Anne-Marie apprécie grandement l'acte de chair :
    à chaque bourrade du marchand de chaussures, elle émet un grand cri consciencieux
    , y compris à l'hôtel de Châteauneuf où le curé apprécia
    de manu son art du cantabilé.
    Les instructions de François dit Frank Nau à ce dernier restaient confuses ; à moins
    de faire toucher du doigt la séparation de l'âme et du corps, conception qui révulsait
    le Père Duguay. Parfois, il se prenait à détester l’Église.

    Et tandis que son commanditaire, François dit Frank Nau, se ruine à suivre son effeuilleuse
    de Forges-les-Eaux à Néris-les-Bains, le curé Duguay, pour sa part, s'est bien juré de
    ne plus voyager : plus question de passer, fût-ce à son corps défendant, pour un pédé
    landais… Les deux frères souhaitaient ardemment transformer leurs maîtresses respectives,
    autrement dit, leur faire tout le mal possible. Il faut en vérité que ces hommes soient
    bien dés
    œuvrés. Leurs activités professionnelles en effet retombent en loques.

    Leurs deux maîtresses ne les voient guère que de loin en loin, uniquement pour tirer
    un coup. Les dialogues sont brefs, autant que les actes indûment prolongés. Ces attitudes
    jumelles seraient-elles justement, très exactement, concoctées dans le dessein de
    déstabiliser, de démolir l'une et l'autre ? Ils auraient dans ce cas le plaisir bien abstrait...

    Leurs acolytes, Père Duguay et Fat Kader, devaient nécessairement échouer. Sinon,

    c'est à désespérer de la morale. Rappelons que les deux supposées victimes se

    consultaient régulièrement, non seulement ici, à Châteauneuf-en-Beauves,

    comme il est normal entre belles-sœurs de la main gauche (ayant fini par l'apprendre), mais aussi, ce que les hommes ignoraient, dans ce fameux café vieillot, religieusement conservé,

    de la zone piétonnière d'Saintes.

  • d'Ormesson

    Flaubert voulait écrire sur le rien : d'Ormesson l'a fait. Il parle de la lumière, qui transporte du passé, puisque les étoiles nous parviennent telles qu'elles étaient voici des millions d'années. Il parle du temps et de sa cruauté, qui finira bien par s'abîmer dans le néant comme le reste. Il évoque les chefs-d'œuvre qui dépassent l'homme, tels que l'Iliade et l'Odyssée, ou les portes du baptistère de Florence par Ghiberti. Il existerait selon lui tant de preuves du Grand Mystère ! D'ailleurs, Dieu s'appelle « x » ou « le mystère ». Ainsi le mot de « Dieu » se trouve évacué, ce qui soulage les non-croyants. Mais l'élimination d'un mot n'élimine pas l'abîme. Nous avons tous l'impression, la sensation d'un abîme. Et, tous, nous désirons faire quelque chose de cette immensité minuscule de la vie. Nous appelons cela notre responsabilité. Et par nos actions, nous complétons le monde, nous contribuons, nous continuons à le créer. Si nous croyons, nous sommes les co-créateurs, avec Dieu. Si nous ne croyons pas, il nous est difficile de penser que cela ne « sert à rien », autrement, pourquoi le ferions-nous. Rien de tout cela n'est propre à Jean d'Ormesson, descendant d'une illustre famille.

    Etagements.JPGMais il nous le présente avec une telle gentillesse, une telle virtuosité, un tel sens de la conviction, une telle Grâce, avec ou sans majuscule, que l'espace de sa lecture, nous croyons en Dieu ou nous l'imaginons rien que pour faire plaisir à notre auteur. Nous avons été apaisés pour un temps. Reconnaissance à lui. Cultivons notre jardin. Relisons cette fameuse feuille abandonnée sur un banc d'église à Baltimore en 1692, année aussi du procès des sorcières de Salem, ô contradiction. Et si nous ne pouvons pas nous empêcher de haïr, ou de désespérer (c'est la même chose) disons-le à notre prêtre ou à notre psy (c'est la même chose), mais ailleurs, au moins, ne nuisons pas, et fermons nos gueules.

