Proullaud296

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  • L'arrière-cuisine

     

    Je veux m'introduire, me glisser, frayer ma voie dans une famille, à seule fin de sauver une femme. Il me faut pour cela feindre l'amour, le composer, voire l'éprouver. Le jeu consiste en ces chapitres à combiner deux projets illustratifs, ce que la comédie antique appelait « contamination » : ainsi Térence assemblait-il deux pièces de Ménandre ; ainsi, d'une autre manière, Vintila Horia superposa – t - il la relégation de Thomas et l'inhumaine incarcération de Boèce en 525. Sans véritablement tirer de larmes ni infliger le rire, Je devrais alors potasser la chronologie. Onufrio = mec de Véra. Dodo-Béryl, ce serait moi.

     

    L'inconnu d'Auteuil.JPGLydie, mélange de Lucinda et d'Amandine Noinin. Rappeler les épisodes de son enfance, mais que ce soit du passé. Lydie aura donc 16 ou 17 ans.

     

    Maintenir l'étagement des trois générations de femelles.

     

    Patch sera infirmière comme Vanessa, et sera pourvue du caractère de Patch, avec les inflexions bipolaires de Vanessa, vers l'effacement. Pas de mec fixe pour Vanessa. insupportable. VERA ET ONUFRIO SONT UN COUPLE TORTUREUR. PATCH/VANESSA LE COUPLE VICTIME. LYDIE/NADINE SERA SEULE, avec un jeune homme qui tourne autour, plus absent qu'autre chose. VANINA/MACHA sont un seul personnage, faible, tantôt catatonique tantôt hypernerveux. Le trio est VERA-LYDIE-PATCH. Et moi, folâtre et inconsistant, je naviguerais entre Patch et Lydie. Nous parlerons volontiers du trio F.T.B., en tant que référence.

     

    ESSAYER une ébauche de plan ou du moins de succession avant de recoudre maladroitement les morceaux. La fin doit être ce que l'on connaît d'abord. La meilleure que je connaisse est l'éclatement et la dispersion. La diaspora.

     

    1. ONUFRIO ET VERA font connaissance lorsque ce dernier joue sur une scène et chante à la guitare. Facile à mettre en place. Onufrio doit être argentin et non chilien.

    2. Il vient chez elle où se trouve déjà Vanessa - Patch 13 ou 14 ans. Et déjà ça le tenterait bien de faire coup double à travers les générations. Penser à Patch adolescente, très idéaliste, sauvage, revêche.

    3. VERA s'aperçoit qu'à son retour d'une tournée parisienne (la faire plus avancée en grade qu'elle ne fut) (Onufrio l'accueille vertement parce que le voisinage l'a vue revenir à bord d'une somptueuse voiture conduite par Félix-Denis) sa fille Vanessa – Patch est en cloque, et le choc est terrible. Eviter le mélodrame narratif. Penser toutefois à la conduite innommable de Gondaut avec Patch avortée de frais.

    4. Saut dans le temps : Lydie-Camira-Nadine, fille de Vanessa-Patch et d'Onufrio, a désormais 17 ou 18 ans, avec déjà tout un passé de brimades. Onufrio est parti, idéalisé par toutes. Lydie me raconte ses brimades, parmi lesquelles l'abandon de Nadine par son père Félix. Cela ressemblera également aux boniments de Patch sur BCG prétendu violent et cocaïnomane. BCG serait F., penser aussi à Dodo d'Evry.

     

    Et c'est dans ces structures familiales incestuelles que j'ai envie de m'immiscer, pour les démolir à mon profit. Ma femme serait Annie éternelle malade évanescente. Et je drague aux trois étages. D'ailleurs ces femmes occupent chacune un minuscule appartement par étage, la plus âgée en haut.

