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  • Louis XI, par Murray Kendall

     

    Le chapitre 10 s'intitule “Au gré des circonstances”, illustrant fort bien le caractère fragmenté de toutes cesmonographies, car l'on ne connaît bien le destin d'un homme que s'il est mort. Et Louis XI n'échappe pas à la règle. Voici cependant une constante chez lui : “Il ne s'habillait pas comme un roi; il ne parlait ni ne pensait comme un roi ; il ne témoignait pas à ses princes et à ses seigneurs cette affection qu'éprouve naturellement à leur endroit tout véritable roi. Il s'entourait d'hommes qui étaient dangereusement laborieux, dangereusement intelligents et lamentablement mal nés. Il avait toute espèce d'étrangers à son service et préférait même leur compagnie à celle d'honnêtes Français.” Pénétrons plus avant, sondons, sondons, il en restera toujours quelque chose.

     

    Visez la traîtrise des autres, car elle ne fut pas toujours toute du même côté : “Deux mois plus tard, il dit à l'ambassadeur milanais que, s'il n'était pas revenu à Paris au moment où il l'avait fait, il aurait pu perdre sa capitale, le comte du Maine ayant obtenu qu'une des portes de la ville restât secrètement ouverte pour laisser entrer les Bourguignons. Mais force lui était de jouer la partie avec les cartes qu'il tenait en mains. Il lui fallait bon gré mal gré utiliser son oncle, car les grands féodaux n'eussent pas voulu négocier avec quelqu'un dont le rang fût inférieur au leur d'une part, mais aussi parce qu'il était important pour le moral du royaume qu'il ît valoir unprince du sang parmi ses partisans.”

     

    Voici à présent Louis XI dans le plus grand danger :

     

    “Aussitôt, il fit d'Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, son lieutenant pour les Marches de Picardie, et demanda au duc Charles d'envoyer une escorte bourguignonne à sa rencontre dès le lendemain. Le soir même, “comme s'il allait chasser” - bien desmembres de sa cour ignoraient sa résolution - , il quittait Noyon pour Ham où il devait passer la nuit dans le château du connétable.

     

    “Pourquoi donc Louis allait-il à Péronne contre toutes considérations de tactique militaire et diplomatique, contre la prudence la plus élémentaire, en dépit de dangers certains et pour des gains aléatoires, en dépit de l'avis de ses conseillers, de ses seigneurs et de ses capitaines ?”

     

    ...Il aut lire la suite pour le savoir, j'espère vous avoir mis l'eau à la bouche. Le roi fut moins lâche qu'on le dit. Ecoutez les conseils bien intentionnés :

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    “Je vous avise, Sire, que si vous ne remédiez promptement à la situation, je tiens que rien ne résistera devant lui. C'est pourquoi il me paraît que vous devriez laisser là toute chose pour

     

    HARDT VANDEKEEN “LUMIERES, LUMIERES”

     

    PAUL MURRAY KENDALL “LOUIS XI” 18 10 1994 60

     

     

     

     

     

     

     

    venir jusques ici.”

     

    “A cette missive, le roi répondit sur un ton tranchant et militaire :

     

    “Mon opinion a toujours été que vous ne deviez tenir ni Roye ni Montdidier, ni mettre les gens d'armes en place nulle qui ne fût tenable ; et n'est pas merveille si le gain que le duc de Bourgogne a fait à Nesle et à Roye l'enorgueillit et épouvante nos gens.”

     

    Est-ce assez tapé ? Le même Louis XI savait d'ailleurs aussi bien acheter la paix :

     

    “Et, pour ce, je vous prie, Monseigneur le chancelier, sur tout tant que vous aimez mon bien, mon honneur et celui de tout le royaume, faites diligence et ne me aillez point à ce besoin, car si faute y avait, vosu me feriez un dommage irréparable.”

     

    “Le 25 août, le roi entrait à Amiens avec des coffres pleins de pièces d'or.

     

    “Aux termes du traité, Louis acceptait de verser à Edouard soixante-quinze mille écus comptant poour qu'il pût rentrer chez lui avec son armée.”

