Proullaud296

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  • Les frères de Broglie, d'Eon, Praslin...

     

     

    La Cène obscure.JPG

    Evidemment, c'est la preuve d'une force de caractère au pays des lèche-bottes, mais c'est aussi la preuve d'une grande mesquinerie passablement aigrie et désagréable. Pourvu que l'on puisse exercer son talent de façon efficace ! Mais non, on aime mieux faire la gueule. Il y en avait un autre, un peu de cette sorte, sous Louis XV le Bien-Aimé : le fameux chevalier d'Eon. Giscard descendant paraît-il de Louis XV, on pouvait dire qu'il ne faisait rien sans l'accord d'Eon, mais trêve de calembours bons : ce chevalier qui pissait debout (ce qui n'est pas une preuve) était bel et bien de sexe masculin, ainsi que l'ont certifié maints médecins l'ayant dûment examiné après sa mort. Simplement, il n'avait aucun appétit sexuel, ce qui est rare, mais qui existe. Il n'a jamais été « lectrice » à la cour de St-Petersbourg, cette charge n'existant pas et l'impératrice Catherine sachant parfaitement lire toute seule, très érudite et traitant Diderot avec tous les honneurs en Russie ; d'autre part, elle n'eût jamais toléré un travelo à sa cours, préférant les hommes bien raides et bien membrés. Mais le chevalier d'Eon s'était déguisé quelques fois en femme en Angleterre, pour échapper à la police, qui fit une fois irruption dans un salon : « Avez-vous vu le chevalier d'Eon ? Nous avons un mandat d'arrêt contre lui. - Voyez vous-même, il n'y a ici que trois femmes devant l'âtre. - Sorry... » L'une des trois femmes était le chevalier d'Eon, qui n'avait pas dit un mot pour ne pas révéler son accent de grenouille.

     

    Ce chevalier semait le bazar partout où il allait, protestait qu'on le prît pour une femme mais excitait en même temps les rumeurs pour faire parler de lui, se livrant de plus au chantage pour ne pas publier en Angleterre une lettre manuscrite du roi recommandant une attaque armée immédiate, mais dont il ne fallait pas tenir compte, le bordel habituel – vous imaginez l'espion du roi capturé avec cet autographe sur lui ? Gilles Perrault nous apprend aussi que l'un des meilleurs informateurs de Louis XV et Louis XVI était tout simplement Voltaire, qui sous couleur de philosophie n'avait pas non plus ses yeux ni sa plume dans sa poche. Et nous oublions tant et tant de personnages, tant et tant de circonvolutions dans les revirements, les correspondances contradictoires, les agents doubles, les vrais qu'on exhibe et les faux qui œuvrent dans l'ombre. L'index des noms est considérable en fin de troisième volume. Tant d'espionnage pour rien, car nos seuls succès, véritables ceux-là, se déroulèrent sur le sol de l'Amérique du Nord, d'où le titre du tome III : "La revanche américaine". Et puis tout s'arrêta aux portes de la Révolution, les frères de Broglie fermèrent les yeux, en 1781 et en 1804, leurs descendants furent illustre : le Prince Louis de Broglie, Prince du Saint-Empire Romain Germanique dissous pourtant par Napoléon, académicien, génial scientifique, et la présentatrice Laure Debreuil, malgré l'orthographe différente.

     

    Les deux frères turbulents et affectueux ratèrent tous deux leurs vies, seulement, comme le dit Gilles Perrault, toutes nos vies ne sont-elles pas plus ou moins ratées... Mais il sera parvenu à nous faire apprécier un grand nom de l'Histoire de France, souvent mêlée à celle des Italiens, Médicis, Concini, Mazarin, de Broglie originaires du Milanais. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose, mais l'espace de trois fort volumes, nous aurons nous aussi, pour notre plus grand plaisir, touillé et brouillé le bouillon de culture de cet Ancien Régime, dont Talleyrand disait que celui qui ne l'avait pas connu ne savait pas ce que c'était que le bonheur de vivre. Notre nation n'aime pas autant sa marine que cette dernière le mériterait : nous avons préféré la gloire continentale, et les Anglais ont dominé les mers, Rule, Britannia, rule over the seas, roulant le monde entier.