    C'est trop court, nous disent nos deux auditeurs et demi. Mais gargarisons-nous de cette excellente dissertation pour terminales intitulée Comme un chant d'espérance par Jean d'Ormesson.

    Car les sarcasmes pourraient pleuvoir, mais ils sont si tristes et si fréquents que nous avons voulu nous nettoyer quelque peu. Voici quelques évidences, quelques truismes peut-être bien, mais qu'il serait si utile de répéter à tous les illuminés : soyons humbles. Chapitre VIII, « Il est impossible aux habitants de ce monde de se faire la moindre idée du néant, de l'infini et de Dieu » - car Dieu est aussi le Grand Néant (d'Erthal). « La tâche inverse d'inventer un monde à partir du rien et de son éternité peut paraître, à première vue, aussi désespérée ».

    La découvert du « mur de Plancke » en effet montre qu'il y a eu un « avant » et qu'il y aura un « après », autrement dit, une Histoire. « Les galaxies, le système solaire, la vie, l'histoire, la pensée étaient aussi invraisemblables aux yeux du vide et de l'Eternel (neutre) que Dieu aux yeux du monde et du temps. Il y a pourtant un abîme entre les deux regards. D'un côté, les hommes, minuscules insectes perdus dans l'immensité, sont incapables de se représenter Dieu ; de l'autre, Dieu tout-puissant » (le mystère tout-puissant), sans le moindre effort, sans la moindre hésitation, voit se dérouler dans sa totalité et dans ses moindres détails l'histoire de ce monde qui n'a pas toujours existé » - comme le pensaient et le pensent encore nombre de philosophes et de savants. Et le chapitre, tout petit, s'achève ainsi. Car d'Ormesson procède par petits éclairs, coups d'épingle, coups de sonde. Il met en relief des évidences, des impuissances évidentes. Ne pensez pas aux cours de catéchisme, ce n'est absolument pas cela. Il ne pérore pas. Il passe au chapitre IX :

    « La tradition, la légende, le redoutable sens commun toujours impatient de se tromper » - j'adore cette expression, « le redoutable sens commun toujours impatient de se tromper » - imaginent souvent Dieu sur le point de prendre la décision de créer le monde. Ils le présentent même parfois en train d'hésiter. Aurait-il pu créer un autre univers que le nôtre ? » - certains pensent qu'il en existe plusieurs : non plus « l'uni-vers » mais le « multi-vers »… « A-t-il pesé le pour et le contre avant de passer à l'action ? Aurait-il pu choisir de ne rien faire jaillir du néant infini ? Toutes ces interrogations n'ont naturellement aucun sens. » Dieu ou le mystère ne peuvent évidemment pas penser comme un homme.

    L'anthropomorphisme serait ici mathématiquement, et ontologiquement, déplacé.

    « Dieu ne pouvait pas hésiter, délibérer, choisir entre plusieurs solutions. Non pas seulement parce qu'il est » (il serait) « tout puissant et que l'hésitation n'est pas dans son caractère ni l'incertitude dans son tempérament » - ironie. « Mais d'abord et surtout parce que toute hésitation, tout choix, toute délibération ne peut se dérouler que dans le temps.Tout ce qui relève d'une démarche intellectuelle, du désir, de l'histoire est lié au temps. Le temps ne coule pas dans l'éternité. Il est impossible de se représenter Dieu en train d'hésiter entre plusieurs modèles du monde à la façon d'un acheteur qui hésite longuement entre deux modèles de voiture ou d'équipement électroménager.

    « Il faut aller plus loin. Dieu n'a pas pu décider de créer l'univers. Aucune succession d'instants, aucun cortège de possibles n'est concevable hors du temps. Ni aucune décision. » Quand je vous aurai dit que le Big Bang s'est peut-être produit en raison du choc d'une paire de multivers, et que la création aurait manqué à la perfection de Dieu en tant qu'accomplissement, donc lui est consubstantielle, donc est éternelle comme lui du début jusqu'à la fin des siècles des siècles ce qui revient à dire qu'il n'y a pas eu de création, vous aurez tout compris et vous n'aurez bien compris, car tout est dans tout et réciproquement. Sur quoi vous vous précipitez en vitesse sur le « roman » de Jean d'Ormesson, Comme un chant d'espérance. ÂÂÂÂmèèèèèènn.