Proullaud296

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  • La femme d'à côté refusée

     

    Alors comme ça c'est toi la femme d'à  côté. Avec tes airs triomphants, certaine de te faire aimer ; avec tes yeux de braise et ton air de cours après moi que je t'attrape. Parce que c'est con, les hommes, un sourire, emballé c'est pesé. Par le bout du nez - enfin le nez... Vous n'avez qu'à  vous baisser - oh pardon... Nous les hommes, quand on est seuls, on le reste. Vous n'en avez rien à  foutre des hommes. Rien à  redire, d'ailleurs ; sauf quand vous vous mêlez de nous faire la morale - c'est la meilleure. Femmes d'à côté, d'un autre monde. Le monde des femmes. Celui de la faiblesse. Tu parles. Les hommes, ça le fait mal. Ça viole, Ça tue, ça étripe, ça dépèce. Faut voir le costume qu'on nous taille dans les médias. On en a pour trois âges de glace. Une joggeuse par-ci, une petite fille par là . Sans compter les guerres. Qui est-ce qui fait les guerres ? Gagné, les hommes. Odieux on vous dit. Ou ridicules : ça souffle comme un bœuf enfin un taureau (impuissant, ou violeur ; vous, vous n'aviez rien demandé). L'homme d'à  côté, il bat sa femme. Une femme sur dix ! Vous vous rendez compte ! Vous croisez des femmes dans la rue : une, deux, trois,... dix : une femme battue. - 3 femmes par jour meurent sous les coups de leur compagnon - combien d'enfants, sous les coups de leur mère ? Plus encore.

     

    Ô femme d'à  côté, inciter les hommes à  pisser assis, par voie d'affiches dans le métro, ça c'est du sérieux ; mais quand on pend des filles de seize ans pour "mauvaise conduite", attention, faut pas stigmatiser, silence radio. Bien sûr, salaire égal, droit de vote, liberté totale. Mais de là  à  se faire poursuivre pour harcèlement, pour attouchements, et dès qu'on rate sa baise, pour viol - c'est un peu fort tout de même. "'Il faut aller vers l'autre" Bonjour madame. Ah pardon vous êtes lesbienne ; logique - suis-je bête - moi aussi j'aime les femmes - ça va je n'insiste pas !“ que de dégâts juste avec ce truc qui pendouille j'arrête parce que je vais dire des conneries. La Charente.JPG
    Alors que j'ai toujours adoré les femmes, celles d'à  côté (forcément, les autres on ne les voit pas). Nous perdons notre ignoble domination n'est-ce pas, je ne me suis jamais autant aperçu que j'étais un saligaud qu'en regardant les journaux et la télé. Alors maintenant la femme est libérée, flic elle tire mieux que les mecs - mais qui est-ce que je vais protéger, moi ? Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui apporter ? - attirante, sexy ? Non : revêche, rébarbative. Et l'amour dans tout ça ? (j'oubliais : pas de prostituées, ils ne pensent qu'à  ça ma parole) - “ il faut avoir confiance. Ça ne se décrète pas comme ça, la confiance. C'est une longue approche. La femme d'à  côté ? Elle a tout son temps. Les hommes vous savez c'est dégueulasse : ça a besoin de ça avec une femme en vrai.Alors la femme d'à côté, eh bien on la met de côté. Elle est libre. Elle est seule. Où est le problème ? Ceci est un texte de fiction. Quoique.

     

  • Cimetières animaliers

     

     

     

    Les animaux ont droit à tout notre respect. On ne jette pas son chien ni son chat n'importe où. Il est à noter que les vaches ou les éléphants n'ont point droit dans nos contrées à des rites funéraires (les éléphants se retrouvent dans les lieux où leurs capacités, diminuées par l'âge, ne leur permettent pas de survivre ; c'est pourquoi on les retrouve morts à peu près dans les mêmes endroits, car ils se sont d'eux-mêmes exclus du groupe). Les crocodiles et les chats bénéficiaient des mêmes rites d'embauMEments, monsieur Soulages. De nos jours, les dates de naissance et de mort, dans les cimetières de chats et de chiens, sont très proches : ils meurent avec notre enfance. "Je te ferai le temps d'un chien ou d'un chat", disait un vieil amant à sa maîtresse : Cavanna, Reggiani ? un Rital en tout cas ("comment peut-il encor lui plaire").

