Proullaud296

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  • Olivier de Magny

     

    Et notre Olivier de Magny de poursuivre :

     

    VI Tandis du chef ainsi trenché

     

    Estant freschement arraché,

     

    Distiloit du sang goute à goute :

     

    Qui soudain qu'en terre il estoit,

     

    Des fleurs vermeilles enfantoit,Tableau en cours.JPG

     

    Qui changeoir la campagne toute,

     

     

     

    Non en serpent, non en ruisseau,

     

    Non en loup, et non en oiseau,

     

    En pucelle, Satire ou Cyne :”

     

    Non plus qu'en fer à repasser ni en bite de bouc,

     

    « Mais bien en pierre : faisant voir

     

    Par un admirable pouvoir

     

    La vertu de leur origine. »

     

     

     

    Et c'est aussi pourquoi je crois, (strophe VIII sur XXVIII, on s'arrête à la XVIII)

     

    Que fendant l'air en mile endrois

     

    Sur mile estrangeres campagnes,

     

    A la fin en France il vola,

     

    Ou du chef hideux s'escoula

     

    Quelque sang entre ces montagnes (entre les Alpes et le Beaujolais, la fameuse ville de Lyon) :

     

     

     

    Mesmement aupres de ce pont

     

    Opposé viz à viz du mont,

     

    Du mont orguilleus de Forviere (célèbre colline de Lyon) :

     

    En cet endroit où je te vois

     

    Egaier meinte et meintefois

     

    Entre l'une et l'autre riviere (ici la note 1, pour la vile tourbe ignorante, précise que ce sont la Saône et le Rhône, qui se rejoignent à Lyon).

     

     

     

    Car deslors que fatalement

     

    J'en aprochay premierement,

     

    Je vis des la premiere approche (tu te répètes, Olivier de Magny, magne-toi)

     

    Je ne say quelle belle fleur :

     

    Qui soudein m'esclavant le cœur

     

    Le fit changer en une roche – eh, Magny, ce n'est pas le cœur qui doit durcir, là...

     

     

     

    Strophe XI ! Amis de la platitude, bonjour :

     

    Je viz encor tout à lentour

     

    Mile petits freres d'Amour,

     

    Qui menoient mile douce guerres,

     

    Et mile creintifs amoureus

     

    Qui tous comme moi langoureus

     

    Avoient leurs cœurs changés en pierres.

     

     

     

    C'est pas bien de se moquer ; la langue française venait de naître, tout de même. - Ta gueule. Strophe XII :

     

     

     

    Depuis, estant ainsi rocher,

     

    Je viz pres de moy aprocher

     

    Une Meduse plus accorte (“plus agréable”, Louise Labé a dû se sentir flattée)

     

    Que celle dont s'arme Pallas

     

    Qui changea jadis cet Atlas

     

    Qui le Ciel sur l'eschine porte.

     

    J'apprends ici, vil ignare, que Pallas-Athéna, offensée par Méduse, donna à celle-ci le pouvoir de pétrifier. Je rappelle à la tourbe vulgaire que ledit Atlas fut condamné par Jupiter à soutenir le ciel de ses épaules. Pas de poésie, au XVIe siècle, sans mythologie.

     

     

     

    Car elle, ayant moins de beautez, e-z,

     

    De ses cheveux enserpentez

     

    Faisoit ces changemens estranges :

     

    Mais cetteci, d'un seul regard

     

    De son œil doucement hagard

     

    Fait mile plus heureux eschanges.

     

    Athéna avait change les beaux cheveux de Méduse en serpents ; mais cette Méduse-ci, Louise Labé, ne transforme que les cœurs en pierre... Putain le poète! Ouah con !

     

  • Le roi de Patagonie

    Structures.JPGSTRUCTURE www.anne-jalevski.com

    Gros morceau ce soir, qui ne nous fait pas peur, Moi Antoine de Tounens roi de Patagonie, toujours Jean Raspail, toujours la folie des grandeurs, l'amour des Indiens et la générosité, qui signifie noblesse. Antoine sans son cochon, notaire en son étude après avoir été clerc de l'une à Périgueux, se fondant sur d'hypothétiques ascendances à sang bleu style Tess d'Urberville, se met en tête ce qui n'est pas si sot de conquérir pour la France un royaume au plein sud de l'Amérique du Sud, exactement deux royaumes qu'il fédèrera, l'Araucanie et la Patagonie, peuplées dit-on de farouches sauvages aujourd'hui exterminés par les vaillants conquérants j'ironise chiliens et argentins.

