Proullaud296

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  • Intérieur crâne, intérieur salon

     

    S'il faut écrire ainsi devant je me livre au massacre et tel déferlement de haine ignominie pour tout ce qui m'entoure que j'entre en autohaine, en meurtre et de moi-même et cela restera comme on a dit aux grimaciers Tu seras défiguré pour toujours. Après quoi, ivresses de larmes et d'épuisement, portails de Grande Dépression, commencement de vivre – je ne remonte pas – c'est trop de prix – au fond de moi gît la mort. La Mort honteuse.

     

    Profil perdu.JPGMON SALON

     

    Elle tricote devant moi. Je ne la voyais pas devenir comme ça. Mince, tout en vert, de longs cheveux de chaque côté. Je lui parle. Elle fait des progrès au violon. Elle incline la tête et me parle de violon. Je ne savais pas qu'elle deviendrait une vraie femme. On ne décrit pas sa fille. C'est inconvenant. Elle est issue du temps ; étrange, médiévale, ou 1925, avec son pantalon collant et son « haut » flottant, vert pâle sur canapé vert foncé. Anne sort de son lit, j'ai prié pour elle cette nuit ; elles partent toutes les deux, je n'ai plus que la télé, que je comptais décrire, bien commode car éloignée de toute psychologie. Sonia revient s'assoir. On dirait un profil de grande maigre, au nez long et droit, légèrement oblique.

     

    Je ne la connaîtrai que jusqu'à 52 ans, l'âge de la mort de la Vierge Marie – pardon, sa dormition. Paupières baissées sur le tricot, une longue aiguille horizontale. Et la télé, vaste fenêtre carrée vert-noir où se reflètent la lueur et le petit-bois de la baie derrière moi. Des cassettes audio empilées flanquent la télé sur la droite avec leurs titres, qu'on ne repasse jamais. Et trois appareils mystérieux sur sa tête : un magnétoscope, gras d'inutilisation, un lecteur de DVD brillant, plat, perfide, et un « Ciné-Cinémas » que je ne puis désigner autrement, indiquant 15 h 23, avec un petit point rouge. Plus haut quatre télécommandes dont deux seulement sont utilisées. La télé flanquée donc et surmontée de trucs inutiles.

     

    Des tableaux non moins inutiles peints par mon épouse allongée, sur lequel j'ai appelé des bénédictions pour qu'elle maigrisse. Je décris ces tableaux en d'autres lieux, destinés à d'autres tiroirs. Le tout sur un mur crépi paille propre, à droite, sale et foncé à gauche. Il faut mentionner (dans mon inventaire) le dessin encadré d'une femme au profil enfoui dans les bras qu'elle tend devant elle, dégageant le sein ; des poches en plastique et deux registres, vert et violet (le premier tenu par des sangles obliques, l'autre barré sur son dos d'une longue étiquette blanche et vierge). Un tabouret soutient tout cela, sans autre utilité. Tous les objets de chez moi regorgent d'inutilité, je m'y sens moi-même un peu perdu et gratuit.

     

    Ce que contient « le meuble de télévision », rescapé de déménagements et d'héritages, est également inutile : le tiroir blond foncé, avec deux poignées, regorge de jeux de cartes et de croquis de branchements, de notices en tous genres. Et au-dessous, derrière une porte aux moulures sans style, d'autres films jalousement gardés : dramatiques, ballets, jamais revus, car mieux vaut toujours

     

    pour moi se retremper aux actualités que de ravasser de vieilles lunes filmées, fussent-elles chefs-

     

    d'œuvre. Mon œil descend : il y a sous le meuble aux moulures inférieures vaguement festonnées une prise multiple et blanche, des serpentements de branchements électriques mous et sales, une boîte dont je ne vois que la tranche, ou un carton vide (j'irai vérifier). Sur le sol, à droite, un écorché de plâtre lève au-dessus de ses yeux, comme pour se protéger du soleil ou parer un coup, un coude d'écorché. On lorgne à l'endroit des couilles, et on les aperçoit, pitoyables, entre les deux cuisses dont l'écorchure dégage une abondante et tendineuse musculature. Cette statue sert ou pourrait servir de modèle, rien ne servant ici-bas, ni dans une autre vie.

