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Defalvard

 

 

Sonia et le faux chat.JPG

Nous avons deux belles fautes de français : « Quoiqu'il était », et « peu m'en chaulait » au lieu de « m'en chalait » (« le nonchaloir »). Trop d'adjectifs. Des verbes décalés, en particulier « trottiner », ce qui vaut pittoresque pour des reflets, mais à n'utiliser qu'une fois, puis « des ciels bleus », autre tic. Mais dans l'ensemble, combien de trouvailles exquises (« La vie, quelle imagination ») chez ce vieux jeune homme de 19 ans si typique et si amoureux de Proust. Mais ce n'est pas Proust. Pas encore assez de génie. Amoureux d'un garçon comme il se doit. Mais ça ne fait rien : le « nous » est neutre. « Nous » arrivons donc au centre des Monts d'Arrée. La manne de cheveux blancs de Bolazec : nous sommes au sortir de la messe, nous autres pensons au blond de la race, puis aux anciens, je pense à tant de messes nulles par excès de langue de France.

 

Il est dans un accès d'extase. Parfois de dépression, de déploration. Mais une peau ouverte à tous les pores, aspirant la volupté du dehors, ou celles émanées du dedans, comme au-dessus des fissures de Delphes. Un drôle d'homme, secret en ses manteaux serrés, au regard lourd d'outre-monde. ...les familles catholiques, touchantes, les volées d'enfants. Touchantes pourquoi ? Parce qu'en voie de disparition. Parce que fragiles, confinées dans une foi passée, ou bien venteuse et volatile. Des enfants trop blonds, islandais. Qui se dispersent dans le vent comme graines laineuses. Catholiques un jour. Tant d'insanités de sermons plats.  Ni progressisme ici ni passéisme : un grand repos d'abandon, plus de catégories rapetassées ni ravaudées.

 

Enfin cet homme qui ne pense pas en concepts ressassés. Le reste, je ne m'en souviens pas bien. De l'impression de flou chez Defalvard. De ses accès de franchise, désarmante. De sa communication avec sa vie personnelle ; et de quoi se souviendrait-on à vingt ans ? Sans enfance à présent – mais heureuse, a-t-il précisé, en cette époque-là où seule est exaltée l'adolescence. Quiconque s'était bien aimé avec ses père et mère était fasciste, c'était une cause entendue. Pour lui non. Et cette impression d'être toujours en dérive en surface des mots, l'abîme en dessous : La passe s'endort ici  - passe de pute ? passage de relais ? interruption du canal mémoriel... Toujours porté au gré des flots, sans solution forcée. Je vais tenter, ces prochains jours, de siffler au vol quelques autres souvenir. Siffler : convoquer à l'appeau, comme à l'affût ? ...se taper un petit verre en douce ?

 

Excuse auprès du lecteur ? Consentement à le servir, indulgence ? C'est du charme. J'enjoue parfois dans la mesure où l'on se connaît peu soi-même, dans la mesure où le soi existe. Il concède à son lecteur. L'englobe, le flatte puis l'éloigne. Personnel sans doute mais en quel dosage. Le souvenir du temps, et celui de l'amitié, doit y aider. Depuis le temps que nous cherchons un écrivain qui laisse quelque chose à dire : ainsi, saurait-il être question d'amitié de lui à moi ? et n'est-ce pas plutôt à son histoire à lui qu'il en réfère, à ce que les Germains nomment une espèce de piété : respect, culte de sa mémoire ? Et la phrase ici, au bout de son impasse, retourne à l'alinéa : J'ai appris à connaître celui qui allait devenir notre parent lointain, notre bon fé.  Nous avons bien compris : notre fée masculine.

 

Et cette courte désinence médiévale, comme la foi, la fé, première syllabe de féodal, enfant blond poussé en graine, garçon hors de portée de tout hétérophile. Juste si je déplore allait pour deviendrait, bénéfique imprégnation de son style au mien, bien différent des sots verdicts d' « immaturité » ou « maturité ». C'est un maître. Déjà. Il s'agissait de Paul Bonhomme, un homme assez extraordinaire, qui s'était exercé jeune à la politique, avant d'être décapité, beau parleur, par qui plus rigoureux, qui plus mécanique. « De grâce laissez-nous un instant respirer. » Je n'aime pas « Bonhomme » , « Paul » eût suffi, à condition de le prononcer sombre, comme une peau. Nos cuistres auront observé qu' « extraordinaire » ne souffre pas d'atténuations comme « assez ». « Qui s'était exercé » ne tient pas devant on « s'étant exercé ».

 

Je corrige : « Il s'agissait de Paul, un homme extraordinaire » - il faudrait lire Marcel Proust corrigé par Gide, qui l'ayant lessivé de toutes ses scories l'avait rendu fade, habituel et ...gidien. Le « décapité » rend bien, enrichi de maintes harmoniques d'Histoire ; mais la syntaxe ensuite s'égare - « Décapité par (un) qui (était) plus rigoureux, par (tel autre) plus mécanique. Beau sens de langue, tacitéen.  Thucydide aussi a de ces raccourcis (« décapité »). Notre rencontre fut (un moment) émouvante, d'une poigne rarement atteinte. Je suis surpris. Et ce cliché pourtant. Mais inspiré de Proust, tout de même. La sensualité qui fait ressentir avec une intensité mémorielle pour le moins surprenante les couleurs, les nuances, les parfums, les souffles du vent. L'autre cliché de l'enfance, c'est le père alcoolo, la misère, La Gana, qui fit scandale au point de suggérer des lignes de petits points en témoignage de censure.

 

Quand on a 19 ans (est-ce là l'unique façon de critiquer l'auteur, mais elle s'impose, car sa publicité s'est faite sur cela, sur ses longs manteaux, son refus de toute électronique et musique dance), à cet âge sombre et fleuri, que peut-on bien raconter sinon son propre passé, magnifié, ouracorni, ses années d'enfance et d'adolescence à peine achevées, ses bouillonnements de haines, de déceptions, de rancunes soigneusement entretenues ?

 

Commentaires

  • Un tic agaçant chez Zola : cette fixation sur la couleur "gros bleu".

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