     

    GVÊREET HANIM

     

    Gvêréét Hanem, indienne. Sourire à la Gauguin. Son porte-clé est une tête de Ganesha, de faux argent. Sa sœur a épousé un Paki. Son amie est Jurassienne. Elle aime bien que son fils ait rompu avec son premier flirt, qui lui a fait savoir qu'elle ne devait pas parler à une Indienne ; depuis, ils se sont réconciliés. Moi aussi je suis raciste, mais je ne le manifeste pas dans mes actes. Sauf dans ma gêne avec Hamed l'ingénieur. Que je trouve répugnant de douceur. GH possède une fille blonde, qu'elle a eue d'un Normand ou d'un Percheron.

     

    Il porte le prénom juif de Dan, passé de mode : nul ne sait plus que c'est un prénom juif. Je le vois rougeaud, rouquin, vulgaire et ventru. Je ne l'aime pas, car il est le mari de GH., qui le supporte depuis plus de vingt ans. Cocaïnomane intermittent. Il a succédé à Gondaut de la Sécurité Sociale. Gvêréétm'est présentée par mon meilleur ami d'antan, blond squelettique ; il mène campagne à Tranchez, pour la députation : cette ville, vous le savez, constitue l'horizon de mon âme. Le blond sur la toile se fait journellement incendier par un nommé “Dan”, de même prénom que l'autre. Cet autre Dan et Gvêréét en savent beaucoup plus qu'ils n'en laissent paraître ; je vous renvoie au « Blog National” - que le vent de la Dordogne les emporte et les envoie se faire foutre. Eux et leurs convictions ; il a connu Gvêréét, j'en suis convaincu, bibliquement parlant ; la seule répulsive évocation d'un membre court et râblé me dispense d'en dire davantage. Il s'est trouvé que Gvêréét, désireuse de s'affranchir de l'esclavage des garagistes, a voulu s'instuire en mécanique automobile, à l'instar des élites gouvernantes autoproclamées.

     

    A 30 dollars le cours le tarif l'indispose, mais elle consent à ce sacrifice. Après accord téléphonique, l'ami blond me conduit par les raccourcis, me présente à Gvêréét, si bien qu'aux soins grossiers que l'on prend de tout cacher, j'ai deviné sans peine leur liaison passée toujours niée avec une pathétique persévérance : ainsi, dans le film « Z », Trintignant, juge d'instruction, fait-il répéter «bondir comme un tigre» à ses témoins, s'ébahissant ; les autres d'en rajouter, flattés de si bien décrire, se rengorgent, en rajoutent et miment, tandis que le magistrat, feignant l'admiration, découvre en jubilant que tous ces hauts gradés, couverts de galons et de serments solennels, répétent à l'envi le cliché, qui précisément démontre l'appris par cœur, au mot près : « comme un tigre »

     

  • BHL, cherchez les coquilles

    Si tu nous faisais lire le texte ? En voici en voilà, pour que tu juges, indocile auditeur, de la valeur d'un style, car tout ceci est aussi de la littérature. Nous commençons par la page 47 de chez Grasset, puis nous poursuivrons par les multiples de 47, car toutes les méthodes se valent. P. 47 :

                "Impossible, bien entendu, d'avoir un mot d'explication."  

                Court extrait d'un "Journal de Mathilde", mère du héros. Le livre navigue ainsi d'un point de vue à l'autre de la mère au fils au beau-père au manipulateur. C'est du grand art. Mathilde est une petite cruche mariée à un collabo. Ça fait mal de le découvrir. P. 94 :

                "On devine l'effet sur la salle... La température qui remonte d'un seul coup. Les jurés qui "sortent de leur torpeur. "

                            Eh oui ! Le collabo se fait juger, un témoin juif rescapé vient dire que c'est lui, là, dans le box, qui l'a fait déporter ! P. 141 :

                "Ça peut vous paraître bizarre et c'est peut-être bien, après tout, une autre de nos erreurs. "Mais le fait est, c'est vrai, qu'on n'y est plus du tout revenu et que s'est noué entre lui et nous une "sorte de contrat tacite aux termes duquel le sujet était comme forclos. Pourquoi ?"    

                Chez moi non plus, braves gens, je ne savais jamais pourquoi mes parents se disputaient. Ma mère parlait de "tes conneries pendant la guerre", mais lesquelles ? P. 188 :

                "Yvonne enfin, une très vieille amie de Mathilde, celle-là, qu'il était allé chercher, "traquer,  circonvenir comme un furieux et dont il n'a réussi qu'à briser le cœur et le ménage."

