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  • Barthès, ou les accents malicieux

     ROLAND BARTHES "FRAGMENTS D'UN DISCOURS AMOUREUX"

     

     

    Auditeurs, bonne après-midi. Pour vous aider

     

      à sortir de la sieste ou pour vous y replonger,

     

    voici "Fragments d'un discours amoureux" de

     

    Roland Barthes, publi‚ aux Editions du Seuil en

     

    1977 et fort astucieusement r‚‚dit‚ en ‚dition

     

    co^uteuse, avec, sur la couverture, seule

     

    allusion aux penchants de Roland, "Tobie et

     

    l'Ange", fragment bien entendu de tableau, de

     

    l'atelier de Verrocchio comme nul n'en ignore.

     

    "Fragments", est-il dit ; "d'un", et non

     

    "du"; "discours", qui plus est - ou qui moins

     

    est; "amoureux", pour couronner le tout. C'est

     

    exactement l'oppos‚ de l'ouvrage intitul‚ "De

     

    l'Amour" de Stendhal, et voyez "comme en peu

     

    d'espace" il est devenu difficile de parler d'un

     

    amour qui serait le m^eme et sensible … tous par

     

    les m^emes manifestations.

     

    Le titre, gage de l'honn^etet‚ de l'auteur,

     

    ne prétend, par délimitations, par restrictions

     

    successives, ne traiter que d'une toute partie du

     

    sujet. La forme consiste en tout petits

     

    chapitres, agissant à la fa‡on de ces shrapnells

     

    ou "obus remplis de balles, qu'il projette en

     

    éclatant" - je cite le Robert.

     

    L'ordre alphabétique brouille les pistes, qui

     

    sont d'emblée brouillées dans le jeu de l'amour :

     

    de "S'abîmer", verbe pronominal, à

     

    "Vouloir-saisir", qui s'apparente par son

     

    infinitif substantivé aux allégories ancestrales"

     

     

     

     

     

     

     

    du "Roman de la Rose". Chacun des chapitres porte

     

    en exergue une citation, un commentaire destiné à

     

    l'éclairer. Le style est froid, plein de chaleur

     

    contenue, comme un couvercle de cocotte-minute

     

    d'où s'échappe de loin en loin le jet de vapeur

     

    sifflant de la passion.

     

    Sous chacune des rubriques sont faussement

     

    catalogués des comportements, de petites phrases,

     

    de minuscules pincements de coeur, des tics,

     

    relevés dans le comportement courant de

     

    l'amoureux, ou plut^ot dans ce qu'il dit, ou dans

     

    ce qui a ‚t‚ dit de son comportement - car

     

    l'amour n'est qu'un discours, n'est reconnu qu'…

     

    partir d'un discours, soit qu'on le tienne, soit

     

    qu'on fasse référence à un écrit, à une

     

    littérature.

    Carcassonne pittoresque.JPG


     

  • Lourdeurs des maîtres, coups de génie de leurs disciples

     

    Placer ici l'aventure du sieur P., dé, fourruré de frais, qui m'arrache Lefèvre des bras en disant « Excuse-moi, c'est urgent » - excusez-moi, Monsieur P., dé, c'est vous qui êtes vulgaire, pas moi. » Et puisqu'on en est aux enfilades : un collègue de Prahecq, nasillard, ne comprends pas que je connaisse Prahecq... Il m'inscrit un itinéraire sur une feuille de papier. Je lui dis, enthousiaste : « Vas-y, mets-moi tout, mets-moi tout ». A ce moment j'entrevois le sieur Boulaouane, pédé de service, tout tortillé de haut en bas comme un lombric sous haute tension : «Monsieur Boulaouane, vous êtes obscène ! » et lui de s''esclaffer : «C'est vous, cher Monsieur, qui êtes obscène ! » Le même, dans un bistrot, faisait allusion aux mœurs supposées du lycée : « Il règne ici, mon cher ami, une atmosphère orientale ! Orientale... » Le même aussi disait : « Je sais le hongrois, l'arabe », mais il se refusait à savoir l'anglais, langue trop vulgaire. Seulement, son arabe me semble ne pas avoir dépassé la phrase « Je sais l'arabe »... Le même enfin, entrevu au dernier repas de fin d'année, tournant le dos définitivement, pour toute ma vie, parce que j'ai fait chanter à toute la table « Boulaouane, gentil Boulaouane, Boulaouane je t'emplumerai » - à quoi tiennent les séparations définitives, à quoi tient la présence de la mort... Ainsi souvent la vie se résume-t-elle à une succession d'anecdotes, à grrand-peine exemplaires – mais eussions-nous été transformés en autre,n'est-ce pas, jamais je n'aurions empilé, statifié, tant d'incidents de commis voyageur... Nous avons suivi, n'est-ce pas, notre destin et notre pente, en descendant... Peut-être n'avions-nous rien de mieux à transmettre...

