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  • Et ça gratte, et ça gratte la plaie...

    Je hais, du fond du cœur, l'humanité entière. Je reprends. S'il est vrai que l'amour de ma vie soit Sylvie Nerval, reste à résoudre l'énigme des scènes de ménage. De ce qui revient à elle, à moi. Je suis un homme, c'est marqué sur ma fiche d'Etat-civil ; donc c'est à moi de raison garder, de former ma femme, et de ne pas donner dans les chiffons rouges - or il n'en est aucun où je ne me soie point rué ; même devant témoins. Mais pourquoi vouloir aussi, et de façon obstinée, me traîner à l'encontre de ma volonté explicitement exprimée. Le féminisme, sans doute : l'homme doit céder. Deuxième cause de scène : se voir soudain repris, tout à trac, brutalement, comme lait sur le feu, pour un mot décrété de travers, une plaisanterie prétendue de trop d'un coup, telle attitude parfaitement involontaire - ne pas lui avoir laissé placer un mot de toute une soirée par exemple ; avoir désobligé négligemment telle ou telle connaissance dont je me contrefous – bref c'est toute une typologie de la scène de ménage qui serait à établir. Est-il vraiment indispensable de préciser que tout s'achève immanquablement par ma défaite. Je cède aux criailleries : c'est ma foi bien vrai que je suis un homme. Pas tapette, non, ni lopette, mais lavette (“homme mou, veule, sans énergie”). Ce n'est que ces jours-ci que je me suis avisé de la jouissance que j'éprouvais à céder : volupté de l'apaisement ; d'avoir fait le bonheur de l'autre, de m'être sacrifié fût-ce au prix de mes propres moëlles et de ma dignité.

    En dépit de notre constant état de gêne matérielle, je savais cependant que là, juste au-dessus de ma belle-mère, se vivaient nos plus belles années, d'amour, de rêve et d'inefficacité – connaissance confuse toutefois, plombée par d'obsédantes interrogations : savoir si je n'étais-je pas plutôt en train de tout gâcher. Ce n'est que trente ans plus tard que je puis parler d'un certain accomplissement ; prétendre (à juste titre ? je ne le saurai jamais) n'avoir jamais été autant maître du monde, aussi bien qu'au faîte exact de la plus totale impuissance... Mes déplorations, mes doutes et mes angoisses, ne peuvent pas, ne pourront jamais se flanquer à la poubelle, comme ça, hop, par la grâce et le hasard divins d'une tardive et tarabiscotée prise de conscience.

    Il est étrange qu'on puisse ainsi s'accomplir tout en se prenant pour une merde onze années durant. Je me souviens très bien, moi, qu'il n'y avait strictement aucun moyen d'obtenir la moindre concession de la part de Sylvie Nerval, qui décidait de tout, de rigoureusement tout. Facile de se moquer à celui qui n'est pas dans la merde jusqu'au cou. L'autorité sur sa femme était pour moi le comble de la déchéance machiste, le dernier degré de ce que l'on peut imaginer de plus méprisable. Je fonctionnais, nous fonctionnions ainsi. J'ai bousillé mon couple et mon propre respect au nom d'une idéologie qui a mené à cette ignoble guerre des sexes qu'on voit à présent se déchaîner, où la moindre érection non désirée sera bientôt passible des tribunaux.

  • Un peu de tout, je ne me souviens plus très bien...

    C'est la relecture qui fait le texte. Et là je rejoins Rilke et tout le monde. Ceci est un exercice de regonflage. Je tire au sort une journée de ma vie et j'en fais un récit plus ou moins con. Mais en réalité je ne sais pas quoi dire. Juste des conneries, des plaintes sur ma famille. Sur ma nullité supposée, aussi valable que celle de tant d'hommes, moines bouddhistes, aventuriers, instituteurs, boulangers quelconques – si tout de même, avoir du vocabulaire. Et quoi de plus voluptueux que de s'abandonner au flux de ses pensées, puis de se lever quand elles commencent à se diluer de façon douloureuse, quand rien ne les justifie plus. Alors vite, lire, écrire. Sinon ce vide, qui selon Nicolas Bouvier demeure peut-être bien notre seul guide efficace. J'ai écrit une soixantaine de pages que j'ai perdues à Quettah, l'année suivante, et j'ai dû tout récrire de mémoire deux ans plus tard à Ceylan. Je je je je suis toujours moins bon à la seconde prise. Mes heurts e vie font que je dois immédiatement trouver mon maximum, à l'intar d'un acteur de cinéma qui doit soudain foncer, au moment de la prise de vue.

