Proullaud296

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Jules César, Moi, etc.

 

La Guerre Civile de Jules César, je n'en ai rien à foutre. Que ceci soit bien clair, j'ai ma femme à l'hôpital et peut me chaut de César ou de Pompée (Moil'Nœud). Tout juste si j'admire ses qualités tactiques, et ses roueries destinées à décrédibiliser l'adversaire. Il bat en retraite, et parvient à faire admirer sa sagacité, sa célérité, la façon dont :même alors il évite les pertes et remporte des succès (prise de Gomphi, « Les Gonds »), sans oublier de déposer blessés et malades (saucios aegrosque). Pendant que j'y suis, je m'admire aussi de comprendre César à première lecture, plus facilement encore quand je viens de lire la page en français. Cela dit, je vais devoir me concentrer. Enfin, pas trop, pour ne pas me perdre, ce qui fait que j'ai tout raté... A propos de ratage, M. sous-entendait qu'il n'était relatif qu'à la reconnaissance sociale, sans tenir compte de la réalité interne des êtres ; à quoi je répondrai que la réussite sociale entraîne, ipso facto, la réussite intérieure ; quand à ceux qui dépriment, ils l'ont cherchée, non, cette réussite sociale ? ils ont bien piétiné tout le monde ? sans aucune pitié ? eh bien quand ils se cassent la gueule, qu'ils ne s'étonnent pas de n'en rencontrer aucune, surtout pas la mienne. Je me souviendrai toujours de cette fille magnifique, abandonnée aux mugissements ridicules de Ferrant, amoureux de la même que moi, et que je n'ai pas eu le cœur de renvoyer ; la fille en question, Monique Gras, s'est détachée de tous les deux.

 

J'aurais pu me marier avec elle ; mais j'ai laissé le plus défavorisé tenter sa chance. Je ne trahis pas les amis, moi. Je rate tout. Cette Monique m'eût laissé tomber en raison de mon caractère de persécuté, certes. Et César ? Je m'en fous ! J'étais, je suis encore comme Jean-Christophe : il se laissait battre par de plus petits nettement plus cons, parce qu'il aurait eu honte de les vaincre. Pour moi, c'est pareil. Mais lorsque Jean-Christophe (je ne m'en souviens plus) a commencé de gravir les échelons de la sélection musicale et de la gloire, aurait-il laissé sa place à tel candidat malchanceux ou démuni financièrement ? Non, je ne le crois pas. Toute réussite est due à une multitude de petits écrasements.

 

Et moi je n'écrase pas. Et je me plains, parfaitement (« Tu as choisi-euh, tu as choisi-euh «  - tu parles ! Que veut dire « choisir » dans un contexte pareil ? Est-ce que tu choisis d'être généreux ? Ou lâche ? Hier j'étais à cinq mètre de ma femme, derrière des cloisons. Ce n'était pas l'heure des visites, Sonia et moi nous avons dû rebrousser chemin. Quand on te dit non, il faut gueuler ? Insister ? Ruser ? Je n'ai jamais su. On me dit non, c'est non. Faire changer quelqu'un d'avis, c'est l'humilier. Je n'humilie pas. Et les petits malins qui me critiquent ne m'auront jamais, ce qui s'appelle jamais, fourni le moindre procédé concret. Jamais. César, lui, puisqu'il faut paraît-il en parler, balayait les obstacles avec persévérance, ruse et mauvaise foi ; mais c'est une chose de bouter l'ennemi hors d'un camp ou de le truffer par ses astuces, et de répondre à une infirmière qu'on veut voir sa femme quand même, soins ou pas. Tu aurais fait quoi, toi ? « Je ne sais pas, moi ! » - O.K. conseilleur-critique, alors c'est à toi de fermer ta gueule. Toujours cette question de « responsabilité », de « choix » : si je n'en ai pas conscience, si je n'assume pas ce choix, si l'impression d'avoir toujours la main forcée reste chez moi prédominante, comment puis-je me convaincre que je suis en quelque façon que ce soit « responsable » de ce qui m'arrive ?