     

    Il nous en vient d'ailleurs tant d'autres (« Tu te sers, Viêt”, à un copain de Saïgon, dont la sœur (pourquoi pas) répétait « moi j'écarte et tu enfonces” - bien volontiers ma foi : il s'agissait de bien forcer entre les deux parties d'une pince en métal les deux plaques de verre d'une photo de classe...)

     

     

     

                                                                       

    Les soldats enchaînés.JPG

    X

     

     

     

    Un jour mes élèves m'emmurèrent : ouvrant la porte de ma classe, je suis tombé nez à nez sur un mur de moellons ; de l'extérieur, dans le couloir, derrière ma porte fermée, toute une fine équipe avait transporté, dans le silence le plus total, disposé à mesure, empilé jusqu'en haut les parpaings d'un dépôt tout proche sur du papier journal. Du grand art. Une pionne est venue me glisser, par une fenêtre entrouverte : « Monsieur C., faites bien attention en ressortant ». Toute la classe est sortie par la porte du fond, laissée libre. C'est véritablement la meilleure, la plus exceptionnelle farce, la plus élaborée, la plus subtile, qu'on m'ait jamais faite - pardon : avec une autre, de filles cette fois ; commençant donc mon cours pour demoiselles, baratineur, charmeur, etc. (ce trimestre-là je draguais la classe entière), je tirai machinalement vers moi la chaise de sous mon bureau.

     

    J'aperçois alors, bien en évidence, un œuf au plat, bien étendu, bien dodu, sur le bois de mon siège. Je repousse le tout, feins de n'avoir rien aperçu, bien décidé à finir l'heure en position debout. Mon cours se poursuit, l'heure durant. Jamais je n'avais eu d'élèves si attentives. Puis à la fin du cours, fatigué, non moins machinalement, je m'assois de tout mon poids sur l'œuf. Vous décrire l'énormité de l'éclat de rire qui ébranla toute la classe jusqu'aux tréfonds du rez-de-chaussée relève de la mission impossible. Surtout lorsque j'en rajoutai, invétéré cabotin, me torchant le cul avec une éponge. Pur délire... Tels sont les souvenirs de ma carrière professorale.

     

