31.01.2009
Pubis repetita placenta
LE SINGE VERT in ECRIRE ET EDITER
SUPPORTER
Un surprenant et navrant néologisme vient encore de polluer notre langue française : il s'agit du verbe « supporter », employé à contre sens total par les sportifs : considérant en effet qu'un « supporter » ne pouvait que « supporter », ils ont estimé que ce verbe pouvait s'utiliser en lieu et place de « soutenir » : « Supportez votre équipe locale ! » - « Supportez la grande équipe des Bleus ! » - hélas : c'est bien maintenant que de mauvaises langues estimeront qu'il nous faut bien la « supporter », à pésent, comme on supporte le mauvais temps, ou une bande de garnements...
Supporter, cela veut dire, en bon français, porter par-dessous, porter ce qui importune, ce qui gêne, ce qui pèse – ce dont on voudrait bien se débarrasser... « Quel gosse insupportable ! » entend-on souvent à propos d'un chenapan qui justement dépasse les limites de ce qui peut se supporter... Ce qui est très exactement le contraire de ce qu'entendent certains sportifs, comme si nous n'avions pas assez des verbes « soutenir», « encourager », « stimuler » ! Depuis quand celui qui soutient est-il un « souteneur » ? Faut-il vraiment rappeler qu'un souteneur est un « prosper », un « chéri de ces dames », pour ne pas dire un maquereau ? tel est d'ailleurs le sens du mot « supporter » en anglais ! à moins que ce mot n'ait pris aussi par contamination le sens français ? des lecteurs anglophones pourraient-ils nous renseigner ?
Admirons le croisement, l'illogisme commun aux deux langues : to support, encourager, « sous-tenir » certes, mais pour soulever cette-fois, a supporter, un proxénète ! En français, « soutenir » opposé à « souteneur » ! Cessons donc d'en rajouter dans la confusion : celui qui encourage le Pape ne le supporte pas, bien au contraire, il l'adore -pardon : il le vénère, il le soutient (oserais-je dire dans les deux sens du terme... ) - mais il ne saurait en aucun cas jouer le rôle de « souteneur » ! ...à moins qu'il n'existe des souteneurs d'une extrême piété...
C'est pourquoi, commentateurs américanisés, vous nous feriez un grand plaisir en nous recommandant de soutenir notre équipe, et non pas de la supporter...
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29.01.2009
Aux clowns
LE NUMERO DE CLOWN
Etre clown n'est pas ce qu'on croit. C'est un métier. Cela s'apprend. Sur le tas, mais à l'école aussi. Il y a des écoles de clown. Si tu es doué, tu auras besoin de l'école ; si tu ne l'es pas, dix ans de piste n'y feront rien. Si tu parviens un jour à te faire accepter dans la lignée des paillasses, tu pourras bien éblouir le public, épater le profane, mais jamais un seul de tous ceux qui t'auront adopté, de ceux qui désormais constituent ta famille, ne manifestera la moindre admiration, le moindre étonnement ; étonne-toi au plus d'avoir inspiré quelquefois de l'estime. Souvent tu seras clown de naissance, car c'est bien le diable qu'un clown immédiatement doué ne soit issu d'une dynastie, école ou non ; et c'est cela que tu as oublié, Tcherkossian, ou que tu n'as jamais voulu savoir : la Dynastie.
Tu as pensé qu'il suffirait d'un exotisme, d'un nom en « -ssian », pour incarner le Chout, le Bouffon, Petrouchka – or le clown vois-tu n'es pas l'artiste de la bande, celui-qui-fait-rire, tandis que d'autres trimeraient à ras de crottin en dessellant les bêtes ou en domptant les tigres – mais c'est lui, le clown, qui peine dans le crottin, douche l'éléphant, monte les gradins, à la courbature de son dos. S'il dit tout haut ce que les autres ne disent pas, il fait tout ce que font les autres. Il conduit aussi les camions, nourrit les fauves à bout de crochet, et c'est lui qui détournera le public, par son jeu, par sa contorsion, de la trapéziste qui a raté le filet.
Musicien, tu joueras Schubert sur une corde à travers un gant de boxe, du saxo la tête sous l'eau ; et tu recevras les claques avec grandeur. Zavatta dit : Si je reçois un coup de pied au cul et que tout les enfants s'esclaffent, je suis le plus heureux des hommes ; sinon, je ne suis plus qu'un pauvre type, qui vient de recevoir un coup de pied au cul. Voilà pourquoi le clown est le plus humble, le plus orgueilleux, le plus vulnérable – l'homme sur qui tout le monde compte, celui qui dit présent partout où d'autres pourraient défaillir, et bien qu'ils ne défaillent jamais, précisément parce qu'ils n'ont jamais défailli, pour se faire à jamais justifier d'être le verbe, l'esprit, le numéro - le clou parfois que tous attendent, celui pour qui parfois l'on vient avec toute sa famille, celui en faveur duquel on pardonne tout le reste si le reste est raté ; en vérité, un cirque avec un mauvais clown est un cirque mort, un cirque, à la lettre, qui n'existe pas.
