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Pardon Patrick

 

Clocher-mur des Landes RMN.JPG

À propos de la parution de son nième roman insipide, Patrick Grainville (que j'ai connu, lors d'une correction de bac) pose ici dans son appartement banal exhibant sa tête de fion banal, les mains banales croisées sur ses genoux banals. C'est par excellence l'écrivain qui a réussi, avec d'excellents tirages, et dont je n'ai rien lu, que je sache, ou dont je ne me souviens plus, ce qui revient au même. Si, peut-être une histoire de Vikings, jadis, très jadis. La photographie est un carré coupé en haut à droite par une autre, qui représente la couverture du « Démon de la vie » . Comme je me tape un rhume, allons-y. Il se tient assis sur une chaise à quatre pieds, les jambes parallèles de trois-quart, le pan de veston dépassant, ce qu'il faudra relever pour se torcher en se soulevant du siège.

Il regarde en face, tête légèrement penchée, bien blonde, bien blanche, bien coiffée (le blod viking en effet). Replié, vulnérable, naturel, tout dans le grand front blanc, bien dégagé autour des oreilles. Pas de cravate, juste une entrouverture de chemise mauve, genre chiffonné de jambon au-dessus du sternum. Veston ample et confortable de prof, comme en portaient les hommes d'un certain âge ou professeurs dans les années 60 . Les épaules peu baraquées, tout replié comme un écrivain qui va fuir au fond de son terrier, sûr de sa retraite et des trésors qu'il contient en lui. Souriant, tout juste, mais prêt à s'effacer s'il n'est pas apprécié. Mais il est plus facile de dauber sur son décor.

Nous ignorons s'il possède une salle musée, mais sur le cliché, c'est un très beau bric-à-brac. D'abord un grand cheval noir, jambe avant droite levée, 65cm de haut. Au tiers supérieur de sa crinière, en perspective, s'amorce le montant vertical d'une vaste croix gâchée par un Christ luisant de cire pâle, mais brun en même temps. Il se détache sur un mur blanc, mais ne va pas du tout avec le cheval, animal qui n'apparaît pas, ce me semble, dans l'Évangile, car rien ne rapproche de Jésus cet animal psychopompe, « qui conduit les âmes dans le monde souterrain ». Le crucifix bien haut, bien encombrant, longe la partie du cliché découpée par la couverture du livre de Patrick. Il n'a guère d'espace à lui, puisqu'au pied de la croix à gauche s'éclaire déjà, sur un bureau d'ornement, le trapèze rouge orangé d'un abat-jour illuminé (halo jaune paille, corps de lampe à l'asiatique, sans doute de valeur mais ne différent guère des innombrables imitations décérébrées qui trônent au kilomètre chez « Care » ou « Ma maison »).

Lampe, cheval et grande croix forment le trio le plus disparate depuis longtemps, révélant un goût à la Balzac pour l'accumulation d'antiquaire. D'autant plus hélas que le mur du fond s'écaille en une multitude ultraplate de photographies, au nombre d'à peu près quatre-vingts, punaisées avec grand soin, sans goût ni panache,statues, tableaux, tout ce qu'on n'a pu acquérir, agrémentées çà et là de femmes familières ou de magazines. Pardon Patrick, pardon...

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