Proullaud296

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  • La femme, le prêtre et le psychiatre - Version argotique

     

     

    Le jour de mes cinquante-six ans je me suis pris une grosse claque dans ma gueule.

     

    Je reviens du travail et qu'est-ce que je trouve chez moi, deux arnaqueurs du genre à m'emprunter sept briques remboursables au compte-gouttes en criant misère tous-les-mois-quand-j'y-pense, total c'est encore moi le blaireau qui râle, ma meuf me dit j'avais pensé tu penses ma conne ? que ça te ferait plaisir d'avoir des invités putain c'est tes amis pas les miens, ton idée pas la mienne, ce prêt à la con dans le dos pendant que je bosse et que t'as rien à foutre at home à part glander, ni talon de chèque ni reconnaissance de dette merci bobonne t'es l'amour de ma vie, bon anniversaire et bonne soirée jusqu'à deux heures du mat' à 7h je repartais bosser ma femme toujours au lit et d'un seul coup d'un seul j'ai plus voulu voir personne plus parler ni boulot ni famille, ma carte bleue le train jusqu'à St-Flour et me v'là.

     

    Taurillon.JPGCeux qui me disent que c'est pas le bout du monde Bordeaux-Clermont par St-Germain je les emmerde parce qu'ils ne sortent pas de leur trou franchement qu'est-ce que j'irais foutre à Sucre à Mexico à me chier la tourista sur les grolles Rapatriement Europe-Assistance vos gueules. Avant j'avais l'avenir derrière, pension des vieux et agagah parce qu'en ce temps-là y avait pas les progrès de la médecine la longévité tout ça c'était 65 70 et la mort porte en face au fond du couloir où qu'il est passé ce foutu couloir et j'encule tous les magazines et les campagnes de presse et les papy-mamies qui se traitent de jeune homme en se tapant sur l'épaule t'es bien conservé pour ton âge. Moi je me vois bien dans ma glace mon menton qui s'affaisse

  • Regain de Giono

     

    Giono. Regain. C'est un monument. Délaissé, qu'on ne visite plus, sauf historiquement. Mais un monument tout de même. Au point que le critique en prendrait bien le style, ample, marchant l'amble, pré-durassien s'il n'était pas si différend par ce qu'il recouvre. D'abord, vérifier : le regain, c'est quoi ? « Retour ou accroissement d'un avantage, d'une qualité, etc., qui paraissaient décliner : Regain de santé » : c'est sur internet, on s'incline ; j'aurais cru que c'était aussi quelque chose d'agricole. «  Herbe qui repousse après la première fauchaison ». C'est mieux. En effet, le Panturle, abandonné par la Mamèche si j'ai bonne mémoire, se laisse aller, puis se retrouve femme, une certaine Arsule, provençalisme d'Ursule, « la petite ourse », « l'oursonne ».

     

     

    Au-dessus d'Aurillac.JPG

    Alors forcément, il se remet à espérer, elle lui fait emprunter de la semence de blé, qu'on rendra juste après la première moisson ; il a l'idée d'aller trouver un vieux qui sait parfaitement forger les socs de charrue, et leur adapter un manche en bois bien solide. Il trouve le vieil homme paralysé, à ne pas pouvoir lever les mains de sa canne, mais qui lui indique sa dernière production ; bien cachée, bien solide, juste avant l'attaque. Et puis il emprunte aussi, le Panturle, dont le nom ressemble à Panurge, « l'ouvrier universel », un cheval pour tirer sa charrue et son soc pour couper la terre. Et puis ces deux-là, Panturle et l'Arsule, s'entendent bien sur cette terre fertile à condition qu'on s'y mette comme des bœufs : elle lui a fait acheter des allumettes, étendre des draps.

     

    Pour la séduire, l'homme quadragénaire a mis le paquet : il s'est étendu sur le dos, à poil au crépuscule, et l'a laissée venir ; elle a d'abord saisi le poigner, puis autre chose sans doute, et ça s'est fait comme ça. Essayez donc un peu les gars si vous voulez finir à la gendarmerie. Là-haut en Provence pas de gendarme, juste le ciel, la terre et les muscles, si on veut s'en donner le courage. Carrément la Bible, mais vous connaissez Giono. Il ne m'a jamais décu : une respiration qui vient du sol et du haut pays, d'entre Manosque et Digne. Les gens de là-bas ne l'aimaient pas : « Comment il nous a décrit le cong ! On n'est pas des bêtes ! » Il les fait parler, hommes et femmes, par formules courtes et denses, juste ce qu'il faut, avec des régionalismes que vous découvrirez tout à l'heure.

