Proullaud296

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • La croisière délire

     

     

    A présent, "Promenade en mer". Je hécris pour la postérité. Je partis seul, nous revînmes quarante. The captain was dubitative : the sea was rough, we would'nt start. Eh bien si. Le groupe de septante papies-mamies se réduisit comme beurre en broche, et je gagnai le pont d'en haut, sûr d'y être moins nauséeux. Certes ! mais de bons paquets de mer en quittant le port. T puis, devant vous de face, ou derrière, des hommes et des femmes tous joyeux, dont un Jean-Marc fleurant bon la vinasse et qui mimait sans cesse de la main le retournement imminent du bateau ; un rigolo, à casquette SNCF, qui avait déjà "fait la croisière". Commentaires futés de fuser tout au long, si bien que je ne pus me dispenser dans émettre d'autres – assez peu, mais assez bons.

     

    Il régnait une "franche camaraderie", les vagues courtes tapaient les culs. Et défilaient à droite, à tribord, falaises et calanques, avec le commentaire du fils du patron, mêlant son discours de guide d'une multitude d' "y" superflus : c'étaient ma foi des rochers qui tombaient tout droits ans la mer, bien pittoresques et tout, dûment bouclés dans ma boîte à photos. "Le Trou du... le Trou du... Diable !" dit le guide, juste sous le Doigt de Dieu, lui aussi en photo, plus le cabanon où fut filmé Alain Delon". Au retour, vent de face ("vent debout"), remontée du col sur les oreilles, buée sur les lunettes – ouf, accostage. Et fin de rédaction. Toute la pente à poster des SMS, à Sonia qui me conseille de pisser contre une cabine transparente – "idée de Maman ! - Je l'emmerde, à pied, à cheval et en voiture !" - Homme libre, toujours tu chériras la mer. Et je n'ai pu trouver A l'est d'Eden, mais une libraire au crâne ras pourtant magnifique, me passe un prospectus des éditions Milan qui porte le slogan Lire nuit gravemen aux idées reçues. De retour chez Coste en haut de la pente, affalé devant un match télévisé.

     

    Celan ? Il est dans le buisson en train d'chier. Double enseignement : 1°, j'ai vécu en me marrant, pas toujours si malheureux que ça. 2, je dois jouer, bouffonner, scapiner : tout le monde s'en aperçoit, mais je ne sais communiquer que de cette façon – sinon gaffe sur gaffe, mise au jour d'un fascisme latent, de mon mépris total pour tous ceux qui ne sont pas mon public. J'en prends acte et mon parti. Quant au (trois) peuple, j'en suis issu, j'y ai vécu, grand-père ouvrier devenu chef de gare, maman fille d'agriculteur devenu contremaître, qui lui, au moins, a fermé sa gueule pendant l'Occupation. Si j'avais toujours vécu dans le peuple et sa fraternité, au lieu de me croire supérieur pour avoir fait des études de même, je n'aurais pas voulu me faire connaître des élites autoproclamées autant que cooptées, mais rien ne dit que j'eusse obtenu l'amour et l'intégration – problème : peut-on rester du peuple après avoir perdu les préjugés du peuple ?

     

    Les mots, cher Celan, sont donc "rassemblés" (zusammengetretene [...]) quand je les avais crus "foulés aux pieds" de treten. Le prof d'allemand m'avait bien dit que le plus difficile, en matière de vocabulaire, c'était l'arbitraire de la spécification : Durchbruch, étymologiquement, signifie bien "irruption", mais dans le sens courant, c'est la diarrhée... Voir aussi comment on dit "la lèpre" ! (der Aussatz). En ce moment j'ai hâte de m'interrompre pour me foot ; simplement, resté peuple, il eût fallu savoir ne pas s'y borner, se lasser d'entendre à toutes les fins de phrases "putain d'enculé de la mort" – mais à 40 ans, mon amie, il est trop tard : il te reste une faiblesse d'esprit qui te fait prendre les élucubrations d'un autodidacte, à mon sujet, pour parole d'Evangile...

     

     

    Du vide dans la maison de poupée.JPG

    Je te reproche d'avoir à mon compte repris les propos de ce traître : "Tu passes partout pour un con" – non, mes amis : chez les "pousse-toi de là que je m'y mette", assurément. Mais ailleurs, non.

