30.11.2008

Hugo, moi-même... quelle fécondité !


Ce ne sont pas Les Châtiments eux-mêmes qui se trouvent ici commentés, mais des commentaires pédagogiques, rassemblés dans le volume « Balises – Bac 2000 ». Vous dire d'abord l'exaspération lasse à reparcourir ces interminables gloses, ces propos de professeurs exsangues qui se battent les flancs et s'époumonent à trouver des choses à dire, jusqu'à la niaiserie, jusqu'aux lapalissades, tournant et retournant dans tous les sens l'exégèse, donnant pour finir la conviction que tout peut être dit sur n'importe quoi en n'importe quel sens. Je me trompe bien sûr, mais j'éprouve la même sensation qu'un homme qui voudrait se forcer à dormie, le matin, alors qu'il aimerait s'éveiller pour une vie active. Les Châtiments, c'était le programme de l'an 2000, et nous sommes en 2007. J'ai lu et relu l'œuvre, fait et refait des cours, avec plans, paragraphes et conclusions précuites.

Le sort veut que je m'y remette ? Courage. « Pouvoir tout dire donc, de manière à rendre le monde enfin transparent : ce n'est pas Hugo qui le dit, mais son commentateur, obscur prof pioniqué à neuf mille francs la pincée de pages. On m'a sollicité : très peu pour moi, qui verrais mon commentaire aussitôt rogne, pour qu'il se conforme en tout point à la vulgate bachotière. Il n'en resterait rien. De fait, il est exaspérant de lire, sous forme de fascicule officiel, des points de vue visiblement originaux exprès, pour satisfaire l'ego de l'écolâtre...  Quant à (briques) l'affirmation que tout dire peut rendre le monde transparent, qu'il me soit permis d'affirmer que si la chose est vraie dans un premier temps de soulagement, le bâillon une fois ôté, dans un second temps la vérité, la transparence, roulent submergés par la déferlante des commentaires.

Il est impossible à présent de voir ce que c'est que le monde à travers tant de flots superposés. Cependant, mieux vaut surabondance que mutité : l'internet lui-même rectifie les censures. Problème : à quoi reconnaît-on la vérité ? Tituscu, mon philosophe, réponds si tu peux. I, Le renversement ironique. Et nous voici dans le planifié. Les auteurs, les pédagogues, y croient visiblement, à la vérité : elle se démontre par grand I et grand II, Baroco et Baralipton. Or si la vérité reste insaisissable, à quoi bon produire un plan ? N'est-il pas plus beau, plus chatoyant, d'accumuler comme ça vient les commentaires au texte, comme dans le Talmud ou le Zohar ? auquel cas l'homme ne sait qu'entasser les chatoiements, Dieu ou Dieu sait quelle instance connaissant la vérité, qui n'est que vibration entre les contraires : ainsi les trois colonnes du la Divinité cabbalistique, dont les attributs renvoient sans cesse de l'une à l'autre.

Je pencherais volontiers vers cela. Mais nous ne connaîtrions ni progrès, ni dimension historique. A raisonner, en revanche, l'homme se dirige vers sa fin, en bout de flèche. L'homme planifiant se chronologise, et meurt par basculement final. Mais l'homme du Zohar, l'homme contemplatif, pourrit et se dissout dans l'éternel divin. Nous reviendrons donc au propos de « Balises 2000 », en légitimant son propos planifiant (« planer ou planifier » ? là est la question) dans une perspective historique, puisque aussi bien Les Châtiments s'inscrivent dans une telle perspective. Le renversement ironique s'effectuera donc dans une confusion, voulue, de perspective, entre le haut et le bas. C'est élémentaire, donc hugolien.