     

    Des régionalismes qui sentent l'archaïsme de bibliothèque : est-ce du haut provençal, ou du Giono . Saint-John-Perse nous fait de ces trucs-là. Des distorsions, « il fait bon tiède », « il fait bon chaud », « il fait grand beau » (celui-là c'est du Lausanne). Des femmes qui marchent à l'homme comme la chèvre au bouc. Des étreintes rudes et sans chichis, à la masculine. « On n'est pas des bestiaux ». Oui, mais il se trouve que ces paysans de Giono nous attirent plus, nous enseignent plus, dans leurs partis-pris hugoliens d'Ancien Testament, que les crétins qui tuent les éleveurs de chèvres parce qu'ils sont venus de Paris, ou qui assaillent un avocat dans le dos parce qu'il défend un enfanticide, ou qui cherchent à plumer le touriste ou simplement celui du village voisin parce que ce- lui-là il n'est pas de chez nous putaing. Vivent les paysans et les gratteurs de terre de Giono, qui ébranlent le monde dès qu'ils font un geste ou qu'ils disent une phrase. Des gens qui s'aident et qui se prêtent du matériel et de la semence au lieu de dauber sur le compte du voisin, des femmes qui ne voient pas le problème de coucher avec un homme au lieu de s'exciter la myrtille sur les présentateurs de télé.

     

    Rien n'a peut-être existé tel quel, dans cette grandeur, dans ce dépouillement pacifique. Avant la guerre, Giono fondait un mouvement campagnard pratiquement communautaire avec 45 ans d'avance, et ce n'était pas l'amour de la guerre qui le faisait marcher. Y compris en 39. Mais ses hommes sont immenses jusqu'à l'horizon, ses femmes taciturnes et robustes recousent les pantalons avec gravité en fermant fascistement leur gueule. C'est la nature. Pas marrant pour elles, pas marrant pour les hommes non plus qui bouffent comme quatre ou comme un demi les mauvaises années, pour se coucher à soixante ans sans se relever. Pas de police, pas d'école, pas de flics, pas de vacanciers.

     

    Un monde pas possible, ou vers 1901, bien rafistolé, bien étayé par la littérature, qui dépeint les choses de façon tellement plus vraie, à grandes respirations universelles sous le vent qui soulève. Et nous pourrions continuer longtemps comme ça, de Regain à Que ma joie demeure en passant par Les âmes fortes, avec la sublime Arielle Dombasle, jusqu'au Roi sans divertissement qui reste le chef-d'œuvre de Giono avec Le hussard sur le toit. Et tout cela inspira des films, Regain en 1937 réalisé par Marcel Pagnol, avec Fernandel, Gabriel Gabrio et Orane Demazis, la même que Fanny. Alors avant de radoter, nous vous emmenons dans le livre, quand le renouveau ou regain de Panturle s'est déjà bien enraciné, grâce à l'Arsule, sans autres évènements que la reconstitution d'un hameau de trois habitants : c'est vers la fin, dans une petite ville qui n'est guère qu'un marché, où convergent les rudes habitants du coin qui n'aimait pas Giono.

     

    « Malgré le mauvais an, le grand marché d'été a rempli la villotte. Il y a des hommes et des chars sur toutes les routes, des femmes avec des paquets, des enfants habillés de dimanche » et non pas « en dimanche », mais nous n'allons pas vous le faire observer à chaque fois, « qui serrent dans leurs poings droits les dix sous pour le beignet frit. Ça vient de toutes les pentes des collines. Il y en a un gros tas qui marche sur la route d'Ongles, tous ensemble, les charrettes au pas et tout le monde dans la poussière ; il y en a comme des graines sur les sentiers du côté de Laroche, des piétons avec le sac à l'épaule et la chèvre derrière ; il y en a qui font la pause sous les peupliers du chemin de Simiane , » dans les Bouches-du-Rhône en dessous de Gardanne pour vous situer, « juste dessous les murs, dans le son de toutes les cloches de midi. Il y en a qui sont arrêtés au carrefour du moulin ; ceux de Laroche ont rencontré ceux de Buëch. Ils sont emmêlés comme un paquet de branches au milieu d'un ruisseau. Ils se sont regardés les uns les autres d'un regard court qui va droit des yeux aux sacs de blé. Ils se sont compris tout de suite.

