« 2008-06 | Page d'accueil
| 2008-08 »
30.07.2008
Ehbé ça n'allait pas fort, ce jour-là...
BERNARD COLLIGNON « LECTURES COMMENTEES »
ARLIT JAUNE 06 10 2054 1
Arlit est le nom d'un répertoire de revues plus ou moins littéraires, dont la lecture incite à la déprime : tant de gens qui se croient indispensables, si peu de choses à dire... A présent les blogs rejettent les revues aux oubliettes. La littérature ne serait plus qu'un vaste blabla échangiste. Je viens de rester plus d'une heure au lit, je ne travaille presque plus. Et je lis : enseignants et formateurs, élus locaux. Ainsi se trouve défini le lectorat d'Agnagna, qui traite de l' “étranger en mouvement”. Je ne sais plus que penser là-dessus. Au moins je sais que ma pensée dépend de ma connerie, de ma paresse. Je suis entraîné vers le bas avec ma propre complicité. Mon correspondant commence à 80 ans à faire de lourdes fautes d'orthographe. Il me dit que chacun de ses jours est comme un miracle.
Militants, associatifs, universitaires. Tant d'opinions divergentes. Le père C. qui s'avise de l'utilité des homos : “Eux au moins ne se reproduisent pas.” La volonté qui m'abandonne parce que j'en ai marre, seulement marre. Je reste à méditer dans le vide longtemps, longtemps. La bouillie dans la tête est une sensation, aussi bien, agréable. Revue moyennement sélective, ouverte. Guérison toujours différée. Le chat se lèche le cul sur mon bureau. Je reviendrai à la surfa-ace Quand nos aînés n'y seront plus. Et ce soir, match de rugby. 60% d'AS, 20% d'ACQS, 19% d'AI, 1% d'AA. Expliquons : auteurs connus, auteurs connus « qui sollicitent », auteurs inconnus, auteurs abonnés.
Les plus réjouissants sont ces ACQS : les mendiants. Le blog libère de tout cet esclavage. Il vous met en pleine pâte, dans le public, en compagnie des derniers des cons ; qui « ont aussi quelque chose à dire ».
Fin du vedettariat, des gros bras de la littérature confisquant tous les hommages. BHL sort « Ce grand cadavre à la renverse ». Je ne comprends pas ses prises de position. Je me sens même à droite de Finkielkraut. Pourquoi a-t-on voulu éduquer le peuple ? Victor Hugo reproche à l'incendiaire d'une bibliothèque d'avoir accompli ce geste abominable. L'incendiaire dit simplement : « Je ne sais pas lire ». Mais de nos jours c'est « Je ne veux pas lire». Il ne faut pas confondre l'ignorant et le nazi. Auteurs phares : Georges Dusan – qui çà ? Tartempion? Dugrudu ? Un qui se croit plus important que moi ? Où va mener tant de modestie, tant d'égalité, à laquelle je souscris ? Paul Méta ? Ce n'est pas une marque de cigarettes, ça ? On ne retourne pas au Moyen Age, par hasard, avec ses cohortes d'auteurs anonymes ? Tout ce sur quoi j'avais vécu, cette mythologie, s'effondre donc ? Surtout que je n'ai jamais été à la hauteur ? Ni en talent, ni en forces de lutte ? Je regarde ce champ de ruines fleuries, avec sérénité, le cœur serré, alternativement, avant cette grande indifférence grise...
J'enrage, m'écrit Coste, qui aurait voulu « en savoir davantage ». M'ouvre le chemin. Heureusement qu'on baisse, on se rend moins compte. Je vais scinder mon temps d'écriture : vingt minutes, d'emblée, systématiquement. Toutes mes crises se sont résolues par un remaniement d'emploi du temps. Comme pour la France. Une autre loi.
12:06 Publié dans Grattages de tête... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.07.2008
Divers et d'été
On ne ressent rien. On est un peu assommé. Anesthésié. Les grandes émotions malsaines ne viennent pas. Il est faux de penser que de pleurer, de lâcher les vannes, signifie amélioration, absence salutaire de pourrissement interne. Non. Cela vient si ça veut. Inutile de se mettre les doigts dans la gorge pour vomir. Mon père d'un coup s'est roulé par terre en voyant, sur un rayonnage de morgue, le corps de ma mère ensaché dans le plastique Il a fallu deux ou trois infirmiers pour le tenir. Puis il s'est relevé. Il a juste dit sur la tombe quelques jours après : « Alors, ma vieille ? tu m'as laissé tomber ? » Pourtant ces deux-là s'étaient bien fait déguster l'un l'autre. Je sais que la mort de l'un est proche de la mort de l'autre.