     

    Evidemment, ce n'est pas avec de telles manœuvres qu'on se fait une réputation de foudre de guerre. Mais les paysans bénissaient Louis XI. C'est toujours la même chose, je vous quitte après vous avoir bien mis l'appétit d'en savoir plus. Il vous faudra vous procurer Louis XI de Murray Kendall, en vente partout, si vous aimez l'histoire, et je sais qu'il ne manque pas d'amateurs...

     

  • On se frotte les mains avant le travail

     

     

     

    Je veux me glisser, frayer ma voie dans une famille, à seule fin de sauver une femme. Il me faut pour cela feindre l'amour, le composer, voire l'éprouver. Le jeu consiste en ces chapitres à combiner deux projets illustratifs, ce que la comédie antique appelait « contamination » : ainsi Térence assemblait-il deux pièces de Ménandre ; ainsi, d'une autre manière, Vintila Horia superposa–t-il la relégation de Thomas le Roumain et l'inhumaine incarcération de Boèce en 525. Sans véritablement tirer de larmes ni infliger le rire, je devrais alors potasser la chronologie. Onufrio serait l'ami de Fedora ; et Irène, ce serait moi.

     

    Lydie : rappeler les épisodes de son enfance, mais que ce soit du passé. Elle aura donc 16 ou 17 ans. Maintenir l'étagement des trois générations de femelles. Kohani sera infirmière comme Léna. Pas de mec fixe pour Léna, insupportable. Fedora, Onufrio, forment un couple tortureur, Assia et Léna le couple de victimes. Lydie restera seule, avec un jeune homme qui tourne autour, plus absent qu'autre chose. Léna, Arielle, se ressemblent, faibles, tantôt catatoniques tantôt hypernerveuses. Le trio est Fedora-Léna-Lydie. Moi Brendon, folâtre, inconsistant, je naviguerais entre Assia et Lydie. Nous parlerons volontiers du trio Lazare-Cerise-Irène, en tant que réféfence.

     

    ESSAYER une ébauche de plan ou du moins de succession avant de recoudre maladroitement les morceaux. La fin doit être ce que l'on connaît d'abord. La meilleure que je connaisse est l'éclatement et la dispersion. La diaspora. Puisque toutes mes sources d'information sont coupées : « Ne dis rien à cet homme ; il nous met dans ses livres sans même se donner les gants de transposer » - pauvre conne, qui de nos lecteurs se souciera jamais de vous...

     

    1. Onufrio et Fedora font connaissance lorsque l'Italien joue sur scène et chante à la guitare. Facile à mettre en place.

    2. Il vient chez elle où se trouve déjà Léna-Assia, 13 ou 14 ans. Et déjà ça le tenterait bien de faire coup double à travers les générations. Penser à Assia adolescente, très idéaliste, platonique à fond, sauvage, revêche, branlée à mort.

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    3. Fedora s'aperçoit qu'à son retour d'une tournée parisienne (la faire plus avancée en grade qu'elle ne fut) (Onufrio l'accueille vertement parce que le voisinage l'a vue revenir à bord d'une somptueuse voiture conduite par Félix) sa fille Léna est en cloque, et le choc est terrible. Eviter le mélodrame narratif. Penser toutefois à la conduite innommable de Coubert avec Assia enceinte.

     

     

     

    1. Saut dans le temps : Lydie, fille de Léna et d'Onufrio, a désormais 17 ou 18 ans, avec déjà tout un passé de brimades. Onufrio est parti, idéalisé par toutes. Léna me raconte ses brimades, parmi lesquelles son abandon paternel. Cela ressemblera également aux boniments d'Assia sur Zined prétendu violent et ivrogne. Penser aussi à Drancy de Créteil.

     

    Et c'est dans ces structures familiales incestuelles que j'ai envie de m'immiscer, pour les démolir à mon profit. Ma femme serait Arielle éternelle malade évanescente. Et je drague aux trois étages. D'ailleurs ces femmes occupent chacune un minuscule appartement par étage, la plus âgée en haut.