Nous pourrions tout autant il est vrai célébrer le dompteur, triomphe immémorial de l'homme sur la brute, ou l'éphémère trapéziste, ou les antipodistes hissés l'un sur l'autre en des échafaudages qui défient les lois de la résistance cardiaque ; mais la vanité, ou je ne sais quelle conviction, m'incite à voir dans le clown la quintessence de tout ce que l'homme, homo faber, homo clownensis, est capable d'offrir à l'homme en sa plus sacrée, en sa plus impérissable représentation.
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25.01.2009
Egypte au logis
Lorsque j'empruntai Le rêve de pierre de Khéops de Guy Rachet à la feue bibliothèque municipale de Mérignac dans le rayon « grands caractères », choisi parce qu'il était juste à droite en entrant, l'employée bonne âme ne manqua pas de me faire observer qu'il s'agissait du tome II du Roman des pyramides. Je répondis que cela ne faisait rien, que je comprendrais tout, et pensais in petto que j'en aurais toujours bien assez, que ce genre de reconstitution historique est bon pour les vieilles et ne récèle guère de surprise : je ne me trompais guère, ayant déjà lu du Christian Jacq. Guy Rachet au moins ne fait pas dans l'eau de rose sentimentale, question amourettes ou sentiments humanistes décalés (de trois ou quatre mille ans pour faire court).
Mais il écrit moins bien, laissant passer des « bien qu'il était » et «quoiqu'ils pensèrent » - cependant c'est rare, et ce tome II peut se lire sans foulage de méninges grammaticales. Le pétage de tête ne se lève que progressivement. Au début, le lecteur suit. Il n'a pas lu le tome précédent, mais peu importe : le prince héritier se rend en Phénicie pour faire couper du bois, ayant besoin de renouveler sa flotte de guerre. Des messagers envoyés vers lui se font assassiner, lui-même manque être estourbi, mais la femme étrangère dont il est tombé amoureux lui sauve la vie, puis il rentre en Egypte, retrouver ses trois épouses (la nouvelle sera la quatrième, ce qui permet de jouer aux quatre coins ), bref, la routine.
Le roman fait la part belle aux séquences descriptives, funérailles et mariage par exemple, types humains, habillements. Le langage des Egyptiens ou des Syriens ne manque pas de noblesse et de vraisemblance, ce qui est difficile comme le reconnaît Marguerite Yourcenar à propos de ses Mémoires d'Hadrien. L'auteur est passionné, documenté, car il serait impossible de composer sur un tel arrière-plan. Nous restons dans le domaine du plausible. Mais le casse-tête se forme et s'amplifie dès lors qu'on tient compte des fils de lits différents, des belles-sœurs, des beaux-parents (multipliés par quatre), et que tous ces fils et beaux-frères peuvent se révéler rivaux pour une succession à peine ouverte.
Rien que de très classique on le voit. De l'honnête, du solidement charpenté. Pas la moindre surprise. Les prêtres, les soldats, les aristocrates, les complots. Les invraisemblances aussi, style Cigares du pharaon (l'épouse de Khéops se faufilant la nuit dans le temple et surprenant une réunion de conjurés, manquant se faire trucider à la hache, c'est du Blake et Mortimer... J'ai eu l'impression très vite, malgré tous les efforts de l'auteur pour que le lecteur ne s'égare pas, répétitions, lenteurs des explications, de perdre pied parmi tous ces personnages faiblement différenciés avec des noms à coucher dehors (ne pourrait-on pas les traduire ?), puis d'en être réduit à feuilleter en quelque sorte un livre d'images attendues, distraitement. Aucune réflexion sur le temps passé ne m'a effleuré, ni sur la passion de l'égyptologie, ni sur l'immmobilisme (très apparent) de cette civilisation. Juste la remarque suivante : en Egypte, ce qui fascine, ce sont les données elles-mêmes, la documentation en soi. Vie quotidienne, philosophie, phénomène de permanence : littérature, plastique figées, religion immuable, à quelques convulsions près. Il m'étonnerait beaucoup que nous disposassions de révélations exceptionnelles concernant les crises de palais ou les intrigues familiales de cette très ancienne dynastie.