    Même syndrome(« la course ») pour le journaliste qui composait « sur le marbre », à trois heures trente du matin. Ce dont je suis le plus content, outre Monségur 47 (ne parlons plus d' Omma, qui ne m'appartient plus (106 ventes en librairies...) (mais il ne m'appartient plus) c'est Le chemin parcouru, histoire d'une petite Canadienne de 14 ans, qui fugue... Le reste, perpétuellement à refaire. Tristement, vaillamment, jusqu'à plus d'âge. Sans télé, mais l'espérant sans cesse. Donc, en fin de compte, au lieu d'avoir une histoire, j'en ai eu trois : j'ai écrit ce texte, je l'ai perdu, ensuite j'ai écrit comment je l'avais perduet finalement je l'ai réécrit parce qu'une revue littéraire de Colombo me demandait un papier sur l'Azerbaïdjan. D'accord, je je je je ne suis pas prêt de me voir commander quoi que ce soit par quelque revue que ce soit.

    J'ai préféré fabriquer ma revue, que j'envoie aux municipalités de France. J'espère qu'à Gap, ou à Nice, un ou une employée parfaitement bas de hiérarchie et non moins parfaitement quelconque se sera bien marré avec ces abruticités qui ce crois-je me représentent. En revanche ce petit péteux d'Ariège qui, sous prétexte d'avoir découvert la sagesse chinoise et sa poésie me traite de haut avec ses « beurk beurk beurk » ne leur arrive pas à la cheville. Ah, les sagesses d'emprunt, les grandes voies bien balisées ! Tiens, soyez donc un peu bouffon, un peu superficiels, rien que pour voir... Bouvier, tu me vaux. Je te vaux. Tu as invectivé les cons, tes cons à toi, comme je l'ai pu faire aussi.

    Nous sommes quittes. Il faut être bien naïf pour se figurer être du bon côté de la barrière, et « guider » les autres, les empêcher de devenir cons... Au Japon, je n'ai pas eu beaucoup de temps pour penser à cette route parce que les journaux japonais m'ont demandé de longs papiers, de trente, de quarante feuillets en m'envoyant en balade dans le pays. Il faut dire que la prose de Bouvier « fait son carat », comme il dit : le mot juste, et surprenant à la fois. Une science du verbe devant laquelle je m'incline, car j'ai parfois des bonheurs d'écriture, mais c'est tout. Et les efforts ne sont pas mes amis. La vie me bouffe, Modiano écrit une heure par jour mais il erre, il se souvient, il cherche des traces, ma parole, il n'a donc pas de quotidien, ni femme chiante, ni famille ? Moi c'est mon quotidien qui me bouffe. Croyez-moi, nulle sagesse, Bouddha, Jésus-Pisse-Froid, Moi-Même, rien ne tient contre la casserole de riz à faire bouillir et les conflits mère-fille à regarder. Rien. C'est comme l'eau : rien ne lui résiste, et dans mille ans on cherchera en vain la carcasse elle-même du Titanic. Bouvier aussi faisait bouillir son riz. Tout ce que je peux empiler comme conneries... J'étais tellement heureux, là-bas, après Ceylan, de retrouver un monde où les femmes existent. Je je je je n'ai jamais trouvé un monde où elles sexistent (faute de frappe conservée) : toujours les femmes m'ont semblé infiniment distantes et indéchiffrabgles, et cet après-midi encore un ouvrier en bâtiment m'a proposé, voyant mes cheveux longs et mon inclinaison angoissée, de « prendre un petit casse-croûte », ah çà, pour les hommes, si j'avais voulu, ç'aurait été tout le temps...