     

  • Vers la fin

     Il était une fois un schizophrène. Il exerçait le doux métier de professeur et lassait chacun de ses nombrileries. Il voulait ne jamais quitter l'œuf. Ecrire sans effort, au fil de la plume. Et s'indignait qu'on vînt le lui reprocher. Comment écrire sans souffrir ? Comment oser dresser son flûtiau parmi les grands arrachés des puissants trombones ? Cependant ne va pas succomber au piège de la méthode. Noter successivement n'est pas l'unique salut. Libre à toi de penser qu'un peu de publicité, qu'un peu d'admiration habituelle, transformerait tes manuscrits en belles pages glacées dans quelque manuel de littérature : souviens-toi de la page sur Céline, parce qu'il faut bien décemment, parler de lui ; mais trois pages pour les « poèmes unanimistes » de Jules Romains, normalien, de l'Académie Française ; ainsi se retrouve-t-on étiqueté dans la vaste armoire à confitures de l'Histoire.

     

    Survient soudain le Révolutionnaire, ignorant tout de Proust et de Gide, et qui te fusille pour tiédeur.

     

     

     

    X

     

     

     

    Parfum d'église - Orgue de HaendelPenchée.JPG

     

    Chaque heure mûrit et se gâte. Le fiel du temps perdu. L'absence de souffrance se fait cruellement sentir. Le pain amer de la réflexion se révèle indispensable. Jamais pourtant le niveau de mon soc ne s'abaissera au-dessous de la croûte terrestre. Le soc fixe l'éphémère. L'ennui se déguise en rêve, la musique en pensée, comparaisons comme autant de doryphores, qui vont cheminant, comme, comme...

     

    Laisse couler le fleuve des automobiles où tourne une sirène, le soleil baisse et va t'atteindre derrière la vitre. Une vieille ouvre son sac, objet vague, les humains fuient, reste, isolée, la moleskine.

     

    30 10 2020

     

    Dépayse-moi. Dans le temps et dans l'espace. Laisse couler devant moi le fleuve d'acier où surnage et tourne une sirène bleue. Verse-moi les rythmes et hache mon rêve, et le soleil qui baisse baisse derrière la vitre et va m'atteindre. Une vieille solitaire à sa table sphinx banal ouvre son sac répugnant, chairs supposées molles et moleskine empestée, comment deux êtres qui s'aiment peuvent-ils se retrouverr, petites ailes errantes, tonne, juke-box, mâche ta laine de verre. Ombres passantes ouvrant la porte dont les reflets sans me trouver me cherchent, la musique de joie tout étrangère, à travers des dix et quinze ans, à travers les crachouillis d'un transistor tout contre mon oreille.

     

    Buffet de gare lieu d'avortements de rêves répugnants sitôt qu'approchés, peines d'autrui aux parfums d'asticots dans votre main, moment présent soleil verre acier musique -Suspendu aux projets d'autrui, ne suis-je pas coupable de devancer autrui, d'imposer à l'autre mes projets confus, (...)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • E pericoloso Fumaroli

     

    La lecture d'un autre passage nous aura inspirté les réflexions suivantes : d'une part, cette permanence ironie à l'égard des Etats-Unis, jointe à une parfaite, voire érudite, connaissance de la culture du pays depuis sa fondation. Fumaroli de Pétarochiottes démonte ainsi les mécanismes de l'utilitarisme appuyé sur le bon sens, l'annulation de tout ornement dans la force d'argumentation, réduite ainsi à quelques lieux communs amplement développés, sans rechercher, comme en Europe, le secours de l'éloquence, des analogies, du climat général, qui permet aussi bien de persuader ; il oppose à cela les éloquences fleuries, bourrées de métaphores, destinées à l'auditoire féminin des pasteurs prêcheurs américains, mais dévalorisées par un culte forcené de la virilité pionnière. Seulement, ce fourmillement d'érudition, cette multiplication des carrefours et des synapses, à quoi se reconnaît le véritable connaisseur, empêche de discerner à la fin sur quoi précisément se fonde cette ironie latente, sous-jacente.