29.11.2008

Nostalgie de bazar

Pendant les pires crises, les conflits les plus barbares, les thèses se répondent, s'affrontent en allemand comme en latin ; le monde est à feu et à sang, les juifs brûlent, et de vieux égoïstes ignobles, grandioses, se passent eux-mêmes barbares, au-dessus des ruines et des charniers, disséquant les préciosités et les conjectures syntaxiques d'écrivains morts depuis des siècles, le flambeau même des cultures humaines. Erudits desséchés par l'âge et par le cœur, éternels rassis, gardiens monstrueux hors du monde, inclinés loupes en main et sur le crâne, dévorés de tics et de phlegmons contre les poêles fumants, marmonnant sous leur monocle leurs hexamètres anapestiques et ravagés de vieilles voluptés ; ce sont eux qui amendent, tandis que le monde agonise, restituent les textes de Cassiodore, Symmaque, Sidonius Apollinaire, au bout de la chaîne des temps, sous leurs pinces d'entomologues. 
Ils ont pour nom Luetjohann, Mohr et Sirmont, Thilo. On les traite d'assis, de débris, de cadavres, Rimbaud leur entrelace les fesses de vieux fétus. Ils repoussent de la gueule, les antiques passeurs de relais, baisent peu, mais leurs gens révèrent profondément le Herr Professor, sans imaginer pouvoir mettre en doute la grandiose nécessité de leurs immenses balivernes. Hommage, hommage éternel aux Teubner, aux Brakmann, aux pérennisateurs de la Prusse éternelle, garants de toutes les Survies aussi bien que complices de tous les massacres, sous la carapace de leurs cols durs et de leurs préventions. Honte et gloire éternelles, car au même titre que tous les reclus d'Eglise de Cork en Irlande à Byzance, qui des deux extrémités du monde romano-grec, à l'abri ou tombant sous les trombes barbares, ils ont sauvé le Verbe, déterminant chaque arsis et chaque hephthémimère, ici restituant une préposition, pressentant là telle désinence, tel optatif oblique ; aimantés sans recours par la lectio difficilior , la plus improbable, la plus difficile : quel vieux scribe en effet, égaré vers la fin de quelque Xe siècle, épuisé par le jeûne et les vigiles au sein d'un écritoire balayé par les vents, ne se fût laissé entraîner par la graphie la plus commune, ou le « saut du même au même », sources d'inextricables incompréhensibilités, où risquaient de sombrer un à un les raffinements de l'aède, lumière de son ère. 
Vers brillants, coruscants, énigmatiques, déclamés dans le balancement des périodes. Poignante ampleur des civilisations drapées dans l'agonie. Ne crois pas, moderne, naïf, morveux contemporain, qu'il ait été réservé à notre siècle de concentrer tout le sel de la terre. Il ne te restera rien. Il y avait en ce temps-là un ciel, de l'air comme le nôtre, et par Sidoine ou d'autres tu en auras humé l'essence même. Qu'un beau jour tu doives crever, là se trouve ton unique grandeur. 

27.11.2008

Voix d'outre-temps

Le latin fut la langue des dieux puis la langue de Dieu. Elle ne l'est plus depuis que l'on a voulu dire la messe en nos langues bâtardes. Depuis, le mystère a fui la messe, et moi je n'y vais plus, crainte d'entendre chanter comme on bêle sur des mélodies à l'eau de rose pour complaire au bas peuple. Démocrates, je vous le dis, vous méprisez vos électeurs. Le latin, le Bayet, nécessitent un effort. Et l'effort, ce n'est pas démocratique. Et le latin, c'est chiant. C'est austère. Si on ne l'a pas commencé tout petit – et la quatrième, je le répète, c'est déjà trop tard ; à cet âge-là, on commence déjà à se demander « à quoi ça sert » ; on veut faire « servir » le latin à gagner des « points » au bac ; des poings, sur la gueule, oui ! Le Bayet a des défauts. Il fait la petite bouche, il juge souvent ses auteurs en leur reprochant de manquer d'originalité. Pourquoi le dit-il ? Monsieur Bayet se force à trouver les Latins intéressants ?

C'est exact. Rien de plus emmerdant que les textes proposés, remplis de morale à papa et de bons gros procédés de rhétorique. Mais c'est de là que nos sommes partis, nous autres modernes. Et quelle joie de faire encore des découvertes dans un domaine où tout semble si usé ! Nous ne disposons pour fouiller le gisement des lettres latines que d'un tout petit orifice, puis nous devons fouiller en profondeur, mais à la verticale. Avec Bayet, j'ai découvert Properce. Bayet fait la petite bouche (bis) ; mais quel souffle, quelle tendresse chez Properce ! Tu lis à haute voix, et les éternellement jeunes vieux gosiers latins se remettent à s'humecter. Ma langue pourlèche les vieilles pierres éternelles. Je lis du Plaute : Des deux côtés le général adresse des vœux à Jupiter. Chacun montre alors ce qu'il peut, ce qu'il vaut ; le fer frappe, les armes se brisent ; le ciel mugit du fracas de la mêlée ; des respirations, des haleines se forme un brouillard ; les hommes tombent, domptés par les blessures.