    Mais les femmes, grand Dieu, les femmes... Toujours à se dérober, jamais contentes, toujours méfiantes, toujours sur le qui-vive, hors de portée... C'est qu'il en a eu, des femmes, not'Bouvier... Il n'en parle jamais dans ses voyages. A-t-il « tâté » de l'Iranienne, comme disait sa cible « qui voulait rester aussi niais qu'au départ » ? ...

  • Montaigne, le cheval et Lacouture

    Jean Lacouture est ce que l'on appelle habituellement un « polygraphe », c'est-à-dire (ce n'est donc pas si habituel) écrivant sur tout sujet, quoique dans la même mouvance ; ici, les textes historiques. En particulier, une biographie de Montaigne, intitulée Montaigne à cheval. « Perspective cavalière et rafraîchissante » en effet comme le dit la quatrième de couve, bien éloignée des visions de manuels scolaires. Ces derniers, donc l'opinion commune (non, pas toi, va faire du skate), nous présentent une fois de plus un écrivain comme un ermite, reclus en sa « librairie » (entendez sa bibliothèque) du château de Montaigne, attendant de croupir et de vieillir en feuilletant ses classiques.

    Montaigne fut rarement cet homme-là, mais se trouve intimement mêlé à l'histoire de son temps, et au plus haut niveau. L'ouvrage de Lacouture épouse exactement l'ordre chronologique. Nous apprenons d'étranges choses. Que Montaigne en sa jeunesse ne dédaignait pas de trousser les cotillons des jeunes paysannes sur les bords des ruisseaux ; que sa petite taille et peut-être une certaine inconduite à Paris l'empêchèrent de courir la carrière militaire ; qu'il fut parlementaire à Bordeaux, ce qui le mêla aux confusions du temps : conf:lit entre le roi et ses magistrats de Guyenne, qui regrettaient peut-être la domination anglaise de jadis, plus souple et plus lointaine. Et l'on verra que notre philosophe a tenu en son jeune âge des propos aussi véhéments que confus, en faveur de l'autorité monarchique française et catholique ; l''essentiel en cette occurrence était apparemment de faire le plus de bruit possible.

    Le tout sous le patronage de M. de Foix-Candaule, châtelain voisin, aujourd'hui complètement oublié, mais sans la protection duquel Montaigne fût resté fils de hobereau douteux, dont la noblesse remontait à peine à l'arrière-grand-père. Et c'est de proche en proche, grâce à d'excellentes dispositions sociales, comme d'habitude, que Montaigne en vint à fréquenter les plus grands, y compris dans la capitale. Deux aspects sont à prendre en compte : les accointances avec les dirigeants, Catherine de Médicis, Michel de l'Hospital, bons catholiques, mais partisans de la modération qui permettrait de sauver l'essentiel, c'est-à-dire l'Etat français et l'autorité de son roi. Cela ne veut pas dire que l'on accordera aux protestants tout ce qu'ils demandent, soit, en gros, l'infiltration et la domination de la France.

    Il faudra rouler l'adversaire sans qu'il s'en aperçoive. Et comme nous avons lu Machiavel, nous ne dédaignerons pas quelques mesures coercitives. Ainsi, a-t-on mesuré l'importance du silence de Montaigne (les journalistes ne manqueraient pas de le qualifier d' « assourdissant ») au sujet du massacre de la Saint-Barthélémy. Or Les Essais, à mots couverts mais quand même, s'ils le déplorent, le justifient dans une certaine mesure : il n'alla pas comme Ronsard jusqu'à l'approuver, ce massacre, se moquant du cadavre de Coligny « qui pendille à Montfaucon » (je cite), mais estime qu'il fallait bien choisir entre deux extrêmes tous deux regrettables. Montaigne, approbateur de Machiavel, trouve la journée de la Saint-Barthélémy « regrettable », mais ajoute : « S'il le fit sans regret » (« il » c'est « le prince », curieusement dénomination pour un souverain français), « s'il ne lui greva de le faire, c'est signe que sa conscience est en mauvais terme ».

