Proullaud296

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  • Transistoriana

    TRANSISTORIANA                       
                           
                           
                                J'écoutais les voix de la nuit
                                  une chanteuse arabe criait, criait
                                  voix trouant la nuit
                                Comme une soie qui se déchire
                           Vitraux.JPG     Et modulait sa peine interminable
                                Amour - crieuse frêle - ta vie ta gorge de
                            soie déchirée
                                (mon âme vers toi par-dessus les ondes
                                ton souffle sur mon oreille - Souffle éternel)
                                d'Arabie
                                Voix du Monde
                                Et me voici vingt ans plus tôt
                                Nuits brûlantes indétachables de Tanger
                                Membres écartés l'oreiller au transistor neuf
                                      faisant glisser l'aiguille
                                "I BUDA-PEST" - "OUNA TANGER" - "ICI PEKIN"
                                Voix du monde
                                        Jazz tchèque    informations
                                        incompréhensibles voix si proches
                                (les stations portugaises, espagnoles, celles
                            qu'on entend le plus)
                                         Consolation nocturne des exilés
                                         Disques dédicacés
                                " Y ahora, a continuaciòn de nuestro programa
                            de discos dedicados..."
                        oû al-illah Mohammed
                            oû al-illah Khifa                           

                           Bribes classiques andalûs hachées de fadings
                                Crêtes aiguës, retombées aux trous nets
                            "point zéro"
                                (injections d'avenir anxieux "même l'amour ne
                            pourra me combler")
                                Les voix chères qui s'en vont...
                                    "La solitude, ça n'existe pas"
                                                            proximité nocturne
                                des étouffés
                                    gémissements chuintants de dauphins échoués                                                                                                                                                                                                               des stations mortes
                                Indicatifs désespérément jetés de dix secondes
                            en dix secondes comme un phare en éclats "Human
                            people here... Human people here... We won't die,
                            won't die, won't die, tâ-ti-ti-tâ,
                            tah-tee-tee-tah- - -
                              De quels rêves seront-nous
                            poursuivis dans la mort
                                :    Nous sommes le centre du monde !
                            Serrons-nous, l'extérieur est immense
                                Indicatif en carillon liquide "Ave Maria" de
                            Radio Vatican
                                Je tends l'oreille - Frères, que nous sommes
                            loin
                                Mon antenne d'insecte pivote vers vous
                            L'alphabet morse au chapelet mitraille - - noyaux
                            d'olives
                          Lents endormissements épuisés d'aube
                                Clarté dans la poitrine, puissance, certitude
                            illuminée
                                            Et
                                Les premiers moteurs s'enfoncent en titubant
                            dans la nuit
                                Glissent de l'horizon, me susurrent à
                            l'oreille
                                et s'éloignent dans un bruit de soie qu'on
                            déchire
                                               soie refermée
                                               soie retissée
                                à Valéry
                                à Valéry Larbaud
                                Valéry le soufflé
                                Valéry l'apeuré, Valéry le cireux
                                Valéry Larbaud l'asthmatique
                           
                                    19-05-2023,   3h. 30, nuit

  • Jamais trois sans quatre

     A St-Rupt dans les Vosges vit un fou. Il surgit carabine en main. Il s'appelle Dominique PAZIOLS, tue sa mère, ses frères et ses soeurs. Emprisonné, il étudie Kant et Marivaux. Evadé, il rejoint une ville comme B., port de mer, où chacun se bat pour sa vie, où les maisons s'effondre sous les tirs d'obus, où l'on se tue de rue à rue, comme ça. Dans cette ville de MOTCHE (Moyen-Orient), Georges ou Sidi Jourji, fils de prince et de président, cherche tout seul dans son palais six ou sept hommes chargés de négocier la paix. A ce moment des coups retentissent contre sa porte, une voix crie « Ne laisse plus tuer ton peuple », celui qui frappait détale au coin d'une rue, le coin de la rue s'écroule.

