Proullaud296

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  • Fumaroli n'est qu'un prétexte

     

     

     

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    C'est avec plaisir que j'ai renoué avec Marc Fumaroli, dans sa "brève péroraison". Qui est malgré tout un message d'espoir – quoique la France n'en soit pas porteuse. Les élites prétentieuses et égarées de notre nation nous entraînent vers un désert humaniste. La Chine elle-même renoue avec l'espoir, après "la lobotomisation de sa révolution culturelle" (bien vu), avec "les fils de sa très longue mémoire". Et nous serions les seuls à nous détourner de nous-mêmes, avec les conneries (j'ai entendu le mot) de la dette coloniale à payer. Les opinions vont se briser les unes sur les autres, et je ne m'affligerais pas trop de certaines victoires. Je crains hélas que ne n'opposent une "France" à une autre, comme les deux "ivoirités".

     

    Je crains non pas tant des morts que des vulgarités sans nom. Ferry ouvrait le bal avec des accusations de pédophilie qu'il est interdit de relayer. Ça va frapper très bas. Au-dessous, largement, de la ceinture. "...tout en gardant intacte sa carapace communiste" et ses haut-parleurs qui déversent leur propagande aigrelette. Ce ne sera qu'une hypocrisie de plus, obscurcissant le ciel de ses foisonnements désuets de fils électriques. Cela m'apaise comme la potence au milieu de la pièce : grâce à ce gibet, j'ai sous les yeux la solution finale appliquée à moi-même, la porte de sortie au col de chanvre qui met fin à tous les maux. "...et en jouant avec virtuosité le jeu de l'économie dite libérale" (...la Chine). Sacrés humains. Telle la Chine, pourquoi pas, jouant sur les deux tableaux. Aussi, pour ne pas dormir en consultant sa montre, raisonnons : Fumaroli (muraille lointaine où revient s'appuyer mon lierre) expose ici l'espoir des nations, celui que toute décadence et toute errance implique ressaisissement, quelle que soit la nation, sans qu'il soit nécessaire d'en passer par une guerre. "Pour la plupart des grandes nations du monde, l'Inde n'étant pas la dernière, le rapport à leur long passé, le rejet de l'idée de passé-poids dont il faut se délester en bloc, et le recours à un passé-phare, qui donne du champ, oriente et balise la route dans le voyage historique, sont appelés désormais à redevenir des ressorts moraux et politiques majeurs." Fumaroli pense à tout, nous livre sa pensée solution en main ; ce recours au passé me plaît bien. Le renier forcenément mène à cécité, haine et précipitation. Si, tenez compte de vous-même, cultivez votre ego, demandez-vous toujours l'effet que vous allez produire, puis retournez-vous pour l'oublier.

     

    Mais refaites souvent ce va-et-vient, nourricier, au lieu d'aller prétendre que jamais "tel artiste" ne s'est soucié de son ego : ma foi si ; comment aurait-il fait ? Ces formules ont le don de m'exaspérer : "s'en donner les moyens", etc. Donc, espérons que la France, comme les autres, encensera son passé, son ego, non pour sombrer dans le passéisme paralysant, ou hautain, mais pour avancer sur deux jambes, d'arrière en avant, d'arrière en avant. Marine ? mais les requins du magouillage financier rôdent dans son sillage. Que le patriotisme, le respect des humanités, ne soit pas prétexte au repli. "Le seul recours en profondeur contre les fondamentalismes incultes, à commencer par le nôtre, c'est le rejet résolu, et d'abord par nous Européens, du fondamentalisme et de l'inculture "hypermodernes".

