Proullaud296

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  • Ferdinand Buisson

     

    Assez divagué. Le texte parle de ces calomnies ecclésiastiques : “car la lourde injure de M. Barrès a fait fortune au-delà du gré de l'auteur, et c'est sa punition.” Je connais assez peu le rôle de Barrès, en matière politique. Il valait mieux, d'après cela, que sa phrase pamphlétaire : il se soumettait à l'Eglise, mais pliait le genou avec noblesse. D'autre part, que le sentiment de ma mamamouchesque grandeur, dû à quelque caprice hormonal, ne vienne pas guinder mon stystyle à sa mémère. Barrès, intelligent, croyant, du côté des croyants les plus abrutis. Erreur d'aiguillage. De n'avoir pas vu la grandeur, l'héroïsme de ces moralistes sans Dieu. Capable ô combien de discerner les vertus de la tolérance – et se repentant d'avoir sali les Maîtres.

     

     

    Le château écossais.JPG

    Les Maîtres d'Ecole. De s'être allié aux salisseurs de réputations. “Cette “information” anonyme passe inaperçue.” Les prêtres ainsi ne tombent pas sous le coup de la loi. Ils s'insinuent venimeusement comme une douve. Je voulais dire que mon père était victime de toutes sortes de médisances et de calomnies. Je pensais avoir fait le tour de sa question, réglé son compte. A présent je pourrais peut-être approfondir. La grandeur que j'ai sentie ne s'applique pas essentiellement au domaine de l'écriture. Il faut que je rattrape ma naïveté d'expression. Il s'agit d'un sentiment d'assurance. Je le recherche. Il s'enfuit et revient comme une réminiscence magdélénique, proustienne (c'était une biscotte).

     

    Je tiens quelque chose. Une dignité. Une mission. Un honneur à exercer. Une invitation à ne pas déchoir, à m'élever au-dessus des ragots. “On en jase dans les villages où l'on a reconnu l'allusion.” Mon père faisait des allusions à ses petites élèves. Il soutirait aux femmes des confidences, plutôt des acquiescements, dont elles se repentaient. Ma mère me l'a dit. Pénétrer dans l'âme,même recomposée, de mon père, n'est pas une perte de temps mais assurément une recherche, en quête de vérité, quelle qu'elle soit. C'est en lui que je me trouverai,en l'idée de lui. A mon enfance, dont s'épuise la provision d'anecdotes, il faut adjoindre la vie antérieure de mon père, sa vie, conjointe aussi, tandis que nous vivions tous deux. Nous sommes en plein Barrès (pour ma mère nous verrons). Et ainsi de suite à travers ces générations inconnues, reconstituées. “Quelque temps après, elle est reproduite dans La Croix de la région, dans Le peuple du dimanche. Buisson, Ferdinand Buisson, tu nous rechantes l'air de la calomnie. De même était-il impossible de retrouver le moindre mot précis que j'aurais prooncé dans mes prétendus débordements verbaux. Le mot. Ce sont les mots que l'on condamne. Je cherche : “Je préfèrerais avoir à garder un troupeau de cochons que vous.

     

    Il n'a pas pu dire cela.” Il l'aura dit, j'en suis persuadé. Il engueula bien tout une classe pour l'avoir trempée sous la pluie lors d'une promenade infiniment trop longue (vers Nanteuil-la-Fosse ou Sancy-les-Chemineaux). Les parents sont revenus chercher leur progéniture dans la classe, où il avait cru bon de les retenir pour qu'ils séchassent... Pourquoi s'en est-il pris à la classe entière de sa propre erreur d'estimation ? J'étais à part, j'écoutais ce discours en détournant la tête vers le bas. Il était dans le faux. Cela ne me concernait pas. Il criait par peur d'être blâmé. D'où vient le sentiment de ma grandeur ? d'avoir déchiffré mon père, de suivre ses traces ?... comme un chasseur le gibier...