     

    Le cimetière d'animaux doit être excellemment entretenus. En effet, ils n'ont pas mérité la mort. Nous, si. A quelque âge que ce soit, car nous sommes maudits par le péché originel. Même l'enfant mort eût été capable, un jour ou l'autre, des pires forfaits ; les animaux, eux, même les crocrodiles, sont innocents. Ils n'ont rien fait. Ils sont l'expression la plus directe de l'étincelle vitale universelle. ; ce n'est donc pas la mort de l'enfant qui est un scandale, au sens métaphysique du texte, mais bien celle de l'animal. De même n'avons-nous pas le droit de blâmer les immenses sommes prodiguées par certains pour les tombes de leurs bêtes bien-aimées. Car nous ignorons la profondeur du lien qui unissait le maître à sa bête. Nous ne devons pas nous moquer des mémères à chienchiens. Les rires provoqués par la douleur de la concierge dans Rhinocéros d'Ionesco ("Mon chat ! mon chat !") sont une infamie.

     

    En effet les animaux, sauf pour se manger, ne se tuent pas d'espèce à espèce. On a vu des chattes adopter des petits chiens, et se lier de camaraderie avec des vaches ; un hippopotame et une tortue faire bon ménage. Un chien tirer son congénère écrasé de la route, en le prenant de ses deux pattes avant, marchant sur ses deux pattes arrière à travers l'autoroute en dépit du danger. Un autre envoyer de l'eau de flaque, à grands coups de museau, sur les corps palpitant d'agonie de ses frères les poissons à même le quai ? Les animaux valent mieux que les hommes. Ma femme me trahit. Mon chien ne me trahira pas. Pourquoi dans ce cas le deuil de l'animal dure-t-il si peu longtemps, quelle que soit la vivacité de la douleur que l'on éprouve sur le moment ?

     

    La palette du peintre.JPGS'agit-il d'une solidarité d'espèce, impliquant malgré tout, par l'instinct humain que nous voyons à l'œuvre, un sentiment de supériorité? qu'elle nous soit ou non accordée par la Bible, ce qui ne règle rien. Jamais jen'ai pardonné à mes parents le meurtre de mon chien, fusillé loin de moi pour avoir boulotté des poules. Le plus célèbre cimetière d'animaux de compagnie est celui d'Asnières, à l'origine "Cimetière pour aux chiens", sans en exclure les chats et autres animaux de compagnie. Il aurait été le premier cimetière pour animaux créé dans le monde occidental, en 1899, dans une "île des Ravageurs" désormais soudée au rivage. La ville d'Asnières, après en avoir inscrit le site au patrimoine artistique national, en assure la gestion depuis février 1997. Au 4, Pont de Clichy, son seuil est gardé, depuis 1900, par le saint-bernard Barry. Rintintin y possède, lui aussi, sa tombe. On grouve aussi dans ce cimetière, entre autres, des tombes d'oiseaux et de lapins. Mais aussi des chats, bien vivants, pensionnaires de leur propre maison où les employés assurent leur confort en ce bas-monde !

     

    D'autres cimetières animaliers se trouvent en province : à Villars (Loire), La Roche sur Yon, Garnat-sur-Engièvre (Allier). Celui de Villepinte, en région parisienne, est également dédié "A tous ceux que nous avons aimés et qui nous ont quittés". Le "cimetière d'animaux d'agrément" de Cagnes-sur-Mer attire également notre attention. Nous ne saurions les citer tous : par exemple, le Cimetière Fidèles compagnons à 83500 LA SEYNE SUR MER Il existe désormais non seulement des assurances obsèques pour animaux, et des instituts d'incinération, mais aussi, sur internet, un "cimetière virtuel", où chacun, gratuitement, peut rassembler les photos de son animal familier, car notre époque est extraordinaire.