  • La morale et le style

     

    Ne serait-il pas extraordinairement intéressant de recueillir les réactions d'un Siamois, d'une Siamoise encore plus, surtout de quatorze à seize ans ? Les objets ne pourraient-ils pas à leur tour nous dire ce qu'ils pensent et renverser cet obsédant sens unique ? Manset est-il masculin au mauvais sens du terme ? Où le machisme tendre et protecteur et sournois ne va-t-il pas se nicher ? Le style même n'est pas à la hauteur, il lui manque toutes sortes de vigueurs, la couleur locale se fait vivement présente en particulier grâce aux nombreuses expressions de langue thaï, mais les évocations molles de couchers de soleil ou d'atmosphères d'attente ne comblent pas la nôtre, surtout que dans un souci de ne pas se justifier, Gérard Manset nous promène au ras des faits et de la suggestion.

     

    Mais il suggère trop peu. Il ne s'analyse pas, et même s'il le fait exprès par objectivité, cela ressemble trop à quelque voile trop pudique. Il est vrai que toute autojustification à la Matzneff provoquerait le doute et l'agacement du lecteur. Ce serait un air trop connu. Mieux vaut l'esthétisme que le raisonnement. Ne serait-ce pas justement que tout appel à la raison demeurerait désespérement incomplet et frustrant ? Qu'est-ce qui peut justifier la prostitution des fillettes ? Nos valeurs occidentales ne seraient-elles pas justement, et pourquoi pas, universelles ? Nous sommes, nous lecteurs, déçus de l'ouvrage de Manset, parce que nosu le comparons inévitablement avec ses chansons.

     

    Sinon, il eût été aisé d'employer un pseudonyme. La chanson permet des contraintes, partant des trouvailles de style. Otez la mélodie, la mélopée plutôt, que reste-t-il du texte ? Argument irrecevable bien sûr. Mais on entrevoit un soupçon de facilité dans ces enveloppements musicaux. Et dans le livre “Royaume de Siam”, la musique n'est pas. La phrase se balance, sans heurts, avec un sens tout racinien (quel compliment !) de l'harmonie, rien n'est plus haut ni plus bas, la science des liquides, des nasales, des longues et des brèves révèle l'art extrême du parolier, mais il ne suffit plus dorénavant d'écrire et de mouler ses phrases comme Fénelon ou Chateaubriand, et quelques aspérités, quelques tourments ne dépareraient pas ce grand touriste anesthésié comme une endive, qui traîne sa mélancolique guimauve à travers les corps lisses de jeunes filles à peine coléreuses de loin en loin ou capricieuses et si aisées à apaiser. Ne serait-ce pas l'éther mental dont il convient de s'insensibiliser pour ne pas succomber aux remords ou du moins à la réflexion ? Ce livre est qu'on le veuille ou non aux frontières de la littérature et de l'éthique. L'esthétisme a trop souvent véhiculé de moins avouables choses, et l'on ne peut impunément séparer ce qui se dit de la manière dont c'est dit.

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    Voilà qui est dit, je me gratte la tête et n'ai pas voulu manier l'assommoir, malgré de vives démangeaisons dues à mon respect immodéré pour l'immense chanteur. Il n'y a pas que cela sous le mystère du chanteur. Il a raison de vouloir se cacher, non par honte qui ne l'effleure pas ou plutôt qui l'effleure esthétiquement, délicieusement, mais parce qu'il ne dévoile qu'une parte infime et trop personnelle de ce qui nous envahit, nous autres auditeurs, à écouter l'auteur des chants de Manset. Refermons le couvercle où les odeurs de rose cachent mal les relents de bouges, et humons de toutes nos oreilles (ici l'audition d'un disque de Manset s'impose)... (Rick Wakeman !)

     

    (Rick Wakeman)

     