Enfin notre volonté triomphe, nous avons le dessus. Voilà le véritable chant de la romanité, qui s'exprime par la glorification de la guerre, hymne à la vie à travers la mort, quelque chose de bien plus réel que tous ces bêlements que nous entendons à présent. Mais non, je n'ai pas l'intention de faire la guerre ! De l'extrême mort jaillit l'extrême vie. L'avancée des choses. L'héroïsme, dont nous sommes si fort revenus. Puisque nous ne pouvons plus nous battre, car nous sentons trop nos tripes qui s'écroulent, réservons-nous au moins de belles exaltations de ronds-de-cuir ! Puisque nous ne sommes plus que ça ! Ne passons plus à l'acte ! Nous n'aimons plus les actes. Mai sentons-nous au moins frémir ! Voyons Ennius : C'est un outrage immérité, mon père. Car si tu juges Cresphonte indigne, pourquoi me le donnais-tu en mariage ?

25.11.2008

Ménage, vaisselle et compagnie.

Quand je rentre le soir, le lit bâille sur ses taches obscènes – les oreillers froissés en plein milieu ; la poubelle, j'ai dû la rentrer moi-même en descendant de ma Poubelle-Opel ; le p'tit-dej est resté intact sur la table avec les fonds de bol au thé froid, les pots de conf tout ouverts grouillants de mouche (c'est l'été) plus les miettes soigneusement positionnées sur la nappe en ordre alphabétique. Ma femme est au lit, elle se repose de ses coups de téléphone. Quant au chat, il miaule comme un dératé à côté de sa merde à côté de sa litière qui déborde et réclame sa pâtée (le chat) pour pouvoir en rechier une truelle...Vous avez compris : mon épouse est une Phéministe. Il paraît – il paraît – que les hommes à présent font un peu plus le ménage – 10 % au lieu de 5 % - eh, le double, tout de même ! Et femmes de concéder – les hommes cons, ça fait longtemps qu'ils ont cédé - “Oui c'est vrai, ils en font ; plutôt mal, mais enfin, un peu.” On le fait mâle ?

Mais enfin, Mesdames, qui est-ce qui vous force à tout frotter-briquer-récurer impec-nickel dans votre appartement de mes deux ? Est-il si indispensable d'astiquer la chambre une demi-heure chaque matin, d'aspirer la moquette six fois par semaine plus le dimanche à l'heure de Télé-Foot ? (à donf, l'aspirateur...) A chaque mauvaise fois qu'on veut “aider”, on se fait jeter : “Non ça tu laisses j'ai l'habitude toi tu vas tout saloper”- OK, OK ! Mais ne vous plaignez pas ! » ...et une fois que vous avez fini tout ça, et que votre femme s'est bien recouchée jusqu'à midi, vous vous apercevez que ça fait bien deux heures que vous êtes en train de courir, entre la toilette, la vaisselle et le petit-dèj, et franchement, deux heures de corvées non-stop dès le lever ça vous met dans une pêche d'enfer et une envie exaltante d'envoyer votre poing dans la gueule à tout ce qui bouge - ou qui ne bouge pas, d'ailleurs.

Comme me disait un pote à moi : « Mais enfin, quand tu rentres du boulot, et qu'il te reste mettons vingt minutes avant de manger, tu pourrais - je ne sais pas moi, faire un peu de ménage, un peu de rangement ? Ça ne te prendrait pas grand-chose, et ça ne te ferait pas plaisir d'avoir autour de toi une maison, un intérieur bien propres, bien ordonnés ? - Excuse moi not'Glaude, mais ces vingt minutes-là, c'est le seul moment que j'aie dans la journée pour écrire. » Ah pour le coup ça lui a tout coupé à not' plouc. Il ne s'y attendait pas, à celle-là : écrire ! Je te demande un peu ! Pourquoi pas lire, tant qu'on y est ? Parce que « ces gens-là », ceux qui «font le ménage », ça ne leur vient pas à l'idée qu'on puisse écrire ou lire ou faire quoi que ce soit d'autre que le ménage ou la télé. Ça les dépasse. Ça n'est pas de leur monde. Ça ne fait pas partie de leur paysage. Ils ne voient même pas de quoi il peut bien être question.

Seul un vague souvenir, un vague respect résiduel, les empêche de vous éclater de rire à la gueule (« qu'est-ce que c'est que ces conneries ? »). Et ceux qui lisent, qui écrivent, qui peignent, les vivants, quoi, ils t'assènent parfois: « Mais regarde, MOI, j'y arrive, à lire, à écrire, à jouer du piano, et pourtant tout est bien rangé chez moi, ce n'est pas le bordel comme chez toi. » Ben jene sais pas comment ils font. A vrai dire je ne sais même pas comment ils font pour conserver leur puissance créatrice, leur sincérité, leur AME. Parce que vou ssavez, on peu ttrè sbien consacrer toute sa vie au Ménage, à la Sécurité sociale, aux Procès, au Torchage de Mômes, on trouvera toujours quelque chose à faire 18 heures par jour, quitte à se relever la nuit pour en refaire. Après c'est la grande litanie : « j'ai pas le temps j'ai pas le temps »... On se le crée le temps, tas de nazes, mais pour le ménage, alors là vous pouvez courir...