  • Rancune inexpiable

    Messieurs les Contestataires ! mais qui redevenez si vite des Hârtistes, sitôt qu'il s'agit de passer à la caisse ! et de la considération s'il vous plaît ! il faut voir avec quelle morgue ils considèrent ceux qui ne les admirent pas ! Va chier, pauvre bourgeois ! Fais-toi enculer, mais n'oublie pas ton portefeuille ! Si tout le monde restait chez soi - au lieu de hanter ces vastes expos où s'étale la sottise prétentieuse, eh bien ! nos pseudo-philosophes remballeraient leurs foutaises. Les lois du marché ont fait des Beaux-Arts un salon du bricolage cradingue, où il est impossible, où il serait déshonorant de voir un cours de technique, voire de modèle vivant ! Plus de sculpture, plus de moulage ! allez apprendre ces vieilleries chez les petits vieux, payez-vous des cours privés ! de toute façon, payez...
        Votre inscription aux Beaux-Arts, par exemple ; et sachez qu'aux Beaux-Arts, on apprend d'abord et avant tout que l'art, c'est bourgeois, c'est fini, avant de l'avoir appris ; à tout saloper, avant de savoir tenir un crayon, que dis-je - avec interdiction de savoir tenir un crayon.  Vous n'êtes pas là pour transmettre votre savoir, vous êtes là pour permettre aux gens de s'exprimer" - voilà ce qu'on a dit - texto - à un prof des Beaux-Arts (paix à son âme). Quant aux enseignants qui mènent des troupeaux de gosses baver devant les âneries du CAPC, pour leur montrer "ce que c'est que l'art aujourd'hui", ou "à quelles impasses conduit en art l'invasion de la rhétorique et de la mauvaise philosophie", je répondrai qu'il serait aussi dangereux d'amener une classe devant un défilé nazi pour lui montrer à quelles aberrations mènent certains courants de pensée pour le cas bel et bien dégénérée...
    Dangereux, car certains peuvent s'imaginer - dans l'état d'inculture où est désormais parvenue la majorité de la jeunesse française - qu'il n' y a que cela comme modèle. Montrez-leur des Rembrandt, des Van Gogh, des Egon Schiele, puis les merdes du CAPC, si vous voulez, mais en spécifiant bien que ce sont des merdes, qui se sont toutes poussées du coude et entrencensées pour usurper les cimaises... Quand les peintres du XVIe siècle peignaient, ils ne le faisaient pas pour être "des peintres du XVIe siècle ».! c'était le dernier de leurs soucis ! or aujourd'hui, on peint pour être "du XXe siècle" ! On se décrète « moderne » ! Mais attention, il faut être contestataire de façon conforme, coco !
         Qu'est-ce que c'est que ces notions débiles de "peinture", d'"art" d'époque ? il faudrait peut-être raser nos cathédrales parce qu'elles ne sont plus à la mode ? Bande de Thieu-Sampan ! L'art n'a pas à se soucier de modernisme ou de "progrès", il doit viser l'éternel, avec honnêteté - encore des notions dont il faut se méfier, sans doute? ben voyons ! ...L'art ne conquiert pas chronologiquement, il conquiert spatialement. Dali, Schiele, Modigliani, ne sont pas "modernes" : ils ont rejoint l'éternel par une autre route. Et si l'art, si l'éternel n'existent pas, au moins, n'en faites pas commerce, bande de pourris. Qui voulez passer pour des révolutionnaires ! en réalité, tant que vous faites vos saloperies vite torchées, sans âme et sans conscience, même pas professionnelle, au mépris de toute technique, de toute connaissance, pour flatter le peuple, pour lui prouver que tout un chacun peut devenir artiste, ce qui est faux, et vous le savez très bien - tenez : vous exposez des productions d'enfants, qui ne se débrouillent pas si mal, les pauvres endoctrinés - soixante années pour démontrer qu'un adulte peut très bien réussir à être aussi rudimentaire qu'un enfant - crime de lèse-jeunesse ! - mais vous ne le payez pas, le gosse ; vous lui faites sans doute croire qu'il a encore des "progrès" à faire ! - eh bien pendant ce temps-là, vous ne dérangez surtout pas l'ordre établi, et les Présidents de la République peuvent vous rendre visite.

    Flanc de Carcassonne.JPG


    L'Etat et. les marchands se sont tellement trompés - ils ont laissé crever Van Gogh, ils ont laissé crever Modigliani - que maintenant, n'importe quel déchet trouve preneur. Pendant que vous faites vos conneries, allez, vous ne dérangez personne - "sauf vous Monsieur" - ah, ces gens-là  ne sont jamais à court d'arguments, ce sont les rois du blabla, des philosophes pervers de première bourre - à la niche, les chiens du baratin ! Dans un cirque, ce n'est pas en se mettant le doigt dans le cul et en expliquant que c'est un numéro de haute voltige qu'on va se faire ovationner ! On ne triche pas, au cirque, bande de clowns ! Vous nous débitez les mêmes conneries depuis cinquante ans – reprenons vos arguments idiots - et vous faites peser sur nous la chape de plomb du plus épais, du plus pompier  des conformismes.
        Nous avons vu tomber le mur de Berlin et les régimes museleurs de l'Est : quand tombera enfin le mur de la connerie prétendument artistique ? quand j'aurai quatre-vingt dix ans ? Comme pour ces pépés et mémés de Moscou qui n'ont connu que le régime de l'exclusion et de l'embrigadement ? Or, courage. Les signes avant-coureurs se multiplient. Il n'y a pas de livre d'or au CAPC - car je n'aurais pas été le seul à leur coller une reproduction de n'importe quelle œuvre de ce passé qui n'est plus à la mode, et j'aurais écrit : "Allez vous rhabiller, allez vite vous cacher, bande d'ignares, fumistes fachos" - fermez vos gueules, v'là l'Etat qui passe avec ses subventions. Et v'là l'bourgeois prêt à acheter ma poubelle sous cellophane, je vais pouvoir changer ma BMW.