    Montaigne estime que ce n'est pas à lui, faible conscience, de juger de si graves cas. C'est botter en touche. L'on voit qu'il était en excellents termes avec les jésuites, récemment fondés (en 1540) par Ignace de Loyola, déjà fort bons en casuistique en effet. Pourtant son rôle politique semble ne pas avoir été négligeable. Il connut Henri III, et Henri IV alors Henri de Bourbon. Il semble avoir accompagné, peut-être persuadé ce dernier lors de sa conversion opportune voire opportuniste au catholicisme. Il aurait voyagé en Allemagne, Suisse et Italie pour accomplir une mission diplomatique secrète – mais ce dernier point reste très douteux. Les visites qu'il a faites à de certains personnages étaient de son rang et de son devoir fût-ce de politesse.

    L'expédition cavalière qu'il entreprit le fut officiellement pour des raisons médicales, à savoir, pour prendre les eaux de différentes sources. Allez comprendre comment il ne s'est pas cassé définitivement les reins à chevaucher ainsi ; il a bien dit que cette déambulation cavalline lui soulageait les douleurs rénales. Croyons-le, et méfions-nous des commentateurs imprudents qui voudraient le transformer en chargé de mission secrète, en espion. Il fut rappelé pour exercer les fonctions de maire de Bordeaux, sur ordre (c'était un ordre) de son souverain Henri III, qui ne fut pas seulement la grande folle décrite par les pamphlétaires (il eut de nombreuses maîtresses, ce qui est étrange pour un homosexuel...).

  • C'est pas de la soupe, c'est du Télérata

    3949 - On ne fait les choses en politique qu'à coups de pied dans le cul !

    Alain Touraine

    Je-je-je cherche mon nom dans le journal comme l'autre après Titine et ne le trouve pas. Ca c'est emmerdant. Je prends le Magazim Boumboum, le Magazine Culturel, celui qu'a dit (phrase mémorable [de lièvre, ha ha !] ) : "Il faut que les Français s'enculturent." Moi je veux bien, fermez le cercle. En première page, c'est généralement hi-deux. Remarquez que c'est toujours mieux que les éternels visages féminins aussi doudoux qu'interchangeables dont on nous REbat las orejas.

    Mais enfin, chez Boumboum, on fait dans l'original : plus c'est criard, mieux ça vaut ("de Marseille", hihi !) - avec de préférence un jeu de mot en couverture ("de Murville", hoho !) : en avant pour l'art conceptuel, ou une vedette en train de se noyer, ou... Enfin Moâ, je Me cherche ("je-je-je", devise de Bonnomix). Tout nouveau tout beau chez le cirque Boumboum. Alors d'abord, il y a le Couillé des Lecteurs.

    Moi c'est ma-ma-ma rubrique préférée, non pas que j'espère y trouver mon-mon-mon nom non non non (vous les regardez, vous, les nom et adresse des écrivants ? Sauf si ce sont les vôtre ("toi pas dans la merde", hu hu hu !) ("C'est agacint, hein ?" sacré Coluzzi...) Il n'y a là que du beau linge, des protestations contre le manque de civisme de ceux qui chient des crottes de chien exprès jusqu'à ceux qui violent des petites Vietnamiennes prostituées par leurs parents, mais pas vraiment exprès, un seul humanisme un seul combat ("Pourquoi Napoléon aimait-il les combats ? Parce qu'il était tout petit, wharf wharf, wharf ! ["d'Abidjan" - ...bon, d'accord...] (ouais, les cons bas, tu vas pas nous faire une pendule...)

    Mais - que des bons sentiments vous comprenez ? "Lettre à votre voisin, que vous n'avez jamais osé lui écrire" - et si je lui disais moi à mon voisin que j'en ai marre de voir sa tronche de cake derrière le grillage à chaque fois que je mets le quart du bout de mon nez dehors - j'espère que c'est réciproque comme ça il sera normalement constitué. Et si je disais "Casse-toi tu pues" à la vieille peau de l'autre côté de la rue qui pue la haine à dix mètres, moi aussi d'accord ("d'hier", arf arf arf !) - parce que c'est un magazine plein de jeux de mots ("laids", hargn hargn hargn whââârf ! excusez-moi.) - ben ce genre de lettres haineuses et antihumaniste ouah ! vade retro Satana (sans s au vocatif grec, vive les cuistres) - elle ne risque pas de faire tache dans le Couillé des Lecteurs (je l'avais fait exprès, ce citron - hihihoho) du Boum-Boum Magazine.