Ce qui gêne donc, c'est la reconstitution de ces intrigues, comme très probables, mais vraisemblablement très romancées. A quoi ressemblaient les vies privées de tous ces personnages ? N'étaient-ils pas hantés par l'idée de la mort et de l'éternité ? L'amour entre un homme et une femme pouvait-il se manifester ? Est-ce qu'on en avait la moindre idée ?
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23.01.2009
Le cancer de la gorge
Ils m'ont enfermé sous la terre. Avec le monde autour de moi. Kragen me hait profondément. Je ne puis supporter cet homme que séparé de lui par une planche horizontale – das Schachbrett – l'échiquier. Häszlich signifie à la fois, en allemand, « laid » et « haïssable » ; ce sont les enfants qui assimilent le moche et le méchant – je suis un enfant allemand, depuis plus de cinquante ans. Quelques mots sur Kragen : il est grand, même assis, dans notre cellule. Son âge est le mien, il meurt lentement, mais survit, un trou au creux de la gorge : le souffle va et vient, la cicatrice autour de la canule palpite rouge et gris, sous l'ampoule disciplinaire et nue. C'est par-là qu'il renvoie la fumée qu'il aspire, par ses lèvres rongées au-dessus du col – der Kragen.
Nous partageons la même pièce, en sous-sol ; jadis notre patrie fut asservie par une race supérieure. Ce peuple est bien bâti, nous lui vouons une haine séculaire. C'est lui qui nous contraint à la vie souterraine. Et je n'ai rien commis, que de naître. « Mon temps, dit Kragen, est compté. » L'orifice respiratoire pue le goudron, l'iode. Le sang. Kragen tire encore sur ses maïs aux embouts cartonnés, entre le pouce et l'index, et projette la main devant soi, d'un geste exaspéré de vieille Roumaine ; la fumée lui sort par la bouche et le cou. De mon côté le mur souterrain reste nu – mon lit tout maigre, ce bout de miroir au-dessus, et la carte du Wisconsin. De son côté de notre cellule, une profusion de petits meubles de bois noir, contourné, d'usage indécis, où sa carcasse cancéreuse peine à prendre place.
Je dois choisir mon successeur » je réponds « Tu as fait ton temps. » Il règne ici un manque total d'aération. Si j'étais autorisé à sortir, là-haut, en surface, je rapporterais de l'air frais, entre les plis de mes vêtements, mes paumes rappprochées, qu'il viendrait lapper comme la Bête dans le film.
Permission
Prochainement, je verrai le jour.
Ça tombe bien. Je tourne et retourne entre mes mains le bristol d'invitation.
INVITATION AU JOUR
Qui peut dire ce qu'il en est d'un homme, et des pensées que vous levez en lui ?
J'ai plu au chef. Daniel Tag. Qui me convie très vite à sa table, « en vue d'adoption distinctive ». M' « adoptera » ? ...deviendrais-je Présentateur ? Dissimulons. Kragen me voit. Je hume à grands traits l'odeur du bristol : un parfum d'estuaire à marée haute – et sur l'imprimé, un secrétaire ou un enfant, a gravé le carton d'un profond sillon de stylo bille. Kragen tousse. Le progrès de sa maladie l'empêche de parler. Il m'accorde désormais de changer moi-même sa gaze. Je me retire ensuite de mon côté, sous le petit bout de miroir. Il n'existe pas le moindre Bordel dans ce royaume souterrain – où je me rendrais fréquemment, si j'avais reçu de l'argent : ce sont les seules relations que j'imagine avec les femmes – mes passions, cela va de soi, vont aux hommes, seulement, mais jamais je ne m'y plierai. Croyant, mais non pratiquant.
(J'ai peut-être déjà publié ça ? ou non ?)
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21.01.2009
Voyage voyage
Je me sors mon petit jeu d'échecs à pièces magnétiques, qui intrigue une jeune fille. Tiens, je devrais bien draguer avec mon jeu d'échecs ; sûr, ça marcherait d'enfer. Elle racontera cela le soir en arrivant ; et comme j'attire son attention, la voilà qui se pose du vernis à ongle, une âcre odeur se répand. Un partout. Il paraît que tout le monde veut faire l'intéressant en train. C'est Daninos qui a remarqué ça dans les Touristocrates je crois.