  • Grosse platée de dragon

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    LA MORT DU DRAGON (9)
       Le canal gelé.JPG Histoire de la mort du père d'Alcmène, Gaston-Dragon. Gaston, de « Vaast », prononcé [vâ], («gare St-Vaast »de Soissons). Saint Gaston initia Clovis aux mystères chrétiens - « Terre Guaste » signifie terre déserte, dé-vastée. Die Wüste. Un jour de verglas, 8 h 12, décembre 1945. Gaston-Dragon meurt écrasé par un camion-benne à betteraves, vide, tête broyée, plate comme un fromage au sang ; c'était de son vivant le « chien » du patron : le contremaître, celui qui aboie sur les ouvriers  « Plus vite fainéants ! » Dur-à-lui-même-et-aux-autres comme on dit,  universellement détesté à la sucrerie d'Aguilcourt Arrête ! Arrête ! tu viens d'écraser le père Liénard ! (là-bas en Picardie on ne dit pas « Monsieur, Madame », on dit « le père », « la mère ») - Mais je lui parlais y a pas une minute  - Il vient de glisser sous tes roues !
        Quinze jours avant sa retraite. Quinze jours avant Noël.  « Quand j'ai vu » dit la Veuve « arriver de loin le Maire, l'Adjoint, le Patron, tous en noir  chapeau bas j'ai su tout de suite qu'il était arrivé quelque chose." Notables de campagne aux  phrases convenues - il se retirait toujours pour que je n'aie pas d'enfant - « Tu les  préfèrerais à ma fille (10) ! » - et cette fille était ma mère Alcmène absente ce jour-là, où la Seconde Epouse du Dragon, debout, se prenait la Mort  en pleine face. Si éloignée que fût ma mère, à dix kilomètres en ces temps si lointains où le bout du monde était l'autre chef-lieu de canton, juste le téléphone du Maire en cas d'urgence, elle fit un  rêve : mon père était  sans tête criait-elle  je ne vois pas la tête papa papa – s'il portait ou non un bandeau dans le rêve - si le sang (11) (...) - je ne sais plus répond-elle plus de tête plus de tête un souvenir coagulé comme à bout de souffle à bout de mémoire ; j'ignore encore jusqu'au bout si ma mère a pleuré crié je ne connais  pas le tréfonds de ma mère (12). (En vérité Gaston-Dragon portait de larges bandes étanches et immaculées sur ce même lit d'exposition du corps où je devais plus tard enfant rejoindre Seconde Epouse devenue veuve, à sept heures du matin en été,  mes parents dormant encore ; elle frappait  doucement sur les conduits d'eau chaude, pour que  je la rejoigne au sein de cette couche imprégnée de  bergamote et d' « odeur de femme » - il faut un odorat  subtil et affiné pour sentir le  plus quintessencié des parfums. Je prétendis un jour en être incommodé. « Comment peux-tu » me dit la veuve «savoir ces choses-là ? » - ainsi donc loin d'en faire mystère les femmes admettaient comme allant de soi, reprenaient à leurs compte et maléfices cette appréciation révoltante... Ma mère Alcmène prétendit (j'avais là-dessus opiné de jour, en pleine cuisine) que j'avais dû « flairer » (c'était mon mot) parmi les jambes ouvertes  de la bonne logée chez la Veuve et qui se fût au rebours de toute vraisemblance assoupie sur sa chaise en position propice - je ne me souvins d'aucune exploration, ni reptation, de cette espèce.)

    Notes :

        (9) Retour au thème de cet ouvrage : la mort accidentelle du grand-père, que l'on assimile à un dragon germanique...
    (10) Telles sont bien sûr les paroles incongrues qui résonnent à ses oreilles à l'instant même où elle apprend la mort de son mari, Gaston-Dragon.
    (11) Questions que j'ai posées, plus tard.