    Voici une liste des thèmes obligatoires : anti-racisme, anti-tabagisme, anti-sexisme, anti-vulgarité (chaque fois qu'un film est considéré comme "franchouillard et vulgaire", je m'y colle, sûr de me payer une tranche de franche rigolade, là dis donc, surtout si on égratigne l'Eglise Cattt-tttholickkk, houlllà ! - chaque fois qu'on encense un autre film, Achtung, danger très fort de tomber sur un film-culte du genre vingt minutes de plan fixe sans un mot et sans musique, et si t'as rien compris c'est que t'es con mon vieux. nom ? Ben il y est toujours pas. On trouve celui d'un éclairagiste, très important les éclairagistes, d'un comédien, très important les comédiens, de tout un tas de gonzes qui auront disparu dans un an, dans six mois, dans trois semaines. Mais tous vachement importants, ("çok önemli" en turc), ayant marqué leur époque, ayant remué ceci, bouleversé cela, pendant une semaine, après hop ! poubelle - et moi ? Moi, qui suis tout de même le plus important ?

    Rien, pas une trace, et pourtant ça fait trente ans que j'achète le Boumboum  Magazim et quand je retrouve de vieux numéros - c'est très rare, car je les jette vite fait, autrement tous les événements inoubliables du siècle (au moins vingt par semaine) s'entasseraient par piles dans l'appartement, où on ne peut déjà plus circuler tellement il y a de meubles, plus le chat, je m'aperçois que tous ces gens vachement célèbres ("Comment? Vous ne connaissez pas Truclovski, ultra-tendancy" - ben non...), que tous ces enthousiasmes délirants à grand renfort de points d'exclamation et de jeux de mots tôt - wâ wâ wâ ! - sont complètement, mais alors totalement, mais alors alors ratiboisément ou-bli-és et que tout le monde s'en CONTREFOUT à un point difficilement imaginable.

    Untel passe à St-Nazaire du 26 juin au 22 juin, Tchorglub à St-Etienne du 18 au 32 août avec ses marionnettes qui ne représentent pas toujours des maris honnêtes, ah ah ah ! Les Ballets Dumanche-Denoeud se produisent en exclusivité mondiale à Banouillac-la-Panousse dans le Tarn-et-Oise, le festival du mollard tricolore se tiendra bien comme tous les 25 ans à Bordigny-la-Gostière, l'ancien champion est mort en avalant un noyau tous les espoirs sont permis aux postulants (on ne dit plus challenger, ouf) parmi lesquels Babakoukliov, Ukrainien unijambiste et pro-socialiste, on ne viendra pas dire que je suis xénophobe.

    Le film "Glands sur la brousse toute nue" est mauvais, parce qu'on voit des poils de femme et qu'elle fait son signe de croix de la main gauche ; à proscrire absolument. "La Soupe aux choux" était dégueulasse, "franchouillard" et carrément vulgaire à sa sortie, à éviter absolument pour tout homme trouducultivé qui se respecte ("au rot", gna houin houïïïnff ![putain c'est nettement plus classe que crac-boum-hue] ) - vous vous rendez compte ma chère, un concours de pets pouah ! hum, qu'est-ce que vous avez mis dans le thé ma conne ça schlingue le poulpe pourri ? - mais vingt ans après ça vous dégage un petit parfum de nostalgie vous comprenez, on a évolué tout de même à Boumboum Magazine, pas au point de considérer les femmes comme des emmerdeuses faut pas déconner, mais on n'est plus coincé comme avant, la société évolue, d'ailleurs on vous fait des tas de commentaires absolument é-coeu-rés sur Loft Story pire que la Grande Peste (1348, vous l'aviez oubliée celle-là, vive les cuiiiii-iiii-streuhhh), sur le clonage, sur le maïs transgénique qui va nous niquer tous nos castors, sur le nucléaire qui va nous faire pousser de la mousse entre les couilles, sur le manque de confiance envers le progrès qu'on se méfie vachement.

