Proullaud296

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  • Le temps béni de la paranoïa

     

    Avant son départ, deux titres chez Pauvert. Voilà qui n'arrange rien. Editée en France, chez un éditeur prestigieux, et tout laisser tomber pour s'enfermer dans une armoire à bols de riz ? Mais qu'est-ce qu'ils ont donc dans le crânes, ces gens-là ? Je n'arrive même pas à sortir mes couplets habituels sur les femmes, et on m'annoncerait tout de go que cette gonzesse a une trompe, trois yeux et des pustules qu eje n'en serais pas autrement étonné. Comment peut-on être persan ? Moi, je ne semble étrange à personne. C'est ce que je pense. Et je me trompe. Jamais je ne me lasserai de ces constatations moroses, tant elles ont fait la perplexité désespérée de ma vie. Au retour, elle décide qu'elle va écrire, u npoint c'est tout – cher biographe, je ne comprends plus : a-t-elle publié chez Pauvert ou non ? Elle a donc déjà exercé l'écriture. Bon. Que de décisions prises. Quelle femme. Comme il vaut mieux de pas être avec elle un compagnon attentionné. Comme il faut être dur. ELLE ECRIT ! m'annonce l'intertitre. C'est l'emphase habituelle d' "Ecrire et Editer". Je le prends ainsi. Et commence la galère.

     

    Ah ! Enfin ! Je me retrouve en terrain connu ! Notre aventurière va s'en prendre plein les dents, enfin confrontées -z - aux forces molles qui sont les seules forces vives de nos contrées !

     

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    Quinzième anniversaire aujourd'hui du dernier jour de vie complet de Coco, belle-mère, et mère adoptive deToub, du temps où nous manquions de force pour l'assumer... Mes parents à moi disaient : Nous ne t'aurons plus près de nous. Les temps se mélangent. Ni différence, ni émotion... Je lis : N4728 en reprend d'ailleurs la formule. C'est le latitude nord d'Angers. C'est le titre d'une revue. Qui met la poésie en Angers. Nul. ...et forme originale avec plusieurs cahiers insérés dans un long étui. Comment peut-on s'intéresser à une revue, s'intéresser à quoi que ce soit. Là commence en vérité la vulgarité. C'est à la fois élégant et pratique. Mais je m'en fous. Il n'y a que moi.

     

    Moi au monde, à tout jamais. « Moi, la Mort et les autres ». les autres en tant que chiants. Ceux qui s'intéressent à quoi que ce soit d'autre qu'à soi sont chiants. Pas sociable. Pas avec des incultes. Il faut être con pour faire de la poésie, plsu encore pour en faire une revue. Ce nouveau trimestriel est d'une part couplée – avec un « e », bravo. S'insérer, être efficace, quelle horreur. Qu'on vienne me chercher, soit, pour rehausser, servir à d'autres, soit – et pas trop... - mais que je me démène, moi, pour qu'on me serve, pouah. ...avec les soirées organisées avec la bibliothèque d'Angers – tous ensemble, tous ensemble, GNOUF ! GNOUF ! Vulgarité des collaborations, des bonnes consciences, les sourires d'insertion sociale, horreur, horreur...

     

    Tout au long de l'année. A heures fixes, revoir les mêmes gens, se congratuler de participer à la même aventure de sauvetage de ce qui ne mérite même plus d'être sauvé... la... poésie je crois ? Ah qu'elles doivent être belles les soirées poétiques d'Angers, aussi fécondes et pénétrantes n'en doutons pas que le salon angoumoisin de Mme de Bargeton. Comme ce sont la plupart du temps des pointures – sans blague ? Bien insérés, bon serreurs de mains ? « Mon chien Pataud / A le nez gros... » On a des comptes rendus intéressants et des inédits de qualité. Pourquoi pas. Peut-être qu'on travaille en collectivité sans se bouffer le nez. Ainsi dans le n°3 peut-on lire successivement dans ce cadre : Paul Badin, Yves Bonnefoy, Sabine Macher et André Velter. Je me souviens de Sabine Macher.

