Proullaud296

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  • Stendhal, "Milanese"

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    Il n'y eut plus qu'un séjour à Milan, ainsi qu'à Rome. Ah, Milan !. Sa cathédale, ses pigeons, la photo que nous achetâmes - nous ne devions plus revenir. Quant à Rome, trois jours pour Annie en 64, zéro pour moi, malgré Kalda - budget minable, hélas. Je ne voyagerai plus. Rome, ni Naples, ni Pompéi... la Sicile... rien de tout cela. Ou si vieux. Cela n'en vaudra plus la peine. Parfois il me vient une grande bouffée, au volant, de joie de vivre : la seule liberté qui me reste. Le voyageur, parti de Milan, gagne directement Naples par Bologne, Florence, Sienne, Terracin et Capoue. On ignore toute ville tant qu'on n'est pas imprégné de quelconque.

    Ce qui se passerait si l'on devenait “de là”. Sans plus rien trouver d'extraordinaire. Ces détails mornes qui résument la ville.Il n'est pas question du voyage de retour. Je dis à mon épouse (une rencontre) : “On achèterait là-bas, comme Léo” - mais la camorra, la mafia à payer – j'aurais bien oublié le français. Dommage. Peccato. La prononciation, l'intonation. L'aritocratisme aussi, et les palais. Sans marquis ruinés comme en France, où le dernier croquant se plaint de l'impôt ; les Italiens fraudent avec classe. Rire, décontraction, pendant que les Français serrent les fesses et se pincent les lèvres. La nouvelle édition reproduisait à peine le quart du texte de la première : enfin M. Stendhal devient raisonnable, expurge ses plagiats.

    En ce temps-là, il suffisait d'expédier cinquante ou cent dix exemplaires pour se faire un renom ? mais on était enfoui sous tant de populace. De nos jours sous les innombrables publications. 700 romans prévus pour la rentrée. ...encore l'enrichissait-elle d'innombrables additions. Des développements considérables étaient ajoutés - “dédé”, Monsieur Martino, “dédé” ? ...est-ce là écrire ? séjour à Milan (...) (caetera desiderantur). Ce nouveau roman risquait fort de ressembler, dans beaucoup de ses parties, à Lucien Leuwen. Stendhal l'abandonna au bout de quelques mois. Décidément il ne pouvait donner la vie à son couple idéal avec des héros trop près de lui, trop semblables aux Français de son temps, avec des aventures sinon de tous les jours, du moins insuffisamment romanesques. Ma foi ce qui me gênerait, moi Stendhal II, ce seraient précisément ces êtres romanesques, ces gens qui parleraient, agiraient, tout autrement que moi-même.

    Qui agiraient tout court. Et qui auraient agi, et qui se souviendraient. Agir sur-le-champ

    me semble du dernier mauvais goût - ressentir, se promener, voyager, soit – mais remuer : quelle

    HARDT VANDEKEEN « LUMIERES, LUMIERES »

    MARTINO « STENDHAL » 07 09 07 5

     

     

     

    débilité. Toute action manque absolument de toute vérité psychologique, voire de toute dignité. De même, la mère de Céline à l'en croire ne se laissait émouvoir que par des peines semblables aux siennes. Il assemblait la matière ; l'étincelle jaillissait, mais ne pouvait enflammer le tas. Et parfois c'est le bois qui ne veut point prendre. Mais la récompense de ce long effort va venir. Pour moi plus d'effort. Plus jamais. Lutter pour l'éveil m'absorbe en entier. Je renonce à l'effort, à ses pompes et à ses œuvres. Mais pas d'action. Plus d'action. Pour son gagne-pain, il écrit des “Chroniques italiennes”, qui sont d'horribles faits divers, où il gave son goût de l'énergie, son admiration des beaux crimes et des solennels supplices. Ah mon petit Stendhal, toujours incapable de concevoir la moindre action, hors ce que tu es sûr de pouvoir ou d'avoir pu faire toi-même !

    ...Nous n'avons que notre corps, c'est lui qui nous fait mourir. Quant à nos insignifiantes écritures, songeons à tant de manuscrits dormant dans les archives familiales, comme ces vieux rouleaux de films d'été. Stendhal amasse, écrit, n'achève rien. Bientôt viendra Le Rouge et le Noir, puis La Chartreuse de Parme. Lu 3 fois je crois Pas si terrible pourtant. Flaubert aima-t-il Stendhal ? La flamme prend et va atteindre les matériaux de vie romancée et d'autobiographie, si inutilement entassés jusqu'ici – qui te dit, Martino, ce qui est utile ou ne l'est pas ? Pourquoi sa vie, celle de son héros et de son héroïne, ne s'intéresseraient-elles pas, convenablement affabulées, dans une belle chronique choisie ? La mort et le spectacle : seules actions qui vaillent.