    Eh ben c'est pas vrai que le progrès c'est méchant et vilain : la preuve, c'est que grâce à l'automobile les ambulances elles arrivent beaucoup plus vite sur les lieux de l'accident, je l'ai lu dans une copie de Brevet, vous voyez bien que les Djeunnz y sont for-mi-na- euh... da- bles ! En tout cas, il aurait fallu stopper toutes ces inventions qui nous gâchent tout, on bouffe n'importe quoi, on se fait vachement empoisonner, la preuve c'est qu'on a gagné trente ans de vie moyenne en cent ans d'histoire, c'est bien la preuve qu'il faut être systématiquement contre tout ce qui est nouveau.

    Modernes, soit, mais vigilants ! Pas de changements ! Mais progressistes ! Bref le parfait petit socialo. Notez que ce qu'ils nous proposent en face est encore plus con. Un vrai tour d'horizon dans Boumboum Magazim ! Pas question de parler de l'angoisse des hommes face à la montée du lesbianisme ! Ca c'est tabou mon pote : Une femme avec une femme, ça c'est bien ! Les mecs, vous pouvez aller voir les autres femmes ! à ce rythme-là, c'est s'il en reste ! Et n'allez pas vous servir aux Philippines ("de ch'val", argh, j'étouffe, j'en peux plus, non sans blague enlève ton doigt là tu me refoules les hémos jusque dans l'arrière-gorge) ou au Siam ("Thaïlande", chef-lieu Mont-de Marsan, ouais, bon, bof), espèce de proxénète !

    Trois branlettes plus loin (mais c'est très sain, voyons, callez-vous imaginer, et pendant ce temps-là au moins ça fera toujours deux ou trois femmes que vous n'aurez pas emmerdées), vous naviguez toujours entre Tim Huxmey, Adélaïde Mortcifal et Morgan Shepperd-Joplinofski qui ont ré-vo-lu-tionné le cinéma belgo-prussien, et mon nom, mon nom à moi, il n'y est toujours pas, COLLIGNON HARDT VANDEKEEN...

     

  • Liaison dangereuse

    "Messieurs, sol-la-ré-fa..."

    Elias a pris du retard. Le cœur n'y est plus. Le Comte Hüls le regarde à la dérobée. Les petits vieux marmonnent en le fixant – n'est-ce pas là bas le Roi, et sa maîtresse en personne, qui le désignent au Duc ambassadeur ?

    "Venez voir mes musiciens" propose le Roi.

    Ils s'avancent vers les balustres dorés. L'ambassadeur, compassé, offre le bras. " J'ai civilisé ma fanfare" dit le Roi. "Croiriez-vous que mon père avait là quatre cors, en place de violons ?"

    Le Duc ambassadeur se récrie poliment.

    "J'ai envoyé toute cette sonnaille à la queue de mes chiens."

    Les musiciens cessent de jouer. Ils baissent protocolairement les yeux. Elias ne le peut pas. La maîtresse du roi sourit dans le vide, les yeux fixés sans y penser sur le front d'Elias Fels. Le Comte Hüls s'est impudemment mêlé au groupe ; Ebenholz et Elfenbein le regardent d'un œil soupçonneux. Fredericka, maîtresse du roi, serre très fort la main de sa suivante.

    Dans un mouvement qu'ils font tous pour se retirer, la Maîtresse et Hüls se retrouvent face à face, et leurs regards se plantent l'un dans l'autre ; Fredericka bat des paupières,mais HÜLS n'a pas cillé ; prenant le regard de la femme, il le mène, comme par la main, directement dans les yeux d' Elias Fels.

    Qui peut bien être ce Comte Hüls, se dit Elias, que j'ai traité si légèrement ?

    Puis le groupe s'éloigne, sans un mot. Fredericka ne tourne plus la tête, ne rit plus aux éclats. La chose est véritablement impossible, mais il est non moins impossible à Elias de ne pas le remarquer. Le violoniste, le grand sec aux épaules de vautour, fixe lui aussi Elias Fels. Vivre, c'est être regardé. C'est ne pas échapper aux regards.

    Ses gestes se relètent en une centaine d'yeux.

    Les yeux même d'Eliphas sont sur lui.

    Ils le suivent dans l'allée jusqu'à son pavillon désert ; sur sa poignée de porte ; sur les murs de sa chambre désormais trop vaste. A l'intérieur de ses paupières. Elias resté seul se met à crier. Il ne guérira jamais.