    Lecture des pp. 47 (“Mais la route n'était plus la même à 20 km au nord de Nhac-Luà et elle rejoignait celle de Barng-Seng. Je n'avais pas revu le bungalow. Une fois à Bangkok, à peine avais-je eu ma chambre que je sortais de l'hôtel et parcourais à pied le peu de distance qui me séparait du coffee-shop. Il faisait nuit. Je n'avais pas rendez-vous. Normalement Rêo aurait dû être repartie à Kalasin, dans son pays. Je ne pensais pas la trouver, j'espérais même ne pas la voir. Mille filles me croisaient, me bousculaient, toutes avaient le visage luisant, les prunelles noires. La lumière tamisée les faisait ressembler à des vipères : pommettes hautes, triangulaires, la tête droite et le regard dur. J'étais resté longtemps à écouter la musique, seul, les regardant une par une, les trouvant trop vulgaires. Au 555, j'avais pris Nhoc, quatorze ans, pour deux cents bhats, et j'étais rentré me coucher. Demain à six heures du matin je retournais voir la maï.”), 94 (“En fin d'après midi ou bien en pleine nuit je descendais chercher du riz, un ou deux sachets de plastique bouillants fermés d'un élastique. Elle étalait les portions fumantes de l'assiette, et commençait à manger lentement, suçant presque un à un les grains de riz après en avoir écarté délicatement les concombres et les ciboules. Elle avait parlé d'un collier. Nous en étions déjà au point où il fallait non pas des preuves mais quelque chose de concret, un souvenir. Puisque je devais la quitter demain, peut-être après-demain, elle le garderait avec elle et penserait à moi. Qu'avais-je répondu ? Je ne sais plus. De toutes manières j'avais bien senti que sur ce collier se briseraient les premières larmes arrachées une à une à cette enfant. Je ne pouvais porter sur elle un regard plus puant. Pourtant malgré moi j'avais cette vision du piquet, et de l'animal piégé. J'étais peut-être le chasseur ou le cadavre, cela dépendait des renversements et des données. Pour l'instant j'avais cette sensation de tenir le bout du fouet.

     

    Elle ne disait rien. Elle avait cette attitude d'avant le combat. A quoi pensait-elle ? Que cherchait-elle à trouver ? Y avait-il pour elle le moyen de ne pas se perdre, de rassembler ses idées calmement ? Elle prit ce visage d'un triste soir, d'une des nuits de Bang-Sen avant que je ne la quitte pour Calcutta. La nuit était tombée et nous n'avions pas allumé. Juste la braise d'une cigarette éclairait ses pommettes pâles et ses joues d'enfant. Cette nuit de Bang-Sen elle avait évoqué paisiblement, comme si cela présageait toutes sortes de menaces ou de catastrophes, les “songs” (bordels) de Piksanulok, ceux qu'elle connaissait mais où elle m'avait affirmé n'avoir jamais travaillé. Pour elle, c'était le snack du sous-sol et les huit étages de la “marin”, dans l'hôtel. Derrière la réception, un escalier sordide à droite descendait vers une boîte ouverte toute la nuit. Naliat y dormait et y suivait le cas échéant pour 100 bhats le premier Thaï qui se présentait.”), 141 (“Kengga avait quinze ans et depuis une dizaine de jours. Elle avait un corps menu et une ligne tendre et mou (???). Elle m'avait bien sûr laissé au bas de la page son adresse complète et le merveilleux nom de princesse de sa famille. Je n'étais pas reparti. Je n'avais pas été à Ouissou d'où j'imaginais Salika à une table du Maatch-Kwa et demain très tôt après deux heures de route le long de la côte le car me déposerait à Don-Wang pour le vol de Manille.”

     

    Gérard Manset, “Royaume de Siam”, éditions Aubier.

     

  • Prison d'en haut, prison d'en bas

     

    Séparation. Retrouvailles.

     

    Le lendemain transfert. Dorimon ne m'apportait plus. Ne m'enrichissait plus. Il me dit « Amen », comme « adieu ». Je ne l'ai plus revu jusqu'en 2039, date lointaine, mon passé en cendres. A Grönstadt-Universität, il souffre deux années pour perdre son Epouse tout ainsi que je l'ai prévu, cancer encore, cancer encéphalique, ce vieil homme ouvre sa porte, «...mais c'est moi ! ho ! Maerten ! c'est moi ! » - je ne le remets pas, voûté, crâne ras dans l'embrasure – « moi ! Dorimon ! » Dans ma tête Gavri-èl archange déploie tout le destin qui fut cet homme, sa descendance (Eva, Diana) et la condamnation du père par ses filles en jugement du tant de telle année. J'entre chez lui : trente années de plus, délaissé, avec sa mitraillette à crosse de buis, ses trois fusils couchés sur le râtelier en bois de cerfs, « qu'ils y viennent ! qu'ils y viennent !  - Qui donc ? je dis Qui donc ? Il répond par un vague murmure. Juste des mois et des années, sa voix écorchée la veille dans le répondeur : ...n'est pas là pour le moment – j'échappe à son histoire, à l'histoire.

