Proullaud296

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  • Du Dantzig, du Drieu

     

    On n'a trop souvent pour guide, malheureusement, que son intime conviction. « Par le même « raisonnement » que les corrompus qui ont renoncé à la littérature pour le pouvoir » (Malraux ?) « il meurt avec la certitude qu'« il n'y aura plus de littérature française après cette guerre » (18 mai 1940) et que la France est morte. La France est là, et ses écrivains. » Arrête, Dantzig, je bande. « Ses écrivains dont moi », Dantzig ? Hé hé, ça n'est pas passé » loin. Citons Drieu à l'intérieur de la citation, le symbole imprimé du livre ouvert nous y invite : « Suprême notion sociale qui semble le bien propre des femmes, car au fond, la société n'existe que par elles, ce sont leurs travaux qui la renouent sans fin, elles en sont les ouvrières et les reines, les gardiennes acharnées ; sans elles, les hommes, qui sont des anges pris au piège, seraient depuis longtemps montés au ciel » - heureusement que Maman fait le ménage. Dès que j'ai lu « femmes » au pluriel, je me suis dit « gare la connerie », nous sommes comblés... Suit la mention « Posth.(ume), 1951. » (pour la remarquable citation ?) - et une liste d'œuvres où ne figurent ni Gilles, ni Le Feu Follet : quelle mouche de non-conformisme a encore piqué Dantzig ? « Pierre Drieu La Rochelle (1893-1945): Etat civil : 1921 ; Mesure de la France : 1922 ; L'Homme couvert de femmes : 1925 ; Genève ou Moscou : 1928 ; Une femme à sa fenêtre : 1930 ; » Dantzig l'estime bâclé, ce livre-là ; il est vrai que les opinions de Drieu sur « les femmes » valent bien les miennes, passons : « Socialisme fasciste : 1934 ; » - eh oui, on voit bien « national-socialisme» !

     

    Ça pue, hein, Drieu, parfois ; prenez vos pincettes et vos masques à gaz... « Histoires déplaisantes : post.(hume, 1963 ; Journal (1935-1945) : post.(hume) 1992. » Bien ! Sans aller jusqu'aux accès couillus du haineux Bégaudeau, je n'irai pas jusqu'à proclamer l'urgence de lire Drieu. Pour Dantzig, vous pouvez vous y risquer, j'y ai pris beaucoup de plaisir, pour l'irrévérence générale de l'ouvrage. Il n'est pas fait bien entendu pour l'assentiment universel. Comme disait l'autre inculte : « On ne peut pas plaire à tout le monde », mais l'auteur du Dictionnaire égoïste de la littérature française, lui, est érudit. Parfois con, mais érudit. Son article suivant est un coup de griffe contre les « REDECOUVERTES » - en effet, comme disait l'autre, « à force de découvrir Dieu, ils vont finir par lui faire prendre froid ».

     

     

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    Lisons : « Le mot redécouverte est généralement employé » (qui est-ce qui écrit mal déjà, Monsieur Dantzig ?) « à l'occasion de la réédition d'un écrivain que tout le monde connaissait très bien. Il existe des écrivains redécouverts tous les quinze ans, comme Paul-Jean Toulet » - toujours pas lu. « On le réimprime, ou en parle comme d'une redécouverte, on l'empêche d'accéder à la grande notoriété » - pas du tout, pas du tout ; c'est un excellent écrivain de second rang, et rrrrran... « Si on le redécouvre, c'est qu'on l'avait découvert, si on l'avait oublié, c'est qu'il y avait de l'oubliable ? » - ah pas mal... Je dis « pas mal » parce que ça me ressemble, évidemment. Mais 'Tout homme qui se méprise se sait quelque gré de ce mépris » (Nietzsche). Autre cible : « REEL : Le réel ! Le réel ! Le réel est ce que les grincheux opposent à toute fiction qui leur déplaît politiquement. » - et encore un coup de patte à la gauche mon pote, ben voyons. « Ils vous reprochent de ne pas voir le réel quand ce n'est pas leur côté que vous regardez » - aussi bien à la droite, finalement. « Leur raisonnement : « Vous avez esthétiquement tort parce que vous êtes quantitativement minoritaires . » C'est curieux, d'ailleurs, parce que, de droite ou de gauche, ils n'ont jamais réussi à se faire élire. » - ma foi si, même qu'ils ferment les hôpitaux, et ce, au nom du réalisme.

