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Comment transformer Chantriaux en auteur passionnant

 

Et comme il faut bien prolonger le combat ou la "séquence plaisir", nous nous retrouvons quatre mois plus tard page 119 de ce redoutable monument de négociations franco-soviétiques. L'année 68 ancien style (2015) ne fut point tant marquée par de certains événements turbulents que par une certaine tension entre nos deux grands pays : les Soviétiques voulaient une exonération des taxes de brevet concernant la télé couleur pour les pays satellites d'Europe de l'Est, et d'autres concessions qui nous auraient floués ; il est vrai que la France prenait du retard dans la commercialisation des premiers appareils, hors de prix pour commencer. Alors, les réunions s'enchaînent, rencontres qui avaient réuni les représentants de France-Couleur et ceux des organismes soviétiques, à Paris d'abord, en juillet 1968, à Moscou ensuite, en septembre, puis à Paris, en novembre. Il est bien entendu que nul n'aborda la question de l'invasion praguoise, totalement hors sujet.

 

Nous avions déjà observé que les contacts diplomatiques n'avaient jamais cessé entre les Alliés et le IIIe Reich, bien qu'elles fussent toutes vouées à l'échec. De même, au cœur des conflits mondiaux, les hellénistes et latinistes avaient poursuivi leur collaboration, "au-dessus de la mêlée". Soyons assurés que les affaires continuent entre les participants les plus opposés sur les plans idéologiques voire militaires, malgré les scandales que tentent d'irriter les journaleux de tous ppoils et de toutes morales : oui, les lépénistes et les communistes sont entrés en contact ; non, les Français et les Soviétiques ne sont pas entrés en conflit à propos de la télévision, en dépit d'un titre virulent de la presse britannique.

 

Les fouille-merde trouveront toujours un étron à ronger. Le principal négociateur soviétique s'étant remis d'une maladie, les contacts s'assouplissent : la commission mixte prend acte enfin de la décision de la société France-Couleur : au singulier, car on a "la couleur" en général, et non pas "les couleurs" – la production en série des tubes débuterait en son usine dès le premier semestre de 1971. Des tubes plats je présume. Car les Russes avaient écopé, ou failli écopé, de tubes bombés, d'ores et déjà obsolètes. Il s'agit des écrans eux-mêmes, fonctionnant comme des tubes très aplatis. Souvenons-nous en effet que les premiers présentaient une forte convexité. Mais alors intervient dans le texte une de ces fameuses notes à rallonges, censée fournir aux chercheurs (s'il est envisageable qu'il y en ait) toutes les références nécessaires.

 

N'oublions pas en effet que nos glorieux écrits n'ont pas pour objet de satisfaire l'insatiable curiosité des lecteurs pour les vicissitudes des tubes cathodiques, mais de les agacer par la promotion du Moi, lequel rédige ces pages, et dont chacun, normalement, se contrefout ; sachez cependant que vous pouvez vous identifier à moi, tandis que s'identifier à ces tubes s'avère totalement impossible. La note 235 mentionne en effet : Archives du M.A.E., soit Ministère des Affaires – z – Etrangères, Affaires économiques et financières, Affaires générales, télévision SECAM, article 923, liasse de l'année 1968, protocole de la VIIIe session de la commission mixte franco-soviétique pour la télévision en couleurs, p. 3. Quels propos de comptoir pourrions-nous émettre ?

 

 

L'artiste (et la manche).JPG

D'une part, que les historiens désormais croulent sous la documentation, ce qui peut nuire, paradoxalement, à la vérité, mais, à coup sûr, au rêve. Argument difficilement recevable eu égard à la sévérité technique du thème. D'autre part, que l'auteur, Olivier Chantriaux, possède l'art, tout de même, de conférer à son ouvrage une grande solidité, en raison justement de ses répétitions incessantes, sans jamais tomber dans la redondance ou la fatigue : en effet, tout est tellement complexe, voire touffu, que de tels rappels demeurent indispensables. Notre auteur connaît son affaire, tant analytiquement que synthétiquement. C'est ce que l'on appelle, sans doute, l'esprit scientifique, ou administratif. Il possède n'en doutons pas une vie affective qui ne le cède en rien à la nôtre, contrairement à d'éventuels et tenaces préjugés. Il arrive même au lecteur, s'il veut bien se concentrer, d'adhérer aux passionnantes perspectives de rapports humains consacrés aux négociations concrètes, au lieu de se noyer sans cesse dans la psychologie de bazar, avec amours, haines, jalousies, soif de gloire et autres fariboles.

 

Commentaires

  • "Concentre-toi donc ! - Mais c'est ce que je fais !" Jamais content...

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