                Car il faut que vous sachiez, Mesdames, que tout héros de roman se doit de tomber les femmes, surtout ici les vieilles rombières, complexe d'Œdipe oblige. Y aurait-iil imitation de Sollers? Perfidie... P. 235 :

                "Que te disais-je, ma chère Constance ? Je n'ai emménagé que depuis trois jours et tu ne peux pas savoir combien je me sens bien déjà, à mon aise, à ma place. Pense donc !"

                Il s'agit ici du journal encore un de la petite Alsacienne provinciale donc sur laquelle notre héros va se jeter dans sa soif de pureté... meurtrière. Elle parle comme une lectrice de Bonnes Soirées. C'est exprès, rassurez-vous bonnes gens. "Le 14 mars" dit-elle p. 282. On ne sait de quelle année. Les roaring sixties, wahrscheinlich. "Le 27 juin", p. 329. P. 376 :

                "Autant les deux premières étaient stylées, cossues, presque bourgeoises, et tout àç ait "inattendues en tout cas, dans un camp de réfugiés, autant celle-ci est vieille et lépreuse à souhait. Elle a quatre étages, en principe. Mais l'un a été pulvérisé par les bombes." 

     

     

                Car notre héros se retrouve chef de faction à Beyrouth. Il faut qu'il passe partout, partout où se joue le sort de la liberté, pour être véritablement exemplaire. C'est un peu long. Mais ce siècle a trouvé long aussi, et continue de trouver long, ces actualités sanglantes qui ne changent pas de puis des décennies. Cette Liberté pour tous qui n'en finit pas d'accoucher, et d'accoucher des monstres. "Est-ce que ça va durer longtemps comme ça, me dis-je ?" - ainsi s'exprime celui qui veille sur notre héros, et qui peut-être le manipule au nom d'intérêts supérieurs et obscurs. Alors l'auteur termine par un grand dégoût de soi-même, un beau mouvement de résipiscence, de retour à soi-même dans le repentir, juste avant suicide, suicide d'un temps tout entier.

                Le héros n'a plus pour se raccrocher que des pans d'enfance et d'adolescence. C'est du Camus, moins Camus. C'est vache ce que je dis là. Mais lisez quand même Le Diable en tête, de Bernard-Henri Lévy. P. 473:

                "C'était le temps où les mannequins s'appelaient toutes Bettina, cherchaient des maris "américains, avaient le même indéfinissable accent aux sonorités vaguement anglo-saxonnes et "commençaient d'inventer cette singulière démarche, mi-vive mi-paresseuse, pleine de morgue en "même temps que de sensualité, dont elles ne se sont, depuis, plus départies."

                Quelque part entre Cartano et Aragon. Vache...

  • Décidément, ça ne vous inspire pas beaucoup, mon Fumaroli...

     

    Reprenons le texte de Fumaroli, Paris-New York et retour, puisqu'aussi bien, à parler clair avec et sans majuscule, les Américains se sont emparés des merdes modernistes parisiennes pour les réexporter vers nous autres : "Questions de mœurs et de manières allant au cœur du problème posé par l'ascension de la puissance commerciale et industrielle des Etats-Unis. Henry James renonça à la citoyenneté américaine en 1915, protestant prématurément contre la neutralité de son pays dans la guerre que la France et l'Angleterre livraient à l'Allemagne et à l'Autriche.

     

    Un autre Bostonien de ses amis, Henry Adams, dans les mêmes années, aura été le témoin encore plus anxieux de la métamorphose des Etats-Unis en un géant industriel et militaire dont l'exception appelle l'expansion, et dont l'énergie formidable n'est plus contrôlée par la prudence des derniers héritiers directs des Pères fondateurs d'une république fédérale de philosophes et de fermiers."