     

  • Démolition d'unu chef-d'oeuvre oublié

     

    Comment peut-on être aussi con qu'un Américain ? Oui, bon, ça commence très fort, incident diplomatique, le téléphone : “Les Américains t'enquioulent” - mais ils lisent “Afin que nul ne meure” de Slaughter. Enfin, ils l'ont lu. Et l'Eurpoe a suivi, comme d'habitude. Le dénommé Slaughter s'est fait un max de pognon sur le dos du lecteur, avec un sujet qui en effet pouvait et devait émouvoir les foules des années 50 – de l'année 50 précisément, date du droit de copie – à savoir l'organisation libérale ou non de la médecine. Sujet qui passionne les opinions encore maintenant : médecine libérale ou médecine au rabais ? Tel est le dilemme – il est faux, d'ailleurs ; dans son dispensaire, Louis-Ferdinand Céline donnait d'excellentes consultations, même aux juifs.

     

    Aux Etats-Unis, tout se complique: c'est la guerre froide, tout ce qui ressemble à une intervention de l'Etat vire aussitôt au bureaucratisme stalinien, des médecinsnous sont présentés dans cet ouvrage comme de parfaits partisans de partis, plus préoccupé de leur avenir et de leur retraite que de la santé de leurs patients. Et il y en eut. D'un autre côté, n'est-il pas scandaleux que les pauvres, les mineurs, les silicosés, n'aient pas les moyens d'accéder à uen médecine compétente mais ultra-coûteuse ? Car ne l'oublions pas, encore aujourd'hui, mieux vaut ne pas être malade aux Etats-Unis sans un bon compte en banque.

     

    La solution ? Mais c'est bien sûr, un héros va vous la trouver tout de suite ! Il s'appelle Randolph Waren. Il est jeune, il est beau mais pas trop, dynamique, honnête, intègre, bon mari, trompe sa femme qui manque le lui rendre (pas plus, la morale améridaine est sauve), mais tout se finit bien, et le brave dr Warren, qui a su résister à tout, devient secrétaire d'Etat à la santé : qu'a-t-il proposé ? Car de plus, l'histoire semble véridique, même si on a un peu arrangé le médecin pour en faire un véritable héros américain. L'ouvrage est suivi de tout un documentaire, déroulant des articles de lois sur l'organisation désormais de la médecine américaine. Les toubibs donc se sont organisés entre eux et de façon tout à fait indépendante, “afin que nul ne meure”, c'est-à-dire que tous puissent bénéficier de soins satisfaisants, fussent-ils pauvres, tout en préservant l'indépendance des médecins face aux systèmes bureaucratiques et politiques.

     

    En 1950, la chose était d'actualité, et “Afin que nul ne meure” est devenu un best-seller, un “mieux vendu”. A présent, d'autres problèmes surgissent, différents aux Etats-Unis et en France, mais aussi aigus. Ce n'est pas à moi d'en décider ici, je dois parler de littérature. Eh bien allons-y. En dépit d'indéniables qualités dans le traitement sociologique d'une carence soignée, Mr Slaughter nous présente des types humains et des situations d'un sous-développement tel, que l'Amérique en sort amoindrie et le Coca-Cola grossi. Comment pouvez-vous confier votre vie, si le roman est vrai, à des chirurgiens aussi puérils, aussi bébé, aussi fleur-bleue, quand il s'agit de l'amour ? By Jove ! On se croirait dans un roman-photos ! La course-au-mariage avec le chirurgien-chef ! Les dialogues sonnent faux, d'autant plus faux que c'est traduit en dépit du bon sens ! Et ça se voit, parce que jamais personne ne s'exprime comme ça. C'est du mot à mot prude. On ne dit pas le “popotin”, on dit le cul.

     

    Les plaisanteries américaines sont éculées (pour ne pas dire plus). Le chirurgien maniaque (en l'occurrence, de la césarienne ; oui, on en a vu à Toulouse qui coupaient les vessies pour gagner du pognon, O.K.) ; la naissance difficile ; l'enfant mort-né ; le jeune espoir qui attrape un cancer ; le fils de pauvre, et juif, qui réussit à la force du poignet (pas de la veuve, eh cloche) ; le docteur méritant nommé au fin fond de la cambrouse ; le pecquenod reconnaissant qu'on ait sauvé son fils in extremis ; tout ce que le mélodrame de vieille garde peut produire de plus éculé, vous le voulez, vous l'aurez ; car Slaughter en a écrit, lui et ses nègres, “du même auteur dans sa collection”, 45 ! Parfaitement !