     

    Notre auteur est un rigolo. Mais il a du brio. Du brio La Rochelle. Haha. 

     

  • Le chef-d'oeuvre inconnu

     

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    L'ENFANT ET LE SING-KIANG (119)

    CI-DESSOUS : L'ARTISTE (ET LA MANCHE)

    CREATION DU SITE WWW.ANNE-JALEVSKI.COM

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    Reçu ce jour de Pékin l'autorisation formelle. Ou mieux l'injonction. De me rendre au Sing-Kiang (Xin-Jian) « région désertique ; élevage ovin ; extraction du pétrole » - sous réserve, sous restriction expresse de ne jamais franchir le Kunlun Shan (7724 m) limite administrative du Tibet (Xi-Zang. Je revis en rêve (120), du verbe « revivre », ces hôtels miteux d'oasis dont le gérant me poursuit d'étage en étage (Toi payer ! Toi payer !), ces toilettes pour femmes où je me réfugie, géantes, inondées, labyrinthiques, ces combles pourris couverts de gravats (Ecole de Pub du XXe) et ce cimetière - avec ma propre tombe au fond, mal tenue, sable passant sous les quatre planches en haut de la pente – le porche entre ses deux piliers doriques, devant l'aiguillage du tram, le bordel juste en face et son juke-box bariolé comme un cul de mandrill.

     

    Le Sing-Kiang offre à l'exploration une matière inépuisable. Sur les plateaux brumeux qui le dominent j'évoque les jumelles Eurysthées que j'ai vues enterrées côte à côte se pelotant de leur vivant sur le lit de leur mort avec leurs blonds cheveux de nymphes. Ma mère Alcmène s'indigne : "N'avez-vous point de honte, entre sœurs? » En riant elles répondent « Non vraiment, dans six mois on est là-dessous ». Ce qui advint. La seule vérité je vous le dis consiste en ce sommeil qui se poursuit sans trêve au fond de nous de la naissance à notre mort.

     

     

     

    Notes

     

    (119) Et nous voici repartis pour des métaphores plus ou moins géographiques ; fastidieuses ou non, je ne saurais le dire... Mais quoi que vous disiez, je serai toujours d'avis contraire.

     

    (120) Ne pas oublier que l'auteur, d'après les sous-sartriens de sous-préfecture, a « choisi » la paralysie, a « choisi » de ne vivre qu'en rêve.

     

     

     

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    MISE EN PRESENCE (121)

     

    Gaston-Dragon s'étant glissé un jour sous la bête, le dos contre le ventre, sous les quatre jambes d'un cheval souffrant

     

    (Pris de tranchées. ("On purge bébé").

     

    "Sentant sa fin prochaine"

     

    et le massant risqua ainsi sa propre vie :"Si le cheval se couche, la bête écrase l'homme » affirma l'assistance, admirative, ajoutant quand ce fut fini : "Ces bestiaux-là, ça sent quand même si on leur fait du bien."

     

     

     

    Notes

     

    (121) Le lecteur se voit désormais plus régulèrement mis en présence de Gaston-Dragon, dans sa vie quotidienne, telle qu'elle a été transmise par Alcmène à son fils, auteur de ces lignes.

