Proullaud296

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  • Grandeurs et avanies d'un professeur décadent

     

    Je me souviens aussi de cet ambassadeur tout frais nommé qui estimait tout à fait légitime, normal, que les parents voulussent contrôler l'enseignement assigné à leurs enfants...

     

    Laissez-les donc chez vous. Ensuite, faites donc jouer vos brillantes relations pour leur trouver un emploi... Que tout cela semble lointain, insignifiant ! M. Sansonnet de Beulac n'est pas intervenu contre moi : sa fille lui a dit « Ah non, écoute, pour une fois qu'il y a un prof qui nous fait marrer, tu vas lui foutre la paix ». Sa gueule ensuite quand il me revoit aux réunions du P.S.... D'autres viennent protester parce que j'ai dit queleur fils avait pissé sur la porte, à peine virés ; je dis à MmeNochame, principale : « Ecoutez, je n'ai pas vu sortir la pisse de... » - elle m'interrompt avec écœurement – mais, au moins, elle mecroit.

     

     

    Mme Gerond m'enjoint avec une profonde et sincère émotion de ne plus mettre en cause dans mes propos le corps des jeunes filles, je lui prendre la main pour calmer ses tremblements. Son mari reste assis à côté d'elle. Sa fille a fait le pari de ne plus se frotter - elle le confiait à l'oreille de ses camarades – pour redevenir une petite fée très pure, et me sauver ! ...de quoi ? A Lyon,la mère vient me regarder sous le nez, stupéfaite que nous puissions nous rencontrer en d'autres lieux qu'en ce collège... Mme Passouvant se plaint que je n'aime pas sa fille (évidemment : dans les devoirs elle parle comme sa grand-mère, des hommes dont il faut se méfier, et autres vérités stupides...) Elle n'a pas voulu rapporter les copies de sa petite-fille, parce que, devant elle, je les lui aurais violemment transformées...

     

    Mon leitmotiv : « Ça arrive, mais pas souvent ».

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    Une abrutie vient se plaindre parce que « selon [moi] » Demis Roussos a perdu six kilos, en se faisant circoncire... j'aurais dû dire : « détartrer »... Il y a vraiment des parents qui n'ont que ça à foutre. Mme Diablet, furieuse que je révèle à sa fille des choses «qui devancent son programme d'éducation sexuelle ». Silence pesant de ma part, voire féroce ; la mère finalement se fait les demandes et les réponses (je n'ai pas dit un mot !) et repart en furie contre sa fille « insolente » qui s'est fait engueuler à la maison ! ...je ne suis pas conscient de mes grimaces, c'est tout. Quant au cousin, il m'avait sorti « qu'est-ce que vous voulez que j'en aie à foutre de vos passés simples, moi tout ce que je demande c'est de conduire des camions. » - A quoi ça sert d'apprendre à lire, M'sieur, me sortait un autre, puisqu'il y a des bandes dessinées ? »....

     

     

    C'étaient nos dernières impressions sur les pauvres petits jeunes que les méchants profs empêchent de travailler.

     

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    Le père Colas me demande d'arrêter mon cinéma : lui aussi est dans l'enseignement. Mais je continue mes postures de cuistre... Quand c'est un autre enseignant qui consulte pour les difficultés de son enfant, qu'est-ce que je peux bien lui dire ?... “Comment puis-je améliorer l'orthographe de mon fils ? - Si vous n'y arrivez pas vous-même, cher confrère... » Ankara, encore : Buhar Beyqui se marre parce que je gueule contre son fils, excellent élève, pour l'avoir confondu avec Buhran, complètement farfelu, devenu par la suite militant gay paraît-il... Plus je gueule, plus le père se fend la gueule. L'avocat Müzisvenme convainc de ne pas faire redoubler sa fille malgré son 5 de moyenne, parce qu'elle est pourrie par sa mère, et que c'est lui à présent, Müzisven Efendi, qui aura la garde de sa fille...

     

    L'année suivante, elle passe à onze... Elle se fait baiser par un type qui la méprise : elle est « comme une planche » (kaleup ghibi...)