     

    Bon, je m'y suis fait, à ces personnages de carton pâte, à ces rebondissements téléphonés ; à la longue, je me suis laissé avoir ; “ce sont des naïvetés inhérentes au genre” - de même que dans un opéra, on chante, dans un best-seller américain, hardi la guimauve ! Avec une infirmière dépoitraillée en couverture, une ! - mais oui, notre héros a eu des tentations ! Un vrai théâtre de marionnettes, on vous dit ; de qui suis-je la marionnette à ce micro ? Ce bouquin fait 503 pages ; c'est dire le nombre d'extraits que nosu allons subir ! Car ici, à “Lumières, Lumières”, à “Vexin Val de Seine”, l'auditeur juge sur pièce. Ahead !

     

    D'abord, un § innocent page 47. Innocent, car marquant une fusion bien concoctée entre des états d'âme et une organisation matérielle bien efficace. Curieux tout de même que je voie bien davantage ce Dr Warren sous les traits d'un comédien de feuilleton qui s'applique à prendre l'air d'un toubib, que sous ceux d'un véritable docteur... Quel mauvais sujet, plein de parti pris, je fais ! Ne m'en parlez pas... P. 64 : “Hello, Larry ! Oui, ce soir, je suis de sortie” : rien que ce “hello”, ce “Hi, Ran !” , que je lis “iran”, pour vous prouver que c'est très mal traduit – fielleusement – et je poursuis.

     

    P. 141 : “Qu'est-ce qu'il y a ? Je l'ai noué de travers ?” - bon, pas de chance ; voyons p. 188, 4e §. J'aimerais tomber sur quelque chose de vraiment mauvais, de vraiment probant ; ce sont là de ces contraintes de la critique... [p. 188]

     

    Je soupçonne Larry d'être le copain de Ran; exact ; mais ils sont interchangeables. Tant pis. Les autres collègues ne sont que des silhouettes, caractérisée d'un détail, sans plus.

     

    P. 235 : “Je l'ai tué, Syb”. Est-ce que je sais à quoi ça se rapporte, moi ; c'est tellement touffu... La situation clichée doit être celle-ci : une opération ratée.

     

     

     

    P. 282, § 6 :

     

    Tout se remet en place ; Larry, d'abord ami, virera vers ce qui convient le mieux à ses intérêts, sans vouloir donc heurter de front les intérêts politiques. Syb, ou Sybille, est la grande femme mystérieuse qui aurait tellement mieux fait jouir et souffrir Randolph, qui est resté attaché à son foyer pour ne pas choquer l'Amérique. Le Français est d'une autre trempe, et comme disait Jules Renard : “Se présenter devant Dieu sans avoir trompé sa femme, quelle honte !”

     

     

     

    [p.329, § 7]

     

    Je tombe toujours sur des bribes de dialogues ; eh bien c'est animé, du moins ; ça plaira. Cela me rappelle simplement que l'Etat institua des examens médicaux, auxquels Randolph ne peut satisfaire malgré sa grande et longue et humaine expérience. Ah, les salauds, et le brave jeune homme.

     

     

     

    [p. 376, § 8] – ou l'art de la formule passe-partout. Je hais les romans où il n'y a pas de recherche, où l'on se contente d'appliquer les procédés connus.

     

     

     

    [p. 432, § 9]

     

    Où l'on apprend que bien sûr les plus salauds sont les plus célèbres.

     

     

     

    [p. 470 § 10]

     

    Ah, plus intéressant, et justifiant du succès : les assez nombreuses et judicieusement réparties séances de charcutage ; depuis Igor Barrère nous savions combien le pékin aime à scruter, caméra ou livre s'interposant, le mécanisme du corps. Ça fait compétent. Et puis, si ça vous arrive, n'est-ce pas, finalement, ce livre est avalable, à condition de ne pas avoir attendu, préalablement, le chef-d'œuvre. Ce livre sera donné, car il m'encombre. “Afin que nul ne meure”, de Slaughter. C'était notre critique littéraire, avec sa partie dure, sa partie couilles. Avec moi, c'est ça. Hi, folks !