     

     

     

    Analepse

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    « Vous êtes arrivé ». La portière s'ouvre. Je descends seul. Dans mon dos les Drüften, 72, 73 ans, transférés eux aussi, le détenu et les deux gardes, qui ne crèvent jamais. Rue poussiéreuse à l'autre bout de T., trottoirs défoncés, ascenseur à trois collés à la verticale, je les sens je suspends mon souffle, à deux doigts sifflent les câbles tout pelés frôlant l'habitacle vitré. L'autre cellule est au sixième étage, les déménageurs éventrent une caisse d'où tombe la paille et la cafetière ébréchée, bleu vert, qui recueillait mon sperme par faveur spéciale.

     

    Frau Drüften s'en empare et la flaire.

     

     

     

    Lettre de Kragen

     

    « L'interminable agonie du cancéreux permet de parcourir toute l'échelle des vanités. » Sur l'échiquier qu'il me tend aujourd'hui à travers le passe-plat, Kragen pince du pouce un message ainsi rédigé : « Je ne souffre plus de devoir enfin mourir » - il raye le premier mot, je chiffonne tout. La partie se déroule avec faste, j'interviens pour qu'une meilleure lampe nous soit attribuée, tandis que là-haut Daniel Tag, informé, se lisse la mâchoire : « Ce petit progresse ».

     

     

     

    Analepse, suite

     

    Aux alentours de T., le vieux Drüften fut jadis ouvrier, très estimé. « A force de crédit et de compétence, il est parvenu à se faire confier la gérance [...] (...) tement, scrupuleusement - » tout est écrit petit ; plus gros, en bas de son contrat : Il traitera les détenus comme un père ». Tes doutes tu lui confieras.

     

    Les ouvriers charrient les meubles, la vieille garde crie, le Drüften mâle encule mon âme, plus tard il me promène au fond d'un vallon, sous un toit de tôle en ruines : « Mon ancien atelier », je ramasse au sol de vieilles revues humoristiques belges, soudées d'humidité, qui feront mes délices de prisonnier - aujourd'hui j'emménage : « Tu seras maté » me jette le vieux garde en se levant d'une caisse vide. Je demande : « Avez-vous des filles ? » Il s'éloigneet me laisse seul. Dans ma seconde geôle tout est clair, par une grande baie vitrée la seule mer en vue est celle des terrasses - Dorimon, qui te surveille ? et qui encombres-tu ? ...te raccompagnent-ils en Métropole, ta mère est-elle encore au monde, etc.) - dans ma cellule lumineuse un petit tas d'objets surexposés soit trois microsillons (Strauss, Messager, Wagner), plus une boîte étrange très compacte et capitonnée, contenant un accordéon d'Europe.

     

    L'instrument trop petit, deux octaves d'étendue sur clavier droit, bretelles rouges à se meurtrir les côtes et ventre rebiglant sous le soufflet : «...à chaque prisonnier sera gracieusement remis le Chtoudennt Fir afin d'améliorer leur sort en nos établissements » - nos établissements ! C'est dans la cour pour peu qu'ils jouent à deux ou trois une cacophonie à hurler, de ces plats arpèges aigrelets juste bons pour les hameaux – je cours donc au garde-fou du balcon, ne trouvant au sixième ni cour ni vis-à-vis, et je joue pour le ciel et la lune : 1m 20 de haut sur un demi de large parapet compris.Mes progrès sont rapides ; et par l'ascenseur ô prodige ! il me sera possible de rejoindre la prison d'en bas.