     

    Et c'est ainsi que l'histoire commence, Georges heurte à son tour chez son père : « Kréüz! ouvre-moi! » et le vieux père claqué son volet sur le mur en criant « Je descends  ! prends garde à toi! » Les obus tombent. « Où veux-tu donc aller mon fils ? - Droit devant. - Il est interdit de courir en ligne droite ! » Ils courent. Lorsque Troie fut incendiée, le Prince Enée chargea sur son épaule non sa femme mais son père, Anchise ; son épouse Créuse périt dans les flammes – erepta Creusa / Substitit. Georges saisit son père sur son dos ; bravant la peur, il le transporta d'entre les murs flambants de sa maison.

     

    Ce fut ainsi, l'un portant l'autre, qu'ils entrèrent à l'Hôpital. « Mon père », dit le fils, « reprenons le combat politique. Sous le napalm, ressuscitons les gens de bien. Il est temps qu'à la fin tu voies ce dont je suis capable. » Hélas pensait-il cependant, voici que j'abandonne mon Palais, ses lambris, ses plafonds antisismiques, l'impluvium antique et ses poissons. Plus mes trois cousines, que je doigtais à l'improviste. Les soldats de l'An Mil, poursuivaient-ils, se sont emparés du palais, ou ne tarderont pas à la faire ; et ceux du Feu nous encerclent – même les dépendances ne sont pas à l'abri puis il se dit Mon Père est sous ma dépendance Il montrera sa naïveté de vieillard. Second gisant.JPG

     

     

     

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    Georges avait aussi son propre fils. Coincé entre deux générations. Le fils de Georges sème le trouble au quartier Jabékaa ; il s'obstine à manier le bazooka. « Va retrouver ton fils ! - Mon père, je ne l'ai jamais vu ! j'ai abandonné sa mère, une ouvrière indigne du Palais – une cueilleuse d'olives – père, est-ce toi qui a déclenché cette guerre ?... s'il est vrai que mon fils massacre les civils, je le tuerai de mes mains. A l'arme blanche. »

     

    ...Quant aux bombes, elles ne tombent pas à toute heure. Certains quartiers demeurent tranquilles pendant des mois. Leurs habitants peuvent s'enfuir ; la frontière nord, en particulier, reste mystérieusement calme. Gagner le pays de Bastir! ...le port de Tâf, cerné de roses ! ...pas plus de trente kilomètres... Georges quitte son vieux père. Voici ce qu'il pense : « Au pays de Motché, je ne peux plus haranguer la foule : tous ne pensent qu'à se battre. En temps voulu, je dirai au peuple : voici mon fils, je l'ai désarmé ; je vous le livre. » Il pense que son père, Kréüz, sur son lit, présente une tête de dogue ; avec de gros yeux larmoyants.

     

    Puis, à mi-voix : « S'il était valide, je glisserais comme une anguille entre les chefs de factions ; je déjouerais tous les pièges. Avant de sortir du Palais, mon père s'essuyait les pieds. C'était pour ne rien emporter au dehors. » Le Palais s'étend tout en longueur. Des pièces en enfilade, chacune a trois portes : deux pour les chambres contiguës, la troisième sur le couloir qui les dessert. Chacune a deux fenêtres, comme deux yeux étroits juste sous le plafond. Georges évite les femmes: il emprunte le corridor, coupé lui aussi de portes à intervalles réguliers dans le sens de la marche afin de rompre la perspective.