     

    ...En raison de ses louanges de l'Ecole Laïque ? En fonction du manque à sa mission de mon père, dont il a été douloureusement conscient ? Certains se confient, parlent à tour de culpabilité qu'il faut chasser : je sais que je pourrais ainsi le manipuler, le détruire. Je connais le point faible de chacun, Père, Editeur, Collaborateur (Jean Devy). Mais, disait Claudine, disait Christine, j'aurais la générosité de n'en point user, parce qu'on en aura trop usé envers moi. Certains ne me parlent plus : c'est que le roi est nu. Nous n'avons plus rien à nous dire. Les ficelles, les fils électriques sont à nu. Mon père m'a légué d'inépuisables filons. Ce texte de Ferdinand Buisson traite de “Qu'est-ce que l'Instituteur”. Il est contemporain de Péguy. Il m'interroge sur l'idéal de mon père, sur le flambeau que j'ai repris à peine plus haut sur la pente, de la sixième au bac. C'est donc par estime aussi que j'ai adopté ce métier, sachant qu'on ne pouvait faire mieux que d'être “un bon instituteur”. Par mon père, je puis recouvrer la dignité de mon métier, de ce moi que j'ai renié. J'ai voulu comme lui éclairer le chemin de la connaissance pour les génératiosn montantes (en style de distribution des prix). Nous avons exercé lui et moi exercé “le plus beau métier du monde”. En dépit des calomnies que nous avons méritées, car le plus beau métier ne peut jamais s'exercer dans la perfection : lui par penchants pédophiliques, moi par allusions clitoridiennes. Et, au bout de quelques semaines ou de quelques mois, elle prend place dans un de ces relevés de la lutte scolaire, publiés par le Bulletin de la société générale d'éducation. C'est dans ce va-et-vient tumultueux entre le personnage enseignant et la rumeur qui l'escorte, approbatrice ou défiante, que se situe le mystère de la mission éducatrice. C'est dans ce que l'on pense, dans ce que pensent les parents du peuple, que se situe l'essence de l'enseignement, et c'est quand le pays dit du mal de ses enseignants, de l'école en général et du savoir, qu'il est le plus malade et susceptible de sombrer.

     

    L'Eglise de Buisson, c'est la Rumeur – et quel écho plus puissant pour elle que la voix déformatrice des enfants. Nous n'avons à nous que le mot. Du mot découle tout le reste, le renom. Même sans Eglise : il a dit ceci, fait cela : “Que vos parents ne viennent pas se plaindre ou je les recevrai à grands coups de pied dans le cul.” Or ma mère défendit mon père. Après la guerre, elle l'a défendu. Que s'est-il passé entre eux pour qu'elle le défende. Ma femme aussi me défendit en des circonstances analogues. Puisque j'ai reproduit le destin de mon père, il faut bien que j'y mette du sien dans le mien. Tout n'a pas été si grave, “Il a enfin réussi ce raté”, dira la mère d'Hervé Bazin. L'étiquette qu'on vous inflige... Ni mon père ni moi-même n'avons été si indignes ni condamnés que nous avons cru l'être, quelque éloignés que nous ayons pu nous estimer de notre idéal. Il faut que nous nous pardonnions chacun nos manquements. Nous n'avons pas été si seuls. Et je retrouverai l'unité de ma vie, et par-delà sa mort je rachèterai le père. Nous nous délivrerons.

     

  • Fascisme ?