Putain même plus dans le dictionnaire le Daninos... Moi je l'aurais bien fait en 58, l'intéressant, lorsque je partais avec papa-maman pour Tanger. Hélas, une bande d'excités juste à côté se tiraient encore plus loin, à Fez, tout le wagon était au courant. Je n'avais plus qu'à fermer ma gueule. Aujourd'hui je monte dans la navette St-Germain-Clermont. Encore une femme, en face, la quarantaine bien engloutie. Avec les femmes, c'est facile : tu leur demande la permission de les prendre par les épaules et tu les serres très fort ; ensuite elles t'emmènent chez elles et leurs étreintes sont torrides. Surtout à 50 ans. C'est plein de volcans près de Clermont. Mais moi, je pousse à Brioude. Je ne vais tout de même pas foutre mon évasion en l'air pour me prendre une gamelle... D'ailleurs la petite ligne de Brioude est super-équipée, bien mieux que moi ça c'est sûr, un vrai petit bijou de navette (c'est de la rame que je parle, imbéciles). Le contrôleur me dit quelque chose que je ne comprends pas.
Je fais le signe du sourd autour de mon oreille mais ça devait être du genre "Vous occupez deux places et vous n'en payez qu'une" – bien vu - je me rectifie. Deux très jeunes filles de dos devant moi. La ligne de leur nuque, sans cédille (“la nuc”); cet espace infiniment velouté, infiniment émouvant, juste sous la mâchoire, où l'on voudrait poser sans fin les lèvres. Une troisième, en face. Fille, pas lèvre. Les deux invisibles s'écoutent un baladeur à écouteurs jumeaux – douze, treize ans ? la plus jeune montre à sa copine (sa sœur ?) une carte d'anniversaire avec dessins d'enfants et petits cœurs. Elle croit encore que tout le monde est gentil, surtout les garçons : “Tu penses que ça lui fera plaisir ?” Descendues en cours de route, elle s'assoient sur un bord de ciment au pied d'un transformateur.
D'heureuses parents viendront les chercher, les enfermer dans leurs petites familles – Nabokov, Nabokov ! - je déteste Nabokov : surfait, mal traduit, plat. A Brioude, chargé de mes deux valoches, je bêche l'hôtel miteux très cher juste en face de la gare. Je vais au centre, les poings serrés sur les poignées comme leur nom l'indique. Chambre au deuxième, tourner la clef deux fois à l'envers. Une salle à manger au premier, toute raide, le couvert mis depuis des semaines style Bal du Comte d'Orgel – coucou Pujadas ! Alors pour faire peuple (épapipeul), je demande au bar si le repas a lieu "là-haut" ou "ici". - Ici". J'ai bien fait. Malgré l'étonnement poli du garçon (38 ans, petit brun), je demande à être servi à l'intérieur.
Pour la vue sur flanc de bagnole je suis aussi bien dedans c'est claiaiair. Bouffe honnête, “routiers”, j'en ai derrière moi justement, qui parlent métier avec des intonations d'enfants ou de braves gens : conditions de travail et de revenus, sans aigreur. Merci patron. Je suis allé me promener après le repas, d'abord sous la pluie. Ce que j'ai remarqué : Brioude est une ville mal foutue, sans plan d'urbanisation, gros bourg grossi par les siècles. Rien de pittoresque, une basilique Saint-Julien fermée, et mon bourdonnement intérieur : "Je vais réussir à me perdre à Brioude, et il faut le faire". Une espèce de demi-fou m'entend par derrière, croit que je lui adressais la parole, je le détrompe avec des mines effrayées : avec mes airs naïfs pour ne pas dire couillon, gare aux abordages pédés pique-assiette. Je ne veux plus entendre parler d'homos, d'originaux, de drogués, j'ai assez avec moi-même, dès que tu leur parles ça devient tout de suite revendicatif. Une deuxième silhouette du même acabitte - faux soixante-dizards et faux clodos doivent pulluler ici, en été. Il faudrait ne pas bouger de chez soi tout juillet-août.
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19.01.2009
Musicologie, ou Musique au logis
"C'est ainsi qu'EliasTheobald Fels, embrassant quatre siècles de musique, de 1590 à nos jours, plus qu'un trait d'union, figure le pont suspendu entre la Renaissance Italienne et la Nouvelle Renaissance que les esprits éclairés de notre temps s'efforcent de susciter. [applaudissements nourris]. "Ainsi, Mesdames, Messieurs, Monsieur l'Abbé, Elias Fels, ce grand homme, avait encore un pied dans le Moyen Age, tandis que de l'autre il saluait déjà l'aube d'une ère nouvelle." [vifs applaudissements – rappels – intense émotion – des larmes coulent]
Un second avant-propos, sans doute postérieur au premier, présupposait chez le lecteur une indifférence, voire une hostilité, qu'il s'agissait d'épointer. "Le lecteur sans pitié", commençais-je, "lit pour s'instruire. Quinteux, l'œil torve, il considère sans aménité le jeune Elias : cheveux blonds en copeaux, frais, le regard vif ; plus tard, le ventre lourd ; le verbe haut, et prisant dru : vieilli, rhumatisant, gravissant d'un pas lent ses derniers échelons, séduira-t-il davantage ? (...) Tu liras, comme tu le crains, des épisodes vertueux, mais aussi du pathos (...) - et moi de poursuivre :
"Tandis que les paysans meurent de faim autour du château, notre compositeur aligne ses ritournelles à faire pâmer les marquises. Que si les marquises t'indisposent, il te faudra brûler Haydn, qui composa pour les Esterhàzy ; Haendel, qui composa pour les puissants de Londres ; brûler Mozart, pour l'évêque de Salzbourg. Baptisé le 5 mars 1714 ... mais avant tout nous le verrons mourir : cela satisfera ton goût du document."