 

Poussons l'analyse, peut-être que ça servira à quelqu'un : ce texte doit concerner Jules César. Je l'ai choisi. En réalité, je me le suis imposé, au moyen de tout un système d'ordre de lectures et d'ordre d'écriture. Aujourd'hui, j'ai lu la Guerre civile (Bellum civile); aujourd'hui, je devais « faire le commentaire d'une lecture ». C'est dans un certain ordre, ce que j'appelle une « noria » : lire ceci, écrire cela. Le croisement des abscisses et des ordonnées aboutit à « commentaire de la Guerre civile ». Ça ne va pas plus loin. Sinon, je devrais « choisir ». Or, dois-je faire ceci, ou cela ? Quel motif y a-t-il ? Il faudrait donc que je sois libre et responsable ? Que je me confronte aux conséquences de mes choix ?

 

Que je me fasse engueuler, que je me sente coupable ? Merde alors je l'ai assez fait. En classe oui, dans l'urgence, il fallait choisir la meilleure solution, là tout de suite, dans l'urgence gravissime, parce que les élèves se rebellent sitôt qu'ils ne sentent plus la présence du professeur. Mais hors ce cas, poil au caca, comment déterminer ce qui est urgent et ce qui ne l'est pas ? S'apercevoir que depuis des années je n'ai plus la moindre envie d'écrire ? A quoi aurait servi ma vie, alors ? Si je me suis trompé ? Que je n'aime pas ma femme ? A quoi a-t-il servi que je reste avec elle contre vents et marées ? contre parents et amis ? Je me perdrais donc de vue ? Je ferais « travailler Jacques Brel » comme disait Brel ?

 

Ca veut être Laurent Terzieff.jpgSans me soucier des ruines que je laisserais derrière moi ? Ruines humaines s'entend. Et puis, lorsqu'on s'est lancé dans quelque chose ou une relation nouvelle ou un amour, il faut poursuivre, il faut lire le livre jusqu'au bout, il faut achever le roman en cours, et s'ili vous fait chier, l'être, le livre, le voyage, il faut tout abandonner ? Il ne faut jamais s'efforcer, jamais se casser les pieds ? Si quelque chose vous emmerde il faut le mener jusqu'au bout, prisonnier de son « choix » premier, alors qu'on aurait bien envie cette fois de choisir autre chose ? Et cette persévérance, au nom de la « responsabilité », de la « cohérence » - lâchons le mot : de l' »honnêteté », voire de l'Honneur ? Mais alors, cela revient au même que mon procédé : je persévère, je commente (quand je peux) mes lectures, je me livre à des digressions : ici, j'ai choisi de ne rien commenter, mais comme l'inspiration philosophique (de comptoir) m'abandonne, je vais retourner au texte. De César. Et en latin s'il vous plaît, parce que c'est là que j'en suis, et que je poursuis mon travail d'écriture, vocation ou pas. Merde alors : un Grec s'enferme dans ses murailles et se fait assiéger par César, et ad Scipionem Pompeiumque nuntios mittit, ut sibi subsidio veniant. Il envoie des messagers à Pompée, à Scipion, pour recevoir du secours. « La cause de César plut à la fortune, mais la cause vaincue à Scipion ».

 

C'est très beau. Derniers sursauts de la démocratie, qui ne revivra plus que par miettes rarissimes au Moyen Age, ou plus tard à Genève, presque plus rien jusqu'aux révolutions, anglaise et française. Une démocratie qui s'accommodait bien des esclaves prisonniers de guerre. Les socialistes défendent les dernières bribes de démocratie – mais il ne faut pas exagérer. A Rome, c'était parti pour cinq cents ans de dictature militaire. Puis mille ans de monarchie germanico-capétienne. Le vent de l'histoire est un gros pet dans ta gueule. Avouez tout de même que ça vaut le coup de lire mes commentaires, et qu'ils étaient indispensable au monde... Je continue, il est onze heures dix et je « choisis » depoursuivre jusqu'à (je regarde) 11 h 37.