Celles, successives, de tous ceux qui me nuisaient (ma mère, mon père, ma belle-mère) ne sont pas soldées par des améliorations spectaculaires. Ce fameux vautour qui se serait envolé de sur mes épaules dans la chambre haute procède en grande partie de mon imaginaire ; Il n'y a que le néant, et notre imagination. Que de fois, durant son sommeil, j'avais supporté sur mes genoux cette tête charmante ! Si tu la lui avais retournée, René, elle t'aurait pompé le nœud. Quand je pense qu'Atala faillit entraîner Chactas à son tour sur le chemin de la chasteté forcée ! Mais elle s'est retenue au dernier moment. Je n'imposerais jamais quoi que ce soit sur mon lit de mort. Je pense à Michel Tournier, qui vient d'atteindre ses 80 balais ; il dit "J'ai pris mon âge comme une claque dansla gueule : à cet âge-là, on n'a plus d'avenir." J'aimerais écrire à Tournier qu'il a tort, qu'il reste la dernière ligne droite - cinq, dix ou trente ans.
Qu'il se doit à lui-même. Qu'il aura été Michel Tournier, envers et contre tout, ce qui est tout de même plus gratifiant que d'avoir été Bernard C. ou quiconque - Ma Sagesse a encore de belles améliorations à accomplir... Que de fois je m'étais penché sur elle, pour entendre et pour respirer son souffle ! Et n'est-il pas poignant pour moi, à mes moments perdus, de voir déambuler cette pyramide qu'est devenue ma femme, avec ses petites jambes qui s'agitent au-dessous, pour combien de temps encore ? Moi qui l'ai vue si magnifique enceinte de six mois en 72, sachant pertinemment que plus jamais, plus jamais ! je ne la reverrais ainsi resplendissante ? Quand ses joues d'un seul coup ont lâché à 52 ans, est-ce que je n'ai pas pleuré dans un petit coin de ma tête ? Quand je repère, sournois mais tenace, de plus en plus net, ce fanon cordé qui me court sous le cou, comme une trachée artère doublement, est-ce que je n'essaye pas d'aplatir ce tuyau ligneux, avec la pulpe de l'index ? Mais à présent aucun bruit ne sortait de ce sein immobile, et parfois je joue à appréhender ce matin où je constaterais que ma femme est toute raide, toute froide, et ne ronfle plus ?
Quelles nuits enfin tranquilles ! J'enroulerai mes draps autour de moi, comme à l'hôtel, et je serrerai entre mes cuisses ce traversin frais que les aventuriers tropicaux appellent leur "femme hollandaise", de duitske vrouw... Il va falloir bien se tenir, laisser une belle image du Père, et si ça l'a rongée, eh bien, ce ne sera qu'une de ces saloperies qu'on se fait les uns aux autres par le simple fait de vivre - et c'était en vain que j'attendais le réveil de la beauté.
Salut l'abîme. Un beau soleil frais, etc... Annie toujours alitée, "se racontant des histoires", il est onze heures vingt, est-ce qu'un jour elle ne va pas demeurer au fond, je viens de vérifier, elle s'est enfin mise à se laver. "Des gens" me conseillent de ne pas intervenir, j'aimerais avoir de vrais avis médicaux. Ne sachant quel sentiment avoir je n'en éprouve aucun, sauf de commande, comme presque tous - se lamenter, se réjouir ? Comme Gargantua pleurant Basdebec... De nombreux passages d' Atala-René-Les Natchez ne sont que résumés, sous prétexte qu'ils seraient devenus "illisibles" (comme cette assemblée d'anges débattant avec une assemblée de démons...) - ce qui me confirme dans mon intention de lire encore, de m'acharner sur ces ouvrages du passé : l' Orlando furioso, la Gerusalemme liberata. Parce qu'ils m'apporteront encore quelque chose. Parce qu'ils me surprendront. Parce qu'en les lisant je n'ai pas l'impression de pouvoir faire moi-même aussi bien. Parce que je n'ai pas envie d'écouter l'intello-épicier du coin. Parce que mon époque me ressort par les oreilles. Les attendrissements moraux de Chateaubriand me chatouillent d'une actualité inaltérable.