     

  • Brigitte Bardot, Bardot -

     

     

    « Moi vivante, on ne touchera pas aux phoques français » : Brigitte Bardot s'indigne, à bon droit malgré les plaintes des pêcheurs de la Manche. Pêcheurs contribuant selon elle aux massacres animaliers de toute espèce et de toutes les espèces, à l'obsession de la grande bouffe de ces humains cruels consommateurs de viande, de poisson, d'agonies animales. Et bien-pensants de ricaner : n'y a-t-il pas d'autres causes plus nobles, plus utiles à l'homme, et ne faudrait-il pas plutôt se préoccuper des bébés morts de faim ou des vieux qui crèvent sur leurs paillasses que des chevaux maltraités ou des cochons arrachés aux abattoirs ? Nous répondrons par une anecdote significative, comme toutes les anecdotes : des passants posaient la même question à cet éleveur qui recueillait chez lui les vieux chevaux hors d'usage, pour leur faire passer leurs derniers jours au sein d'abondantes prairies. Et l'éleveur de répliquer : «Que faites-vous donc vous-mêmes pour les vieux miséreux ? - Rien, ce n'est pas à nous de faire cela, l'Etat est là pour les secourir. - Eh bien, laissez-nous prendre soin des chevaux en fin de vie. » Nous ajouterons une citation de Tolstoï : « Tant qu'il y aura des abattoirs, il y aura des guerres ». C'est un lieu commun de rappeler que celui qui ne respecte pas les animaux ne respecte pas l'être humain. Il me sera rétorqué « habitudes alimentaires » et « mise en cause d'intérêts planétaires considérables ». Arguments de peu de poids. Certains se font végétariens. Ils ne peuvent plus supporter d'avoir de l'agonie dans leurs assiettes. Brigitte Bardot est aller rejeter un énorme poisson dans la mer, puis l'a payé au poissonnier ; des langoustes, aussi, destinées à se faire cuire toutes vivantes ; un crabe, dernier survivant du bassin.

     

    Elle passe pour folle et pire, pour ridicule. Elle fait arrêter à Gorizia, près de la frontière italienne, des camions où le bétail étouffe, sans eau ni nourriture, dans des camions infernaux en métal surchauffé : moutons, chevaux épouvantés, auxquels on refuse la moindre aération. Le scandale continue. Les abattoirs et les mauvais traitement continuent, et nous bouffons tout cela, car notre ventre est un dieu. On lui sacrifie des bûchers entiers de vaches prétendues folles ou de moutons prétendus tremblants. Nous venons paraît-îl de découvrir la viande fabriquée avec des cellules-souches, ce qui reviendrait très très cher et augmenterait encore la pollution : pourquoi pas, tout est possible à la science, et certains disent « hélas », car j'écris ce texte le 6 août et le diffuse le 9, soit les dates d'Hiroshima et de Nagasaki.

     

    Brigitte Bardot, très handicapée parmi la foule aimante de ses animaux, ne s'est pas dispensée pour autant de soulager discrètement de nombreuses misères humaines, à titre individuel, mais ne porte pas l'ensemble de l'humanité dans son cœur. Elle s'en explique dans ses Mémoires, que nous aborderons la semaine prochaine, mais aussi par Un cri dans le silence que nous allons évoquer. Les deux livres ne font pas double emploi : celui-ci la représente dans son domaine, entourées de bêtes de tout poil, amoureuse du vent, des abeilles et des plantes, farouchement isolée de ces foules qui l'acclamaient tout en lui crachant dessus. Pour moi, Bardot était une putain, puisque ma mère ne cessait de le répéter : à 16 ans, on écoute sa maman. Non, c'était une femme libre, la première, disaient les journalistes, enfourchant le second dada : gâteuse des animaux, dada numéro un, libératrice de la femme (en montrant son cul), numéro deux. Elle incarna ceci, cela, « liberté de ton », « provocation », « jouant avec son corps plus qu'avec sa tête », ânonnant ses textes de sa voix exaspérante, changeant de partenaire au gré de ses fantaisies ou de ses amours, vous connaissez la chanson.

     

    Troisième cheval, toutes ces déceptions de la bête traquée, fusillée par les objectifs et les flashes, obligée de se déplacer dans l'obscurité, de vérifier chaque fente de volet, de sortir camouflée. Tout cela développa une misanthropie hargneuse et parfaitement incurable. Elle se donne libre cours ici. Généralisations abusives. Râlades perpétuelles de vieille peau aigrie. Dada numéro quatre. Tout le monde est moche, tout le monde est con. Plus de curés, plus d'instituteurs, plus de valeurs, trop de parasites, trop d'étrangers, racisme, front-nationalisme, dada numéro cinq. Difficile d'écrire ou de penser quoi que ce soit d'original sur Brigitte Bardot, représentante parfaite de la pensée petite-bourgeoise et du style d'article de journal dit féminin, féminin con précisons.