     

    « Ah ! qu'il est mauvais, cet an qu'on est à vivre ! »

     

    « Et que le grain est léger ! «  - « Et que peu il y en a ! »

     

    « Oh oui ! »

     

    Les femmes songent que, là-haut sur la place, il y a des marchands de toile, de robes et de rubans, et qu'il va falloir passer devent tout ça étalé, et qu'il va falloir résister. D'ici, on sent déjà la friture des gaufres ; on entend comme un suintement des orgues, des manèges de chevaux de bois ; ça fait des figures longues, ces invitations de fête dans un bel air plein de soleil qui vous reproche le mauvais blé.

     

    « Dans le pré qui pend, » (entendez : sur la pente) « à l'ombrage des pommiers, des gens de ferme se sont assis autour de leur déjeuner. D'ordinaire, on va à l'auberge manger la « daube ». Aujourd'hui, faut aller à l'économie ». Mais ce n'est pas du Zola, tout de même.

     

    « Ça n'est pas que l'auberge chôme ; oh ! non : à la longue table du milieu, il n'y a plus de place et déjà on a mis les guéridons sur le côté, entre les fenêtres, et les deux filles sont rouges, à croire qu'elles ont des tomates mûres sous leurs cheveux » (pouah...), « et elles courent de la cuisine à la salle sans arrêter, et la sauce brune coule le long de leurs bras » (repouah). « Ça n'est pas qu'on ait le temps de dire le chapelet à l'auberge, non, mais ceux qui sont là c'est surtout le courtier du bas pays, le pansu qui vient ici pour racler le pauvre monde parce qu'il sait mieux se servir de sa langue et qu'il veut acheter avec le moins de sous possible » pour Auchan ou pour U, les nouveaux commerçants. « Pas du beau monde. Sur la place, les colporteurs et les bazars ont monté des baraques de toile entre les tilleuls. Et c'est, répandu à seaux sous les tentes : des chapeaux, des pantoufles, des souliers, des vestes, des gros pantalons de velours, » des i-pods, « des poupées pour les enfants, des colliers de corail pour les filles, des casseroles et des « fait-tout » pour les ménagères et des jouets et des pompons pour les tout-petits, et des sucettes pour les goulus du tété (RECORD DE VULGARITE : BATTU)  dont les mamans ne peuvent pas se débarrasser.

     

  • Huit heures : enterrement

     

    Petite chute de Cère.JPG

    A huit heures, nous sommes levés depuis longtemps : il arrive que ce soit avant six heures. On enterre mon beau-père aujourd'hui : c'est pourquoi ma femme Arielle n'a pu se rendormir comme elle le fait au petit matin. Nous n'éprouvons pas extérieurement de grande tristesse : cet homme nous a laissés tomber 22 ans durant, malgré nos tentatives de réconciliation. Il répétait "Non... Non..." à l'arrière du téléphone quand nous contactions sa nouvelle épouse. Je suis allé le voir avec des fleurs pour son 89e anniversaire. Comme j'appelais ma femme au téléphone pour qu'elle me rejoigne, il vint me trouver sur le balcon pour m'enjoindre de ne pas le faire, car il n'était "pas encore prêt".

     

    J'ai donc pris le repas avec sa nouvelle épouse et leur fils de 32 ans. Arielle m'en a voulu pour cela. Mais il ne sert à rien de rappeler cela : nous le mettons en terre aujourd'hui. Le fils a rejoint le père décédé depuis très longtemps. Nous sommes allés chercher notre amie, qui s'était mise en demi-deuil, car elle ne l'avait vu qu'un petit nombre de fois, et la dernière, de façon quelque peu mouvementée. Ces circonstances passées doivent entrer en ligne de compte quand l'assistance entend sans broncher le curé, à voix trop forte, proclamer sans bien s'y connaître que nous devons penser aux bonnes actions qu'il a pu accomplir : en tant que médecin, assurément. Mais en son privé, on cherche encore.

