Proullaud296

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  • Ca commence comme ça

     

    Un autre distinguo s'effectuera également : les cérémonies et fêtes privées, mariages sanctionnés et sanctifiés par la religion, baptêmes, circoncisions et communions, interviennent bien entendu de façon tout à fait particulière (voire inattendue pour des funérailles, conçues dans certaines communautés comme de véritables fêtes) ; mais il semble difficile et peu souhaitable, pour ne pas dire impossible, de célébrer l'une de ces fêtes en même temps qu'une réjouissance officielle. C'est ainsi par exemple que les noces ne peuvent se célébrer, pour les juifs, entre la Pâque et Souccoth (fête des Cabanes), “par suite de l'interdiction de confondre deux occasions différentes de joie, celle de la fête et celle du mariage”. En France catholique, la coutume est de ne pas célébrer de cérémonies familiales un jour de fête ni même un simple dimanche ; il s'agit là du maillage, de la scansion d'une vie individuelle, irrégulièrement superposés à ceux de la vie communautaire.

     

     

     

    RESPECT DE L'ORDRE CHRONOLOGIQUE

     

     

    C'est ma cabane.JPG

    Nous traiterons donc des fêtes religieuses publiques, par ordre chronologique d'apparition des religions, même si d'aucuns affirment qu'Adam fut déjà un parfait musulman ou un parfait juif (n'est-il pas de bonne guerre que chacun s'estime le premier sur la place ? certains chrétiens ne se figurent-ils pas que tous les dogmes remontent à l'Evangile selon Jésus-Christ, ainsi que le moindre rite de tous les sacrements, alors même qu'on leur démontrerait cent fois que tout cela ne s'est élaboré qu'au fil des conciles et des décisions papales, voire impériales ? )

     

    Chaque fête recevra donc une définition, la plus succincte possible ; puis nous établirons sa date, ses références historiques ; nous évoquerons les rites et liturgies qui les accompagnent ; les coutumes et réjouissances, publiques et privées, dont elles sont soulignées ; enfin leur signification mystique, dans la mesure où les sources religieuses des trois grandes confessions monothéistes occidentales, juive, chrétienne et musulmane, nous en aurons instruit.

     

    LES FETES JUIVES

     

     

    GENERALITES

     

    Les fêtes juives comprennent des fêtes de pélerinage, que les fidèles devaient accomplir au Temple de Jérusalem afin d'y apporter leurs offrandes ; ce sont Pessah (“la Pâque”), Chavouoth (“fête des moissons”) et Souccoth (“fête des cabanes” ou “des tabernacles”). Ce pèlerinage cessa d'être obligatoire après la destruction du second temple en 63 de l'ère chrétienne (ou “ère commune”). Il s'agissait vraisemblablement de la célébration de rites agricoles, auxquels la religion substitua sa marque indélébile. Les autres fêtes sont Roch Hachana (“tête de l'année” ou jour de l'an), Yom Kippour (“jour du grand pardon”) et Hanouccah (“fête des lumières”).

     

    Nous y ajouterons “Pourim”, qui concerne plus particulièrement les enfants avec ses cadeaux et ses déguisements. Chacune de nos rubriques s'ouvrira donc sur des questions de datation, et les évènements historiques ayant inauguré leur établissement, puis nous rendrons compte des rites et des coutumes qui s'y attachent, comme nous l'avons dit précédemment ; mais il manquerait l'essentiel à nos chapitres si nous ne nous efforcions pas de déterminer, à partir des meilleures sources, l'esprit qui préside à ces fêtes et les significations profondes, métaphysiques et personnelles, dont on ne saurait les détacher sans en dénaturer le sens.

     

  • Lorraine, ne varietur...

     

    LORRAINE

     

     

    Le sachem en son bordel.JPG

    Le deux novembre 1895, Jour des Morts, Péguy visita Domremy et Vaucouleurs. Je fus jadis enthousiasmé à la lecture de La Colline Inspirée de Barrès. Le Culte du Moi en revanche, me communiqua de tels engourdissements que je me suis surpris bien des fois à somnoler, suivant des yeux des lignes successives entières en sommeillant - que de fadeurs, que d'insignifiances ! ...Barrès, voulant tutoyer l'Eternité, s'ancre et se vautre dans le daté. Comme Joseph de Pesquidoux, autre vaste oublié, celui-là Gascon. Les trois jours que j'ai passés dans ma seizième année au bord de la Meuse - suffirent à me conforter dans l'idée du racisme des Lorrains - "on ne sait jamais avec ces gens-là [les Africains]" - voire de leur indécrottable et criminelle sottise : ma cousine violée dans le foin, ce fut son père qui fut proprement ostracisée à Lacroix-sur-Meuse - "Quand on a une fille, on la tient". C'est ainsi que me laissent froids tous les enracinements, tous les “Blut und Boden” (“Sang et Sol”) et les "Adieux de Jehanne à la Meuse", malgré ses ensorcelantes finales endormeuses, avant de prendre la route du bûcher.

     

     

     

     

     

    Les adieux à la Meuse (suite)

     

    "Adieu , Meuse endormeuse et douce à mon enfance...