    (12) Sept années ont passé, l'auteur évoque ici, par contraste,  l'un de ses premiers souvenirs dit « voluptueux »

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    FIGURES DU PERE (13)
        Un père tout embarrassé, comme contaminé, de son entrave charnelle : Amfortas, Roi Pêcheur, Cophétua (« Que fais-tu là?) blessé, navré, mehaigné d'un coup de lance enmi les hanches non pas claudiquant mais bien dévergé, lacéré et castré ;  à lui tout le miel et la résurrection selon son rite, lorsque la terre gaste reprendra couleurs de fleur et d'herbes, rameaux, bourgeons (14). Je consolerai ce père et oindrai ses parties de ce natron dont on conserve les momies car « il est plus grand mort encore que vivant. (15) Arthur roi des échecs - Arcturus : « L'OURS » ; à déplacer case après case, parcimonieusement, dont l'ultime campagne se fit contre le fruit de son inceste (Mordred l'Usurpateur) qui le trancha de son épée, tant qu'on vit le ciel entre les lèvres de sa plaie (16). ...Arthus figé, en son palais de Camaalot, dans une éternelle célébration de Pentecôte ou d'Annonciation ; premier célébrateur, démiurge de ce monde où nous vivons et mourons tous (17) ; sans  aventure personnelle ni quête qui vaille, mais bien les ordonnant, les déléguant : tout ce qui part du roi se voit fondé, se déroulant, lui revenant, tout accomplissement s'estampille, s'authentifie par lui :  assimilé de la main blanche (18) aux divinités de Rome, tout citoyen romain quoi qu'il fît en effet se référant au regard, à l'action d'une entité divine ; actions décalquées, répercutées à l'échelle du ciel, firmamentum, inscrits, portés en ombre. Père : aussi bien Wotan déchu, dépité dans l'amour des Walsung, héros humains et vaincus - ou Encélade, enchaîné sous l'Etna (19).
        Je fus adoré de mon père. Il se fonda sur moi. Ainsi les mortels  rachetaient-il les dieux(20)  ligotés de  certitudes ; tout homme est Messie ; toute femme emmure dans le temps, de  la naissance au grand scellement de la mort (21) . Ni le Christ ni Oreste ; ni même Isaac fils dAbraham (22) qu'il
    épargna ; je fus, avec mon père, juste un homme. Valant n'importe qui. (23)


    Notes
    (13) Sans lien direct avec ce qui précède, l'auteur à présent évoque la figure de son propre père, mari d'Alcmène. Il se le représente sexuellement mutilé, à l'instar du roi Amfortas.
    (14) C'est ce qui se produira lorsque le roi blessé recevra le baume guérisseur : tout son domaine refleurira.
    (15)Noter ici le disparate des références : d'une part, l'embaumement des momies égyptiennes ; d'autre part, les paroles prononcées dit-on par Henri III lorsqu'il aperçut au sol le corps de son ennemi Henri de Guise, qu'il venait de faire exécuter : « Qu'il est grand ! Il est encore plus grand mort que vivant. » Le roi de France put s'en apercevoir : il fut assassiné, par vengeance, moins de huit mois plus tard (1589)
    (16) Allusion ici à La mort le roi Artus, de Chrétien de Troyes ; l'auteur a rassemblé ici plusieurs souverains légendaires, tous frappés d'une forme d'impuissance, politique ou sexuelle.
    (17) Nulle part il n'est question de ces attributions du roi Arthur, ici purement imaginaires.
    (18) Il s'agit d'une sorte de magie blanche, qui assimilerait le roi Arthur aux divinités romaines ; il y en avait un grand nombre. Toutes les activités humaines possédaient un dieu. On ne pouvait agir sans se trouver sous le regard de l'un d'entre eux.
    (19) Dieu ou titan, réduits eux aussi à l'erreur ou à l'enchaînement.
    (20) Thème du père que le fils rachète.
     (21) L'homme sauve ; la femme est menace d'engluement.
    (22) Il ne manquait plus que celui-là.
    (23) ...Sartre, par-dessus le marché.

  • Facho facho par ci, facho facho par là...