23.11.2008

Affirmations péremptoires

TRAITE DU PECHE DE CHAIR DANS LA CONNAISSANCE DE DIEU

L'expression roman mort prête à rire - en 2050 pourtant la chose est avérée.
"La forme narrative est en pleine puissance" - mais roman = mort. Sauf pour quelques femmes ? Le lecteur ne veut plus de fiction mais de l'information. Nous autres romanciers gonflés de nos romans comme Balzac de tragédies classiques ne trouvant plus preneur crevons d'acné rentré - alors on va donner de l'information, de la réflexion philosophique. Vous n'entrez pas dans n'importe quoi mes Connivents : j'ai fabriqué de petits pantins qui ne résoudront rien,  
Le livre dont vous serez l'anti-héros.

Des deux façons de connaître Dieu

I ou "orgueil mathématique"
----> science exacte dont notre infirmité nous rend incapable (quoique tel de mes amis pût affirmer, de surcroît franc-maçon, que les hauts initiés mathématicolâtres parfois entrevoient, aux bouts de leurs spirales, Dieu sait quel visage de Dieu).

II ou personnes d'extase, qui soit 
a) ne mangent ni ne chient
soit

b) considèrent chaque partie de leur corps, l'une après l'autre, puis rendent grâce - "telle est la seule et unique prière", ce prêtre exagérait, la prêtrise est une exagération. 
...Cette voie ne sera pas non plus empruntée, à moins que l'on ne considère une danseuse, une strip-teaseuse, du monde du stupre - quel mystère. Faudra-t-il qu'elle ressemble à nous. Plus deux hommes. Assez langui mes Connivents. Voici l'homme grand A nom : MATZ prénom Pascal né le 23 août 1966 à rapprocher de vous à mesure que vous vieillirez, car il importe qu'il demeure à jamais à l'âge de 36 ans (trente-six), lieu de naissance, mettez, le vôtre. 
Notez : nationalité française, car il m'est difficile d'accorder le moindre réalisme tant soit peu plausible à un contexte  
_ colombien
_ péruvien
_ bolivien
Taille : la vôtre, signes particuliers les vôtres ou l'absence de vôtre. Cependant j'aimerais bien une petite barbe, pour voir - domicile : voir plus loin. "Confer infra".
Fait le 23 mai 2047 - "Vous n'auriez rien de plus récent?" - perle d'incompétence entendue 
_ dans un salon de peinture
_ dans un salon de poésie
_ dans une "officine éditoriale" (il n'y a plus d'éditeurs ; pognon m'a tuer)(politique m'a tuer ; sociologie m'a tuer ; bons sentiments m'ont tuer)

21.11.2008

Vasouillage hanséatique

Tiens ! encore un de mes textes qui s'est englouti tout seul. En voici un autre, sur Thomas Mann... "Sortant d'un roman de gare excellent, Montedidio,je me replonge dans l'ouvrage d'une valeur connue, Les Buddenbrook de Thomas Mann. Il y est question de haute bourgeoisie de Lübeck, et voici ma charmante Tony en mondanités sur la plage de Travemünde. Nul doute qu'elle ne tombe amoureuse de son accompagnateur, le fils Schwarzkopf, ne serait-ce que pour oublier Grünlich, « le verdâtre », lequel demande sa main. Nous voilà frais. Il me faut du Racine, ou bien des comtes et duchesses, pour le moins des fils et filles de bourges. C'est là le signe d'un certain conventionnalisme, et je ne puis en effet me résoudre à n'être à présent et à n'avoir été qu'un personnage bien ordinaire. Je crains que X. ne m'ait maintenu à ce sujet la tête sous l'eau – car il savait que Mlle Buddenbrook n'appréciait pas énormément ses manières.