     

    Nous sommes au XIXe siècle sous l'empereur Napoléon III qui voulut lui aussi conquérir un empire au Mexique ce dont il lui cuisit. Aidera-t-il son cousin prétendu, Antoine de Tounens, noble autant que moi, dans sa téméraire entreprise ? que nenni. Car lorsqu'on se nomme Maximilien, de la famille de l'Empereur, on reçoit des aides financières et militaires ; lorsqu'on est un fils de bouseux périgourdin qui a ruiné sa famille pour financer ses voyages, on n'obtient rien, que rebuffades, et insultes. Antoine de Tounens est fou, sa tentative tombe à faux, puisqu'on se concilie le plus possible les autres gouvernements d'Amérique Latine afin d'avoir les mains libres au Mexique. Partout on se moque de lui, d'autant qu'on relève la têteet proclame à qui le demande qu'il est réellement roi. Car ce n'est pas du tout pour la gloire de la France qu'il veut conquêter ; ce ne sont là que des prétextes pour être soutenu. En fait, et ce n'est pas si fou, Antoine, ce "huinca", ce chien d'étranger, ce chien de chrétien, comme l'appellent les sauvages, désire s'imposer à eux, leur tomber du ciel comme un conquistador d'antan pris pour un dieu, mais, renversant la tendance esclavagiste et massacreuse, veut les regrouper sous sa bannière bleu blanc vert et les constituer en royaume fédératif de tribus indiennes parfaitement indépendantes de la France. Aventurier soutenu, eût-il pu réussir ?

     

    A ne considérer que la résolution, le panache et le goût du risque, sans nul doute. À mieux examiner les failles profondes d'une personnalité enfantine, on en doutera, et toutes les autorités françaises ou chiliennes en ont douté. Voici un rêveur, qui jette sur le papier toute une constitution, qui nomme un gouvernement composé des personnes de rencontre éphémère lui ayant témoigné quelque sympathie fût-ce apitoyée, qui organise une armée de parade, invente croix, décorations et uniformes, et qui s'embarque pour l'Amérique du Sud avec l'argent dilapidé de la famille paysanne. C'est une véritable folie traitée comme telle, le signe et l'apparence pris pour argent comptant, ce qui impressionnera quelque temps les Indiens, qui le proclameront effectivement roi de quelques jours. Jamais Antoine ne subira le ras-du-sol du réalisme, jamais ses rêves ni la royauté de l'enfant farouchement préservé ne cèderont face au mercantilisme, au scepticisme épais, aux duretés inouïes des prisons chiliennes. Malgré l'ambassadeur de France à Santiago qui tente de le raisonner, le gouvernement chilien l'arrêtera comme traître au Chili et agitateur, lui qui voulait sauver pendant qu'il était temps l'indépendance et la raide fierté de ses héros indiens, dont bien peu, mais avec quelle ferveur, l'auront compris.

     

    Les Indiens ne sont plus, poru la plupart, que des éponges complaisamment imbibées d'alcool par les mercantis tueurs de peuples. Un seul, Quillapan, le soutiendra, le proclamera roi devant les autres plus ivres que vifs. L'alcool d'Antoine, c'est la gloire, et jusqu'au bout, dans ce village de naissance où la ruine l'a contraint de revenir crever, il la soutiendra, parmi les quolibets des paysans de Tourtoirac. Parcourons l'ouvrage où l'imagination galope comme un de ces chevaux qu'il a si bien domptés, lui cavalier né :

     

    P. 47 : "J'ai dit la complicité qui nous liait, la volonté qu'il avait de forcer mon destin, de me faire échapper à ma condition paysanne, et sans doute, je l'ai compris plus tard, à certaines sombres pensées.