J'ajoutais qu'il suffirait alors, éventuellement, de refermer le livre...
L'histoire commençait donc par la mort du héros, dans le même style qe précédemment : le compositeur Elias Fels, âgé de 71 ans et couvert d'honneurs, gravissait péniblement l'escalier en colimaçon, comme il se doit, menant au buffet d'orgues de la Jakobikirche de Lübeck. Son aide, un jeune garçon, le précédait dans cette redoutable ascension, où le vieil homme s'essoufflait. Le ton de mon ouvrage était fort sérieux, et l'ironie, car il y en avait, ne transpirait qu'à peine. Toujours est-il que l'acolyte gagnait la soufflerie, d'où il pédalerait comme un damné, dans une cage d'écureuil peut-être, d'où je m'imaginais que partait l'air destiné aux tuyaux : je ne m'étais pas documenté, estimant que la documentation prendrait alors le pas sur la narration (je pensais qu'il était de la première importance, pour un écrivain, de narrer).
Le maître Elias Fels descendait s'installer aux claviers, maniait les tirasses, et se lâchait dans un grand jeu ébouriffant. Et j'enchaînais les métaphores, transposant tant bien que mal mes impressions musicales en termes littéraires. Soudain, une délirante cacophonie se déclenchait sous les voûtes de la Jakobikirche. L'assistant se précipitait : toutes les notes se chevauchaient, sonnant à la fois.
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17.01.2009
Après Camus, Molière... Ca va ? Vous n'en avez pas marre ?
Molière mythique. Molière n’ayant jamais vraiment existé. Comme on le dit de Shakespeare : un consortium d’auteurs bidons sous la signature apocryphe Molière. En tout cas transparent, autant de goût que l’eau du robinet : trop étudié, trop français, l’air que l’on respire. Thèmes éculés, morale à la papa. Malgré ce qu’on lit dans les manuels de formatage à usage potachier. De plus, ici mesuré à l’aune de ce qui peut se trouver de plus sec : les philosophies de Descartes, Gassendi, que sais-je… Descartes déjà m’avait exaspéré, par sa prétention de tout retenir dans ses filets rationalistes. Je pense donc je suis : foutaise ! Ça pense donc ça est.
A travers moi.Je ne puis donc accorder grand intérêt, grande pertinence à quiconque se soucie de savoir ou non l’adhésion progressive au cartésianisme de Molière, ectoplasme dont il faudrait se préoccuper. Elle est, cette adhésion, dans une dernière anecdote très significative – une anecdote, voilà qui me réconcilie. Même si le personnage qui l’a vécue nous semble aussi consistant qu’un fantôme – oui, fais-nous saliver, conteur. Formule d’introduction. Ce que je regretterai toujours est cette fameuse malle qu’on a livrée à Paris depuis Liancourt, à la Bibilothèque de France un dimanche, et qui repartit parce que personne ne voulait ouvrir la porte ; puis on ne revit jamais la malle. Trop stupide pour être vrai, rapportait le narrateur. Trop stupide pour être faux, dirais-je. C’est ainsi qu’auraient disparu tous les brouillons de Molière. Habitants de Liancourt (Oise), fouillez vos greniers ! Quelle joie ce serait, quel épaississement du personnage enfin ! Pourquoi m’a-t-il toujours été impossible d’éprouver le moindre sentiment pour Molière ? Cela me rappelle cette nonagénaire qui radotait à son repas d’anniversaire : « C’est curieux, je ne suis jamais arrivée à digérer le homard… » - mais tout le monde s’en fout, la vieille…Le sommeil de la raison engendre des monstres, disait Goya. Le droit chemin m’emmerde. Il ne laisse aucune échappatoire. Avec les dingues, les zinzins, le sujet peut toujours fuir dans les délires. Quelle inépuisable richesse !