C'est aux autres de m'apprécier. Rompre tout lien avec soi-même, telle est la prétention calamiteuse d'un Canetti. Ne plus être bon qu'à chanter les louanges de notre Bonaparte au petit pied. Mademoiselle Buddenbrook ! Elle fuit les demandes de mariage arrangé. Elle retrouve aux bains le même monde pincé, stupide, et ses préjugés. A-t-on fait un film de ce livre ? Charmée ! - elle répond avec les formules de son monde. A partir de là, ou elle accepte le Grünlich (savoir s'il y a un Umlaut auf deutsch ), où elle s'amourache de l'autre. C'est comme dans un ordinateur à scénarios : tous les éléments introduits (et non « entrés », massacreurs de la langue française), toutes les combinaisons apparaissent. Autre question que je me suis posée : la légitimité de la littérature. Qui me semble (un instant) limitée. Et depuis quand ? Mondanités. Les mêmes. Tout est dépassé.

Tout est balzacien – Balzac, dépassé ? Un chat repousse un autre chat. Et quelle toilette ravissante ! Facile de caricaturer le bourgeois. Mais l'auteur n'a que 25 ans. En ces années 1840, on allait à la plage habillé. Seuls les enfants couraient nus dans le sable. Je m'en fous. Je ne puis pas plus disserter sur tout sujet qu'on ne peut bander pour toute femme. Et vous logez...? - Chez les Schwarzkopf. Quelle étourderie ! Tous ne pourront que la retrouver. Au besoin lui rappeler sa fâcheuse demande en mariage : ou elle accepte, ou elle rejette bien loin cette bourgeoisie balnéaire si ridicule. Chez moi, rien ne bougerait. Hélas, les techniques de la narration impliquent tels ou tels cheminements, tels ou tels clichés. C'est pourquoi le roman s'est étiolé. Montedidio lui-même n'est qu'une succession de saynètes au fil (donc) rompu. Chez le commandant du pilotage ? - ma foi oui.

Ça caquète, ça babille. Chacun a son tableau pyramidal de la société, chacun sait où l'autre se situe. Que c'est original... original ! - Terriblement original ! C'est presque, à les entendre, une inconvenance. Sous les apparences du compliment pointe une nuance de blâme : toujours à faire des excentricités ! Terriblement était le terme à la mode : Schrecklich ! Cela rappelle nos Précieuses : “Effroyablement beau !” Cela revint à la mode chez nous dans les années 60. “Vous logez en ville” répéta le consul. Mais qu'étaient ces consuls après tout ; ceux qui siégeaient aux conseils commerciaux des villes hanséatiques ? Sorte de maires, de membres de Directoire ?"

18.11.2008

Le gros répertoire à sa mémère

De quoi de quoi ? Les visiteurs sont moins nombreux ? "Bite, couilles, poils !" Comme ça, ils vont revenir ! Et ils liront ce qui suit, chiant comme un tas de mouches :


Faut-il que j'aie du temps à perdre pour commenter à nouveau ce tome interminable du défunt catalogue des revues, où figurent des torchons datant de 98... Cela me fournit pour un temps encore des adresses d'envoi pour mon torchon personnel, « Le  Singe vert ». J'en suis à la lette T, « Tychique », imprononçable, religieux, Numéros parus : 136 - tant que ça ? Je lis les caractéristiques économiques, avec le prix en francs, et les avis aux lecteurs. Les rédacteurs, vaillamment, indiquent les publicaitons avec lesquelles ils se sentent en affinités, ainsi que celles envers lesquelles ils éprouvent de l'éloignement. Et ma foi, c'est toujours la même chose : il faut « rompre le consensus », « promouvoir la justice et les jeunes auteurs », « cesser de cautionner les gens en place par la publicité ou le tapage médiatique » - souhaité, soyons francs, souhaité. Lorsqu'on ose s'opposer à d'autres revues, c'es toujours contre « les publicateurs de poésies payées », « les courants d'extrême droite », « les revues cul-pincé qui sont incompréhensibles ».

Toujours cette manie jeune et touchante (mais tête à claques) de s'estimer, soi, du bon côté de la barrière, tandis que de l'autre côté s'entassent les méchants, les venimeux, les corrompus. Après tout je fais la même chose. Sauver les gens de la connerie – pour tomber dans une autre ? Ben oui. Je suis un vrai noyeur de baleine, un enculeur de cachalot, possédant à fond l'art de tout réduire au plus petit commun multiple (ça changera du dénominateur), capable de dégoûter des causes les plus justes en les défraîchissant : « Dans le fond, rien ne vaut la peine et tout s'équivaut », colonialisme, socialisme, christianisme ». Ce qui prouve l'inanité (une de plus) de mes prêches : j'affirme en effet que chacun s'arrête, dans sa recherche de la vérité, à l'étage souterrain qui lui convient du puits : là où l'action est possible, là où l'on peut distinguer le juste de l'injuste, le vrai du faux ; tandis que si 'on descend encore de quelques niveaux (ajouté-je), on aboutit à la mort, au néant, et à tous ces oripeaux qui permettant d'ensevelir tous les concepts sous la poussière.

