Proullaud296

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  • "Ethnos" : "peuple", et "race"

     

    Mon laborieux ami Désiré, je veux dire dont j'ai si laborieusement construit l'amitié, partant un jour pour Athènes, m'en rapporta jadis à ma demande ces trois volumes en grec, traitant du Peuple grec : Historia tou hellinikou ethnous.Je fis semblant de pouvoir lire directement la langue démotique, et ne consultai le dictionnaire qu'une fois par page, puis, une fois par phrase. A présent, je vais consulter chaque mot inconnu, de façon à n'aborder la phrase suivante que si et seulement si j'ai compris la phrase précédente. Faute de quoi je me condamne à n'avoir que des vues superficielles : je sais de quoi il est question, mais je ne saurais rien de plus précis.

    Flèche lointaine.JPG

     

     

    Il m'avait semblé cependant que ces textes s'enlisaient souvent dans la répétition, la tautologie, et autres pléonasmes : on y parlait de « développement », de « signes », d' « économie », de « politique ». Et j'avais appris que le mot « ethnos », en grec, signifiait indistinctement « le peuple » ou « la race » - riche sujet à confusions plus ou moins nauséabondes. Alors voilà. Nous en sommes une fois de plus, p. 167 du premier tome depuis 83 (n.s. 30) à des considérations fumeuses sur la prodigieuse expansion (exélixis, nous vous épargnons les lettres grecques) de la civilisation minoenne : « c'est là ce qui a concouru au développement qui s'est réalisé dans les deux périodes dont nous parlions, la Pré-palatiale et la Proto-palatiale. » Au sens de « palais princier ».

     

    Il nous semble avoir lu cela plus de vingt fois. Il semble que cette archaïque assemblée de grand ponte, incapable de se mettre d'accord sur des périodes aussi éloignées, dont la documention reste fragmentaire, et que ses membres tournent tous autour du pot des certitudes, en multipliant les précautions oratoires et les restrictions. « On dirait encore que les grandes calamités, qui se sont déclenchées dans une seule des îles , non seulement n'ont pas empêché l'avènement du progrès vers le politique, mais l'ont au contraire exporté et pratiquement transformé en expansion galopante. » Voilà une idée intéressante. Analogue à la diaspora. Les tremblements de terre à l'origine de la diffusion culturelle et politique de la Crète. « Heureusement les traités de paix internes et l'évolution favorable des rapports politiques avec l'extérieur contribuèrent à concrétiser sans appréhension ce développement, dont la caractéristique essentielle est une alliance plus complète et plus solide de l'homme avec la nature ».

     

    Ma foi on ne saurait mieux dire, par amplifications adjectivales. C'est même apparemment banal, alors qu'il s'agit d'un paradoxe : les séismes ruinent, et provoquent une méfiance vis-à-vis des phénomènes naturels. Ici au contraire (quel "peuple" ! quelle "race" ! ô destinée !) l'adversité provoque une explosion favorable. « Cette propension des habitants de la Crète à développer la Civilisation Minoenne a fait voir dès le début qu'elle découlait de leur cosmologie générique. » Rien de plus ordinaire cette fois. « Et dès que la vie proprement dite a imposé aux Crétois minoens de vivre en harmonie avec la nature, il était naturel qu'ils sentissent la présence de dieux agissants pour cette contrainte physique. » On pourrait en effet affirmer cela sans grand risque d'erreur pour bon nombre de peuples...

     

  • Moyen Âge par-dessous la jambe

     

    Notre père aimait ces époques où rien n'incitait à réfléchir, où « penser » se disait « prier », à moins qu'on ne fût théologien, étroitement surveillé par les confrères et par le Papa. L'univers et les hommes étaient moins désespérés. « Louis, qui s'échappait avec la vie sauve, ne se tint pas pour battu. » Résolution inapplicable. Tout était neuf ! Comment faisait-on pour vivre en un temps où n'existait pas la notion de progrès ? Ces époques ont été beaucoup plus nombreuses dans l'Histoire.

     

    Peut-être viendra-t-il un temps où rien ne changera durant des générations et des siècles, par suspension de la progression. « Il revint muni des machines de guerre ». Qu'est-ce qui le poussait à ce faire ? Montrer qu'il était le roi, et, par là, respectable ? Dérouiller son corps pas encore embarrassé ? Il était loyal et fort, bien plus estimé que son père : «La plus perfectionnée était une tour roulante à deux étages, dont le second dominait les remparts ». Difficile de prévoir si tout cela s'écroulera dans les flammes, ce qui est prévisible cependant. Rien n'avait beaucoup changé depuis les Romains. S'en imaginait-on les continuateurs ?

     

    Le monde alors ne nous échappait point. Mais il appartenait aux forts. C'était net. De nos jours nos démocrates se déclarent frustrés dans leur fibre égalitaire. On s'affrontait, physiquement. Peut-être ce temps reviendra-t-il. La ruse redeviendra à la portée de tous. « Elle comportait un pont de bois qui pouvait s'abattre et permettre aux attaquants de pénétrer sur le chemin de ronde. » Rien de bien neuf depuis la Première guerre Punique, où des « corbeaux » (corvi) accrochaient les bateaux l'un à l'autre, permettant de combattre sur mer comme si c'était la terre. Du grand artisanat en vérité. La suite est très « bande dessinée » : « A cette vue, les assiégés hérissèrent celui-ci de pieux et de pièces de bois formant des saillies très aiguës, sur lesquelles les assaillants avaient toute chance de s'empaler. » C'est bien autre chose que ces combats à l'arme à feu, qui ont dépoétisé toutes les actions de guerre : « De quoi vraiment intimider le roi Louis et le dissuader d'un assaut général. » Notre biographe ici s'attaque aux faits du Dauphin : que faisait Philippe 1er ? ne s'occupait-il encore que de ses plaisirs et autres démêlés d'évêques tandis que son fiils guerroyait pour l'autorité royale ? « Pendant ce temps, sur les arrières, Gui de Rochefort, père du châtelain, menait une double action ».

     

    Cul de tracteur à fleurs.JPGPour les précisions, rien de tel qu'un compte-rendu moderne. Cependant, bien loin de là, Foulques d'Anjou, sur d'autres terres, s'est reconnu vassal d'Henri Ier Beauclerc pour le comté du Mans. Répétons-nous que ces XXIIe et XXIIIe siècles dont nous sommes si fiers et si férus, recueillant fébrilement leurs moindres soubresauts dans nos annales, seront un jour largement aussi oubliés que les onze ou douzièmes, dont on ne se sert plus que pour les cathédrales. C'était un serment illégitime. Toutes nos lois bientôt connaîtront le même sort que ces scrupules médiévaux mystico-hiérarchiques. Il n'y aura plus ni pères ni mères ni enfants reconnus ou élevés par tels ou tels, et les bites impuissantes ne serviront plus que pour produire du jus, mollement branlées comme verges taurines. Les actes sexuels seront solitaires ou voyeurs, les jouissances cérébrales se seront substituées aux vulgaires étreintes éjaculatoires que ces dames jugent si répugnantes. Alors, les serments illégitimes... car si Herbert II, comte du Mans, avait reconnu Guillaume le Bâtard (le Conquérant) comme son héritier, son fief en demeurait cependant mouvant de la couronne de France. D'où je conclus que Foulques d'Anjou descend directement dudit Guillaume, lequel est devenu roi d'Angleterre, puis mort. Mais s'il descend de son héritier, alors je suis complètement con.