     

    Signaler tout de même aux américanophobes primaires que nos pays se sont livrés avec les Etats-Unis à une partie d'influences réciproques assez ping-pongique, et que nous nous sommes largement corrompus mutuellement ; c'est pourquoi nous ne dirons pas, pour notre part, "l'Amérique", mais "l'Occident", dont nous sommes largement, nous autres petits Français innocents comme le crocodile qui vient de naître, partie plus que prenante. Et revenons à Fumaroli

     

    :

     

    "4. Henry Adams, la Vierge et la Dynamo

     

     

     

    La guerre de Sécession gagnée par le Nord, suivie d'une montée en puissance presque sauvage de la démographie, de l'économie, de la richesse et de l'ambition nationale américaines, ne fit pas dévier les Etats-Unis de leur tradition officielle, classique-protestante, sauf que maintenant les architectes américains, formés à l'historicisme de l'Ecole parisienne des Beaux-Arts, apprirent à adapter le néo-gothique de Viollet-le-Duc, le néo-baroque de Charles-Garnier et encore, entre 1918 et 1940, l'Art Déco néo-classique, aux besoins des skyscrapers ("gratte-ciel") entassés dans l'île étroite de Manhattan, mais aussi des bâtiments industriels et bancaires et des demeures fabuleuses érigées ailleurs à la mesure d'un mammouth économique en pleine croissance. C'est dans la foulée de cet "Âge doré" de 1870-1880 que, contemporains des grands amuseurs publics P.T. Barnum et Willliam Cody (alias Buffalo Bill), les tycoons (alias hommes d'affaires) Pierpont Morgan et autres Henry C. Frick, prenant pour modèles les banquiers florentins de la Renaissance et les Fermiers généraux du XVIIIesiècle français, donnèrent l'exemple à leurs pairs, dans tous les Etats-Unis, d'un collectionnisme avisé et éclectique des trésors d'art et de livres achetés par leurs experts dans toute l'Europe.

    Ciel d'orage et poteaux.JPG

     

     

    "Cet "Âge doré" et non d'or (gilded, et non golden), culmina pendant les mandats présidentiels de William McKinley et de son successeur Theodore Roosevelt, au cours desquels la puissance militaire et l'autorité politique des Etats-Unis, après avoir rompu l'isolement du Japon en 1853, s'imposèrent victorieusement à l'Espagne et même, en 1900, à l'Europe par ses rivalités, lors du siège par les Boxers du quartier des légations étrangères à Pékin. Le président McKinley, natif de l'Ohio, justifia sa décision d'annexion des colonies espagnoles de Porto-Rico et des Philippines par un entretien qu'il avait eu, à la Maison-Blanche, avec Dieu, lequel l'exhorta à prendre cette mesure "afin de civiliser les sauvages" (un Dieu sur mesures, on le voit) "et de christianiser les païens". Il s'était hautement défendu de tels desseins, lorsqu'il avait déclaré la guerre à l'Espagne." La note 1, documentaire, nous dit : "Voir Richard Hamilton, President McKinley and America's New Empire, Rutger's, 2008." La génération des anciens de Harvard, contemporains de cette ascension imprévue de l'Etat fédéral à un rôle providentiel mondial, eut, faute du Pascal ("Blaise...") que Tocqueville avait jugé impossible aux Etats-Unis, son Hamlet : Henry Adams (1838-1918).

     

    "Ce nom ne nous dit rien. Pour nous, les Etats-Unis, entre Jefferson et Franklin Roosevelt, entre Truman et George W.Bush, n'ont pas, ou peu, d'histoire. Ils doivent se contenter d'avoir eu un "problème" noir, des romanciers, un ou deux poètes, des prix Nobel scientifiques à foison, un cinéma, une musique, de la télévision, des chanteurs et des danseurs, du Coca-Cola, des McDo et des Disneyland, ce qui fait déjà beaucoup pour occuper l'imagination. Depuis 1840, on s'en remet à Tocqueville pour "penser" dans l'absolu" (ça s'appelle "concevoir", monsieur Fumaroli) "l'exceptionnalisme de la démocratie américaine.

     

    "Notre américanophobie comme notre américanophilie s'étanchent surtout au Café du commerce." (Bravo, monsieur Fumaroli).