Moi j'écris pour l'abîme, ces lignes disparaîtront peut-être dès le grand ménage qui suivra ma mort. Malgré mes instructions. Je n'ai vécu que pour la littérature, et la gloire qu'elle procure (illusion occidentale, je sais). Faire lire Le Papalagui, écrit (paraît-il) par un chef samoan. Le bon sauvage. Les chefs sioux. Nous ne voulons pas de ce monde où l'on doit "faire ses preuves". Nous souhaitons l'abandon de la croissance. Le progrès nous fait chier. Ce texte est d'actualité. Toujours je montrais à mes élèves le lien unissant les textes les plus ringards à l'actualité la plus brûlante - penser à cette candidate ignorant le rapprochement qu'on pouvait tirer entre La Guerre de Troie n'aura pas lieu et l'attaque américaine en Irak ! "Vous m'ouvrez les yeux", m'a-t-elle dit !
10:15 Publié dans Grattages de tête... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.07.2008
J'ai trouvé ça...
Ce n'est pas mon jour de "HAUTETFORT", mais le blog "sudouest" ("kohnlili.blogsudouest.com") refuse son accès aujourd'hui. Alors je vous communique ceci :
Vous imaginez d'ici les réactions de la populace : "Faut-il conserver l'étude du latin ? ...du dessin ? ...de tout ce qui ne sert à rien ? " Parce qu'il ne faut pas se demander comment elles seront rédigées, les questions. Quand je pense que j'ai lu qu'il faudrait "former des petits débrouillards" à l'école ! Pousse-toi de là que j' m’y mette! c'est moi qui aurai le boulot et pas toi, na nère ! Dans la vie y a les baiseurs et y a les baisés ! Putain la belle idéologie Monsieur le Parent d'Elève ! avec la carte du RPR en pochette-surprise dans le diplôme de fin d'études ? Depuis le temps qu'on me bassine avec les "réformes" de l'éducation", je n'ai jamais vu la moindre chose se transformer : le prof est en face de ses élèves et fait son numéro, je répète.
Point à la ligne. Un prof ça doit être "comme ci" et "comme ça", ça doit dire "telles choses" et "telles autres" en classe, et avoir telle attitude. Tel uniforme. Comme au Québec, tenez, où un inspecteur contrôle tous les jours ce que le professeur a fait dans la journée : motivant, non ? Quiconque s'écarte de la norme doit être viré - quelle norme ? vos souvenirs de 1950? Ecoutez bien: ceux qui critiquent l'école sont ceux qui envoient indirectement les jeunes foutre le feu aux poubelles le soir du réveillon. Et je commence à en avoir marre que les responsables soient toujours les enseignants, alors que certains élèves ne veulent rien foutre, et qu'ils ne sont jamais, vous m'entendez, jamais, même montrés du doigt.
Il est entendu que l'élève est toujours ce brave gosse qui veut uniquement étudier, découragé par les notes du méchant prof. Qu'est-ce que vous faites, vous, les petits malins, de l'élève qui bavarde sans cesse d'un bout de l'année à l'autre et qui répond à son prof dès qu'il veut se mêler de le faire travailler ? De l'élève qui dort sur sa table en faisant exprès de ne même pas ouvrir son cartable ? On l'a découragé, peut-être? De celui qui n'a rien, mais rien foutu de l'année, et qui veut devenir pilote de ligne avec 4 de moyenne ? On l'a découragé peut-être celui-là ? On aurait peut-être dû lui coller des 18, pour avoir une prime "au mérite" ? parce qu'il est question de nous rétribuer "au mérite" ! Tout le monde 18, allez donc ! doublez ma paye ! Ma foi si qu'on se casse la tête à encourager nos élèves ! mais que va dire celui qui travaille et qui obtient les bonnes notes qu'il a méritées, s'il voit que le petit camarade qui-a-des-difficultés-familiales obtient 18 uniquement parce que son poivrot de père lui a tapé dessus la veille au soir ? Et pourquoi toujours les fils de bourgeois en tête, et les fils d'ouvriers en queue ? je vais vous le dire, moi : c'est que les familles modestes se comportent exactement comme la famille Deschiens : "Comment tu lisais Yourcenar au lieu de tondre la haie ? Et c'est Yourcenar, peut-être, qui va me la tondre, la haie ?" Moi je ne peux pas voir les Deschiens.