     

  • Un salon du livre

     Ils ont tous deux l'air con, comme on est en photo. Lui surpris en pleine moue, plein joufflu, les petits yeux vrillés sous les verres. Elle, chevaline, jumentaire, avec un beau couvage de regard, une tendresse. Très rousse et lui très foncé, pas encore sa fausse tignasse à la Nosferatu d'aujourd'hui. La photo date de dix ans. Il a plus vieilli qu'elle. Derrière eux des tables allongées garnies de livres, nous sommes à Dieu sait quel obscur salon du livre, « près de Z.» : Munster ? Ribeauvillé ? Les tables drapées de rouge, des piles de livres dont on voit les tranches blanches, et d'obscurs exposants, anonymes, plus petits, d'obscurs visiteurs, de dos, de face, on voit mal.

     

    Reprenons. Format paysage. Lumière : intérieure, sombre, une croisée au fond bien blanche, une autre à demi vue sur le mur qui revient. Couleurs : tables rouge lie-de-vin, tranches de livres blanches, veston blanc de Lazarus, chevelure rousse de Blandine toujours jeune. Formes : parallèles obliques (quatre, pour deux tables très allongées, servant de comptoirs). Or les deux personnages sont de face, assis, coupés au nombril, mains coupées sauf un pouce (de Lazarus) tenant un verre. A droite de Blandine sur le cliché, Kilt, ouvrage interdit désormais (le dessin par ma femme en couverture). Que dit Lazarus ? Il joue au naïf, il doit proférer une énormité comique, pince-sans-rire. Son veston est blanc, il porte un badge, au-dessus du badge la pochette montre un haut de carnet, un stylo. Débordant sur le veston, une chemise noire échancrée henrilévyque. Visage trop gras. Moue lubrique ou stupide. Chevelure en chou-fleur, bien fournie, débordant sur le front. Le mot qu'il prononce comprend un « u ». Les yeux sont dans le vague. Blandine, au contraire de lui, porte le blanc par-dessous, le noir par-dessus. Elle est moins décolletée que lui. Les revers du col, très long, sont noirs.

     

    En fait ce sont eux qui sont noirs, la veste est violette. Elle est tournée vers Lazarus, de trois quarts. Son rire est franc, premier degré. Elle trouve vraiment drôle ce qu'on dit. Sa peau est orangée, reflète sa chevelure, abondamment bouclée, roux vénitien. Ils s'entendent bien. Je lis même dans ses yeux tendresse et admiration. Voilà. C'est un couple que j'aime bien. J'imagine les propos, le rire de cheval, une ambiance feutrée malgré tout, des propos de salon de livres. A droite donc, debout sur un petit présentoir, ce livre érotique homosexuel qu'un patron de boîte a fait interdire. M.C..JPG

     

    A gauche de la photo (à droite de Lazarus et dans son dos), un trois-quarts dans la même direction que celui de Blandine : un exposant quelconque, lisse, en chemise à carreaux sans goût, avec une veste unie rouge sur le dossier, contrastant avec l'épaule de Lazarus, rembourrée dans ce modèle.

     

    De l'autre côté de la tête de Lazarus semble sortir de sa chevelure un exposant accroupi peut-être, la tête lunettée au niveau de sa pile de livres, une boule lui aussi de cheveux noirs. Un petit profil de bougnat ou de carlin, tout ramassé. Au-dessus de cette insignifiance humaine, au-delà d'une table allongée, une silhouette noire portant une chevelure de blonde, un peu plus loin le long des mêmes tréteaux une femme orange se préparant à ouvrir un volume long et plat comme un Atlas, trois autres anonymats à peine incarnés, un exposant, deux visiteurs, mais pourquoi m'étendre sur tant d'humains.

     

    Je vois aussi beaucoup de piles de livres, hautes de deux ou trois exemplaires, il n'y a pas besoin de plus. Pourquoi fait-on des salons du livre ? XXX61 11 17XXX