     

    "L'été, pendant les vacances, nous partions plusieurs jours avec la carriola, allant de foire en foire au petit trot d'Artaban. Mon père était l'un des accordeurs les plus appréciés du pays."

     

     

     

    La fiction romanesque utilise le récit rétrospectif du vieil homme de cinquante-huit ans, je veux dire prématurément vieilli par les fatigues et les avanies. Il nous retrace son enfance en un style et des termes qui n'eût pas désavoués Eugène Le Roy, auteur de Jacquou le Croquant. C'est pour nous l'exotisme au sein de la France, pour lui le quotidien dont il voudrait, dès l'enfance, s'affranchir, aidé par les folies auxiliatrices de son père auquel il voue l'admiration, lui le petit dernier à la couille flottante, car puceau il mourra, ce qui valut à l'auteur de fâcheuses déconvenues, car il l'avait imaginé... Une documentation inattaquable a présidé à ces reconstitutions d'une époque à présent plus lointaine que les Patagons, mais Raspail abomine le siècle ou veut l'abominer, se penche en nostalgique irrémédiable sur tout ce qui disparaît.

     

  • Prélude à l'épopée

     

    Hautes croix tendues en hosties, à contre-jour sur le soleil blafard, ciel gris ; croix enlierrées, grumeleuses, croix squameuses et lézardées, ronde des croix tout autour de ma tête dans la boue, minable sente herbue où je gis, ma jambe repliée sur le gras de ma cuisse – dalle de chair immobile et voguant – trois pas au-dessus des morts – je les entends là-dessous qui grignotent - "un crâne sous l'argile va cherchant" - croix inclinées sur mon berceau fangeux ne rien imaginer mon corps pèse et pose, immobile et voguant.

     

    Je suis bien, la terre se chauffe, la boue s'agglutine, mes bottes sont lourdes. Ne pas déranger. A travers l'herbe alourdie montent les souffles qui chavirent, au ras du sol voiciles brins pubiens des rêches adolescentes, plus haut la pariétaire et le laiteron - les mouches qui bourdonnent, mouches saines, mouches de caveau dans mon cerveau torpide. Si quelqu'un survenait, au sol comme je suis, je serais obligé d'inventer un malaise. Ballet de croix lentement sur moi. Le soleil à travers la brume se fait insidieux. Il faut se lever. Et lentement, rassemblant mes gestes avec économie, ramenant mes longues jambes sous mon cul engourdi, ramant la boue de mes bras emplumés, comme englué, pétri de bave, j'émerge, les yeux collés, vacillant ; m'ébroue debout, les pieds dans la boue de mes bottes, le poil ébouriffé. Je passe une main hésitante sur ma tronche. Un pas, deux pas. Mes pieds sont transpercés. D'une touffe d'herbe je les bouchonne, me coupe le creux des doigts, peigne mes cheveux de l'autre main.

     

     

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    À perte de vue semble-t-il ces croix, jusqu'à ce que j'aie, en les frottant, désembrumé mes cils collés comme au pinceau. Puis je m'étire. Il est sept heures. La fine pluie de l'aube drape sur mon front les pans du linceul. Croix celtiques (roues crucifiées à branches outrepassantes et moufflées de mousse) ; croix lépreuses, friables, meringues au goût d'hosties, où Jésus déploie son long corps de stuc aux mèches alignées – Nuit de Torôôple ciel se dégage –ma nuit, je l'ai passé sur la route là-bas rectiligne 25 bornes sous les pieds –de la hauteur où je suis, par-dessus le mur de clôture, je la vois qui s'enfonce au loin ;de loin contre le ciel plombé les croix m'avaient fait peur alors j'avais décidé d'y aller, là-haut, pour les toucher. Le vent souffla sur le soleil – puisà minuit tout s'éteignit, et tous les chiens se mirent à hurler - l'un d'eux s'est jeté sur la grille à deux doigts de ma joue, je me suis dirigé d'après le ciel moins sombre entre les cimes parallèles puis contre les lueurs plombées de l'aube, je m'étais effondrésur la porte puis deux mètres encore à quatre pattes dans la boue naissante et je suis tombé dans la boue naissante d'une pluie accrocheuse et maléfique, inconscient de sommeil à même l'allée, entre deux flaques. Les tombeaux sont des murs jetés bas, d'un temple à la mort jamais achevé en éternelle attente, pierres dansant sous le soleil levant.