     

    Au bout de cette galerie s'ouvre une salle d'accueil, très claire, puis tout reprend vers le nord-ouest, à angle droit : le palais affecte la forme d'un grand L . Cet angle défend contre les fantassins ; grâce à Dieu, aucune faction n'est assez riche pour se procurer des avions. Cependant chaque terrasse porte une coupole pivotante. « Dans les tribus sableuses d'alentour, on nous considère avec méfiance : faut-il attaquer le palais, s'y réfugier ? ...nous n'avons rien à piller – personne ne découvrira les cryptes – et mon père, Kréüz – a fait évacuer presque toutes les femmes... Je reviendrai, ajoute Georges, quand l'eau sera purgée de tout son sable... » Ou : « ...quand les brèches seront colmatées. »

     

     

     

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    A Motché, attaques et contre-attaques se succèdent sans répit. Il faudrait imprimer un plan de la ville par jour. Georges peine à retrouver son propre fils : «Ma mission prend une tournure confuse ; Kréüz m'a dit « Tu n'as rien à perdre » - je ne suis pas de cet avis. » Georges consulte les Tables de Symboles : cheval, chien , croix ; la Baleine, le quatre, le cinq; le Chandelier; le cercle et le serpent. « Il me faut un cheval, pense Georges, pour porter les messages et annoncer les victoires. Pour fuir. Pour libérer. Fuir et libérer.» Georges lance les dés : « Voici les parties de mon corps qu'il me faut sacrifier : la Tête, Moulay Slimane, Gouverneur du pays, assiégé dans son palais (« Ksar es Soukh », dont le nôtre est la fidèle réplique ; pourtant cet homme ne règne que sur quatre (4) rues. ) ; le Bras : Kaleb Yahcine, qui tient l'Est ( le désarmer, ou l'utiliser à son insu) ; la Main, qui désigne ou donne : El Ahrid. Le Sexe ou Jeanne la Chrétienne, enclavée de Baroud à Julieh ; elle ne rendra pas les armes si je ne la séduis.

     

    Le Coeur battra pour Hécirah, forte de son peuple opprimé : chacun de ses héros se coud un cœur sur les guenilles. Tous portent le treillis, et souffrent de la faim. (Position : le Sud) ; l'Œil est celui d'Ishmoun, c'est à lui qu'il en faut référer ; quand à ma Langue, puisse-t-elle peler de toute mon éloquence. »

  • On reprend tout, et on recommence

     

    Disons, si j'ai bien compris, que Viviane Forrester nous invite à ne plus nous en sentir déshonorés. Mais alors, il faudrait que nous ayons une allocation de subsistance, disons d'existence : tout être humain vivant aurait de ce fait droit à une pension, je dirais même d'indemnité, car ce n'est pas marrant d'être vivant puisqu'on doit crever.

     

    Elle nous invite en somme à une reconversion des esprits, analogue à l'esprit soixante-huitard - nous y revoilà : on l'accuse aussi de cela, le "soixante-huitardisme dépassé" - qu'est-ce que c'est que ces idées qu'on dit "dépassées", mais qui n'en finissent pas de remonter à la surface ?

     

    Moi je ne m'y connais pas en affaires, mais en éducation nationale. Or il se trouve que j'ai perçu avec un grand grincement de dents, et de façon bien plus palpable, les contradictions de Viviane Forrester au sujet de cette noble institution.

     

    En effet, elle déplore à la fois qu'une partie importantissime de la populatin dite scolaire refuse les bienfaits de la culture bourgeoise embrigadante et amie de l'ordre - c'est un peu vrai - et aussi qu'il ne soit plus possible de transmettre les valeurs et l'héritage de notre culture classique par exemple.

     

    Mais il faudrait savoir : ou bien on transforme les cours en initiation au karaoké ou au VTT comme nous y incitera bientôt notre suave ex-ministre M. Allègre, ou bien ou réaxe l'école sur la transmission de ce que j'appelle les savoirs réels, c'est-à-dire Mozart, Corneille et Léon Blum - parfaitement.