     

     

    Le château dans l'île.JPG

    LE CHATEAU DANS L'ILE, d'Anne Jalevski www.anne-jalevski.com

    Je vire au fascisme pur et simple : suppression de l'éducation nationale, rétablissement du préceptorat, transformation des établissements scolaires en centres de loisir, petites unités privées pour transmettre le pouvoir à ceux qui le veulent, suppression du suffrage universel vu que personne ne comprend plus rien à quoi que ce soit, prépondérance des intellectuels et des technocrates, et comme contrepouvoir, la rue, comme sous les empereurs byzantins, qu'il ne faut pas confondre avec les bites en zinc. Je me rapproche de plus en plus des blocs identitaires et considère Marine avec de plus en plus d'intérêt. De toute façon à mon âge personne ne risque plus rien. La connaissance n'est plus jamais objective. L'ennui, c'est que tout le monde s'en rend compte à présent. Il y a toujours une idéologie derrière, poil au derrière. Je me souviendrai toujours de la réaction des FILLES en 6e (1971 !) quand je leur ai proposé, en accord avec le manuel, que je croyais objectif, une série de texte sur la condition féminine. Elles se sont exclamées comme un seul homme : "QUOI ! EN-CORE !!!" Et là, j'ai bien choisi le thème, car je suis féministe à bloc, tant que les femmes ne veulent pas nous faire passer pour un ramassis de violeurs en... puissance. Mais les geignasseries sur la nature et les déplorations sur les sales fascistes de Français qui n'ont su que torturer les nègres, j'en ai ma superclaque. Même ma fille qui m'a dit "Finalement, je n'ai rien appris à l'école". Terrible, terrible. Tu sais sur quoi son dernier programme de géo a porté ? "La production du pétrole au Pérou", je n'invente rien, plus d'un trimestre là-dessus... Alors, ON VIRE TOUT LE MONDE ET ON RECOMMENCE. ET élèves, chacun chez eux, ça se fait en Australie, vu l'isolement ; ça se répand aux USA, et les parents organisent des rencontres entre leurs enfants CHOISIS, pour éviter la désocialisation. A part ça, c'est du délire pur que je sors là, mais je m'en fous.

     

  • Beaucoup vont se reconnaître

     

    AVANT-PROPOS

     

    L'histoire de C. HARDT VANDEKEEN est on ne peut plus banale. Contraint comme tant d'autres à la nécessité de s'adonner à la profession, ainsi qu'à une épouse, qu'il ne consent à aimer toutes deux qu'après une période probatoire de vingt-cinq années, il ébauche une trentaine d'œuvres. Et du 25 juillet 1997 (nouveau style : 2044) jusqu'à sa mort (28-11-2047, n.s. 2094) il n'a eu de cesse qu'il ne fût systématiquement revenu sur tous ses textes, suivant en cela cette réponse faite à Bernard C. un certain 12 juillet 1996/2043 ; le grand écrivain le contemplait avec incrédulité : c'était dur à faire, un roman. Il fallait "se documenter", "se mettre dans la peau des personnages", souffrir, tout le tintouin...

     

    "Pourquoi n'avez-vous pas édité plus tôt ?

     

    - Parce que c'était mauvais ; je vais les refaire.

     

    Clavel s'est montré stupéfait, mais n'a pas contredit son obscur interlocuteur. Plus tard, il confiera qu'il l'avait trouvé "triste" – or C. Hardt Vandekeen n'était pas triste, mais résolu.

     

    B.C. comptait sur une éternité devant lui – pour tout refaire. Le bonnet vert de l'artiste.JPG

     

    Les biographies littéraires présentent toutes sans exception un point désespérant : celui où l'Homme, promis jusqu'alors à une destinée obscure et à la mort, bascule d'un coup vers la lumière, les projecteurs et la mort. La phrase fatidique immanquablement commence par "Il rencontra..." - et c'est précisément là, et non ailleurs, qu'intervient l'injustice de la Prédestination. Et comme le lecteur admiratif ne peut se satisfaire de cet impitoyable couperet, il va fouillant, désespérement, tous les interstices de la biographie (mais il n'y en a pas), susceptible de justifier rationnellement, tant soit peu, ce dur décret.

     

    En vérité je vous le dis, malheur à celui qui tombe en littérature – et qui s'aperçoit, mais un peu tard, que là-dessous, au fond du trou, c'est la foule