    La mignonne petite bébêêête....JPG

    Je sais, Dieu sait si on me le répète, que la main est intelligente. Mais nul ne m'en pourra jamais convaincre. Un sillon, une chaussure, n'égaleront jamais en intention (je ne parle pas de la réalisation) l'Œuvre d'Art, consacrée par l'éternité des Divins Préjugés. Il existe, si arbitraire qu'elle soit peut-être, une hiérarchie des valeurs que nous respecterons toujours Sylvie Nerval et moi, quelles que soient les violences des propagandes égalitaristes.
        Nous tordons le cou aux démagogues alléguant l'égalité du boulanger et de Mozart ; pour des milliers de boulangers, quelque compétents, quelque vertueux (voilà bien la répugnante faille de raisonnement) qu'ils puissent être, il n'existe et n'existera qu'un seul Mozart. Ajoutez à cet intolérable fascisme (n'est-ce pas !) qui est le nôtre une farouche défense des valeurs passées, mais aussi, de façon douillette sans doute et parfaitement incohérente, l'attachement aux grandioses adoucissements de la condition humaine : le progrès  matériel justement, permis par les techniciens, les bricolos, les “hommes matériels” si vilipendés au paragraphe précédent.  Plus encore de notre part un viscéral cramponnement à l'Athéisme, à la Liberté Sexuelle, qui nous semblent découler non pas de la démocratie, mais directement de la sainte et laïque raison bourgeoise et cultivée. Ce n'est pas en effet pour avoir souscrit aux suffrages de quelques bouseux  incultes que nous avons conquis toutes ces belles choses, comme les découvertes médicales, mais en luttant de toutes nos forces, justement,  contre leurs préjugés et leurs hargneuses sottises.
         Le peuple est méchant, écrivait Voltaire ; mais il est encore plus sot. Ce sont les études qui forment l'élite, et par là-même l'arrachent au peuple et à son étouffante connerie. Soyez bien assuré que si l'on redonnait la parole au peuple, son premier soin serait de rétablir peine de mort,  torture en public et persécution des pédés.  Il brûlerait, ou laisserait périr les musées, le peuple, il se livrerait au fanatisme. En admettant tant que vous voudrez que cela soit faux -  il n'en est pas moins vrai, regrettable ou non, que la sainte horreur du populo est l'un des plus fermes ciments de notre union ; nous ne fréquentons point cette engeance renégate de l'âme et de la raison. Aristocrates des buissons, nous ne méritons point de vivre assurément, selon la doxa du jour ;  c'est ainsi que Monsieur des Esseintes exigeait de son personnel d'avoir achevé les travaux de jardin avant onze heures, afin qu'il pût jouir des allées de buis parfaitement râtissées sans risquer d'entr'apercevoir le moindre fragment de bleu de travail... S'il est en effet quelque individu avec qui pour ma part je sois rigoureusement incapable d'échanger une parole, ce sont bien les gens du peuple, juste capables, sitôt qu'on leur laisse ouvrir la gueule, de proférer des horreurs sur les arabes, les juifs et les fonctionnaires (aux dernières nouvelles c'est nous, Sylvie Nerval et moi, qui sommes les  fascistes).
        ...Nous aimons pourtant bien jouer à la belote (alexandrin). “Second degré” ? Nous possédons huit ou neuf jeux de cartes, très originaux  (A présent je tombe de sommeil et j'ai bu de la bière, et tant d'ostentation de seigneurie me fatigue, moi qui ne suis qu'un con. Quand je me suis réveillé, une profonde tristesse m'a étreint de marchandises. Dirai-je qu'il ne m'intéresse pas et que nous refusons et refuserons toujours de toutes nos forces de participer à quelques activités que ce soient pour semi-clochards et déglingués divers extirpés tout dégoulinants de leurs caniveaux ; ils nous valent largement, mais oui, monsieur le curé laïque ; mais j'ai suffisamment pour ma part trimé toute ma vie à tenter de m'élever au-dessus du vulgaire, et à hisser au-dessus du ruisseau tant d'innombrables fils et filles de blaireaux incultes (pléonasme, parfaitement, pléonasme) pour refuser d'envisager le moindre refrottement à cette engeance, à ce tissu conjonctif, à cette humanité de remplissage qui vous dégoûterait bientôt de l'humanité. Jusqu'à ce que ma propre fille ne réintroduisît hélas dans ma famille des individus de cette race d'ignorants fiers de l'être, j'avais été jusqu'à l'aveuglement de penser qu'enfin,  ouf, ils n'existaient plus – hélas !...

  • Trop facile, camarade, de taper sur Staline...