    Sous la table, sur la chaise.JPG

     

     

    Mais on ne peut pas vouloir les deux à la fois. Et là, j'ai grincé : parce que de toute façon -c'est devenu une habitude - les profs ont tort : s'ils transmettent Molière, ils sont bourgeois et dégoutent les jeunes beurs en planche à roulettes ; et s'il font du karaoké, ils balancent la culture ancestrale. Ils ont tort, vous dis-je, ils ont tort. Et sans doute les hommes d'affaires ont-ils eux aussi tiqué puissamment devant des élucubrations de raisonnement aussi absurdes dans leur matière.

     

    Cependant, on ne peut nier que Viviane Forrester n'ait mis le doigt sur des mensonges flagrants, colportés encore par Chirac et toute la clique : premièrement, aller dire que la France va à sa ruine m'a semblé une inexactitude calomnieuse:ce sont les patrons qui s'appauvriraient éventuellement, pas la France. Parce que si la France et ruinée, tas de cagots, qu'en sera-t-il donc de l'Albanie, je vous le demande ? et les deux Congos ?

     

    Deuxième affirmation qui me ferait boyauter si j'avais encore envie de rire : "Les entreprises créent des emplois" ! Où est-ce que tu as vu cela, Chichi ? ¨Parfois je me désole de passer à la Clef des Ondes, où je m'adresse à des convaincus en un seul mot, et j'aimerais être l'éditorialiste du Figaro, pour faire roter les bourgeoises de travers, ça leur remettrait le stérilet en place.

     

    Les entreprises font des bénéfices, engrangent les subventions à tant par camion, n'est-ce pas Nicole ? Notat, pour les attardés. Et plus elles font de bénéfices, plus elles licencient, afin d'augmenter leurs bénéfices ! Tout le monde sait cela maintenant ! Je vais même vous en dire une bien bonne : faisons comme à Athènes au Vè s. avant J.C. ; supprimons les salaires. Ca ira beaucoup mieux. Viviane Forrester nous le suggèrerait bien.

     

    En effet : qu'est-ce que c'est que ces ouvriers qui se plaignent de gagner insuffisamment ? Quoi ! les ingrats ! on leur donne une dignité, le travail ; une dimension humaine, une raison de vivre, et ils voudraient en plus un salaire ? Alors que les deux tiers du monde crèvent de misère ? Salopards, va! Les salaires, c'est pour ceux qui travaillent, qui prennent des risques, les "forces vives de la nation", qui s'empressent de faire travailler le burnous ou le gnaquoué à l'autre bout de la planète ou de planquer son argent en Suisse.

     

    Voilà des patriotes ! et non pas les ouvriers, d'origine polonaise ou pire. Les patrons, c'et ceux qui se présentent en costume cravate en face des camionneurs en cols roulés. Sans eux, l'entreprise n'existerait pas. C'est donc à eux de toucher le bénéfice. C'est comme le fils du mec cité plus haut : sans son père, il n'existerait pas ! eh bien, je propose qu'on lui limite le salaire à 400 euros, à ce petit salopiaud de 31 ans, tant que son père est encore vivant !

     

    Bien fait pour sa gueule ! c'est le père, c'est le patron, c'est le chef, qui doit gagner l'argent ! Et puis tant qu'on y est, nous dit Viviane Forrester dès les premières pages de son livre, supprimons carrément les pauvres. Pas en faisant une guerre, on n'en est plus là, mais en les réduisant à quia et en les empêchant de se reproduire, comme naguère dans les pays scandinaves. Et là, elle charrie.

     

    Elle charrie, parce qu'elle s'adresse à des gens qui ne peuvent pas la comprendre : en effet, elle fait de la littérature, et c'est là qu'elle est la plus faible. En effet, comment voulez-vous que des décideurs comprennent quoi que ce soit à la littérature ? Ils vont la renvoyer, Viviane, à ses métaphores. Ils ne la liront pas plus loin que les trente premières pages, parce qu'il y a du style, ça ne fait pas sérieux, ces gens-là ne lisent que des statistiques et des cours de la bourse, alors les paragraphes bien ordonnés, les énumérations, les images... Foutaises !