     

    O Meuse inépuisable et que j'avais aimée...

     

    Meuse qui ne sais rien de la souffrance humaine...

     

    O Meuse inaltérable, ô Meuse que j'aimais..." - sont à placer à côté des plus pures lamentations de jeunes filles sacrifiées, de la fille de Jephté, d'Iphigénie, fille d'Agamemnon, d'Antigone, fille maudite d'Edipe (je tiens à cette orthographe), à la lumière, tant il est vrai que par l'inépuisable approfondissement du terroir l'Autochtone parvient, par cette "racination", dit Péguy, (faut-il lire "ratiocination" ? ) - à l'Universel. (Une classe de Viennois, sollicitée, s'abstint hautainement de tout commentaire - jusqu'à ce que j'eusse rencontré, plusieurs années plus tard, le substantif "Möse", prononcez "Meuse", désignant le sexe féminin - avez-vous observé combien l'agglomération bordelaise s'étend désormais très exactement autour de son cimetière?) - sans intention grivoise, ni médicale ; tout simplement, c'est le nom que porte en allemand le sexe de la femme. Impossible, impensable de parler de cela dans la langue française, sans un réprimer quelque rictus. Il existe un mot allemand, qui permet d'appeler le corps par son nom.

     

     

     

    Il faut un jour (justement) quitter la matrice.

     

    L'enracinement, le ressassement, le repassage incessant au sein de ces mêmes artères bordelaises ou lorraines, voies de passages et d'obstructions, bords de Meuse ou labyrinthe bordelais – constitue pour moi et pour bien d'autres le pire des étouffements, le pire crime. Rester, s'enraciner, demeurer, est un crime. Contre l'esprit. “Péril en la demeure” ne signifie pas “dans la maison”, mais dans le fait de demeurer. Ceux qui demeurent, et se bourrent de leur propre glèbe, de leur propre terroir, de leur sale terre, jusqu'à en crever, qu'ils y crèvent. Il n'est pas vrai que l'on choisisse les situations où l'on s'est empêtré.

     

    Où l'on s'est trouvé empêtré. Choix implique adhésion. Implique sincérité, joie, élan. On ne choisit pas par défaut. On ne choisit pas par inertie. On ne choisit pas “faute de mieux”. Je n'ai pas choisi. N'en déplaise à Sartre. Je me revois errer des années durant au long des mêmes voies, je vois des foules de moi-mêmes serrés à n'y pouvoir déambuler couler comme des flots de lave morte dans tous les quartiers de cette ville – n'a-t-il donc servi à rien d'avoir vécu, vieilli, mûri, d'avoir, dit-on, "évolué" ? Pure et simple intransmissibilité, pure imperméabilité, anosmose, avec ceux qui sont nés dans des coquilles de moules adhérentes. “Ceux qui sont nés quelque part” nargués par Brassens, et qui veulent faitre croire que le “crottin de leurs chevaux sent bien mieux que le crottin d'en face”.

     

    J'ai rué une fois, une seule petite fois, dans les brancards, je me suis exilé, je nous ai exilés, nous sommes à présent revenus pour toujours, pour le toujours de nos jours terrestres, quoique les morts parfois soient enterrés sous forme de fœtus, mais cela ne console point, ne me consolera jamais. Péguy fut sédentaire. Il ne sortit jamais, que je sache, de France – n'allant jamais plus loin qu'Orange, une seule fois, pour entendre de l'Eschyle (et à Sanary, je crois) - c'est ainsi que tous les lieux de Péguy peuvent s'interchanger ("Orléans, qui êtes au pays de Loire"; Domrémy, la Meuse, Notre-Dame de Paris, Chartres et la Beauce, Notre-Dame de Cléry, Vendôme, Vendôme)) - tous les lieux chez Péguy sont une synecdoque du lieu, tout renvoie à la terre, à Jehanne, à la France, à l'amour terrien - “la partie pour le tout”, ce qu'on appelle donc une synecdoque (“Figure de rhétorique consistant à prendre le plus pour le moins, la matière pour l'objet, l'espèce pour le genre, la partie pour le tout, le singulier pour le pluriel... ou inversement - “les mortels” pour “les hommes”, “un fer” pour “une épée”, “une voile” pour “un navire”.)

     

  • Quelques phrases d'Elie Faure

     

    Hélas : le XXe siècle vient tout casser, et notre enfant au large front, c'est d'Elie que je parle, se surpasse en enthousiasme inquiet pour affirmer, la voix trop forte, que toutes ces convulsions universelles ne sont que le prélude à une gigantesque gestation de l'art. En 1993 (2040 nouveau style) nous voyons où nous en sommes, l'art n'est plus que la distance que nous décidons de mettre entre l'œil et l'objet, fût-ce une crotte de chien sur un trottoir. Ô long dévoiement de 70 années ! Mais Elie Faure reste, petit garçon blotti en tailleur jambes nues au bas de la photo de famille, et dont le large front de huit ans illumine le troupeau, s'il est vrai qu'Elisée Reclus le domine. Parcourir l'ouvrage équivaut à une redoutable indigestion de siècles. Et pourtant l' “Histoire de l'Art” d'Elie Faure soulage, car il hiérarchise. L'art doit être cela : grandeur, équilibre, “que la partie corresponde au tout”, élévation morale et religieuse, conformité à l'apogée de son époque, musique et littérature aussi, puis maints autres critères dont le moindre n'est pas un subtil recours au dérangement dans le conformisme. Déranger avec goût. Détruire à condition de trouver Dieu ou la Mort, de trouver l'abîme humain. Il est bien oublié, Elie Faure non plus ne fait plus le poids devant Mac Do, mais est-il vraiment nécessaire de prendre les hommes et soi pour des imbéciles ?