     

    L'écorché tourne le cul à une pile de livres, en bois, œuvre d'art de toute beauté, qui m'a tapé dans l'œil et désormais se couvre de poussière à l'angle de l'âtre ; je ne vois ce dernier que par-dessous une table brun doré. Ainsi qu'une statue allongée : deux corps enlacés nus et debout, plus devinés qu'à vraiment décrire, formant chenet. Nous n'avons jamais allumé le feu dans cet âtre, pour ne rien détériorer de ces œuvres oubliées. Je vois une chaise paillée, sagement rangée sous la table. Ses pieds droits posent sur le pavé : diverses plaques rectangulaires, en angles droits. Amen.

     

  • Claude et Néron selon Vargas

     

    “ - Claude et Néron m'ont veillé jusqu'à deux heures du matin.” J'ignore toujours qui sont ces deux guignols. “Puis Néron est tombé de sommeil et Claude m'a suggé que, peut-être, ça suffisait comme ça. Alors ils sont partis se coucher et j'ai été marcher un peu avant de rentrer . Et depuis que Lorenzo m'a informé du meurtre de Sainte-Conscience, ça va beaucoup mieux, encore que je l'aimais bien et que de la voir dans cet état, répandue, ça m'a rendu malade pendant deux heures.” Il s'agit de la fameuse bibliothécaire-archiviste aux jambes raides comme des bites d'évêques. “Donc, si moi je vais mieux, il est logique que vous alliez moins bien.

     

     

    Porte close et masque.JPG

    “ - Explique-toi.

     

    “ - Laura n'a pas tué Sainte-Conscience, parce que ça n'aurait pas de sens.” Laura, maman de Tibère, marchait dans les rues de Rome la même nuit que Sainte-Conscience, mais pas au même endroit. “Ces deux femmes n'avaient aucun rapport entre elles. “Qu'est-ce que Sainte-Conscience aurait bien pu savoir qui menaçait Laura ?” Laura venait de la chambre de son ex, à l'hôtel. Mais qu'est ce que la bibliothécaire-archiviste pouvait bien foutre dans les rues en pleine nuit ? “Sainte-Conscience ne sait pas grand-chose en général, sauf en ce qui concerne les livres de la Vaticane”

     

    Vous savez que l'on prête des tas de mystères à la Bibliothèque Vaticane ; allons-nous déboucher sur le Da Vinci Code ? “On revient à l'hypothèse de départ, le Michel-Ange. Et Laura vous échappe. Elle vous échappe, et moi je respire.” Pour ma maman. “Il va vous falloir drôlement courir à nouveau pour la rattraper. Il va vous falloir drôlement réfléchir.

     

    “ - Je n'arrive pas à réfléchir, Tibère.” Que c'est émouvant, un flic qui fléchit. “Marchons.

     

    “ - Vous n'allez pas bien et j'en suis heureux. Ça ne vous arrange pas ce meutre, n'est-ce pas ?” Ben non. Ça ramène à du trafic d'œuvres d'art, aucun rapport. “C'est incompréhensible et odieux ?

     

    “ - J'ai cru que c'était Laura qu'on avait égorgée.

     

    “ - Vous avez été déçu ?” - non : Valence apprend qu'une femme vient d'âtre assassinée après que Laura a quitté sa chambre ; forcément, il a cru qu'elle avait pris un mauvais coup, et il s'est précipité : c'était l'autre.

     

    “ - Vous avez été déçu ?

     

    “ - Non. Soulagé.” Sinon l'enquête partait en douille ; et puis, il l'aimait peut-être encore vingt ans après, la grande Laura. Ce qui expliquait aussi son acharnement. “C''est pour ça que je n'ai même pas eu le temps d'examiner le sens de ce nouveau meurtre. J'ai seulement eu le temps de me convaincre que Laura Valhubert était encore vivante.

     

    “ - Est-ce que vous l'aimez encore ? demanda Tibère en faisant la moue.” Ce jeune homme est-il le fils de Valence ?

     

    “Valence s'arrêta et scruta Tibère qui, mains croisées dans le dos, regardait loin devant lui, l'air innocent.

     

    “ - Elle t'a raconté ?