 

Je confonds (feins de confondre) liberté avec papillonnage, éparpillement, licence. Mais moi aussi j'ai ma cohérence. Vous aussi. Prochain sujet d'étude (quand ça me tombera dessus) : pourquoi toujours reprendre ces choses cent fois démontrées ? Une piste : le comportement compulsionnel de celui qui revient sans cesse en arrière pour vérifier s'il a bien fermé la porte. « Compulsionnel » ; je crois avoir été ainsi diagnostiqué. C'est plus grave que le type de la porte fermée, parce que les modalités de raisonnement elles-mêmes sont atteintes. Motif : manque de confiance – César, César : se confidere munitionibus oppidi, si celeriter succuratur ; longinquam oppugnationem sustinere non posse - « il avait confiance en la solidité des murailles, si onle secourait rapidement, mais ne pouvait soutenir un siège prolongé ».

 

Il sera pris et vaincu. J'ai lu le français, je sais comment cela se termine. Poil à la mimine. Je me gratte pour parler de moi, assiégé. Je trouve. Les autres me conseilllent parce que je fais toujours part de mes doutes. Je dis que j'utilise des procédés pour vivre, faire et vaincre. Les autres aussi, mais ils ne le disent pas. Ils ne font pas mention de leurs hésitations. Si je le fais, c'est pour attirer l'attention de parents qui n'existent plus. Pour qu'ils me plaignent et m'aiment. Inutile de dire à quel point cela est dépassé. Tous, s'ils se fouillent, éprouvent ce besoin d'être consolés d'un intarissable chagrin. Tous les humains. Tous comme ça. Tu n'attireras donc la compassion de personne. Mais je me plains encore : c'est pour combler les vides de la conversation, que l'on interpréterait comme une sécheresse de cœur, comme une trahison. J'observe bien tout de même que si je force ma voix, l'éclat de mes yeux, je convaincs Muriel, Stéphane, que j'éprouve pour eux un intérêt puissant, et je glane un repas, de la considération.

 

Alors que je me fous de tout le monde. Mais qu'il ne faut pas le montrer. Je parle de vous, restez avec nous, après cette page de publicité. Ce serait un vrai rêve pour moi, non pas de rester cohérent, car je le suis, de mener à bien une action, car je l'ai fait, mais de cesser, extérieurement ! de me plaindre. Ma comédie sociale est au point. Mon emploi du temps (ou l'emploi de mon temps, ce qui est autre chose) est parfait. Ma gestion des rapports humains, pour me protéger, pour être aimé, est impeccable. Ce que je ne parviens pas à faire, c'est à persuader les autres de m'accorder telle ou telle chose. Persuader l'infirmière. Mettre le pied dans la porte ? Ou bien, être plus attentif, me rappeler que les visites ne reprennent qu'à 18 h ?

 

Donc, « me concentrer ». M'oublier, puisque j'ai tout bien fait, que je n'ai de compte à rendre qu'à moi-même, et quand je le veux. Respirer, tiens, bien respirer. Oui, j'ai choisi. Ça me revient. Scipio, discessu exercituum ab Dyrrachio cognito, Larisam legiones adduxerat. « Scipion, ayant appris la séparation des armées à Dyrrachium, avait conduit ses légions à Larissa », soit au centre de la Thessalie. Il semble qu'il s'agisse de la rupture de contact entre Pompée d'une part, et César d'autre part, qui fait retraite – je vérifie : « les armées avaient quitté la région de Dyrrachium », y compris donc celle de Pompée. Je regarde la carte, l'action s'est plus déplacée vers l'est que je n'aurais cru. Pompeium nondum Thessaliae adpropinquabat. « Pompée n'approchait pas encore de la Thessalie ».

 

Donc César va s'emparer de Gomphi, car une forteresse assiégée finit toujours par tomber. C.Q.F.D.

 

Commentaires

  • Les malchanceux, il est bien entendu qu'ils ont tout fait pour ça...

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