     

    Elie Faure pourrait, comme Dieu, revenir. Extraits - p. 47, phrase un :

     

    “C'est la vie, dans son mouvement prodigieux où la matière et l'esprit se mélangent sans qu'il songe à les désunir, qui allume en lui l'étincelle et dirige sa main.” Problème de l'esprit et de la matière. Dépassé. Tiens, mon œil !

     

     

     

    P. 94 : “Sans interruption ses formes se continuent. Comme des végétations pacifiques elles sortent de terre, et dans l'air dont elles vivent, unissent leurs rameaux et mêlent leurs frondaisons” - l'art expression de la nature. Dépassé. Mon œil. Retour à la nature actuel. Oui, la tache et le carré, la merde, sont dans la nature. Mais ras le bol. A bas Motherwell.

     

     

     

    P. 141 phrase 3 : “Rome n'avait aucun autre besoin moral que de proclamer sa gloire extérieure, et tout monument y suffisait, pourvu qu'il fût décoré du nom de tempel, d'arc de triomphe, de rostre ou de trophée” - peut-être, oui. Belle tentation de croire Elie Faure pour les peuples disparus où nous avons toute liberté de fantasme...

     

     

     

    P. 188 phrase 4 : “Là où il est, il a la force de celui qui sait peu, mais est certain de ce qu'il sait” : toujours le coup de patte au chinois !

     

     

     

    Moi, allongé.JPG

    P. 235 phrase 5 : “Comment en pas reconnaître, dans les formes qui les décorent, toujours violentes certes, meurtrières, rouges de sang, contorsionnées en attitudes infernales, mais manifestant déjà une opiniâtre volonté d'équilibre et de rythme architectural, l'influence dominatrice des paysages majestueux où se déroulait l'action des Maoris et de l'effort qu'ils fournissaient pour maintenir cette action ?” - sur les Tropiques, considérés comme un éternel Moyen Age. On plaque les catégoreis occidentales, d'évolution en particulier, et en avant ! La grande catégorie occidentale est l'inscription dans le temps, dans le progrès. Je ne peux pas renoncer à cet espoir-là, même périlleux.

     

     

     

    P. 282 phrase 6 : “Dans le brouillard ou le soleil, le monde des images peintes fait participer les façades, de la base sévère à l'emportement des tours, au mouvement des rues noires où les campagnes voisines pénètrent sans arrêt avec les colporteurs, les marchands, leurs chevaux, leurs moutons, les bateliers et les maraîchers qui apportent à la ville les légumes et le bois.”

     

     

     

    P. 329 : elle reproduit, de Giotto, Saint François d'Assise recevant les Stigmates. Détail de la prédelle : Saint François prêchant les Oiseaux (Louvre). Cl. André Held.

     

     

     

    P. 376 : “Chez Angelico, chez Gozzoli, sans doute le rayonnement du cœur et l'illumination des yeux noyaient dans leur gloire tout ce qu'il y a dans ces pratiques ouvrières de minutieux et de petit.”

     

     

     

    P. 423 : “Je sais bien que, plus tard, le même delacroix parle de l' “exactitude outrée” de Carrache, qui est en effet le vice capital de tous les Italiens qui se réclament, au XVIIe siècle, de l'éclectisme bolonais.” La page repréente aussi en illustration 582, d' Annibal Carrache, une Etude (dessin), au louvre. Cliché Giraudon.

     

     

     

    P. 470 : “On dirait qu'il sort à peine de chez lui, qu'il n'aperçoit guère le monde qu'au travers des vitres de sa fenêtre, ce qui donne à ses foules leur aspect lointain et leur aspect précieux, voilé, spirituel à ses paysages.”

     

     

     

    P. 517 : “Elles chantaient la chanson de Heine au moment où elles passaient devant le rocher de la Lorelei qu'elles ne regardaient pas” - toujours le coup de patte anti-allemand !

     

     

     

    [...] Tome 2 page 200 phrase 4 : “Voici l'odeur des herbes brûlées, des herbes fleuries, des herbes humides.”

     

     

     

    Tome 2 p. 247 phrase 5 : “Mais il est vrai qu'il est dépourvu d'innocence, ” (l'art contemporain) “et peut-être un peu trop conscient des émotions qu'il prétend éveiller.”

     

     

     

    ...Elie Faure, “Histoire de l'art”...