     

     

     

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    ORACLES DE GASTON (122)

     

     

     

    1) pétant : "Si y pleut de ce vent-là, y tombera de la merde" (« y » prononcé correctement (fusil, sourcil) ; amuissement du "l" en finale ; nul n'a jamais dit "s'il"). Gaston-Dragon mange bien, boit bien – "On m'appelle : Bouffe-Tout-Boit-le-Reste" : ainsi se complimentent en Lotharingie les gros appétits ; des « Bouffe-Tout Boit-le-Reste » ; le comique provient de ce qu'après le « tout », il n'y a rien – puis brusque passage du quantitatif au qualitatif : il reste donc encore à boire ! Sa fille ma Mère m'a dit: « Je ne ne l'ai jamais vu soûl. ». Il disait aussi : « Un Pou(r)la Gueule » (ne pas prononcerle « r »). Ou bien : « De c'plat-là, j'en mangerais sur la tête d'un pouilleux ! » Pas une mauviette le Gaston-Dragon, mais un bon gros paysan lorrain Nam'donc, ("Notre-Dame donc" ?) qui récitait au lit "Notre Père qui êtes aux cieux" et s'endormait tout sec sans avoir fini sa prière. (« ...si fatigué qu'il commençait juste « Notre Père... » « ...et plouf ! il s'endormait.") La Veuve me mimait son élocution ensommeillée. Il n'y avait pas que la fatigue ; le père Dragon n'était pas le dernier à caresser l'amphore. Et c'est peut-être à ces beuveries campagnardes qu'il faut rattacher

     

    2) le deuxième oracle "Dégueule, cochon, t'auras de la rave", car tout cochon malade, atteint de vomissements - et celui-là ne buvait pas - se soignait par d'abondantes pâtées de raves. Un jour la Fernande, à la ferme, Seconde Epouse à venir, avait dû enjamber un cochon en plein passage. "Voilà-t-il pas que le cochon se relève et me trimballe à travers toute la cour de la ferme ; y avait pas moyen de l'arrêter."

     

    3) ayant mangé : "Débarrassez, sez !" Note préalable : sitôt que tel ou tel a dit ou fait telle ou telle chose, une seule fois - le voilà immanquablement affublé de l'imparfait de l'épopée. « Il fit » devient « fesait ». Cela prolonge, fige, répète ; fonde en coutume un évènement apogée.

     

    (exemple inverse : ayant schématisé sur une table d'écolier un coït, je fus sévèrement puni : "Passe son temps à dessiner des obscénités" – C'est une seule fois ! - Oui, mais c'est la tienne. ») Explication (« débarrassez, sez ! ») : à la fin du repas le café tardant, Gaston-Dragon tira d'un coup la nappe à soi, tout fut précipité au sol ; la répétition de la dernière syllabe se réfère explicitement au commandement militaire, qui se conçoit exécuté à la fraction de seconde.

     

     

     

    Note

     

    (122) Nous allons nous apercevoir que les expressions ainsi rapportées et transmises àson fils par Alcmène, avec toute sa piété filiale, ne consistent qu'en des expressions toutes faites appartenant, selon toute vraisemblance, au fond commun du discours populaire des campagnes de ce temps-là et de ce pays-là.

     

     

     

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    PASSIVITE DE SECONDE EPOUSE (suite du précédent)

     

     

     

    • ...et elle ne disait rien ?

    • Oh non, tu penses ! (123)

     

     

     

    Note

     

    (123) Astucieux, non ? Présenter la suite comme une rupture, très brève... A rapprocher de la « rime en écho ».

     

  • Quousque non ascendam ?

     

    Le Diable m'accorde vingt-cinq minutes. Utilisons-les à commenter cette liste des personnages de Balzac, dernier tome de l'édition du centenaire, et figurons-nous Notre Honoré mort en 57 du siècle précédent. C'est ici un froid répertoire, en ordre alphabétique, où manque le couple Cibot, dont le mari fut occis à petit feu par une pièce de cuivre oxydé trempé dans sa tisane quotidienne, patiemment, année après année, par sa femme, portière. Mais les marquis, notaires et militaires abondent en ce répertoire. Il ne leur arrive la plupart du temps que des ascensions, et de s'agripper les uns sur les autres afin de parvenir à respirer, au sommet de la pyramide, un instant de plus.