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    Pourtant nous ne voudrions pas céder à cette méthode journalistique de bas étage, consistant à chercher l'étiquette, « fasciste » ! « raciste ! » « crétine ! » pour juger ensuite du produit en fonction de l'emballage et de l'étiquetage. Il est difficile de sortir des lieux communs quand on ne nous présente que des lieux communs : tout fout le camp, tout le monde vit sur le même modèle, tout le monde bouffe de la merde, lit de la merde, pense de la merde, regarde une télé de merde (pléonasme), admire des chanteurs et des artistes de merde. Plus emmerdant, pour rester dans le scato : les syndicats prennent le public en otage avec des grèves de merde, le personnel de service a trop d'exigences et demande des salaires trop élevé, les infirmières sont un peu bronzées avec des fesses un peu trop grasses, et certains éprouvent un grand plaisir à trancher la carotide de leurs moutons (les chrétiens massacrent leurs dindes, mais on n'en parle pas) (il est vrai que si chacun devait abattre lui-même les animaux dont il se nourrit, il y aurait un peu moins de consommation de viande ; mais c'est faux, Brigitte, les sacrificateurs de moutons les mangent ensuite, et dans nos campagnes, je me souviens bien d'avoir bouffé des lapins que j'avais vu tuer puis écorcher par ma propre grand-mère, et sans états d'âme). Il suffirait d'ôter quelques phrases par-ci par-là, comme un embarrassant éloge de Robert Brasillach quand même, lequel dénonça nommément des juifs sous l'Occupation, avec indication de leur domicile ; ou des âneries sur les danses modernes qui ne seraient que des gigotages (on pisse sur scène aussi maintenant, et on boit son urine dans une éprouvette). Chacun de nous peut dénoncer les absurdités de nos civilisations, leurs lâchetés, leurs cruautés.

     

    Mais la manière n'y est pas. L'humour est plat. Le style relâché

     

  • Quelques garçons, et deux filles

     

    PROFALAKON

     

    Garçons insolents têtes à claques

     

    Paillonneau, qui déclinait si crânement son identité, même devant le principal. Sité, admis à l'école d'ingénieurs automobile de Paris : “Regardez Monsieur, plus tard je gagnerai plus que vous. - J'espère bien mon ami, j'espère bien. En attendant dégage.

     

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    Garçons virils déconneurs décontractés à peu près sympa

     

    Les bruns :Vacci ; Claude, de son prénom évidemment François (mais je ne me souviens plus guère que des noms). J'avais un collègue qui s'appelait Claude, de Romorantin, avec un accent épouvantable, pris d'on ne sait où ; Il déclarait sans cesse en cours (de physique) : « On connstatte queue... » Comme il s'est dérobé souvent, crainte que je ne le retrouvasse en vacances, dans la même ville que mes parents ! Eïlath, retrouvé sous l'uniforme de facteur rue Judaïque, « Brassens», qui faisait la discipline à ma place quand il voulait bosser, ressemblant à Cremoux. Les blonds : Gutt et Yutt (terminales) (Yutt « mandé » au bureau, inscrit tel quel sur le « cahier de rapport). Le rouquin (taches de rousseur ) : Lethu amateur de Van Gogh (il l'appelle Vincent).

     

    Garçons timides conquis

     

    Beaufils, les yeux rouges, long nez, dissimulant pour mon Noël une bouteille de rouge derrière son dos, comme un assassin. Dellaripa, sournois, buté, bilieux, cheveux plaqués, futur bureaucrate, le rond de cuir déjà sur la gueule...

     

    Garçons blonds, intelligents, beaux gosses

     

    Tolstoïeff, jamais sincère, toujours fuyant et apeuré. A coup sûr tripoté par un proche. Se demandait sans cesse l'attitude qu'il fallait avoir. Particulièrement malsain. Chtoute et sa longue gabardine, aimé des filles ; Mourcontan, vingt ans plus tard, qui lui ressemblait. Surnommé “Mort Content » ou « Mentoncourt ».

     

    Garçons, bruns, beaux gosses

     

    Lapigne, qui me fout un doigt au cul au passage et que je baffe. “Vous aimez le poulet ? - Oh oui Monsieur !” Il sera Léÿnn dans Omma. Devenu homosexuel. Cela se voyait. Son père ne prenait jamais personne en stop ; surtout pas ceux qui marchaient à reculons : « Ah, il ira loin comme ça ! »

    Mœux ("Taisez-vous, Mœuœuœuœux...") (une qui « dit du mal par derrière »)

     

    Harmelle Delasne, qui joue aux échecs avec moi. Toujours soigneusement attifée, pomponnée.