     

    Le curé, après son sermon en langue de bois ecclésiastique, ôta la petite lumière à la tête du cercueil pour aller la poser aux pieds de la Vierge. Le plus pénible de toute la cérémonie furent les cantiques dont le refrain devait se reprendre en chœur par l'assistance, comme nous y invitait une vieille chrétienne sincère et desséchée de sa voix haut perchée. Nous l'avons fait, par solidarité. Lorsque le cercueil fut remporté, tout se passa gymnastiquement : ce sont des gestes répétés, par des professionnels sans affects, pour ne pas devenir fous. L'un d'eux reçoit les cent kilos sur le bassin, puis deux se glissent vivement par-dessous tandis qu'il grimace, et le poids se trouve enfin réparti sur les quatre épaules.

     

    A l'aller, nos croquemorts exécutaient un ballet circulaire en chaloupant du cul, ce qui est peut-être nécessaire pour éviter tout déséquilibre. Tsett était une petite chose dévastée. Elle allait de groupe en groupe, et je n'ai pu l'embrasser personnellement que plus tard, ce dont elle m'a bien remercié, j'ai senti ses larmes sur mes lèvres. Ses deux fils, alternativement, la tenaient aux épaules. Nous sommes partis en voiture, vers le cimetière du Bouscat (et non de Bruges) : c'est Jacques et Muriel, venus spécialement de Sore, qui sont passés devant nous pour nous guider. Ils se sont levés à 5h pour nous rejoindre depuis Sore, dans les Landes. Ce sont les seuls à nous être demeurés fidèles en dépit des comportements bizarres de votre serviteur. Et puis nous avons marché dans l'allée sous un soleil de plomb, qui est aussi un vrai temps d'enterrement. Les deux fossoyeurs ouvraient à la bêche et au fossoir, qui est une fourche à larges dents, utilisée aussi pour fouir entre les rangs de vigne. Le cercueil fut enfourné tête vers nous, ce qui m'étonna : je pensais que les morts nous regardaient, or, leurs têtes sont à l'envers par rapport au visiteur.

     

    Ma réflexion fut jugée déplacée par Djz., mais il est très énervée en ce moment : soucis pneumologiques et sevrage de tabac. Il nous taraude avec son souci de la famille, bien nouveau puisqu'il ne voit ma femme qu'une fois par an. Il insista auprès d'elle pour que nous fussions invités par Dvor, fils du défunt, mais celui-ci fit répondre que c'était une "réunion de famille", entendez celle de la mère. Djz. pestait encore en repartant, parce que nous n'avions pas "le sens de la famille". Pourtant, il est bien la preuve, lui-même, qu'il n'y a pas pire sac de nœuds que cette institution, que nous avons toujours traitée avec éloignement, et même des pincettes : le mot même fut pourvu de guillemets sur notre livret de "famille".

     

    Nous n'avons pas consulté le livre des signataires, que les assistants avaient signé sur le seuil de l'église. Tsett a dit "Au revoir mon Nanou", tout doucement, et encore "Au revoir" en quittant la tombe : alors ses fils l'ont doucement raisonnée, puis elle est repartie avec eux, chétive et noire. Après cela, nous avons raccompagné Djou qui nous a offert du café et de la citronnade, andis que nous taquinions le chaton. Et j'ai proposé mes services de 69 ans et demi afin d'aider Nz. qui s'est fait vider de son appartement, mais pour en retrouver un plus grand. De retour ici, repos, repas, diverses occupations dites "littéraires", et petite expédition vers Cultura : notre occasion de dépense.

     

    Arielle a reposé un Carpeaux, malgré la beauté de l'album ("Philoctète"), mais s'est fendue d'illustrés, Charlemagne, Aliénor d'Aquitaine tome II. Nous ne savons pas comment nous finirons le mois. Mais je pense que la suspension de parution sur papier du Singe Vert va dégager le budget. Le soir, Françoise, désormais veuve, a longuement téléphoné à mon épouse, car elle était seule chez elle, et se sentait atrocement désemparée. À noter que Fwof n'a pu venir, car il ne s'agissait administrativement, n'est-ce pas, que de son arrière-grand-père...