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    Lucien de Rubempré assurément périt dans l'ignominie, César Birotteau connut défaite et humiliation ; mais nous les voyons tous contracter d'habiles et riches unions pour parvenir, tout court. Ils en deviennent interchangeables, tant vicomtes et comtesses en finissent par se ressembler, tout caractérisés qu'ils soient par l'immortel Balzac : à la fin, les voilà tous morts. Et si l'on peut dire que Balzac est le peintre de la bourgeoisie ascendante, Zola plus tard saura mieux partager ses soucis, montrant tout aussi bien le bas peuple qui s'enivre et qui coule : dans l'un, vitalité, chez l'autre, décadence. Tel est ma contribution à ce que je dois à mes lecteurs classiques. Il a alors 30.000 livres de rente – mais qui n'a pas, chez Balzac, « 30 000 livres de rente » ? Qui ne possède pas des « fauteuils en velours d'Utrecht » ou des « plinthes à hauteur d'appui » ? soit à trois pieds de haut, comme on en voit das les vieux immeubles. Chez Zola, nous aurons du « gros bleu » : c'est une couleur qu'il affectionne, vieux volets de Provence. On pense à Issoudun que Maxence Gilet est son fils naturel. Nous avons oublié tout cela. Notre mémoire immédiate n'a plus que des ombres à servir : il semble bien qu'il y ait du duel là-dedans.

     

    Ce qui nous fait penser à Gilardi de La Chartreuse de Parme, comédien tué par Fabrice. Ainsi serpentent les inspirations. Il a hérité de M. Descoings sa maison de la place Saint-Jean. Héritage, et rente : tout le roman de la bourgeoisie berrichonne. On hérite quelque chose de quelqu'un : règle utile à rappeler. Ce sont là choses primordiales : de l'argent. Puis on se hausse. Il en manqua souvent, le gaspilla pour des coléoptères, à sculpter sur sa canne : la lettre est conservée. Correspondance bien fastidieuse, bien au-dessoous de celle de Gustave. Nous aurons bien convoqué tout le XIXe siècle ! Ô naïfs : que de crétins possèdent l'argent ! Il n'en disait pas moins : il n'a pas évoqué ce nous semble les manques essentiels de la personnalité : l'audace en société, l'ignorance de tout ce qui n'est pas soi, l'humanité, l'infame obéissance à ceux qu'on aime. Ne voyons que ce que l'on montre : il meurt en 1805 (La Rabouilleuse ), soit : celle qui rabouille dans l'eau, pour en débusquer les écrevisses. Vous en souvenez-vous ? Qui cette misérable a-t-elle épousé ? Comment fit-elle fortune ? Retrouver aux deux bouts de sa vie la même musique, à présent oubliée, mais si formatrice en sont temps ; n'est-ce pas étrange de bâtir enfin la seconde culée du pont ? A vingt ans j'amorçais le Tome Un, à plus de 65 j'extrais du dernier le répertoire asséché de mon maître d'antan. JEAN-JACQUES ROUGET – Né en 1768, meurt en 1823. A cinquante-cinq ans.

     