Je peux être Dieu ! Tandis que la raison nous ramène toujours au plus pur désespoir : tu es responsable, tu devras toujours lutter, les pieds sur terre, et tu devras te rendre des comptes à toi-même, et pour finir pourrir dans une petite boîte sous la terre. Je comprends donc tous les fanatismes, les crises, les meurtres de masse et tout ce qui hurle en nous. L’archevêque de Paris intervient et invite à la prudence les théologiens – voilà-t-il pas que Monseigneur ne se laisse pas aller à la haine irrationnelle ! A qui se fier ! un ecclésiastique ne rêvant pas de sang ni de bûcher ! parce que la haine ou le simple conflit, à la longue, ça fait mal, ça détruit.
Le recours à la raison, le recours à la folie, débouchent tous deux par des voies différentes au désespoir et à la mort. Me voilà beau. Quel itinéraire ! ...Je m’en fous. Depuis mon bureau de Latresne, je m’en fous superlativement. Ajouterais-je que c’est l’endroit au monde d’où je puis le plus m’en foutre, me foutre de tout. Déconneur déconnecté de tout. Boileau et Bernier – qui est celui-là ? – ont pourtant déjà lancé leur Arrêt burlesque, qui interdit au sang de circuler. Haha keskizétékon alépok – ce n’est pas du hongrois. « Ne même pas savoir que le sang circulait ! Facile en 2007 de ricaner sarcastiquement. De nos jours, cela équivaudrait à l’affirmation d’une absence de nocivité de l’amiante par exemple ? Même pas.
En 1672, un écrit de Boileau et Bernier attire l’attention de l’Archevêque. J’ai bien dit un seul écrit. De nos jours, avec ce grouillement d’hommes infectant la surface de la terre, cent mille articles eussent-ils paru au milieu de cent mille autres, que rien de rien ne bougerait, à moins que ce ne soit illico englouti dans les marécages de la pub ou de quelque tourbillon dit médiatique. Je hais la raison, je hais la vérité. L’amiante, par exemple : je léchais l’extérieur de la yaourtière à maman, à onze ans. Pas le moindre symptôme de maladie ou de dégénérescence. Et maintenant chacun de défloquer, de se soucier, d’enterrer ses morts…
Il faudrait reconstituer toute l’épaisseur du monde de ce temps-là. Molière était, paraît-il, prêt à écrire une comédie – j’attends notre Molière. Il écrirait des férocités contre les femmes, dont la libération sexuelle a mené à une absence quasi totale de rapports amoureux, vu la faiblesse d’organes de nos femelles anémiées occidentales ; contre les islamistes, dont le seul but est de tuer après torture. Nous les attendons, ces comédies. Nous l’attendons, ce martyr qu’on écartèlerait dans l’eau bouillante. Molière eut ce genre d’audaces. Et moi qui le jugeais inconsistant… Toujours ce déchirement entre ce que je sais / ce que je sens…
Sacré bouffon. Il y en aurait des idées à creuser ! Le ridicule féminisme, l’odieux islamisme et l’impossible écologisme ! Qui creuserait tout cela sur scène se ferait incendier, jeter aux gémonies du fascisme – voire de la pédophilie… D'un autre côté, j''entendais Michel Bouquet s'extasier sur la réplique de l'Avare : Ils me regardent tous et se mettent à rire. Puis-je lui faire observer, respectueusement, que ce procédé se trouve également chez Plaute, que Molière a outrageusement pompé, comme il en a pompé tant d'autres. Il n'y a pas réellement d'originalité chez Molière. Tel n'était d'ailleurs le propos d'aucun auteur. Il fallait reprendre les recettes les plus éprouvées, les coudre bout à bout, et signer, à la rigueur, tout cela. Je ne vois chez Molière qu'un artisan consciencieux, ayant fait flèche de tout bois, et servi par des circonstances particulières, dont la protection du Roi ne fut pas la moindre. Mais ses vers ne sont qu'une laborieuse bouillie, comparés aux virtuosités inégalées d'un La Fontaine...
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16.01.2009
Camus, le Grand Albert
Rapidement, Camus s'est dégagé de cette conception étroite du sartrisme, et s'est rendu compte que lui-même, avec sa philosophie de l'absurde, ne contribuait peut-être pas non plus à l'enthousiasme généralisé ; il s'est tourné vers lui-même, et s'est vu lui aussi pénétré de doutes, d'auto-apitoiements, de tentations mandarinaires, et il s'est autocaricaturé. Du coup, il nous a aussi bien fraternellement caricaturés nous-mêmes, car nous sommes tous des flagellants qui hululons du fond de nos bistrots enfumés. Voilà pourquoi La Chute est un livre majeur à ne pas mettre à l'index, platitude hollandaise. Au moment de sa mort accidentelle (une embardée, un arbre), Camus projetait un nouveau cycle à son œuvre, quelque chose de plus réconciliant, de plus épanouissant.