     

    “Tibère hocha la tête.” Jean-Patrick Manchette dirait simplement “hocha”. “Valence se remit à marcher.

     

    “ - Alors, reprit Tibère, vous ne m'avez pas répondu. Est-ce que vous l'aimez encore ?” Tu tires à la ligne, Fred.

     

    “ Valence laissa passer un nouveau silence. Il n'avait pas l'habitude qu'on l'interroge aussi crûment.

     

    “ - Non, dit-il.” C'est net, Jeannette.

     

     

    - Pourquoi ?

     

    Tibère se retourna.” Ils serait excellent, ce dialogue, s'il n'y avait pas un connard pour les interrompre tout le temps.

     

    “ - Parce qu'après tout, vous étiez en Italie, le soir de la mort d'Henri, non ? Milan n'est pas loin de Rome. Et si vous aviez toujours aimé Laura...” Eh bien ça faisait de vous un bon suspect. “Mais personne n'a songé à vous demander ce que vous aviez fait de votre soirée.

     

    “ - Tu es stupide, dit Vaence. J'ai rendez-vous avec Ruggieri, je t'abandonne”. Et ce n'est pas Eve.

     

    “ - Je vous attends dehors, de toute façon.

     

     

     

    “La porte de l'inspecteur était ouverte. Valence entra et s'assit.” Bon : Ruggieri est un inspecteur, avec lequel Valence n'a pas à se gêner.

     

    “ - Alors, monsieur Valence, dit Ruggieri, vous êtes remis de vos émotions ?

     

    “ Valence leva rapidement les yeux. Ruggieri eut aussitôt un geste d'apaisement.” C'est qu'il prendrait la mouche, ce con.

     

    “ - Je vous en prie, dit-il, je n'ai pas voulu vous offenser. Ça ne vaut pas la peine de prendre feu à la moindre étincelle.

     

    “Valence étendit ses jambes devant lui.” Et péta un grand coup.

     

    “ - Comment a-t-on pu attirer cette femme dehors, en pleine nuit, pour l'égorger ? demanda-t-il.

     

    “ - On ne l'a pas attirée. Les proches de Maria Verdi connaissent ses manies”. Sainte-Conscience, c'est elle. “Elle les racontait volontiers. Une ou deux fois par semaine, Maria, pour calmer ses insomnies, descendait dans la Via della Conciliazione, qui est toute proche de chez elle, pour aller se poster devantSaint-Pierre à qui elle adressait une muette prière.”Tu l'as vue ma grosse clef ? “C'était une vieille habitude, prise depuis qu'une nuit elle avait cru voir “quelque chose de blanc” éclaircir la coupole de notre grande église.”

     

    Nous n'en saurons pas plus, parce que je m'en fous. Haché comme ça, peut-être que ça démolit tout, mais tant pis. Ceux qui vont mourir te saluent, grand classique je crois de Fred Vargas, “J'ai lu” 5811.

     

  • Majorien, Empereur de l'ombre

     

    Majorien, Majorien, Empereur de l'Ombre, les chiens poursuivent leurs proies, la chasse au fauve préfigure celle aux Vandales, "pourquoi remettre les combats ? Pourquoi redoutes-tu la mer, toi que si souvent le ciel même aide à triompher ?" La mer, le ciel : de ces marivaudages, de ces oppositions chéries par nos antiquisants jusqu'en l'ère moderne, années 60, où notre Peyrefitte étale sa science en compagnie d'une Anglaise, Miss Teacher... Prends donc la mer, Empereur, et sur tes hauts vaisseaux coule tous ces envahisseurs, atteins ce Genséric fortifié dans Carthage, écris les plus belles pages de victoires marines : si tu l'emportes trop, Ricimer te liquidera par le venin des cuisines. "Bien plus, ne possèdes-tu pas à présent un empereur éminent dont les siècles prophétiques procament qu'il viendra pour la destruction de la Libye" – c'est donc à Rome que l'Afrique s'adresse, réjouie de voir son sol ravagé – mais il fallait bien enchâsser du Virgile, n'est-ce pas, venturum excidio Libyae ? "Enéide, I, 23" – ou me trompé-je d'expression ? Vain Dieu j'ai perdu mes volumes, traduction Maurice Rat... Nos années s'accumulent et le toit fuit - ..."et qui, le troisième, recevra de moi son nom ?" Scipion l'Africain recevra son surnom après Zama, défaisant Hannibal. Mais ce dernier n'est plus qu'un nom d'anthropophage, ou d'un lion dans sa cage. Nos grandiloquences suffiraient largement. Ces rodomontades nous lassent. Les savants savent des choses que tout le monde ignore, mais ignorent ce que chacun sait : voilà du Peyrefitte pertinent, ce qui arrive.