Finalement ils ont raison, les autres, ceux que je critique, les relativistes : parce qu'ils se cantonnent à un niveau humain, sans racler la poussière au fond du trou sec. Après de beau discours, constatons que la revue « Tychique » (nom d'un disciple, nom de Dieu !) - et dont on n'indiques pas la prononciation : « Tu quiques ? Tu chiques ? » - se déclare d'audience nationale et internationale – sans rapport avec l'hymne du même nom. Il suffit en effet d'avoir un lecteur belge et un collaborateur suisse pour accéder « à l'international » comme disent ces pédants économistes qui refusent de dire, tout bonnement, l'étranger ». Bref, plus que six minutes à écrire mes conneries – je ne possède aucune des caractéristiques de l' « écrivain » ni du « penseur » qui vise à la postérité. La collaboration à Tu Chiques est toujours rémunérée, 600 F la page. Je ne m'en ressens pas pour bêler quelque blala religieux que ce soit.

J'admire ceux qui peuvent écrire sur commande un article de sport, un article politique, une vie de saint, le mode d'emploi d'un vide-sein. C'est à cela que s'exerce à longueur de journées Martin Eden, héros de Jack London. Après cela, il se vante de posséder à fond l'art de la langue, la technique. Moi-Je ne saurais me plier à cela. Je ne veux pas « être écrivain », je veux être regardé, estimé, apprécié. Par l'écriture de préférence, parce que cela confère (conférait...) du prestige. Seulement, je veux le beurre et l'argent du beurre : la renommée, sans la souffrance (j'ai déjà donné), sans l'effort (j'ai déjà donné). Alors on m'envoie chier, je me plains, et pour demeurer dans le scato, j'emmerde le peuple. Je me demande si j'ai de l'humour...

16.11.2008

De très, très vieilles choses...

Je m'ennuie, très vite. De plus en plus tôt dans l'année je n'ai que ce moyen de les éveiller, de les réveiller, mes élèves : des vannes. Plates, scabreuses. Très vite. Même avant la Toussaint. « Vous êtes tous là à me regarder avec vos yeux en anus de mouche". La fille Braillon, à Chauffignac, d'un bout à l'autre de la classe : « Je vous emmerde ! - Torchez-vous mon amie, torchez-vous." Tout le monde s'est foutu de sa gueule. Il faut savoir répondre, aux élèves, du tac au tac. Sinon t'es foutu. Le Principal appelait ça « Les cours à la C. » (je m'appelle « C. »). La fille Braillon s'imaginait aussi que le but d'une femme, c'était de rendre un homme heureux. Je lui disais « Détrompez-vous !  » J'étais féministe à l'époque. Je le suis resté. Pas comme Ségolène. Ségolène fait beaucoup de tort aux femmes. Les hommes vont encore s'en prendre plein la gueule. Je vote Ségolène.

En sixième j'annonce une série de lectures sur le thème des femmes. Tous les garçons et filles comme un seul homme : «Quoi, encore ! ». J'aimais bien les filles.. Y'a qu'les filles qui m'intéressent... Elles sont franches. De la sixième à la première, pas plus. Dès dix-sept ans, elles mettent leur masque de Bonne Femme. C'est fini. Elles te sortent toutes la langue de bois : « Oh mais pour faire l'amour il faut que je sois très, très amoureuse ! » - pour te toucher, t'es amoureuse de qui ? (pensais-je ! oulàlà ! pensais-je !) Une partenaire de 28 ans m'a dit (pas une ancienne élève ; je n'aurais jamais supporté) : « Oooooh ! Mais c'est pas la même chooooose ! ». C'est qu'elles porteraient plainte ces connes. Peut-être même bien maitenant, rien qu'en me lisant... Il ya du fric à se faire, pensez, avec ma retraite... Tu sais ce qu'il y a d'emmerdant quand tu es prof ? C'est que toute ta vie tu te fais traiter de fainéant et de privilégié... Tu sais, les fameuses 18 heures par semaine, qui te laissent épuisé comme si t'en avais fait 36...