    J'ai vanté aux élèves la parfaite ordonnance des cimetières : tout était bien fini, bien aligné, une date de naissance, une date de mort, parfois seule cette dernière, comme au cimetière des fous à Cadillac. Cela m'avait fait frémir, au temps où je frémissait encore. Plus de souci d'imaginer le détail d'une vie et de la conduire ; plus de crainte d'être commun. Ce fond de tableau incendié créera une atmosphère glorieuse. C'est une brusque cristallisation : la Chartreuse de Parme est au terme du long effort de Stendhal pour ressaisir sa vie et pour l'idéaliser. Après (...) il ne songe plus à recommencer cette tentative enfin réussie. Stendhal aura peu achevé. Deux chefs-d'œuvre.

    Pourquoi ne sont-ils pas restés inaperçus ? il s'écrit tant de choses... Voyons La Chartreuse d'un peu plus près : La vie d'Alexandre Farnèse est devenue celle de Fabrice del Dongo; Vannozza s'appelle la Sanseverina ; Rodéric est le comte de Mosca ; c'est le crédit de la Sanseverina, maîtresse du premier ministre, qui fait la fortune du « neveu chéri » ; Stendhal a développé cette dernière indication. La jeune femme, enlevée par Alexandre, a pris les traits d'une petite comédienne. Le château Saint-Ange est devenu l'imaginaire tour Farnèse. Les circonstances de l'évasion n'ont pas été modifiées. Fabrice devient coadjuteur de l'archevêque, comme Alexandre cardinal. L'épisode des amours secrets d'Alexandre et de Cleria a donné l'idée de la passion de Fabrice pour Clelia Conti. Stendhal a reproduit jusqu'à la circonstance d'un enfant né de cet amour.

    Bien d'autres chroniques ont été utilisées dans la « Chartreuse », et elles ne sont pas représentées toutes dans les manuscrits italiens de Paris. D'autres histoires de prison, où l'on voyait d'autres Farnèse enfermés au château Saint-Ange, la prodigieuse évasion de Benvenuto Cellini, qui, plus hardi qu'Alexandre Farnèse, seul, sans la complicité de geôliers, avait su descendre le long de la haute tour. Près de Parme, à Colorno, Stendhal avait trouvé un château des Sanseverini, et, dans les souvenirs attaché à ses murs, une duchesse Sanseverina, grande amie des écrivains et des artistes, qui, ayant pris part à une conjuration contre Ranuce Farnèse, fut décapitée en 1612. Une autre Sanseverina, comtesse de Nola, avait commencé sa vie de femme comme la Gina fait la sienne. Elle était très heureuse ; son mari meurt ; elle se retire chez son frère, qui la traite durement. Elle se réfugie à Naples, et devient vite une personne très influente à la cour : elle est l'amie préférée de Dona Maria d'Aragon. De même, la Sanseverina s'était d'abord appelée comtesse de Pietranera ; son mari meurt ; elle se réfugie chez son frère, le marquis del Dongo, mais elle s'y ennuie, etc.

    Il y a apparence que le personnage de Ferrante Palla, médecin, poète, amoureux et voleur, qui vit caché dans la campagne de Parme, a été inspiré par le personnage du poète Ferrante Pallavicino (1618-1644), qui, lui aussi, vécut caché à Venise, occupé à courir des aventures galantes et à faire imprimer secrètement des vers satiriques. On trouve aussi, dans un des manuscrits italiens, le nom d'un certain Ferrante Pauletto, condamné à mort comme voleur et comme assassin.

  • Ma vie, qui n'intéresse personne


    2045 07 25

       