     

    Je frotte mes habits, renifle et mène grand tapage - sur toute la ligne se déclencha une série de raclements de gorge et de reniflements. Par un absurde respect de ces ultimes manifestations humblement humaines, les exécuteurs attendirent leur totale extinction avant de tirer leurs rafales – dernières brumes qui s'écharpent aux quatre coins des caveaux - ce sont des maisons qui bougent, des ours bougons qui s'étirent au soleil. Noirs, gris, moussus. L'un d'eux en ciment terne, fendu, militaire, gris acier. Des brises de fête circulent. Le soleil joue sur les marbres. Je suis dégueulasse et j'ai faim. Des appétits nécrophages me traversent, je boufferais jusqu'aux viscères étalés sur les dalles aux tons pourris de pieuvres suffocantes,je souris presque, Dieu quelle tension dans les zygomatiques.

     

    L'allée principale se spatule autour du piédestal privé de sa croix hosannière, "Mission 1884" ; mes pieds s'alourdissent de son gravier. Puis une autre rangée, puis une autre, tournant le cul – je chie, appuyé à l'arrière d'un tombeau, l'étron jusqu'à terre, sous les yeux d'un crapaud figé – puis j'ai dansé, dans le jus charnu de mes bottes, pétrissant, de mes deux bras, tout un orchestre -mon père est mort à présent, mes bottes brillent de rosée, je suis bien propre. Sur les tombes les photographies jaunes et bistres exhibent ceux qui vont mourir, le nez rongé, les yeux troués, les enfants souffreteux - QU'EST-CE QUE VOUS FOUTEZ LA ? DEBOUT ! C'EST UN CIMETIERE ICI - DEGAGE ! (Grand-père c'est pas vrai ! ils t'ont bombardé gardien !) M'EN FOUS TU TE CASSES A PEINE RELÂCHÉ TU RAPPLIQUES POURQUOI ILS T'ONT LIBERE NOM DE DIEU

     

    JE SORTIRAI SI JE VEUXje suis sorti, la grille a grincé mon rêve a cesséje longe le mur extérieur de meulières délitées. Trous plâtreux, fourmis - "que feriez-vous devant un mur infranchissable ?" je scrute les lichens et les insectes "Bonjour !"C'est à quelques mètres un petit homme jaune essoufflé qui me salue d'une voix rauque aiguë, tenant à la main sa bicyclette, pinces à vélo sur pantalons flottants, béret basque et col douteux d'ecclésiastique. Sous les sourcils en aigrettes ses yeux de chien me fixent avec une intensité joyeuse. "Vous n'êtes pas d'ici ?" Je mens : "Du Nord." Mal rasé, la pomme d'Adam saillante, des touffes de poils dans les oreilles, des yeux bleus délavés, une haleine anisetée s'échappe de ses lèvres coupantes. "Moi non plus je suis Breton" Rien à foutre. Dans le silence le pédalier croque un grain d'acier. "Vous avez de la famille là-dedans ? vous êtes le fils Ménestrel ?" - la démarche (je ne sais quoi dans les hanches d'une jambe sur l'autre, le pas hésitant - cou tendu les yeux dans le vague –- je ressemble à mon père – "Vous ne me reconnaissez pas ?

     

    "Je suis le curé Meneau ! C'est moi qui fais le catéchisme aux enfants !" d'un ton pressant, comme si c'était la nouvelle du siècle "C'est bouillant à cet âge-là ! ça répond sans réfléchir !

     

        • Oui.

        • Ce n'est pas un endroit ici pour passer les vacances."

    Sa voix gazouille. Sa voix glousse. Déglutit (la pomme d'Adam qui monte et qui descend) :

    "Eh bien au revoir Monsieur Ménestrel, à bientôt !" Il me secoue la main sur une dernière bouffée de Ricard. Il s'enfonça du côté de l'aurore, et, autour de ses chevilles le falzar drapeautait