     

    Je l'ai connue, pressée de près, elle a une petite fille, que je n'ai pas vue ; le soir avait lieu une présentation d' Homophobie 2004, où j'ai beaucoup transpiré. Parfosi je fonce sur une femme. Je rate. Ensuite je me suis déconsidéré par une traduction fautive. Malgré les tentatives de Favretto, je ne me suis plus représenté dans cette arène. Il m'est impossible de traduire de l'allemand de poésie. Tout effleuré dans ma vie : femmes, allemand, travail en commun... Ce qui n'empêche d'autre part la publication d'inédits – ainsi donc, cette Sabine, en France depuis 76, écrivait en français des poèmes ! comme elle était bilingue ! insoupçonnable, une légère pointe d'alsacianisme, moche et malingre, mais que j'eusse baisée comme une autre, disons : que j'eusse flirté, sans aller jusqu'au pistonnage...

     

    Manuscrits en trois exemplaires anonymes... Que tous ces gens désirent écrire me lasse, car ils respectent si bien ces règles que je feins ici d'enfreindre... Je ne supporte ni moyenneté, ni altérité. Les autres sont, éternellement, l'obstacle. En particulier, je refuse désormais le moindre effort. Qui dit effort dit soumission. Je veux, moi, que l'on admire – disons : que l'on considère – mon petit tour de piste à moi. Plutôt premier des minables que troisième des excellences. Pas de concours, pas de troupeau. J'ai reçu un livre, en service de presse, où l'on me qualifie d' « homme libre ».

     

    PHOTO : JE NE VAIS TOUT DE MEME PAS ME FAIRE CHIER A INSERER UNE PHOTO DONT TOUT LE MONDE SE FOUT.

     

    Un livre sur Decaunes. Decaunes fut aussi un électron libre. C'est du moins ce qu'on essayera de me faire croire, dans uen biographie plus ou moins hagiographique. Mais il a si peu rué dans les brancards... A part sur son île... Sur papier ou disquette ou e-mail pièce jointe sur Word SVP. Je préfèrerais la disquette. Et je gagnerais une médaille en chocolat, en compagnie d'autres qui eussent aussi bien vaincu. J'ai déjà participé à des concours, pour obtenir ma profession « à la papa ». Un cahier photos signées Michel Durigneux – cher Michel, qui es-tu ? Fondu dans la foule des tireurs de clichés. Il était une foi un eexposition dans le Gers. Chacun d'entrer, de contempler au

     

    mur toutes les photos. Puis de se retourner pour sortir. Alors on apercevait, derrière un bureau qu'on n'avait point vu, quelque employé bien souriant de hyène, qui vous infligeait de payer votre beau billet. Ô le bien puant piège.

     

  • Voyage à Caen

    Restez-moi fidèles petits amis, je me débats avec un cybercafé caennais, vous me retrouverez très bientôt avec des textes superintelligents et supermodestes. Bises !

  • Drague homo

     

     

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    Comment vivent-elles ? À quel avenir rêvent-elles toutes deux ? Quelles sont leurs techniques de masturbation ? ce sera pour toujours leur plus grand plaisir. Au bar le rock plein pot. Un jeune homme vient s'assoir, me demande si je suis espagnol. Je suis un extranjero. Lui aussi, marocain. Tous pédés. En français d'abord, hésitant, nous gueulant les phrase par-dessus la table et les cannettes, que j'enfile, vite, vite. "Je ne te dérange pas, Bernard, au moins ?" - mais si mais si, les voyages pour moi sont tout ce qu'on veut sauf des rencontres, pour les conneries qu'on peut se dire. Si tu veux faire des rencontres, tu n'as qu'à mettre le nez dans ta rue. Ici, c'est entre paumés. La pitié nous aiguise les regards. Je mobilise – il mobilise ? - toutes les ressources de l'art dramatique pour bien montrer que non seulement je ne suis pas dérangé, mais qu'il m'est infiniment agréable de l'l'avoir rencontré, que je n'attendais que lui, dans ma misérable solitude - l'autre se pique au jeu, me révèle qu'il récolte les melons, ici, en Espagne – ses semblables, ses frères, mort de rire. Il me paye un autre bar, me dit de ne pas parler espagnol, parce que je ne dis que des conneries, le barman bouffi nous regarde à travers son apathie, nous tend même la main au-dessus du comptoir, bières, toilettes, bières, toilettes.

     

    Mon ami autoproclamé admire à présent tout ce que je dis. Au troisième bar, il m'assène ses malheurs ; on le prend pour un voleur, "le barman d'avant, je voyais bien qu'il pensait tiens le Marocain qui va encore se faire un touriste", je mange un plat de poisson frit qu'il tient absolument à m'offrir, c'est imbouffable, quelle veine j'ai eue de rencontrer un être humain, et dans la rue piétonne, de bar en bar, nous titubons, en nous entrechoquant l'épaule et la hanche – tu vois, je ne l'ai pas volé le Français – je n'avais rien dit, proteste le premier barman, c'est toi qui te fais encore ton cinéma – mon Marocain s'appelle Mardi, le Béni. Autant dire Benoît. Il me dit "Je pars le premier, toi ensuite".