     

  • Pascal et notre incompétence

     

    Je crains malheureusement que la suite du raisonnement ne soit obscurcie par toutes sortes de béquilles eclésiastiques faussantes : mais la pensée s'arrête là, et nous passons au numéro 673 : Les philosophes ont consacré les vices, en les mettant en Dieu même ; en effet, si Dieu est infini, il est infiniment vicieux. Ou alors, le vice, c'est l'absence de Dieu, c'est le non-être ; les chrétiens ont consacré les vertus. Ah la belle opposition bien conne... Nous voudrions à présent remonter dans les numéros de l'édition Jacques Chevalier, préfacée par Jean Guitton, grand croyant s'il en fut. Pascal est hélas un grand mathématicien, grand raisonneur, et s'imagine qu'il est raisonnable de renoncer à la raison parfois, et par la foi. Mais les articles de la foi contredisent si souvent la raison qu'ils en ont fait perdre la foi à Renan, qui ne voulut plus devenir prêtre : si Dieu nous avait fait raisonnables, pourquoi nous aurait-il ensuite demandé de piétiner sans cesse cette même raison qui provenait de lui ?

     

    Nous ne pouvons finalement comprendre les textes religieux que de l'intérieur, si nous sommes nous-même religieux. Un imam nous l'avait dit, un rabbin ou un pasteur nous affirmeraient la même chose. Observons-donc le texte, présenté par l'éditeur comme une « Introduction » à des « preuves de Jésus-Christ ». Calmement. « Le monde ordinaire a le pouvoir de ne pas songer à ce qu'il ne veut pas songer ». Assurément. « Ne pensez pas aux passages du Messie » disait le Juif à son fils » - quel Juif ? Pascal ne le dit pas. Ce Juif (ou tout autre) applique ainsi sans le savoir la devise comportementaliste, ou de bon sens, qui consiste à ne pas penser à ce qui nous embarrasse. Vous avez un problème ? N'y pensez plus. Quelqu'un de tourmenté par le sort de l'Homme n'a qu'à ne plus y penser. Totalement inefficace. « Baudelaire n'avait qu'à sortir en boîte, il aurait eu moins de problèmes », devoir de seconde, authentique. L'ennui, c'est qu'une semblable évidence est aussitôt détournée par Blaise Pascal dans le sens polémique : « Ainsi se conservent les fausses religions, et la vraie même, à l'égard de beaucoup de gens. » Immense concession ! La cible, ce sont les gens du commun. Monsieur Truc-Chose. Celui qui ne pense pas, qui veut s'empêcher de penser. « Mais il y en a qui n'ont pas le pouvoir de s'empêcher ainsi de songer, et qui songent d'autant plus qu'on leur défend. » Et moi, Pascal, je vais vous donner la solution, ou du moins la possibilité de la chercher.

     

    Ils étaient comme ça en ce temps-là. Jésus-Christ était l'obstacle obligatoire. De nos jours, c'est peut-être internet ou Miles Davis. Faut pas se moquer. « Ceux-là se défaussent des fausses religions, et de la vraie même, s'ils ne trouvent des discours solides ». Dons la pensée, la réflexion, la raison, par ordre croissant, doivent présider à notre cœur.

     

    Faisons un plan. Pascal écrit un plan, le coud dans la doublure de son vêtement et le porte toujours sur lui. « Preuves de la religion » - celui qui croit est à la fois juge et partie, mais voyons : - « Morale, Doctrine, Miracles, Prophéties, Figures. » Il s'agira donc de « la » religion, la seule valable, la catholique. Nous aimerions posséder la science de Lévi-Strauss, qui introduirait ici la dimension épistémologique : l'art et la manière de classer les pensées en vue d'une connaissance, mais sans garantie pédagogique, sans possibilité d'affirmer qu'ici plutôt que là réside la vérité. Sur un autre feuillet, ici « 487 » : « PREUVE », au singulier en et capitales.