Ce ne sont pas les copies qui épuisent, c'est le DON DE SOI. A 100 %; à 99%, les élèves le sentent, ils ne t'écoutent déjà plus. Et les vacances ? ELLES NE SONT PAS PAYEES. Nous sommes payés sur 10 mois, divisés par douze. Ça vous la coupe, ça ! On ne le sait pas dans les chaumières, ce truc... « Ouais mais vous êtes bien payés ». Bon, j'ai fait bac plus 6, bac plus 8, excusez-moi d'avoir fait des études, j'aurais pas dû, c'est sûr, j'vous demande bien pardon... Qu'est-ce qu'ils sont devenus tous mes élèves... Garçons et filles... Tous ces gens de 43, 45 ans, et qui ont sombré dans l'immense melting-pot de l'Oise... C'est grand, l'Oise... « M'sieu, j'ai fini ! - Tirez la chasse. » Dès la sixième, systématique... Ça passait pour une audace folle... A l'époque... "Vous avez été légendé, Monsieur, légendé ! » - on m'a sorti ça au salon du livre de Bordeaux – enfin, ce qu'il en reste – il est vrai qu'on a le tramway maintenant...

14.11.2008

D'un petit ton pincé...

« DICTIONNAIRE DU BASSIN D'ARCACHON »
Ce livre me fut offert à l'occasion de mon départ à la retraite du Lycée d'Andernos. Je déduisis plus tard que l'une de mes collègues ne s'était pas déplacée pour ne pas m'y rencontrer : je n'avais pas pu dissimuler mon mépris pour mes fonctions antérieures, de « petit prof ». Ce qu'il y a de plus stupide en moi : ces moues de supériorité que j'arbore inconsidérément. Mes profondeurs mesquines ressortent à la surface. Et ce Bassin d'Arcachon, si apprécié des touristes, me semble à moi d'une fadeur tempérée proprement écœurante. Je ne suis pas de ces régions. J'aurais préféré le sévérités jurassiennes, ou meusiennes. Tout ce sable, ces huîtres, et ce détestable accent de pêcheurs... C'est Huysmans, je crois, qui écrivait « le Midi déshonore la France ». Il y a en dessous de l'Auvergne et des Charentes une mollesse, une vulgarité sans sel qui englue dans le toujours-là et le sans-avenir.

Des effluves de plage. Des arbres tous pareils. Un sol tout plat. Pourtant, je le lis, ce dictionnaire, et je m'instruis. Les mondanités arcachonnaises m'indiffèrent. Je n'aurais pas même eu l'occasion d'approcher ces têtes couronnées de leur propre connerie. J'apprécie cependant de ne pas voir de prolos sur les plages. On y a rencontré, chez les écrivains, D'Annunzio, Régnier, Gide, Louÿs, Reclus ou Mérimée, et, chez les peintres, Toulouse-Lautrec, Manet et Boudin. Ah, « de grâce, laissez-nous un peu respirer ». Que je reprenne mon souffle, afin de déverser mon venin. D'Annunzio, c'est celui qui écrit « l'airain résonnait dans le marbre » pour signaler que les cloches, de toutes parts, sonnent dans leurs clochers », baroques et italiens. Ma foi c'est très beau. Mais la classification en « beaux » sujets et « vilains » sujets pousse un peu loin la plaisanterie : si l'on regarde un humble pissenlit coincé entre deux moellons, il faut se le retranposer en lis turban, afin d'avoir un noble objet de contemplation.

Qu'est-ce que ces manières, antidémocratiques jusque dans les fleurs ? Les gens, plus hauts, ne devaient pas être prolos. Mais c'est qu'ils parlent, revendiquent, exigent. L''humble pissenlit (lionstooth en anglais, tout de même) ne s'exprime pas à haute voix sur les terrasses de front de mer... Si l'on interdit les cafés à tous ceux qui ne portent pas le costume-cravate... D'Annunzio a jeté sur les tranchées italiennes (y eut-il des tranchées italiennes ?) des tracts fascisants. Le fascisme ne fut-il en Italie qu'un nationalisme enfiévré ? Une poursuite, sous d'autres formes, du Risorgimento ? Assez bavé. Régnier, si c'est bien l'auteur du Centaure, ne m'inspire que répulsion, pour tant de sensualité en faux marbre ; comment croire en un jeune homme qui ne bande qu'à l'antique ? Amoureux de sa sœur Eugénie – ah non ! Au temps pour moi ! C'est de Guérin qu'il s'agit !