Il ne serait pas resté sur des accents si sombres, et l'on a retrouvé près des lieux de son accident un manuscrit inachevé, où il se livre de façon bien plus humaine, bien plus relâchée diront certains : Le premier Homme, édité depuis plusieurs années. Mais cet accident de voiture a fait de La Chute, malgré lui, une espèce de testament, dans une période où les difficultés de sa vie personnelle et littéraire avaient pu faire penser à une brusque impulsion suicidaire. Fin ouverte, comme on dit. De même pour La Chute, où notre ignorance de la nature de l'interlocuteur nous laisse dans l'expectative : l'avocat déchu, Jean-Baptiste Clarence, pétri d'Ecritures saintes (les références à la Bible sont nombreuses), de culpabilité, d'orgueil et de vanité, continuera à se prendre pour le Messie de l'absurde, et de tendre à chacun le miroir brouillé de ses indignités.
Il ne sera pas arrêté par un juge ou par un policier, comme des projets de dénouements nous le laissaient entrevoir. C'eût été dommage, car il eût été condamné, la nouvelle eût trouvé sa fin. Mais la portée universelle de La Chute en eût été amoindrie : tels Adam et Eve, nous errons sans fin dans le labyrinthe d'Amsterdam, parmi les canaux, dans les brumes, le froid, et les vapeurs de rhum... Ce volume de la collection Profil est donc éminemment instructif, sa lecture doit intervenir après la lecture personnelle et annotée de La Chute, et nous allons prendre connaissance d'une excellente mise en perspective temporelle grâce à Piere-Louis Rey, qui nous écrit ceci : «CLAMENCE ET CAMUS
« Des principaux héros de Camus, Clamence est le seul à ne pas être originaire d'Algérie ; il semble qu'il ait grandi à Paris, où Camus s'est toujours senti en exil. Le lecteur sait peu de chose sur son visage, qui passe seulement pour « farouche » (p. 13) - comme celui de saint Jean Baptiste je présume, « pas de quoi, a priori, l'apparenter à celui de Camus » - voilà bien une réflexion à la con de professeur de français - « qui avait, au dire de l'écrivain Dino Buzzati, un « visage de garagiste » - et toc... - « lui-même trouvait dans sa physionomie un mélange de Fernandel, d'Humphrey Bogart et de samouraï, note 2, donc 2, « Voir O. Todd, Albert Camus, p. 612.
« Du mois savons-nous que Clamence, qui a pratiqué le sport (p. 32), a une allure de joueur de rugby (p. 13) (de l'édition recommandée, il faut bien faire marcher le commerce) et une taille nettement plus élevée que la moyenne (p. 57) ; Camus aimait aussi le sport et il a joué au football ; mais on ne l'aurait pas, en le croisant, pris pour un athlète » (j'ai lu ça le 11 mars 98, c'est dans la marge ; agaçant, non ?) Il n'avait pas, du reste, la « parfaite santé » (p. 32) de son héros.
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13.01.2009
Françoise Giroud, BHL, moi-même... "Des hommes et des femmes"
Condorcet m'emmerde supérieurement, en tant qu'être supérieur. Il y a toujours eu dans mes classes, passé la sixième, où je sortais frais et moulu (c'est exprès, c'est exprès...) du giron de papa, un ou une élève inaccessible, quoi que je fusse brillant second : Demale en cinquième, Serfaty en 1e, et Meyrignac au régiment, en alphabet morse. Celui-là, Condorcet (ne pas confondre avec le Con d'Orsay), mathématicien de surcroît, c'est-à-dire sachant faire fonctionner la totalité de son cerveau, parfaitement au fait de la navigation sociale et connaissant tout ce qui se faisait de savant et de méritant hélas à juste titre, m'eût abordé avec affabilité, car il tenait compte de la froissabilité des inférieurs.