    En revanche, pour les fils de bourgeois, pas d'excuse de type héréditaire : eux, ils ont fait exprès d'être les fils de leurs parents. C'est eux qu'il faut rééduquer, les délinquants de naissance, et non les délinquants victimes. Vous me suivez ? ...Soljenitsyne restitue donc à ses lecteurs le produit de ses analyses anthropologiques, et même ethnologiques : les zeks, nous dit-il (abréviation connue pour les prisonniers d'Etat) se reconnaissent à leurs structures communes, mentales, comportementales. Ils sont devenus des blaireaux ou des taupes, le loup ayant été utilisé au-delà du raisonnable dans la métaphore. D'un seul coup ils ont basculé, tantôt pour rien, tantôt pour un délit – ce serait trop simple de postuler un arbitraire, un simple coup du sort qui peut arriver à n'importe qui.
        Non ! Il y a la plupart du temps une dénonciation pour une peccadille (avoir chié dans une statue creuse de la tête de Staline, ceci est véridique, et la femme qui avait fait cela réussissait toujours, en protestant, à se faire libérer, avant d'être reprise pour une autre raison) ; il ne s'agit pas uniquement du hasard, ou d'un lien de parenté, ou d'un fâcheux homonymat, car cela pourrait encore se supporter, tout le monde pourrait se retrouver au goulag pour rien du tout, après tout, nous sommes tous plus ou moins des condamnés à mort. Non ! Le plus grave est que l'on peut se faire condamner à un doublement de peine (deux fois dix ans) pour être arrivé en retard une fois au rassemblement, ou bien, plus vicieux encore, pour avoir refusé de servir l'Etat comme espion.
        Nombreux sont en effet ceux qui ont été  sollicités pour cette sale besogne, d'abord un peu, puis de façon insistante, et si vous acceptez, il vous est demandé de plus en plus de lâchetés et de dénonciation, il faut "faire du chiffre". Et si l'on refuse, direction goulag ! Autre motif : n'avoir pas déménagé quand les adversaires de la Révolution sont venus occuper sa ville, ou bien les Allemands, accueillis les premiers temps comme des libérateurs, dans les pays baltes par exemple ou en Ukraine ; même, les gens du cru aidaient les nazis à exterminer leurs juifs : divin renfort mutuel ! Eh bien, dix ans de camp pour collaboration avec l'ennemi, même si l'on s'est contenté de rester simplement sur place. Toutes ces anecdotes, entremêlées de considérations sociologiques et littéraires assez profondes (les écrivains qui ne voulaient pas louer le régime en prose mécanique se retrouvaient broyés, tués, par le système du camp : torse nu à couper du bois toute la journée, l'écrivain, le prétentieux intellectuel ! six mois de survie environ) – finissent par former une gigantesque danse macabre. Et c'est à ces esclaves légaux que l'URSS a dû sa croissance économique.
        Staline, par exemple, du tuyau de sa pipe, indiquait le trajet d'un canal sur une carte (Mer Blanche – Baltique, par exemple) : "Tout doit être fini dans six mois !" - mais, pas un rond, matériel, néant. Donc, recours à de l'outillage du Moyen Âge, à des cabestans d'élévation de l'Antiquité, plus, fraude généralisée. En effet, pour faire croire que les objectifs du plan étaient atteints, chacun trafiquait les statistiques. De plus chacun se servait au passage, du bas en haut de la pyramide hiérarchique. Et le travail supplémentaire retombait toujours sur les détenus. Et toutes les statistiques étaient faussées du haut en bas également. Après quoi, le gouvernement claironnait ses victoires. Les forces vives de la nation, c'étaient des millions de personnes renouvelées par un roulement rapide, car on crevait vite.
        Soljénitsyne invite d'ailleurs les touristes qui empruntent actuellement les bateaux de plaisance sur le canal Baltique – Mer Blanche de se souvenir des dizaines de milliers de victimes qui en jonchent le fond, sous la vase. Car personne n'a pu creuser le canal suffisamment profond pour que les gros tonnages puissent y naviguer. Sur le papier, tout avait fonctionné très vite ! Mais le tirant d'eau, en réalité, ne permettait que le passage d'embarcations légères. Et voilà comment on devient une grande puissance industrielle. Soljenitsyne, lui-même victime de détentions punitives de cet ordre, présente les échecs. Il y eut des réussites, et du peuple pour assister aux cérémonies.     Les haut-parleurs diffusaient la propagande, les musiciens venaient jouer pour les travailleurs, sans toujours éviter les quolibets et les projectiles. A propos d'artistes, aussi, savez-vous qu'il existait des sections artistiques à l'intérieur, souvent, des goulags ? A condition de chanter les louanges du régime, de subir la censure des moindres sergents du peuple, et de se tenir prêts à monter un spectacle médiocre en dix minutes, comme ça, à l'improviste, et hop ! Mais on pouvait rencontrer des personnes de l'autre sexe. Alors, on y allait. Plus, un couvre-feu retardé de cent vingt minutes pour les artistes. Mais au prix de vexations et d'affronts supplémentaires. La placette de la Cité.JPG