     

    A force d'explorer les diverticules jusqu'aux extrémités de leurs tentacules, l'esprit général se dilue et se perd, et le lecteur se demande finalement à qui se destine ce fin poison de ricanement partout répandu. Notre époque a le goût du gros, du coup de cymbales, de la vaste charge de cavalerie qui détruit tout sous les arguments massues. Privilégiant comme il le dit si bien le coup barnumnique efficace dans l'immédiat et le superficiel, qu'on oublie aussitôt, à ce long poison des venins florentins, bien plus rongeurs sur le long terme, qu'il applique lui-même en ses écrits. De cette tendance américaine acclimatée en Europe découlent ces scandales d'art contemporain, qui se chassent l'un l'autre (le Christ en croix dans la pisse, la croix gammée sur l'étoile israélienne et autres joyeusetés de bon goût), et ne parviennent pas à s'enraciner dans la conscience profonde du spectateur ou de l'amateur d'art, puisque les exposition sont devenues des spectacles, comme les messes des mouvements pentecôtistes et autres.

     

    Bref, Marc Fumaroli, de l'Académie française, attaque la superficialité violente contemporaine et américaine des arts et de tous les moyens de communication, y compris la télévision, mais avec des armes à l'ancienne, dont l'efficacité se trouve émoussée, un peu comme ces cavaliers polonais qui chargeaient les chars nazis à grands coups de lances. Toutes proportions gardées. C'est passionnant, mais trop subtil, pas assez combatif, pas assez primaire, pas assez crétin. Question : faut-il jurer comme un charretier pour démolir les assises de l'Empire ? La violence est-elle efficace contre la violence ? et autres billevesées. Nous évoquons à présent le point particulier de New York en 1913, dont nous dépendons encore actuellement (il s'agit de l'importation de l'art européen contemporain, afin de l'incorporer, comme un butin, à l'escarcelle dévoratrice du modernisme américain) :

     

     

    Des trucs bizarres.JPG

    "En 1905, le grand romancier Henry James, issu d'une ancienne famille de Boston, frère cadet du célèbre psychologue William James et installé en Europe depuis 1875, avait publié The American Scene, journal de son récent voyage du nord au sud des Etats-Unis. Ses romans et ses nouvelles ont souvent comme sujet le dialogue difficile, mais en définitive fécond, entre la jeune "innocence" américaine traversant l'Atlantique et l'attrayant mélange de corruption morale et de raffinement esthétique qui caractérise l'ancienne Europe. Dans son journal de voyage aux Etats-Unis, le romancier ne cache pas ses réserves devant l'Amérique nouvelle qu'il vient de découvrir après trente ans d'absence. Nouveau Rip van Winkle, il est stupéfait par le changement de taille des villes et par la puissante musculature de la nation inconnue qui se dresse devant lui. Mais c'est dans le Sud, heureusement débarrassée de ses planteurs esclavagistes, en Floride, qu'il observe avec le plus d'effroi la nombreuse catégorie d'hommes, celle du voyageur de commerce, qui occupe avec empire le premier plan du paysage social et se comporte azvec la truculence cynique de barbares maîtres du terrain :

     

    "Quelles réciprocités pouvaient-ils bien appliquer, dit-il, quelles attentes pouvaient-ils bien susciter ? Que pouvait-il se passer, inconcevablement, quand de tels Grecs rencontraient des Grecs du même genre, quand de telles faces rencontraient des faces du même genre, et que de tels grognements, en particulier, s'échangeaient avec d'autres grognements de même sonorité ? Avec quelles femmes pouvaient-ils vivre, et quelles femmes, vivant avec eux, avaient pu les laisser tels qu'ils étaient ? Quelles épouses, quelles filles, quelles sœurs, rendaient-ils, au bout du compte, crédibles ? (conformes aux préjugés d'époque sur les femmes, Sir Henry ?) Et quels étaient le langage, les manières, la diète ordinaire (entendez le régime alimentaire), quel pouvait être le monstrueux déjeuner du matin de dames recevant, de telles mains, la loi ou la licence de vivre ?" Amusant, n'est-ce pas ? Note 1 : "Henry James, The American Scene, New York, Scribner's, 1946, ch. XIV, p. 426".