     

    Nous sommes en pleins brouillons pascaliens. « 1° La religion chrétienne, par son établissement : par elle-même établie si fortement, si doucement, étant si contraire à la nature. » Ne le contredisons pas. N'ironisons pas, ce serait trop facile. Voyons comment l'auteur a pu imaginer, se représenter cela. N'est-il pas en train de confondre ce que le christianisme est devenu en lui avec ce qu'il était en ses débuts, extrêmement combatif ? Ne faut-il pas tenir compte de ce que l'information, à ette époque, avait d'incomplet et de forcément tendancieux ? D'autre part, que veut dire «contraire à la nature » ? contraire à la loi du plus fort ? Avons-nous dû attendre l'instauration de la religion chrétienne pour apprendre à dompter notre nature, à ne pas tuer, à ne pas violer ?

     

    Ces préceptes n'existent-ils pas depuis le début des hommes, depuis le code d'Hammourabi, qu'il faut empêcher et punir le meurtre, le vol, la brutalité ? « 2° La sainteté, la hauteur et l'humilité d'une âme chrétienne » : n'avons-nous pas aussi nos préjugés, nos certitudes de détenir la vérité ? Car nous répondrions qu'il y a aussi de belles âmes chez les tenants d'autres religions, et de beaux salauds prétendument chrétiens ; et vice-versa. L'homme religieux donc, et non pas seulement le fidèle de telle ou telle religion, ou bien l'homme qui réfléchit, tout simplement, procède lui aussi de la sainteté, de la hauteur d'âme et de l'humilité. Qu'il utilise la méditation chrétienne, la mystique soufie ou l'étude du Talmud en guise d'échelle vers les cieux, vers l'idéal, peu importe. « 3° Les merveilles de l'Ecriture sainte » : nous sommes ici dépassés, depuis longtemps.

     

    Comme une poule devant un couteau. Ni un couteau, ni un livre, ne peuvent tomber du ciel. «4° Jésus-Christ en particulier ; 5° Les apôtres en particulier » - brisons-là. Nous nous déclarons incompétents...

    L'enseigne du vitraillier.JPG

     

     

  • Les usines à télés

     

    Nous avions l'usine. Inutile d'en proposer à l'Union Soviétique, ainsi que nous l'avions fait à des prix exorbitants exprès... Ce protocole industriel, signé le 23 novembre 1968, soit deux jours avant que ne s'ouvre la VIIIe session de la commission pour la télévision en couleurs, merde avec un "s", était peut-être un préalable nécessaire à l'apaisement qui a eu lieu. Il ne faut pas relâcher nos efforts, camarades, rien n'était achevé avant que nous ne sortissions nos premiers engins matériels, palpables, fonctionnant, concrets. Tout irait bien désormais, et le SECAM aurait vaincu le PAL, ou l'ancestral NTSC, never twice the same colour...

     

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    Est-il bien nécessaire de poursuivre ? Et ne serait-il pas temps de torpiller enfin pour couler par le fond ce document harassant, qui n'aurait jamais dû quitter les archives de l'INA ? Quelles autres raisons avaient-elles pu motiver l'émergence de ce monstre éditorial dans la sphère publique, sinon le seul mobile de le livrer clés en mains à une poignée de spécialistes obtus qui avaient promis de l'acheter, sinon de le lire ? Il ne saurait être question ici de contribution à la littérature ou à la culture, mais de basse technique et de marchandages d'épiciers. C'est ainsi du moins que s'exprimerait un primate mandarin qui n'admettrait pas que l'on s'intéressât à autre chose qu'à la versification latine.

     

    Mais il faut bien donner à bouffer à ma connerie. Nous savons (de Toulon) que l'administration de la télé couleur (sans s) fut une révolution agréable, sensitive aussi bien qu'émotionnelle, qu'elle a enrichi la palette (justement) des émotions humaines, mais qu'il fallait bien que nous en passassions par la grandeur de la France, les autres nations étant favorisées par les collabos, ne brocardons pas le général de Gaulle d'avoir aimé notre pays, et que les diplomates d'un côté, coincés entre les USA et l'URSS sans compter le Japon et la société Sony, d'une part, et d'autre part les techniciens, commerciaux et financiaux, se décarcassassent afin que l'intendance pût nous fournir à tous ces appareils merveilleux d'un mètre cinquante de profondeur dans les années 1910, devenus depuis les "écrans plats", où défilent j'en suis bien d'accord 85% de conneries, mais ceci est une autre histoire. Nous en revenons à 1971 ancien style, 2018 selon mon propre comput laïque :

     

    "Les diplomates français, cependant, se montrent toujours prudents et conscients des problèmes que pourrait causer le recours à un investisseur américain dans ce très sensible jeu d'équilibre.