     

    Nous ignorons souvent que Sartine, ministre de l'Intérieur, bien connu du détective Le Floch à la télé, devint celui de la marine, et qu'il la réorganisa. Ecoutons quelques considérations bien senties sur la flotte française au XVIIIe siècle, sous la plume experte de Gilles Perrault :

     

    "Les dernières années du règne de Louis XV" (mort en 1774, pour les élèves de Première S qui ne font plus d'histoire parce que ça rend plus intelligent pour les maths) "avaient été néfastes à la marine. "En 1774, à la mort du roi, on était loin de la situation qui avait tant réjoui le comte (Charles) de Broglie" mort en 1781 et chef du cabinet secret "lorsqu'il avait fait l'inventaire des forces navales de la France deux ans après la fin du désastreux conflit : "Votre Majesté, écrivait-il le 21 février 1765", soit deux ans après notre glorieuse perte du Québec, "verra peut-être avec étonnement dans le tableau explicatif de cette reconnaissance que sa marine militaire et marchande n'est pas dans l'anéantissement où ses ennemis la désirent et la croient, et où toute l'Europe et les Français même la supposent." Mais le ministère de l'inepte Boynes avait annulé l'œuvre dereconstitution entreprise par Choiseul et et son cousin Praslin" qui donna son nom à nos pralines.

     

  • Bordonove, en avant-première à mon émission

     

    BORDONOVE CHARLES CINQ

     

     

     

    L'Autriche, l'Espagne, auront Charles-Quint, régnant dès son accession au trône sur un vaste domaine , où "le soleil ne se couchait jamais", et ne cessant de vouloir l'agrandir ou le préserver. La France, plus tôt, en pleine Guerre de Cent ans, posséda Charles V, posséda Charles V, qui ne possédait pas beaucoup : juste les restes d'un tout petit royaume capétien, ravagé par trente ans de raids Anglais, comme celui du Prince Noir et de son massacre de Limoges (et non pas "génocide" M. Bordonove, attention à votre vocabulaire). Ce Charles V dit "le Sage", célèbre pour sa bibliothèque d'érudit (au moins 35 volumes !) et son esprit obstiné, réussit, depuis ses bureaux, sans se mettre physiquement à la tête de ses armées (une paralysie de la main droite, suite sans doute d'une tentative d'empoisonnement, l'empêchait de chevaucher correctement), à reconstituer son royaume, province après province, grâce aussi à l'aide du vaillant connétable Du Guesclin, dont plus personne n'apprend les exploits, parce qu'il ne faut pas exalter le fascisme en stigmatisant les populations immigrées.

     

     

     

    De plus, bien que notre nouveau roi possédât la ténacité, la ruse, le sérieux des Capétiens qui s'étaient succédé sur le trône depuis Hugues Capet, ce n'en était plus un: en effet, depuis la mort de Philippe le Bel et de ses trois désastreux successeurs, trois frères, il n'y avait plus de mâle pour monter sur le trône de France. Le trône devait revenir à la fille de Louis X le Hutin, que ce dernier croyait bâtarde. Les fascistes qui ont regardé le feuilleton des Rois Maudits savent ou croient savoir que les héritiers se sont alors fendus d'une loi artificielle nommée Loi salique, excluant les filles du trône, et même les fils des filles : aucune femme ne pouvait ceindre la couronne.

     

    Or n'en déplaise à nos bien chères sœurs dans le vent féministe, il ne s'agissait pas d'un grossier faux,Le coq à tête d'homme.JPG machiste, mais d'une réflexion visant à empêcher ladite donzelle d'épouser un prince étranger, ôtant toute chance à la France de devenir la France : notre pays serait gauchistement passé sous la bienfaisante domination étrangère. Et c'est ainsi que monta sur le trône, avec ses pieds sales, Philippe VI de Valois, fils de Charles de Valois, frère cadet de Philippe le Bel. Philippe VI était un vaillant guerrier, pas très futé de la comprenette, mais amoureux du panache et des grands faits d'armes individuels et portatifs, à l'ancienne, complètement dépassés. Et en prenant parti dans la révolte des tisserands flamands, dont les clients étaient de tous temps les Anglois, il déclencha, le malheureux ! la guerre de Cent ans.