Ce n'est pas que je manque d'humour, c'est parce qu'ils me serrent la gorge. Parce que le peuple, il est comme ça, tu vois. Très exactement comme ça. Vis-cé-rale-ment anticulturel. Dans le fond il s'en fout que ses enfants ne réussissent pas. C'est comme les plaisanteries racistes : une fois, trois fois, ça va ; à la sixième fois, le juif ou l'arabe explosent ; eh bien moi, les plaisanteries anti-intello, ça me fait le même effet. Bien sûr que les parents d'élèves ne sont pas tous comme ceux que j'attaque ici bille en tête. Quelques crétins qui jettent le discrédit sur l'ensemble ; mais qu'est-ce que j'en aurai connu, des hargneux, qu'est-ce que j'en aurai connu Et des venimeux. Allez, fini pour aujourd'hui.
16:28 Publié dans la parano qui galope | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
24.07.2008
Dingo
La suite est réjouissante, car le curé Bodo courtise la femme d'Hermann, non sans succès : le prêtre affiche une satisfaction béate.: "Faisons" dit -il "une partie de cartes à trois" Elodie compte les points, sans rien comprendre à leur conversation en basque ou en français. Etranges hommes en vérité que Lamartic, laissé libre, et ce prêtre, étranges complicités. La femme mortifiée retourne s’enfermer chez elle. Quant à Hermann, en son asile (Etché Aïntza)(c’est en avant, en basque) il tombe sous la coupe d'une psychiatre estonienne engagée à l'année.
Un jour pendant la séance l’Estonienne croise les jambes très haut sous ses yeux. La jupe s'envole mais le mouvement est tel et si imprévisible qu'au lieu de laisser le tissu retomber, il se produit un nouvel envol, comme un orgasme sur un autre. Les femmes paraît-il ne l’obtiennent qu’en se masturbant, quand elles se sentent absolument libres. La psy porte une gaine bleu fluo., et ses yeux prennent un éclat métallique et méchant pour clouer le regard de l’homme. Mais la gaine remonte très haut et redescend très bas si bien que tout viol est inenvisageable. Hermann ressent comme une trahison d’exhiber ainsi ses dessous , le jour où elle annonce son mariage avec un médecin turc.
Et lorsqu'il aperçoit le surlendemain l’enveloppe portant la suscription « Kyria Glanta, psychologue » oubliée sur le bureau (il fixe l’enveloppe et la lit à l’envers) ; Glanta tente en vain de la dissimuler. Hermann lui retire toute confiance car ce n'est pas une vraie psychiatre. Il avait tort. Peu après la psy dit « Vous êtes guéri »., et ils éclatent de rire. Hermann libéré, fait un voyage à Blois, d’où il envoie du château une carte ouverte où chacun peut lire, au verso d’un cygne héraldique percé d'un flèche : "C’est à vous qu’appartient d'interpréter comme il se doit la symbolique de la flèche et de l'oiseau."
Revenu chez lui Hermann démolit à la hache un piano droit qu'on lui a confié. pour les vacances. Il refusa plus tard de s’en souvenir. "A moins" concéda-t-il, "que je n'aie été dans un foutu état ». Les années passent , il devient vendeur ambulant de pâtisseries turques préparées par lui. Sa fille de quatorze ans le rejoignit . Elle tenait tête à son père, au grand amusement des passants, tandis que d'autres à l'écart assistent navrés à la démolition d'un père.
C’était l’époque où les journaux, en août 2000, suivaient heure après heure l'atroce asphyxie des sous-mariniers du Koursk. Hermann se présente encore aux portes de l'asile de fous, rosse le gardien à coups de lattes, mais n’écope que d'une courte peine pour coups et blessures.
Il faut se résoudre à vivre raisonnablement.
16:22 Publié dans la parano qui galope | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21.07.2008
Sadate vachement
Il paraît, comme ça, que je suis fait pour écrire. C'est O'Letermsen qui me l'a dit.
- Tu es si beau, lui disais-je, si beau, que si j'étais pédé je te sauterais aux couilles.
- Génial, gloussait-il , génial. Then he added :
"J'agrandirai tes cartes géographiques. Je les reproduirais sur soie. Je te trouverais un imprimeur ; ce serait de l'imagination pure. Tu donnerais des conférences.
Première carte : Arkhangelt. Epaisse, limoneuse.