     

  • Un chef-d'oeuvre méconnu : Gaston-Dragon

     

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    L'ENFANT, LE TEMPS (116)

     

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    J'ignorais qu'il fût si proche encore (117), qu'il m'eût tenu lui-même dans ses bras : le temps commence pour l'enfant à sa venue au monde ; son atelier restait maniaquement rangé : gouges, poinçons, chignoles par rang de tailles sur le mur. Je sentais le parfum des copeaux (estompé au cours des années), je touchais l'établi couvert de cicatrices. Couturé. Gaston-Dragon irréparable avait tourné de sa main mutilée (scie circulaire) cette petite meule verticale et roussâtre que je lançais : accélération, extinction progressive, dans un mugissement de rame de métro – ces voies souterraines récemment découvertes (un voyage à Paris pour L'auberge du cheval blanc) me pénétrèrent de ravissement - je pouvais donc m'échapper ; les souterrains devant la meule s'étendent à l'infini, perdus à l'extrémité clignotante de longues lignes perdues - j'annonce à haute voix toutes sortes de noms.

     

    Avant de m'endormir je me chuchote une infinité de toponymes villageois, par ordre alphabétique. Je me souviens d'être allé jusqu'à « V ».

     

    Notes

    (116) Encore un paragraphe victimaire.

    (117) Gaston-Dragon, bien sûr.

     

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    L'ENFANT, LE PÉCHÉ(118)

     

    Le temps de la Question Ordinaire sous les yeux cerclés d'or du Masey-Ferguson survient deux ans plus tard – au sein d'un temps immobile - quand je m'avise d'avouer à ma mère - n'est-ce pas dans ce gros volume d'Histoire Sainte – lis donc,tu nous foutras la paix - que je découvre entre deux gravures - Massacre des Macchabées / Daniel dans la fosse aux lions - l'assertion sans réplique suivante : les bons enfants n'ont aucun secret pour leurs parents. Je confie donc à ma mère l'étrange chose que nous commettions cousine Berthe et moi dans cet autre village - ah ! ce sont là de bien étranges époques pour vous autres - comment Valery Larbaud a-t-il bien pu parler sans frémir du "vert paradis des amours enfantines" ...?

     

    Cousine Berthe - qu'elle soit bénie, et à jamais - se branle au-dessus de moi, très loin, très longuement et trèsvigoureusement, comme font les filles, sans révéler jamais, sans m'expliquer ce qu'elle fait, tandis qu'à l'intérieur d'elle j'attends qu'elle s'achève, sans jamais révéler à l'enfant le plaisir qu'elle se donne. On me cachait des choses. Forcément, à un gosse. Juste avant je fais mes prières - on les recommencera les cochonneries d'hier soir ? - Tais-toi, tais-toi si tu veux qu'on puissecontinuer – tout mon répertoire de prières m'affluait aux lèvres, Confiteor compris, je me vidais ensuite, tout l'esprit, pour m'étanchéifier ; pour me dédoubler ; me dédouaner, m'insensibiliser.

     

    Juste après l' « acte de contrition ». L'acte bien. Merveilleux. Extraordinaire. Bien que je ne connusse pas l'éjaculation. Ou puisque.Sous le calendrier « Masey-Ferguson » aux phares cerclés d'or ma mère feignait d'étouffer devant la Veuve Gaston en se couvrant les yeux de son mouchoir : "Mon Dieu !" - quel Dieu ? - mon père, écœuré, m'évita. Toute information, tout choc, me furent épargnés. Lorsque j'apprends un jour qu'ainsi se font les enfants je ne peux imaginer que je sois né au prix de cette ignominie ; je suis assurément le seul de toute la terre suffisamment dépravé pour imaginer semblable saleté, d'introduire son sexe dans le sexe d'une fille, fille du frère de son père – la chose est en vérité si lointaine que j'ai grand tort, promis à de si hautes destinées, de m'y attarder aussi sottement.

    Notes

    (118) Il me faut donc absolument y revenir...