Donc Gide (rien à dire), Louÿs, Reclus, Mérimée ! Eh bien, Louÿs, La femme et le pantin, m'avait exaspéré, par cette histoire anhygiénique de petite culotte serrée sur le sexe, impénétrable. Les chansons de Bilytis l'avaient mieux accrochée, confirmant le clitoridisme irréfragable des femmes. Je crois qu'elles se branlent bien mieux qu'elles ne baisent. J'en connais une qui dit le contraire. Mais bienheureuses sont-elles d'avoir deux façons de jouir. 
Enfin, j'atteindrai bien le niveau des brèves de comptoir ! Quant à Reclus, pour moi, ce n'est qu'un élève, à Sainte-Foy...

12.11.2008

Sidoine aussi tu m'abandonnes...

Sidoine, fils d'Arverne, épousant la fille de l'empereur ? la fille de l'empereur est-elle un meilleur coup qu'une autre ? Son cul présente-t-il la marque de naissance ? Excellente éducation de notre Sidoine. Pourtant l'Empire s'écroule et ses Barbares sont chrétiens, tous hérétiques (partisans de l'arianisme, qui nie la divinité du Christ). A 18 ans, l'Apollinaire (le nôtre, Sidoine, dont il ne reste aucun portrait) (disparue, la statue d'or de son vivant au milieu de la bibliothèque ulpienne en ruines) – fut applaudi par la noblesse lyonnaise. On s'ébahit de sa virtuosité ; l'écriture n'était plus que jeux de mots - de quels siècles sommes-nous l'Antiquité ? ...la préhistoire ? Donnerons-nous naissance à quelque cycle épique ? Huon de Bordeaux, Roland, Guillaume d'Orange ? ...il était une fois, de siècle en siècle, une chaîne ininterrompue, une chaîne atavique, une chaîne sacrée de moines, de Saint-Michel au Péril de la Mer à Munich, à Bobbio, dans ces époques obscures et intégristes, aux atmosphères miasmatiques, qui grattaient le parchemin de leurs plumes rêches ; priant, mourant tôt et maudissant la femme en passant le relais. 
Bien plus tard mais en prise directe Chateaubriand, Huysmans, haussant Sidoine aux premiers rangs. Je rêve d'une civilisation - et j'en ai fait les cartes - figée, où tous les siècles seraient là immobiles, chacun dans son costume, chacun dans son village, sans la moindre préoccupation présente. ...Leurs populations (je fabule) reproduiraient en boucle à l'identique les gestes et pensées de ces temps-là ; comment raisonnait-on, selon quels arcanes ? comment s'accommodaient-ils, les hommes, de leur courte vie, de leurs mendiants, de leurs tortures ? Comment pouvaient-ils s'imaginer, en vérité, que Dieu vivait parmi nous – ou plutôt, comment ne pas se l'imaginer ? Qu'était-ce que la littérature ? S'agit-il vraiment de l'intelligence et de la culture, qui se sont brisées récemment ? J'ai la vision séculaire de toute une chaîne humaine, au fond de laquelle, à l'autre extrémité des temps, vers 450, m'attend ce jeune sportif souriant, Sidoine ; qui court après les balles, s'essuie, se rafraîchit d'un côtes de Bourg.

Puis vient son fils ; son petit-fils vendu aux Wisigoths. Puis les moines. Des moines sans cesse renouvelés par une incessante fontaine d'obscures vocations. Puis toute une série d'érudits, de Scaliger d'Agen au cœur même du XIXe allemand (Mommsen (1871-1903), Willamowitz-Möllendorf son disciple. Nos arrière-grands-parents portaient des chaussettes et des fixe-chaussettes. On mourait à 52 ans. Les professeurs de Leipzig et de Colmar annexé se saluaient bien bas, rasés jusqu'aux bourrelets de couënne, colletés de celluloïd. Pendant les pires crises, les conflits les plus barbares, les thèses se répondent, s'affrontent en allemand comme en latin ; le monde est à feu et à sang, les juifs brûlent, et de vieux égoïstes ignobles, grandioses, se passent eux-mêmes barbares, au-dessus des ruines et des charniers, disséquant les préciosités et les conjectures syntaxiques d'écrivains morts depuis des siècles, le flambeau même des cultures humaines.

Erudits desséchés par l'âge et par le cœur, éternels rassis, gardiens monstrueux hors du monde, inclinés loupes en main et sur le crâne, dévorés de tics et de phlegmons contre les poêles fumants, marmonnant sous leur monocle leurs hexamètres anapestiques et ravagés de vieilles voluptés ; ce sont eux qui amendent, tandis que le monde agonise, restituent les textes de Cassiodore, Symmaque, Sidonius Apollinaire, au bout de la chaîne des temps, sous leurs pinces d'entomologues. 

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