    Comme des mouches. Et je ferai cent ans. Inconnu au bataillon. Un jour, je me renseignerai. Nous écrirons en connaissance de cause. Jean-Jacques est apparenté au précédent. Il habite Issoudun. La mémoire n'a rien retenu de cet homme. Il est mort en duel, au fond du Berry. Car toutes les régions en ce temps-là vivaient. Il n'aura connu ni Sartre, ni Napoléon III. Il asiste aux mercredis de Mma Rabourdin (« Les Employés »). Plus aucun souvenir de ces « employés ». Le nom de « Rabourdin » renvoie aux vieux patronymes de paysans, et laisse augurer de cette vie sociale émouvante, où les femmes « tenaient salon », se laissaient courtiser, malgré leur nom de famille : nous pensons à la Muse d'Angoulême, Mme Bargeton. Rubempré lui-même s'appelais Chardon. Balzac, Balssa, avec deux s. Un arriviste, comme ses personnages. Frère d'Agathe Bridau, oncle de Philippe et Joseph Bridau. Un état civil en effet, mais aussi de longues allées de cimetière : quelques indications sur une dalle, dans une rubrique nécrologique. Même ces indications familiales n'éveillent aucun écho chez le lecteur des années passées. Il est le fils du docteur Rouget. Donc, d'une condition sociale primordiale en une petite ville comme Issoudun. Depuis les Guerres Révolutionnaires et de l'Empire, la médecine a fait des progrès : il ne s'agit plus simplement d'amputer, de cautériser au fer rouge.

     

    Ni de saigner. Le médecin, Benassis par exemple, peut philanthroper dans son canton, à l'instar de Voltaire, bienfaiteur du pays de Gex. « Les médecins dans la littérature du XIXe siècle » : cela doit exister. Y compris Bovary bien sûr, et jusqu'au médecin de campagne de Boulgakhov. Fils et fille de médecin : cela implique de belles unions, pour s'élever. C'est un grand niais. Voilà plusieurs fois que cette affirmation ponctue ces brèves chroniques biographiques. Cela heurte : comment décider que tel est un sot, tel autre intelligent ? Balzac typifie : pour lui, comme pour La Bruyère, il existe des étiquettes et des bocaux. De nos jours, nous sommes bien plus malins ; nous savons que la sottise parfois nous traverse, parfois nous délaisse. Nous savons que seules les circonstances (ou nous croyons le savoir) déterminent l'idiot ou le génie. Mais nous sommes pourtant perçus comme tels ou tels, de l'extérieur. Le roman permet de classifier, de simplifier, mais non de schématiser : en 1816 il reçoit chez lui Maxence Gilet. N'est-ce pas celui qui mourut en duel, inspirant le Gilardi de Stendhal ? Le fils Rouget peut donc resssentir de l'amitié, appliquer les règles spontanées de l'hospitalité. Comment, pourquoi reçut-il ce jeune homme ? N'était-ce pas la nuit de son duel ? Vers 1820 il vit en cocubinage (lapsus) avec Flore Brazier à Issoudun. Capable d'amitié, capable d'amour, aussi.

     

  • Exhumations

     

    Sur la noblesse de Sidoine, nous serions sarcastique. Il faudrait ensuite évoquer l'empereur

     

    El Gabal (Héliogabale) et les trois Julia - mais après L'anarchiste couronné comment écrire ? ...Devrais-je ensuite, après l'enfance mal connue, emboucher la trompette : premiers succès féminins du héros, conquête de Papianilla, épousailles ? Et Loyen de se féliciter de la virilité de son Sidoine, au livre VIII de sa correspondance, alors qu'il s'était vanté d'avoir beaucoup palpé lors du panégyrique de l'assassin de beau-papa ! Ô tempora... Résistance. Prison. Indignation, épisme. Citer les vers à Ragnehilde, gravés au fond d'une coupe, où "c'est la beauté de votre visage, Majesté, qui donne au métal son éclat"; la royale épouse de l'Occupant dut s'en montrer flattée.

     

    Sidoine enfin, dont chacun sait qu'après son indignation d'avoir vu livrer son Auvergne, il ne vit de salut qu'au sein de l'Eglise, devint modèle d'évêque, embauma et transmit tout un monde, celui de Rome engloutie, par l'inlassable diffusion de ses modèles. Sidoine à lui seul rafistole toute une civilisation grâce aux cours par correspondance : n'est-ce pas ainsi que va se régénérer l'éducation de notre XXIe siècle, par petites groupes de volontaires motivés minutieusement encadrés, au lieu de la réussite utopique de masse ? Nos contemporains ne se rendent pas compte à quel point pareil émiettement, devenu indispensable, correspond aux dispositions du haut Moyen Age: quelques clercs dans leurs forteresse, tandis que les autres se contentent du savoir prodigué par leurs ancêtres, familles ou groupes de familles ?