     

    Ce n'était certes pas sa faute, mais tout de même, après la défaite Crécy, après la Peste noire qui coucha sous terre un tiers de la population européenne, après la défaite de Poitiers en 1360 où son successeur Jean le Bon fut fait prisonnier, la pagaïe la plus sombre régna en France. Charles V fut régent à la place de son père, et dut affronter la révolte d'Etienne Marcel, prévôt des marchands, que nos révolutionnaires ont assimilée à la première manifestation de la démocratie contre un pouvoir tyrannique monarchique, alors qu'il ne s'agissait que de remplacer les seigneurs par les drapiers, lesquels se fussent aussi abondamment servi dans le trésor tout en se battant entre eux. Le jeune Charles V les reçut dignement, négocia dignement, malgré leurs mauvaises manières quelque peu sanglantes, et les roula dans la farine, exécutant de ci de là quelques meneurs. Et le peuple, celui qui ne comprend rien mais préfère travailler dans le calme, se mit à aimer ce petit roi qui ne payait pas de mine : car le roi, n'en déplaise à certains, constituait alors une garantie d'autorité, de stabilité, cautionnée par les fascistes ecclésiastiques, et s'attaquer au roi n'était rien d'autre qu'un sacrilège, une offense à Dieu qui n'existe pas, comme nous en sommes persuadés, parce qu'il ne faut pas nous la faire (en Tardenois).

     

    Lorsque le vaillant Bertrand Du Guesclin et son cousin, vaillants Bretons, eurent chassés les Grandes Compagnies de soldats désœuvrés en Hispanie pour s'y conquérir des châteaux, d'où l'expression "châteaux en Espagne", le pays de France poussa un grand ouf, et lorsque Charles V mourut en 1380 à l'âge respectable de 42 ans, tout était pacifié. Il avait au passage légué sa bibliothèque à ce qui deviendrait plus tard la Bibliothèque Nationale. Si je lis l'article de Wikipédia, j'y glane encore ces quelques informations : il fut comparé à saint Louis par son sens de l'Etat ; il isole l'Angleterre du reste de l'Europe ; il lit la Bible entière chaque année "à raison de quelques pages par jour"

     

    Il eut pour fils le brillant Louis d'Orléans, qui fut assassiné, ainsi que son frère aîné Charles VI le Fol ou le Fou, car après lui, le pays se mit à resombrer. Le règne de Charles V ressemble à toutes les histoires de rois ou de dirigeants, par une accumulation énorme de faits oubliés par chacun, formant un gigantesque écheveau, où tout se tient où tout s'embrouille, où seule une intelligence supérieure et un beau sang-froid permet de pêcher le meilleur au bout de sa ligne et de rouler chacun sans se faire trop d'ennemis. L'index final nous promène de ducs en sénéchaux, de comtesses en épouses répudiées, de faits d'armes et de trahisons, avec une moyenne d'âge de 45 ans au décès.

     

  • Anna Sam et les clients couillons

     

    Ne généralisons pas. Respectons d'un côté, sachons supporter de l'autre. Payons un peu plus, chers patrons et vice-sous-chefs vicieux ; laissons des temps de pause et n'obligeons pas les caissières à dire au téléphone « code 127 » pour aller pisser discrètement, après trois quarts d'heure d'attente (« retiens-toi, on est en surchauffe, là »). Les employés entre eux sont le plus souvent solidaires, et si chacun y met un peu du sien, les souffrances pourront être endurées, voire fortement diminuées, pour faire de ce métier sinon une sinécure du moins une fonction sociale respectant la dignité. Voici un passage, en exclusivité sur la Clé des Ondes : « Au lieu de passer dix minutes pour faire votre caisse le soir, » - votre journée n'est pas terminée quand le magasin ferme, petite naïve - « vous en passerez quinze grâce à toutes les pièces de 1 mais aussi de 2 et de 5 centimes » - ah, les prix à x,99 euros ! et ça marche!) - « que vous aurez récupérées dans la journée. Et vos doigts seront à la fin recouverts d'une légère couche de cuivre mélangée à... de la crasse.