     

  • Succession onirique

     

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    1) Vestige contemporain.JPG

     

    Je monte à pied une pente à la campagne. Parvenant dans un village où se déroule la fête patronale, je veux l'éviter, pour qu'on ne se moque pas de moi (on ne sait jamais). Les chemins d'évitement deviennent de plus en plus étroits et incertains. Sous un préau de lavoir un petit chien hargneux me mord à la main. C'est un tout petit briard vieux et sale. Plus je lui tape su rla tête, plsu il mord et bave. Je crains la rage, personne n'intervient, je me ferai vacciner.

     

     

     

    2)

     

    Dans une auberge avec deux filles qui me regardent, je décide de repartir avec une œuvre sculpturale représentant deux allumettes plates, en bois, encore attachées à leur talon. Je me mets en route, mais ce sera trop long, tout risque de casser avant mon arrivée chez nous. Je reporte les allumettes pour au moins prévenir Annie qui se trouve à une réunion dans la Maison de la Culture de Meulan.

     

     

     

    51 12 25

     

    Au Supermarché avec Anne, tout dépenaillé, dépoitraillé, du papier cul sortant de ma culotte, je croise Te-Anaa bien sapée en robe bleue à ramages, et Robert. Elle s'écarte de moi et nous faisons semblant de ne pas nous reconnaître. Plus tard, avec Anne, nous ressortons des emprises du Supermarché par le mauvais côté, la voiture est à l'opposé. Il y a un vaste parking, des jeux pour les enfants. J'ai dans ma poche des fragments d'anciennes lettres reçues ou adressées à Terrasson et cherche à m'en débarrasser en les tripotant. Anne devine à peu près, avec une intuition diabolique, ce qu'il en est.

     

    Je la perds dans un sanctuaire rond, clos, obscur, à haute voûte, dépouillé de l'intérieur, qui ressemble à une vaste vasque vide au ras du sol. La porte se referme, j'erre en tendant les bras dans l'obscurité la plus totale, il n'y a ni orgue ni statue ni le moindre point de repère. Je retrouve Anne à la sortie, dans le parc d'attractions.

     

     

     

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    Je suis avec Jacques dans une épaisse forêt de sapins, hostile. Dans une grande allée, il entasse du bois et veut allumer un feu. Il porte une cognée, marche vite, avec vigueur et décision. Mais une voiture de gardien se fait voir. Nous obliquons aussitôt. Il tire un coup de fusil. La forêt est pleine de bruits de mauvais augure, interminable, étouffante.

     

     

     

    52 01 12

     

    Annie et moi nous rendons à Paris à une gigantesque manifestation. Le nombre de flics est considérable, ils montrent uen grande agressivité. Chaque groupe de manifestant se voit séparer du suivant par une barrière portative. Il y en a d'autres aussi sur le côté, l'une d'elle représente un portail, celui de l'Ecole Normale, avec son écusson. Je demande ce que c'est, on me répond que cela sert à séparer les manifestants des promeneurs. La mauvaise foi semble évidente, car la foule est aussi dense de chaque côté de cette grille. Nous marchons en tête. Un petit jeune homme compte ses pas bien alignés puis s'arrête : une sorte de rite.

     

    Nous devançons la manifestation ; le boulevard, jusqu'ici dominé par de hauts immeubles sombres et sinistres, s'élargit. Nous menons alors en laisse un gros tigre apprivoisé, une femelle, qui tire un peu sur son collier mais se montre docile et sympathique. La foule a disparu derrière nous, en nous retournant nous constatons que le terre-plain central en herbe se dilue par-dessous, comme si la Seine remontait à la surface. Nous nous en tirons en remontant par les bas-côtés, mais perdons notre tigre. Nous pensons qu'il se retrouvera bien, mais nous restons seuls, voyant de loin la manifestation se disperser sous la menace. Ensuite, à Bordeaux, Stéphane, un acolyte et moi tendons au travers des quais déserts un matin d'été une immense banderole coloriée, où rien n'indique le nom du Pont Tournant.

     

    La banderole s'effondre, je fais signe qu'on la retende sur des tréteaux qui se trouvent là ; ensuite je rejoins les autres, advienne que pourra. Un grand festin doit se dérouler, les chiottes sont prêtes, très propres, je m'y installe, pas de papier, les cabines voisines bruissent de présences, je me torche écœuré avec un simple morceau de papier soie retrouvé dans ma poche, le déchirant le plus possible pour bien m'essuyer. Il n'y a ni odeur ni traces de merde sur mes doigts, mais c'est humiliant tout de même. Personne ne s'en aperçoit.