     

    Mais l'ignorance historique de nos politiciens est proverbiale. Je dois passer d'urgence à Cassiodore, Isidore de Séville, VIe et VIIe siècles. Puis à Jordanès, pour les Goths. Saxo Grammaticus, pour le Danemark (source de Hamlet !) - tous ces noms inconnus à qui je dois restituer la Gloire, tous ceux qui ont tissé le fil rompu, vite, avant de mourir – qu'un homme se soit souvenu d'eux, que cet homme soit moi ! de même, allant chez feu Dorimon, ai-je aperçu les quatre murs de son salon garnis jusqu'au plafond de rayonnages physico-chimiques, sans rien de littéraire, mais éclaircissant tel ou tel point de mécanique quantique. J'entends encore son mépris : «  Le grec et le latin, me jetait-il, ce sont des langues mortes » - anciennes, mon ami, anciennes.

     

    Il m'a toujours plu d'imaginer la mort de Sidoine, dont nous n'avons rien de précis, sur les remparts de sa ville de Clermont : tel Augustin sur ceux d'Hippone, Ovide à Tomès imaginé par Vintila Horia. 66 énigmes à déchiffrer – on m'a offert ça : je ne veux plus m'exercer à rien, juste me laisser aller - ainsi pour cet Apollinaire, Sidoine, que je poursuis de ma froideur. Pas une affinité réciproque, aucune empathie. À qui je n'ai strictement rien à dire malgré nos efforts à tous deux, et qu'il me faut pourtant sans cesse retrouver sur mon chemin. Sidoine Apollinaire et son univers totalement étranger, 1500 ans entre deux hommes. Je n'ai cessé au cours de mes années à moi de lire et de relire ces vieux volumes de carmina, si pleins de redondances métaphoriques, si évidemment imbibés de fatuité, gonflés de fausse importance et de faux talent. Si quis autem carmen prolixias catenus duxerit esse culpandum : voici bien de sa fausse modestie, par imitation de Pline et de tant d'autres – cette façon de s'abaisser juste au moment où l'on se livre aux pires acrobaties de vanité. Je suis en vérité incapable souvent de concevoir du grave, entraîné par cette vague aspirante au reflux du jour - quod epigrammatis excesserit paucitatem. Ces courbettes de fausses vierges, ces pudeurs rougeoyantes issues de la plus pure tradition épistolaire. Fin de page, qui ne donne pas envie de la tourner, précédée de plus par la lèpre des apparats critiques.

     

    ...Une de ces énumérations, de ces enfilades prétendûment spirituelles où gisait le plaisir des lecteurs d'alors, et rien que des poètes ; liquida patet : s'ouvre au liquide ? 1er juillet : dans l'herbe, aire d'autoroute Toulouse-Sud. Anne au bord de l'épuisement complet. Peut-être devrons-nous chercher l'hôtel avant Bordeaux. J'écris donc assis dans l'herbe, au sujet de Sidoine, point d'appui de mon exécration : il est tout ce que je déteste. Il vivait une époque grandiose, l'effondrement de Rome – et se préoccupait de nugas, de sottises. Des sursauts d'héroïsme certes ; mais production livresque au-dessous de tout. Copiage effronté de toutes les pensées païennes, puis pillage immédiat, effronté, de tout le suc chrétien.

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    Attendrissements, pathétismes, facilités. Quelques lignes sur ma vie de contraintes, au rebours de ce que je voulais vraiment : "Suivez vos rêves d'enfant", conseillait Jacques Brel à ses auditeurs, à l'instant de la dédicace : j'ai fait tout le contraire, et je vous emmerde.