     

    « - Plus de cinquante fois par jour, vous serez obligée de réponde aux questions et réflexions suivantes :

     

    Client

     

     

    Aurillac ouatique.JPG

    19,99 euros ? Vous pouvez pas dire 20 ?

     

    Caissière

     

    Ben, non. Mon métier est justement de vous donner le montant exact à payer.

     

    Client 

     

    Vous pouvez pas faire des prix ronds ?

     

    Caissière 

     

    Ce n'est pas moi la responsable, allez voir ma direction.

     

    Client » (grand prince) 

     

    « Gardez la monnaie.

     

    Caissière

     

    C'est gentil ! Mais nous n'avons pas le droit d'accepter de pourboire, aussi petit et généreux soit-il.

     

    Client

     

    J'en ai marre de toutes ces petites pièces dans mon porte-monnaie.

     

    Caissière

     

    Mettez-les de côté pour Bernadette Chirac (et ses pièces jaunes, si le client ne percute pas)

     

    Client

     

    Il me manque 1 centime, vous pouvez m'en faire cadeau ?

     

    Caissière

     

    Désolée, j'aimerais bien, mais ce n'est pas possible. « 

     

     

     

    Eh oui, c'est le paradoxe » - bien sûr, c'est exagéré, mis en scène, relevé pour ne pas être plat, mais la lecture en est rendue plus agréable.

     

    « Sans compter que DixNeufEurosQuatreVingtDixNeufS'ilVousPlaît se prononce beaucoup moins vite que VingtEurosS'ilVousPlaît. À la fin d'une journée, ce temps perdu doit représenter environ deux ou trois clients en moins par caissière. Si j'étais directeur de grande surface, je m'en inquiéterais.

     

     

     

    « Flash Info (rumeurs et autres cancans)

     

    « Aux dernières nouvelles, la Banque de France serait en rupture de stock de petites pièces. Trop de Français (et d'Européens) les garderaient chez eux dans des bocaux ou des tirelires (chouette déco...). Il serait question de les supprimer. Réjoussez-vous, chers clients, les prix devraient « s'arrondir » un jour.

     

     

     

    Mes caisses, mes amours

     

    « Vous vous la coulez douce derrière votre caisse ? Vous ne faites plus qu'une avec elle, vos gestes sont devenus automatiques, vous n'avez plus à réfléchir à quoi que ce soit, vous n'espérez ni

     

    ne craignez plus rien ? Attention ! un terrible danger vous guette : votre direction choisira ce moment pour vous envoyer derrière la caisse de la station-service en remplacement. Et alors là, bonjour la panique ! Vous serez complètement perdue.

     

    « Pour que le choc ne soit pas trop violent, pour vous y préparer psychologiquement, voici les principales épreuves qui vous attendent.

     

    « Vous devrez affronter une caisse différente de la vôtre, des clients qui veulent acheter des bouteilles de gaz, qui viennent se plaindre parce que les pompes à essence ne fonctionnent pas, qui klaxonnent comme des malades parce que vous êtes trop lente, qui vous intoxiquent avec leur pot d'échappement... Surtout, abstenez-vous de faire du zèle de politesse, ils détestent ça.

     

    « Client 1 – Caissière 0 » - suit une anecdote sur un voleur d'extincteur... qui n'a que le temps de courir éteindre sa propre bagnole en flammes près du dépôt de bouteilles à gaz... Nous vous en avons passé d'autres et de meilleures, que vous soyez caissière (c'est à vous en priorité que ce livre s'adresse, à la deuxième personne, et c'est plus drôle comme ça) ou clients de bonne volonté. Alors passez de bons moments avec votre propre misère ou celle des autres, exposée avec le sourire dans Les tribulations d'une caissière », par Anna Sam, Livre de poche 31358...