    III


    Vers le bas du parc, le sable est piqueté de touffes d'herbe ; souvent le Comte Hüls von Hützeldorf y vient se promener à pas lents, poussant du pied un éternel caillou. Puis il s'assied, entre les deux statues de neptune et de Cupidon. Il pense que, voici trois ans, il ne savait ni lire ni écrire ; il pense qu'il a servi comme palefrenier, sanglant la bourrique de la Reine Mère. Toute¨la cour se ligue pour le lui rappeler. Il hausse les épaules, se relève sous le ciel nu, débout sur le sable crissant – le poids de ses nouveaux titres, de sa seigneurie, de ses tarres et des avanies dont il paie tout cela, sufoquent le palefrenier Hüls.

    Il se revoit naguère, à l'abri de son exiguïté : la fourmi, sous la botte, trouveà se cacher derrière un gravier.

    "Et le gilet brodé pleura sur la livrée."

    Le Comte von Hützeldorf aime chasser. C'est au milieu des chiens, au sein de la meute, qu'il retrouve un peu d'estime : dans l'odeur des chevaux, le froissement des halliers ; c'est lui qui replace la chasse sur la bonne voie, court la bête au-devant des barons, et les morgues s'assouplisssent, on veut avoir son mot, c'est un honneur de le suivre – au palais, tout retombe. Ce jour-là FELS pianote quelques études ; la fenêtre et la porte laissent entrer la tiédeur de juin. Soudain, contre le mur, un cheval s'ébroua. Pourtant, se dit Elias, la chasse est passée depuis longtemps.

    Heureux de la diversion, il délaisse son clavecin pour faire quelques pas au dehors. Il voit l'allée rectiligne, le sable roux, la statue de Neptune avec son trident... Longeant le mur blanc, Elias écarte les fourrés ; le cheval est là. Sur ce cheval, des bottes. Un homme dans ces bottes. Et, perdu sous les feuilles, la casaque à plumet inclinée sur les yeux : Elias le reconnaît bien cette fois, c'est le petit Michel qui un jour, à la campagne, avait bouchonné – contre pourboire – la vieille rosse de Rogomus. Michel désormais comte Hüls von Hützeldorf und Barstatt-Mandegen. Celui sur qui daube à l'envie la petite cour de Stougard.

    Hüls ne peut pas ne pas l'avoir vu. Par bonheur le cheval, qui a le sens des situations pénibles, fait trois pas en avant. Le cavalier maintient le menton baissé : serait-il mal ?

      • Monseigneur a perdu la chasse ? ...ou bien Nemrod vient-il débusquer Euterpe en sa retraite ?

    Elias mêle sans vergogne la Bible et le Parnasse.

    "C'est plutôt la chasse répond Hüls, qui n'a pas pu me suivre."

    Le cheval débouche au pas sur l'allée incendiée de soleil. Le Comte Hüls saute à bas. On laisse le cheval se pétrifier à l'ombre d'un bosquet d'ormes. Hüls et Fels pénètrent dans le pavillon, où l'on s'étouffe.

    "Désirez-vous de quoi vous rafraîchir ?

    ELIAS découvre des cerises, des fraises, des pommes de saint-jean, au hasard des housses soulevées, à l'instar d'un prestidigitateur. Hüls :

    "Rien qu'une sonate."

    Fels s'assoit au clavecin.

    Hüls est perché sur un accoudoir, les pieds parallèles. Dans l'intervalle des pauses et des soupirs, on entend Wallenstein frotter sa gourmette. "J'ai un cheval à moi, à présent", pense Hüls.

    Elias joue, multipliant les trilles, accouplant les claviers – le coin de l'œil vers le public, comme toujours. Hüls ne semble jamais à son aise, où qu'ils se trouve; les plus moëlleux fauteuils lui sont des carcans : il se tient là comme supplicié, les épaules montées, le regard sans consistance. "Le voilà comme un bécasseau", pense Elias. "Cette espèce-là n'attire pas le jupon." "J'intitule cela L'exilé de Füchsen dit-il à haute voix. "Füchsen ?" répète Hüls, rembruni. C'est là que la Reine-Mère consumait son exil, sous le règne précédent ; c'est là qu'il avait pansé lui-même certains mauvais chevaux d'un certain ...mauvais orchestre; quelle joyeuse bande avait secoué ce jour-là les dévotions de la vieille Wilhelmina !

