Proullaud296

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Calcul néphrétique

 

 

Que c'est bizarre d'avoir mal, plus encore pour se relever pour écrire alors que l'organisme s'effondre, ou ne tient qu'à un fil. J'y suis encore, parfaitement malade, à la merci de la moindre gerbe. Je ne savais pas que la seule envie subsistante était de s'allonger en écoutant au lointain l'obstiné bourdonnement des voitures. Ni que la volonté, quoi qu'on fasse, ne faciliterait rien, de rien, de rien... Alors ma foi j'ai peur de la nuit prochaine, pour ne plus resubir celle-ci, dont le seul souvenir me picote le visage de sueur. Il fait trop chaud dans cette pièce. Il faut trop de bruit dans cette côte. Mal aux couilles et la nausée : quoi de plus poétique. Diagnostic à la va-vite : la couille, que je sache, ne fait pas partie du système urinaire.

 

L'antalgique a beau calmer le reste, il excite la couille. Plus rien que du très personnel à présent. Sonny m'envoie un message style "bienvenue au club", et fait semblant de se réjouir de nos malheurs respectifs. Mais je ne savais pas ce que c'était de souffrir, physiquement. Je répète : toutes les pensées se trouvent alors comme engluée dans la répétition "souffrance, souffrance". Rien à en tirer, le cerveau comme un camembert. Tu écris trois lignes, tu t'arrêtes. Nième conversation avec Ostrac, très souriant, me reprend toutes ses périgrinations, me montre ses passeports constellés de tampons austères et abstrus, évocateurs pour lui de tant de décors et d'amours. Il eut une amante française en Inde.

 

À Rennes il tua un infiltré. Il me montre une liste où je reconnais quelque ténébreux hirsute gothique, se plaignant de l'absurdité, de l'horreur suicidogène de la vie. J'écoute d'un air ravi, comme en faisant jadis mes cours à la Laurent Ruquier : moi aussi j'eus mes aventures. Et à supposer qu'il radote (ce qu'il ne fait pas) cela lui illumine tant le profil d'affirmer qu'il a vécu, et plus loin que moi, et mieux que moi. Puis, pensant qu'il en a suffisamment dit, je replonge dans mon sous-sol de plein-pied, la couille dolente, qui doit être autre chose à mon avis que cette hâtive colique néphrétique. Je ne dois plus toucher ma couille, ce sont les antimasturbateurs qui me l'ont dit.

 

Ces objets si encombrants... Me voici menacé d'allongite. Je couille-souffre : "N'y a-t-il rien qui vous préoccupe, à part la connerie de l'humanité, l'absende de perspectives de la vie et tout le tintouin, bien entendu ?" J'ai vécu tant de choses à l'intérieur de moi ; par procuration aussi bien que n'importe qui. En ce moment mon hîte reçoit un coup de téléphone. Il m'a montré le passeport de sa femme, sans tampons ; il masque son année de naissance, mais elle est née un quatre septembre. Et à force de s'allonger disais-je, on ne peut plus s'en passer. Je guette des signes de décrépitude. Si mon visage s'amoche, qu'est-ce que je fais ? Si ma pensée disparaît dans la douleur ou le farniente à répétition, que faire ? Le moi est une couche d'ozone au-dessus de soi, plus ou moins attaquée, corrodée.

 

Un orgue est là dans la chambre, efficace, destiné au fils qui se délasse, 55 ans. Je branche et je pianote, pas terrible, sans conviction. Les numéros ne correspondent pas aux résultats décrits. Je m'y remettrai tout à l'heure. L'antalgique endort. Faudra-t-il que j'en prenne toujours ? Adieu, voyages, lac Baïkal. Reporté. Troyes, toujours possible. Des réflexions qu'on me ferait sur mes cheveux. Sur la disposition des étagères dans le frigo. Si je deviens malade, adieu Kate sensiblement plus jeune. La force des choses. La maladie la mort and the whole shebam.Courses à faire. Une increvable insipidité des tableaux pourtant débordants de vie chez Braudel, qui, lui, avait du cœur.

 

Ma tête, ma pauvre tête qui s'en va, mes vomissures à grands tourments expectorées pour si peu de résultats. Vu ici un ordinateur portable, que je ne touche pas, car tout le monde le verrait. Ma banane et ma poire toujours dans l'estomac disposés à se redégueuler cette nuit. Demain, descendre, remonter sous le soleil. Pas de bagnole prêtée, parce que lui et moi avons horreur de ça. Chatouilles : reprendre du Défalgan, se réabrutir. Ne pas même effleurer la couille sacrée. Ostrac achète bien des choses, qu'il lui faudra jeter. Il a reçu des coups de téléphone qui le distraient. Couilles, reins et tube digestif : beau trio. Et puis, le lendemain matin d'une nuit de dix heures, cela va mieux, quelques restes de pointes demeurent sourdement dans votre corps.

 

Il faut prendre garde, se faire examiner la vessie pleine, repartir par le train du Havree, emportant les souvenirs animés. Ostrac se confie volontiers, je suis parvenu aux bonnes intonations, ni trop rêches ni trop lèche-cul, je m'approche de lui et ressens son corps, j'enchaîne les intérêts plus ou moins feints, car je prétends à la sincérité : toujours j'aurai vécu sous mes projecteurs, fussent-ils de simples lumignons. Ce matin, pas de musiciens : tous prolongent leurs vacances, je n'aurai pas de photos à faire. Ce sera encore d'excellents souvenirs. Et j'entends piocher mon hôte, dans son jardin. Il a 

Nocturne au croissant.JPG

84 ans.

 

 

 

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