    Où ça va.JPG

     

     

    ...Au texte, au texte ! Quand tout se dilue, au texte ! "Voilà, Majorien, la récompense que le destin doit à tes travaux" – debent hoc fata labori. Aide-toi, le ciel t'aidera. C'est écrit, mais tu l'as fait quand même. Ces commentaires ne valent pas les doctes détails déconstructeurs d'une Florence Dupont, fille du grand Grimald. Mais nous les exposons. Quand même. "Pourquoi je désire le voir s'embarquer sur la flotte, conscendere classem, entrer dans mes ports (pauvres bêtes), pénétrer dans ma Ville, je vais, si tu permets, le dire brièvement, compodi-eusement, dans l'ordre des évènements." Croisons les jambes sur nos sièges, aiguisons nos oreilles et notre entendement, nous allons entendre ce que nous allons entendre.

     

    Il y aura des plaies et des bosses, des chasses glorieuses, maints volumes déroulés et appris par cœur, de hauts exploits sous de grands chefs, et quelque illustre commandement précurseur de celui-ci : chef des métèques au service de Rome complètement pourrie. Se cherchant, drapant dans sa ruine les lambeaux de sa pourpre autour de ses vieux pieds plats. Remontons donc nos bretelles de soutif jusqu'au "grand-père de Majorien" : "On rapporte que son grand-père gouverna l'Illyricum et les marches du Danube, aux lieux où la martiale Acincus de Pannonie affirme sa puissance" : avant de passer par la note finale, étonnons-nous toujours de cette faculté de franchir tant d'escarpements parallèles, en ces reliefs à présent yougoslaves. "Alt-Ofen" était célèbre pour ses manufactures d'armes. "Vieux Four". Devinette.

     

    A Charleville on faisait des fusils. Nul ne s'en soucie plus. Tu nais dans une ville fabriquant des armes, tu nais donc tout armé, tu seras donc guerrier. Florence, Florence Dupopnt, je me fous de toi mais tu serais à présent si utile en ta science si tu parvenais à m'élargir le boyau à commentaires, à m'écarter l'éventail perspectival, à me dégager de ma désolation stérile. Depuis quelques temps des avalanches de grands squelettes me dévalent sus, des honneurs enfouis, "en effet Théodose, à l'époque où il prit à Sirmium le titre d'Auguste, eut un Majorien comme maître des deux milices, au moment de partir pour les régions orientales de l'empire, ad partes regni venturus Eoas, "les parties de l'aurore".

     

    La pléthore d'antiquités nous engendre ce que Quignard appelle "fascination". La description découragée de ce qui est, uine immense envie de Clubbing TV, de sieste et d'oxygène. Nous croulons sous les cartons-pâtes et les praticables. Civilisations ligotées de rites, où le moindre manquement nous eût précipité dans la mort supplicielle. Des ordres retentirent, les chevaux hennirent, et les si brefs humains s'empressèrent de se battre par bataillons. Quelques clampins empanachés se dirigèrent en cortège vers Constantinople, côte après côte, sous le soleil et les averses. "On trouve consigné dans les fastes romains les actes de ce général, ses campagnes contre les habitants de la Scythie" – les Goths, j'en jurerais, après les confusions des gens de ce temps-là "quand ses armées foulèrent l'Hypanis" – qu'est-ce que c'est, "l'Hypanis" ? pas de note... - "et que le vivandier lui-même, lixa, saluant les frimas" – salut, frimas ! comment ça va ? - "se rit en son cœur... des glaces de Peukè".