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    Il était donc onze heures hier matin quand je fis je ne sais plus quoi. Les jours se mêlent dans ma tête pendant ces vacances de fauché. Ce que je sais est que : Roberte et sa femme sont venues avec une femme nommée Françoise Buzancy, maman d'un petit garçon de cinq ans mais j'ai l'impression désormais que toutes les femmes sont gouines, spécialement dans l'entourage de Roberte, et il faudrait être aveugle pour ne pas s'en rendre compte.
        La preuve en est qu'elle a proposé à Séraphine de coucher avec elle si je dois venir à Nicoville pour voir Mauviette. Or moi je ne tiens pas du tout à voir Mauviette, ni à voir qui que ce soit d'ailleurs. Je suis déjà allé à Nicoville au début du mois et cela me suffit. Bref les trois femmes sont restées à table dehors sur le ciment rénové, et nous avons parlé à cinq de façon point trop désagréable.
        Il est exact qu'il faut un homme pour empêcher que la conversation ne devienne languissante, et pleine de conventions. Du moins un homme comme moi, que la modestie n'a pas encore étouffé. Je me passionne quand je parle, faisant fi des convenances. Ainsi, j'ai précisé combien je trouvais incompétent le personnel de la bibliothèque de Bordeaux, incapable de me fournir le tome IV d'une littérature française, et me serinant contre toute vraisemblance qu' "on n'avait pas encore acheté les autres tomes".
        Armelle a pu faire voir ses sculptures, sans en vendre une seule, mais Roberte a pris commande d'un vase à têtes humaines bleu, si Rachel voulait se fatiguer à le refaire. On ne sait jamais : elle peut s'y mettre. Après cela, une longue après-midi de cet horrible été chaud. Une sieste vaseuse, je suppose ? Voici : il y eut non pas un soir et un matin, mais un repas léger et une piscine.
        Deux fois que nous allons à la piscine cet été. Arielle ne me fait pas trop honte grâce à son maillot une pièce qui ne dégage pas les bourrelets sur le côté. De toute façon nous avons vu là-bas des femmes au moins aussi grosses, dont une qui entourait ses jambes de sa serviette, ses membres inférieurs étaient véritablement torsadés de graisse. A côte de moi il y avait une fille bien grasse aussi, à ce que j'ai vu quand elle s'est levée pour aller dans l'eau.
        Et puis, si on commence à se moquer les uns des autres, ça devient intenable. Il paraît que des enfants de cinq ans m'ont considéré comme un étrange et énorme mammifère marin... Nous mangeons beaucoup moins en ce moment. Le travail va son train-train avec son manque d'espoir habituel, depuis le début juin que j'ai demandé au procureur de m'autoriser à publier, je n'ai toujours pas de réponse.
        Nous avons dû nous traîner ainsi jusqu'au repas, à moins, ce qui est toujours possible - confusion des jours dans cette guimauve ! - eh oui ! ce n'est pas hier, mais avant-hier que Paul est venu nous kärchériser la cour en ciment! Nous avons écouté les informations, où il est beaucoup question des affaiires de dopage du Tour de France. Les coureurs sont des cons : au lieu de s'insurger contre les médecins qui les gavent de drogues, ils s'insurgent contre les media qui les harcèlent avec la vérité !
        En revenant de mon émission, je gueulais au volant, très fort pour qu'on entende par la fenêtre ouverte :
        - Bien fait pour leur tronche ! Tout le monde à l'eau minérale !
        Mentionnans donc, puisque nous en sommes là, que mon émission sur Rabindranath Tagore fut maladroite au dernier degré. Je devais commenter le recueil intitulé "le Vagabond". Je ne connaissais rien d'autre de ce poète-écrivain. Et ma foi je trouve cela gentillet, sans plus. J'aurais pu ajouter que j'étais particulièrement ignare en ce qui concernait la tradition littéraire indienne.
        Peut-être par exemple le cadeau de cerises au bien-aimé de la part d'une toute jeune fille revêt une importance mystique, symbolique de je ne sais trop quoi. Là où je voyais des scènes à l'eau de rose, peut-être y avait-il tout un code que je ne pouvais déchiffrer. Quant à ma nouvelle, "l'Accidenté", comme disait Lazare, ce n'est pas ce que j'ai écrit de mieux. En tout cas je n'ai pu rien enregistrer.
        Qu'il ne reste rien de cela, tant mieux. Après les informations du soir, je me suis lancé dans le tri enfin des cassettes. Il en reste peu, car la provision ne s'en renouvelle presque pas. Je classe ensemble les miennes et celles d'Arielle, bien qu'il soit légitime qu'elle veuille avoir aussi les siennes indépendamment.
        Eh bien il s'en trouve une bonne proportion lui appartenant et qu'elle croit disparues, comme les danses de chez Lanza del Vasto, quand elle pouvait encore tenir debout. Il paraît que c'est là qu'elle m'a trompé. Est-ce que cela remonte vraiment à quinze ans ? Je ne me souviens plus de cela. J'ai parfois, de plus en plus souvent à vrai dire l'impression que mon activité favorite est non pas d'écrire mais de classer, de ranger comme avant une agonie, mes livres, mes disques, mes cassettes, pour remettre désespérément un peu d'ordre dans la vie qui est désordre. Je vois enfin  le bout de cet interminable classement de cassettes audio. J'en ai fait jusqu'à onze heures moins le quart, pendant qu'Arielle s'escrimait sur une sculpture intéressante, car elle pourrait s'apparenter aux "Causeuses" de C. Claudel, pompées d'ailleurs sur les Etrusques, ou les Chinois.
        Et puis il a fallu se coucher, car il y a deux moments particulièrement pénibles dans une journée, qui sont le lever et le coucher. Même à supposer qu'on fasse l'amour (il n'est prévu par moi que ce soir), il reste encore toute une nuit interminable et gluante dans un lit défait par les remuements dus à la chaleur. Hier le chat n'avait pas voulu regagner le bercail.
        Mais nous avions laissé entrouverts les volets. Il s'y est glissé d'un bond à l'obscurité, nous avons entendu son collier garni d'un grelot, et à deux heures du matin j'ai contourné la fenêtre par l'extérieur et je l'ai enfermé, débarrassé de son collier, puis je suis allé m'asseoir dans mon fauteuil à branlette. Comme le porno n'était pas encore commencé, je me suis attelé à des lettres d'Hölderlin, pleines de déférence et de culture.
        Ensuite j'ai été récompensé par "les Mémoires d'un pervers", qui se passent dans l'Italie de la Belle Epoque, avec une scène extraordinaire de lesbianisme en costumes d'époque, où les actrices véritablement y mettaient tout leur enthousiasme, et on ne me fera pas croire qu'il était uniquement   professionnel...