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L'orgasme et la mort ; puis les larmes

 

L'orgasme et la mort.

 

Quand je fais l'amour, je joue avec la mort. La mienne, celle de l'autre. J'espère que mes manœuvres sexuelles ne la mèneront pas au suicide. Lorsqu'elle a joui pour la première fois en ma compagnie, mais seule, m'ayant tourné le dos, ses traits se sont soudain tirés, ses cernes accentués. Sa dépense d'énergie m'a rempli de la plus profonde considération, du plus profond respect. Les deux ultimes saccades, latérales, de son cul furent d'une force extraordinaire. Mais elle a recouvré, dans l'instant, son sang-froid, alors qu'elle avait affirmé, naguère, dans l'effroi, ne plus jamais pouvoir me laisser échapper si le plaisir un jour lui survenait. Comme il est dissolvant pour elle de voir fondre ses convictions, qui la formaient – dissolvant, ou construisant ?

 

En n'intervenant pas, en demeurant inerte, j'ignore si je la contrains de gérer ce que je ne puis faire, ce que je me retiens, peut-être, de faire. Je troquerais bien la mauvaise foi sartrienne, ce petit homme jaune et rabougri que je suis dans ma tête, avec ces troubles délicieux ressentis par la jeune maîtresse dans Le jeu de l'amour et du hasard, qui ne veut pas s'avouer son amour ; mais la rime est pauvre, et je retourne à ma paralysie.

 

 

 

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Le poème et la mort

 

Virage dans l'espace.JPGElle écrivait ses vers, confus et magnifiques ; Lazare ne pouvait les suivre : mais il en publiait de pires. Elle a parcourir en vérité bien plus de route avec lui qu'elle n'en a voulu dire : comment sinon peut-elle à ce point se formaliser de ses appréciations ? ...même injustifiées. Hanim ne compose plus, ni ne tient de blog (l'ombre de Nils plane : est-il vrai que je risque ma peau ? ils'enfuirait et se mettrait à boire). Viendrait-elle, après sa fuiter, sonner chez moi pour m'enlever ? me transférer d'un toit sous l'autre ? balancer dans le miroir la menorah de trois kilos six cents d'argent ? Elle s'est vantée d'avoir maintenu la même forme poétique depuis ses quinze ans, dois-je m'inquiéter ? existe-t-il en poésie des « spontanéités » ? de combien son enfance s'est-elleéloignée à cause de moi ? sous moi ?

 

De combien son couple est-il plus solide que moi ? existe-t-il une place pour le merci, pour le « j'accuse » ? les deux sont-ils si éloignés ? Ne puis-je donc aimer ma mère ? mêlant les mêmes injonctions ? qu'est-ce que l'écriture ? est-ce que j'écris à ma mère ? pourquoi laissais-je traîner mon carnet personnel ? Hanim écrit-elle à son père ? pour séduire et s'épancher, pour déplorer notre distance - quel destinataire suis-je ? Pourquoi tant de réserves de sa part, un tel rejet, de La chuted'Albert Camus ? La forme de La chute relève de l'épistolaire, ici jugée artificielle et ringarde, agressive ! et non d'amour ! Alors que ces perpétuelles apostrophes, justement, me concernaient, moi, à la deuxième personne, et au premier chef ! enfonçant définitivement tous ces péteux péremptoires – « vous avez tout choisi, et c'est à vous seul de vous en sortir ! » - voir Baba Sahib : « Tu as choisi d'être malheureux, et c'est une grâce de Dieu»...

 

 

 

R. 31

 

 

 

 

 

On faisait sa bégueule, au début, et sa renchérie : « Une Cohen-Lilionn, au motel ? Tu rêves ! » Puis on en a tâté, ce n'était pas si sale en baissant les lumières et les stores – mais, physiquement, je me détraque : mes glandes grossissent, blêmissent, gondolent et me feront crever dans un relent de vase.

 

 

 

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Un jour au restau tunès, Hanim, Seconde Epouse, a jeté sur la table douze euros en pièces de trois bien claquantes, avec la voix qui monte en pleine salle ; or à présent, avec ma Première, nous n'avons plus de scène de ménage : de simples allusions suffisent. Certains passent toute leur vie à la comprendre leur histoire ; ce ne sont longtemps que mixtures, confrontations, relents et guimauve – cela dure des mois, des années : grisaille et souffrances.

 

 

 

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Hanim pleure au téléphone portable, je la reçois seul et debout derrière la poste à St-Supply. Elle m'aimait, alors. Elle avait l'amour du drame. Comme moi. Je n'avais pas eu la sottise de lui révéler mes deux coups tirés d'infidélité. Je l'avais à moi seul en communication. Pourquoi lui avais-je si souvent laissé entendre que je tombais toutes les femmes ? J'étais si fier alors, de commencer une nouvelle vie. Hanim sanglotait, voyait plus clair en moi que moi-même : un harem, un bordel mormon, cinq ou six femmes entre lesquelles répartir mes faveurs, et tout l'amour du monde - au fond de cet amour se cache l'infinie solitude, l'éternel qui se dérobe : il n'est d'absolu que de Dieu, bien au-delà du col de l'utérus – par delà son athéisme, Don Juan recherche Dieu. Chérubin vit Dieu. Du verbe vivre. Il est bien téméraire et confus de ma part de vouloir m'égaler à eux.

 

Cette femme, celle-là précisément, me désire. Veut à toute force poursuivre sitôt que je la touche. Jamais vu cela. Jamais je n'ai pu ni voulu le voir avant elle, jamais. Aujourd'hui (enfin) je le vois, je le crois, pour le petit toujours qui reste.

 

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