     

    Aaah... du grain à moudre... Vas-y le hamster, tourne ! Plus vite les pattes ! l"Hypanis, mais c'est un fleuve ! Si les armées le foulent, c'est qu'il est gelé ! Ô exploit ! Si le vivandier l'entame, c'est pour le faire fondre, qu'on puisse boire nom de Dieu ! Et ces points de suspension, braves points de repère, ne sont-ils pas là pour amener un bon jeu de mots, une de ces saillies tordantes et e bon ton ? Peukè, n'est-ce pas là cette île au large du delta danubien, où il faisait bien froid dans la glace, "'mais pas tant toutefois qu'ici" ! Et notre vivandier de se marrer, de se tordre, de se boyauter ! Moins cinquante, vous pouvez toujours vous rappliquer avec vos moins quarante ! ...eh bien non, cette ponctuation annonce une coupure d'un vers, au rigentem devant répondre un calenti, à la chaleur extrême un froid non moins extrême, afin que fût parfaite l'opposition... de rigueur !

     

    ...Il n'y avait donc pas de plaisanterie. Juste le rappel du froid et du chaud, que tout général se doit de supporter sans broncher. Le cercle des clichés antiques est ma foi tout aussi étroit que les élucubrations catholico-démocratiques de Télérama ou les petitesses de nos journaux télévisés...

     

  • Château de Baugé

     

     Le château de Baugé (Maine-et-Loire) porte un bien humble nom, la bauge étant ce lieu où le sanglier se vautre à l'abri des buissons. Il dégage aussi un puissant parfum de vieille et fauve féodalité. La carte postale qui le représente offre peu de place à la correspondance au verso. Il s'agit plutôt d'une fiche explicative, destinée au classeur d'un très ancien élève. La Collection de la Solution Pautauberge proposait aux médecins des séries (ici la 6e) que les enfants desdits docteurs s'empressaient (ou non) de compléter. Autant dire que la photographie est ancienne, austère, fanée. Que le château d'ailleurs se présente comme une construction massive, un corps de logis gris coiffé d'ardoise aux deux mansardes bien de face, deux autres se nichant dans la gorge de deux tourelles symétriques.

     

    La tourelle de gauche, engagée dans la ligne de front, est surmontée d'une flèche à girouette, elle même entamée d'un pignon. Celle de droite n'est plus qu'un mur percé de quatre fenêtres superposées, la plus haute séparée des autres par un espace nu plus large. Elle est déjà sous le toit, en vaste pignon, reposant sur deux contreforts de façade. Le château n'est pas accueillant, toutes ses ouvertures sont closes, ce qui en fait des fermetures. Quatre portes en bas au ras du gravier, surmontées d'autant de fenêtres, étroites, volets fermés. Entre la deuxième et la troisième, un fenestron carré près du sol, une ouverture à grain tâchant de ressembler à une meurtrière avec son lineau, plus un ultime fenestron sous la gouttière. Ampoule.JPG

     

    Partout règne une symétrie chaque fois rompue par une délicate différence, rompant la monotonie : le pan coupé de la tour de gauche recèle une tourelle engagée, toiturée d'ardoise avec sa girouette personnelle. Le pan de mur sous le pignon très large, à droite, montre une porte fourragère à voûte, en hauteur, soigneusement fermée elle aussi. Nous accédons à ce château par ce pan de mur, comme coupé, au momyen d'une large allée bordée de bornes que relient des feston de grosses chaînes, dans l'herbe d'une pelouse. A droite un caniveau médiocrement entretenu, un trottoir, un buisson vert qui empiète. Un mur de gros bloc, au deuxième plan, voudrait accentuer une profondeur que l'aplatissement général ne permet pas.

     

    Derrière lui l'allée se poursuit sur la droite, et sur la gauche aussi, devant tout le corps de bâtiment. Il n'y a pas de soleil. Les châtelains doivent bien s'ennuyer, s'ils occupent toutefois le bâtiment, qui semble bien plutôt abandonné aux équipes d'entretien. La pierre est grise et fanée, les toitures d'ardoise délavées, le ciel crayonné de nuages blanchâtres et plat, au-dessus desquels règne un ciel bleu pâle ennuyé. Nous avons compté cinq grandes cheminées, toutes à droite, la première soulignant l'exacte moitié du cliché. En arrière et de part et d'autre du corps principal se tiennent d'autres masses pierreuses, laissant présager une longue visite guidée.