  • Noblesse décatie

     

    L'affaire Lerouge de Gaboriau est communément considéré comme un prototype du roman policier, après Une ténébreuse affaire de Balzac. On y retrouve d'ailleurs toutes les naïvetés profondes de Balzac, ses descriptions minutieuses, les analyses psychologiques faisant du lecteur le complice de l'auteur dans l'omniscience. En même temps, les fraîcheurs d'écriture du XIXe siècle, le sérieux sans recul avec lequel sont assenés les raisonnements, le caractère tranché des personnages, “typifiés” en quelque sorte, si bien que l'on se croirait volontiers transporté sur une scène de mélodrame, parmi les planches élastiques, la poussière, et les praticables chancelants. L'intrigue, romanesque à fond, suppose qu'un noble, M. de Commarin, pour une raison que j'ai oubliée, a confié son fils naturel à une nourrice, Mme Lerouge, tandis qu'elle lui donnait à élever en échange le fils d'une femme roturière, c'est-à-dire n'appartenant pas à la noblesse.

    Peut-être aussi s'agit-il de son propre fils à elle. Or, voici que le fils du comte, élevé parmi le peuple, apprend par une correspondance amoureuse que personne n'a songé à détruire – voyez la coïncidence – qu'il est de grande noblesse, et qu'un autre jeune homme de son âge usurpe son titre et sa place chez celui qu'il s'imagine être son père. Les deux jeunes gens se rencontrent, dans une atmosphère dramatique. Puis on apprend que cette substitution, finalement, n'a pas eu lieu. On se croirait chez le Corneille finissant d'Héraclius, avec substitutions de jumeaux. Quant à la nourrice, Lerouge, elle a été assassinée. Un détective qui joue au crétin parvient à faire une série de déductions à la Sherlock Holmes avec 50 ans d'avance, puis se trouve personnellement, je ne sais comment, mêlé au drame.

    Et c'est là que s'arrête ma science, car ma foi, s'il y a de nombreuses personnes qui parviennent à s'y retrouver dans une intrigue foisonnante aux personnages pullulants, je ne suis pas de celle-là, et bien des comptes rendus de livres ne servent qu'à me persuader de la petitesse de mes points de vue et de l'incompétence qui m'anime. J'avais déjà lu cela vers seize ans seize ans et demi, je n'y avais rien compris. Je l'ai relu en 2008, et j'ai rebuté sur les mêmes obstacles : ce qui m'a paru de la puérilité, de l'embrouillamini, du rudimentaire chez un genre littéraire encore en gestation en France, et la parenté avec les Arsène Lupin et autres niaiseries tout juste bonnes à servir d'ancêtres aux intrigues à la Tintin, voire à la Mickey.

    J'ai eu deux fois tort, à plus de 45 ans d'intervalle. Gaboriau a échafaudé une intrigue emberlificotée, mais sans se contredire. Il a des accents tantôt balzacien tantôt dignes de Villiers-de-l'Isle-Adam (Le chevalier des Touches) où l'on retrouvera ces caricatures de vieux nobles qui après la Révolution “n'ont rien appris”, disait-on, mais “rien oublié”. Le vieux comte de Rhéteau

    de Commarin me semble cependant avoir eu raison de supposer que si les nobles avaient voulu se montrer aussi avares et gourmands de terre que les paysans après la Révolution, ils eussent récupérer leurs terres et leurs pouvoirs, car il n'est de pouvoir que de la terre. A la place, ils se sont encore plus ruinés en voulant maintenir des trains de vie dispendieux et frimer, ou acheter des papiers de boursicoteurs, vendant leurs terres pour spéculer, puis se ruiner.

    Toutes ces théories légitimistes, qui ne sont pas encore une fois sans rappeler certaines analyses de Balzac, nous laissent sur les lèvres un sourire songeur : 160 ans plus tard, les nobles, dont 95% sont faux, ne représentent plus rien, et l'Eglise, sur laquelle ils voulaient s'appuyer, n'est plus qu'un corps moisi et chancelant.