     

    Mais qu'est-ce qu'il s'éternise. Nous échangeons nos adresses, moi je lui donne, pas fou, celle de mes vacances – devenue depuis la mienne en vrai, pourvu qu'il ne vienne pas se repointer. "Tu ne veux pas aller encore dans un bar ?" - cette fois-ci, le drapeau est mis, c'est une boîte à tantes. Je décline : "Il faut que j'aille dormir dans ma caisse" – bien me garder de révéler qu'elle est stationnée là, au coin. "Va-t'en Bernard, va-t'en, je ne peux plus supporter tes yeux" – je les ai écarquillés, fixes et perçants, surexcités de fatigue, de sueur dans les sourcils, exténués d'incessante concentration artificielle – la Joie des Rencontres en Voyage – l'ami Mardi voulait faire le fou, mais sans aucun scandale, modérément.

     

    Moi je ne connais pas de milieu : ou la police, ou la philosophie. Et Dieu sait que nous avons philosophé. "Tu demanderas où est Untel ; celui-là, c'est un ami – tu comprends ? Un vrai, pas de ceux qui jouent l'amitié pour te débiner par derrière" – tiens, ça s'appelle "débiner" ? Nous revoyons, à l'extérieur, les mêmes filles en jupes courtes, peinturlurées sur toute la gueule, hors du monde – "Bien sûr que j'aime les femmes, Bernard ; on les aborde ? - Pour leur dire quoi ? Tu te figures peut-être qu'elles ne vont pas comprendre pourquoi on les aborde ?" Toujours été comme ça, parole : tous ces faux-semblants, ces tourne-autour-du-pot, pour en arriver là, une fois sur cent, que dis-je, cent... au bûcheronnage quadrupède, cul à cul à péter comme des ânes dans la canicule. Elles repartent toutes fières sans doute d'avoir fait bander deux ivrognes par 38°, l'Espagne est en marche mon pote, les femmes se libèrent, qu'est-ce que tu crois, le doigt dans la fente jusqu'au poignet, les hommes ça voit le mal partout, si Mardi est pédé (j'en suis sûr) c'est parce que j'ai repéré les suspensions de voix, la cassure que je connais par cœur dans les conversations où le dragueur d'hommes se demande avec mille pincements s'il osera ou non se révéler. Je ne supporte plus tes yeux Bernard. Ils étincellent de fatigue et d'extrême embarras. Va t'en, va t'en, ou ça va dégénérer. Le poing dans la gueule. Ne joue pas trop avec les mots, Bernard. J'aimerais, et je n'aimerais pas. Oui par les yeux non par la bouche. Tourner le premier coin, rejoindre vite l'abri surchauffé, refermer sur soi les battants arrière. Le rideau couvre l'avant, quiconque passe voit mes pieds – Mardi me découvrirait, me défoncerait jusqu'à la gueule. À deux heures les enfants crient toujours, pissons : c'est un renfoncement de mur. Juste en face au premier survient au balcon un gros balèze, jambes écartées les poings dans le short, bien décidé à m'engueuler aux premières gouttes. J'ai fait ça plus loin, sous la lumière aveuglante d'une rue étroite, contre un mur de crépi qui m'arrose tout le tibia. Et dès cinq heures, premiers pas de touristes, premiers vélos très mous des prolétaires de l'aube.

     

    Alors j'ai dégrafé le rideau, escaladé le siège avant, et, dans ma crasse, repris la route. Le soleil a levé sur tribord son gros œil rouge et menaçant. Très longue étape vers le pôle en évitant Aranjuez où je vis chier de dos naguère un petit brun sec ; éviter Madrid par Gétafé, haut lieu de la Guerre d'Espagne. Sur l'Atlas une écharpe rouge enserre la capitale, frontières de districts, autoroutes numérotées qui de çà de là me renvoient au Pardo : Via prohibida, culs-de-sac successifs, jeep de flics en faction devant le portail blanc, Campo Militar, je décampe au premier tibia kaki descendu sous la portière, Madrid abrupt à l'horizon sur ses ravins pelés, sur babord en contrebas trois bergers, des moutons, hors d'âge.