     

    "En la matière, la diplomatie française suit toujours la même voie : il n'est pas question de renoncer à la coopération franco-soviétique ; et les responsables français veulent en assurer et l'opinion et leurs partenaires russes, en publiant, le 23 avril 1971 au soir", très importante précision n'est-ce pas, "un communiqué officiel émanant du ministère du Développement industriel et scientifique, censé donner une lecture rassurante de l'accord conclu entre les deux industriels." Intervient alors comme un taureau sur la soupe une de ces notes à faire déraper un train de marchandise, numéro 294, et rédigée comme suit, à l'intention des maniaques de la maniaquerie : 'Archives du M.A.E." (Ministère des Affaires Etrangères), "Affaires économiques et financières, Affaires générales, télévision SECAM, article 924, projet de communiqué du M.D.I.S., rédigé au ministère des Affaires étrangères, daté du 23 avril 1971".

     

    "Ce texte précise qu'après cet accord, le développement du tube à grille par France-Couleur qui peut se le - est "maintenu" et que le contrat qui définit l'aide que les pouvoirs publics accordent à cette société est toujours en vigueur. Il affirme, dans le même temps, que le procédé SECAM, qui donne toute satisfaction, "n'est pas concerné par cet accord industriel" : cet accord s'applique seulement à la fabrication de tubes en couleurs" avec un o, "utilisables pour la construction de récepteurs et adaptable à toute norme comme à tout procédé", seulement pour les vis du quart nord-est de l'écran, et les nuances de vert bouteille à bleu de Prusse.

    Artiste dolichocéphale.JPG

     

     

    "Cherchant à épargner aux Russes toute surprise inopportune, une démarche avait même été entreprise, dès le 20 avril, auprès des représentants soviétiques. Ainsi le département des Affaires étrangères signale-t-il à l'ambassade de France à Moscou qu' "à la demande du M.D.I.S., Monsieur Farnoux, Vice-Président de France-Couleur, a fait s avoir aujourd'hui, 20 avril," lendemain du 19 et

     

    veille du 21, "à l'ambassadeur d'U.R.S.S.", qu'un accord venait d'être conclu, à propos des tubes couleurs entre le groupe Thomson et la firme R.C.A., "inventeur et premier constructeur mondial du tube shadow mask" (...) "Cet accord prévoir la création de la société VIDEOCOLOR, qui a pour objet la fabrication en France des tubes shadow mask. Les études et les développement du tube à grille relèveraient uniquement, dès lors, de la compétence de la société France-Couleur" – et c'est de semblables minutieuses organisations et discussions que dépendent de grandes causes, comme pourquoi pas les cessez-le-feu, auxquels on aurait pu penser, peut-être, moi je dis ça comme ça, avant de déclencher le feu, mais je dois être un peu simplet.

     

    "Les Français prennent soin de prévenir leurs partenaires soviétiques de cette évolution. Il réside une bonne part d'audace dans cet assaut de prévenance et d'attention. Toute éventuelle protestation russe ne changerait rien, en réalité, à la situation. Ce qui l'emporte dans l'esprit des hauts fonctionnaires, en cet instant, ce n'est nullement le fatalisme, car ils restent déterminés" (miaoûûû) "à tenir leur place dans la coopération franco-soviétique, mais bien l'idée qu'il est indispensable de se conformer aux réalités."

     

    A ce moment où le suspense est à son comble, notre auteur se fend d'un sous-titre en deux lignes et néanmoins en italiques :

     

     

     

    Apaiser les Soviétiques face à la perspective d'une coopération triangulaire dans le domaine des tubes catholiques.

     

     

     

    La signature de cet accord ne suffit pas, cependant, à rendre aussitôt effectives ses dispositions.