Il y a eu des gens comme cela, que je n'ai pas aimés, uniquement parce que je ressentais auprès d'eux toutes les piqûres de mes imperfections, et je ne me suis jamais plu et complu que dans la compagnie des dingues ou du moins des fêlés. Condorcet est trop calme, trop logique. Et pourtant le passage où je le capte nous montre un Condorcet amoureux, d'une fille Grouchy habitant au château de Villette près de Meulan. Condorcet n'a-t-il pas hanté de ses pas les alentours de ces cours (sans t, car cela vient de « la cour » en français) de tennis ? au pied des HLM rouges ? Bref : son ancienne maîtresse bientôt délaissée (il enfonçait donc sa bite, ce macaque, cette équation sous perruque ?) lui envoie une lettre dépitée (du Lot-et-Garonne) : elle dit, la Suard, p. 238 (bientôt dix ans que je traîne des pieds et des paupières au travers de ce maquis de notes en bas de page) (quand les gens paraît-il intelligents se décideront-ils enfin à écrire des ouvrages à la portée du lecteur moyen, qui ne désire pas consulter les éditions érudites, inextricables références ? ) elle dit, donc, cette digne dondon : « Pourquoi ne me diriez-vous pas tout ce qui se passe dans votre âme » - c'est la grande époque des amitiés entre hommes et femmes (ils prenaient donc le temps de vivre et d'être subtils, ces gibbons à jabots ?), à la Nouvelle Héloïse... « ...Puisqu'il ne peut rien s'y passer que je n'approuve ? »
C'était le temps où ni féminisme ni obsession sexuelle n'avaient encore terni le commerce des beaux esprits, du moins chez ces riches raffinés que j'ai feint de si fort mépriser... Ah, combien j'ai de nostalgie envers mes noblesses passées ! (imaginaires, j'en ai peur...) Une femme qui comprend, qui admet sa successoresse, qui aime et le dit sans passer par la case cynisme ni haine ! La guerre des sexes n'avait pas eu lieu ! (chez les riches, chez les riches, mets-toi bien ça dans le crâne). « Ne dois-je pas me croire queleque droit à votre confiance » - cette langue, issue de Marivaux ! « ...quand la mienne pour vous a été sans réserve? » Voilà bien en effet ce qui est chiant dans les relations hommes-femmes : de devoir tout passer par le filtre, par la moulinette des articles de journaux et opinions communes qui font désormais de chaque homme un bourreau, de chaque femme une victime potentiels ? Comme tous ces personnages sont lourds à porter. Tous ces masques. Toutes ces justifications préliminaires qui empêchent d'accéder au contact direct et amoureux, du moins amical, d'une âme à l'autre ? Quelle femme pourrait écrire cela à quel homme, et réciproquement ? Quelles méfiances désormais ! Que de clichés ! (Ici une coupure vraisemblable) « ...Mais » poursuit Mme Suard, « ce à quoi je ne puis me résigner, c'est à cet abandon que vous faites..; » - de nos jours, de quelles colères au nom de la dignité offensée, quels manques, bien au contraire, et au pluriel, de dignité, quelle dégradation de vocabulaire, descendant jusqu'à la harengère, ne profiterions-nous pas!
Quelques films, peut-être, quelques rares livres qu'on ne lit plus. « ...En ce moment qui toujours vous a été chère ! » - il y avait même des sentiments intermédiaires entre l'amitié et l'amour. Et « mon ami » valait quasiment « mon amour ». J'eusse été Arlequin sans plus. Mais même chez lui l'on trouve du subtil. « Voilà plusieurs jours que vous m'avez profondément affligée ». On ne croyait pas déchoir de s'avouer délaissé. On envoyait des lettres, on y répondait. « ...en passant devant ma porte sans y entrer ». On ne craignait pas de tendre le flanc, d'être pris pour dupe, d'avouer une faiblesse. Peut-être que cela existe encore. Je ne le vois plus. Du moins dans les seuls lieux où il vaille la peine de voir quelque chose, et qui sont bien plus la vraie vie que la vie : littérature, cinéma.
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11.01.2009
Pour les moutons compatissants
J'ai lu ça. Je transmets.
MESSAGE A LA DOUCE FRANCE… terre de "liberté-égalité-fraternité…"
Au même titre que la France demande à Israël de retirer ses Forces Armées de la bande de gaza et de signer un accord de paix avec les terroristes du hamas,
- Nous demandons à la France de retirer ses troupes d'Afghanistan et de signer un accord de paix avec el quaida
- Nous demandons à la France de retirer ses troupes de Corse et de signer un accord de paix avec les mouvements indépendantistes corses.
- Nous demandons à la France de retirer ses troupes de la Martinique et de la Guadeloupe et de signer un accord de paix avec les mouvements indépendantistes.
Nous dénonçons l'usage disproportionné de la force par les autorités françaises contre les populations de ces territoires
Nous déclarons désormais soutenir contre la France les revendications de tous les mouvements qui lui sont hostiles.
Nous ne garantissons plus la sécurité en Israël des médias français, des ONG, des citoyens français hostiles à notre Peuple.
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