Mes armées ont sillonné ce royaume, envahi par les Troupes Innombrables du Sud.
J'avais inventé d'autres pays ; de sanglants combats en avaient eu raison, à Ste-Françoise-le-Lac ; c'était ma cousine, son sexe et la bataille. Une arme était particulièrement terrible: visé, dans un groupe de trois, je restais seul indemne, et mes deux gardes, morts. Le trente août 1973, j'écris : "Je ne mérite pas d'être sauvé, je chie sur les Rédempteurs. Demandé, et il vous sera accordé ; tendez la main, et vous serez hissés. Que ma haine éclate comme une précieuse grenade au ventre de toutes les" - ce qui n'est pas nouveau.
"Souillons, soyons grands ensuite" - qu'est-ce à dire ?
Je cite :
"Quand les délicates, en se voulant torcher, s'apercevront dans leurs doigts vernissés que j'ai déjà embrené leur papier, elles reposeront le rouleau et s'en iront, effarées, cul merdeux, en écartant les fesses."
Plus loin :
"Travail sur soi, travail impitoyable, seuls les très grands y sont parvenus. - Un éditeur ! - Ah chien, tu veux ta pâtée...
17:19 Publié dans la parano qui galope | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.07.2008
Revue tripes au vent
Et désormais nous sommes ailleurs. Tout à fait ailleurs. Tout accélère. Diffusion : DILISCO. Tout s'obscurcit. Mes 55 000 neurones d'aujourd'hui se sont bien fait la malle. Audience : plutôt Nationale. Avec majuscule. J'écoute le Front National. Le Gros Porc – non ; il se répète. Il fatigue. La paralysie me gagne. Mes seules passions sont destructrices. Collaboration : parfois rémunérée. Je viens de toucher ma rénumération d'avril 2053. Refus justifiés : Non. On ne justifie pas un refus d'article. Normal. Copinage. Féodalité. Paralysie, aux moindres contrariétés. Retour des manuscrits : non. Je ne reçois presque plus de manuscrits. Envoie chier les auteurs ; trop souvent gros minables prétentieux.
Publicité : 7 200 F la page. Ben mon vieux. Caractéristiques du contenu : c'est toujours la même chose. On s'en fout. Il n'y a finalement que sa petite revue à soi qui compte, n'est-ce pas ? la mienne est ravalée au rang de « bulletin » par Polac : gratuite, et si mal présentée... Deux colonnes sur ce répertoire. Ordre alphabétique respecté à l'horizontale. Critiques de livres. Je sais faire. Tout le monde fait ça. Mais pas un comme moi. Ecologie/Nature. Jamais je n'aborde ces thèmes. Ils me font carrément chier. Les cours de sciences nat'. Rien que des femmes. Toutes criardes. Entretien/Intérieur. C'est la même chose mon con. Humanisme : apitoiement ? victimariat ? « C'est pas beau le racisme, la guerre et l'homophobie ? » Le Singe vert n'est plus qu'une revue où j'écris bien. « Mais qui est-ce qui va vouloir acheter ça ? » Photographie : il y en a des choses dans cette revue ! On peut même y faire publier une photographie ! Je hais les hommes d'action. Au moment où va s'achever mon petit numéro sur cette terre, je voudrais exprimer toute ma haine envers l'action. (Publicité). Ils se mettent à 30, à 50. Ils fonctionnent par groupes, alors que le Blaireau demeure solitaire. Texte d'idée et réflexion. Ce qui finit par me choquer, ce sont ces annonces où hommes et femmes se décrivent en accumulant leurs qualités attirantes.
Et chaque revue se sent le centre du monde, fermée sur sa petite prétention, je n'ai pas été intégré – au point de vouloir couper tous mes connexions d'ordinateur. Léonard l'Evincé. Dessins « trait ». Il y a de tout dans ma revue : l'ours décapité, la baleine enculée par un baleinier, les sous-slips de ma grand-tante. Enseignement/pédagogie. ...Pas d'architecture ? Pas d'énologie ? de cordonnerie ? Quels manques ! quelles lacunes ! Je me sens tout petit, cible rêvée du garage et du dentiste, je ne vais pas dans les casses, je ne fraye pas avec la racaille. Même avec flingue. Esotérisme. Et allez donc. Puisatisme. Tarots. Chocolat. HT ma belle revue. Avec indifférence. Je dis tout cela dans la plus parfaite indifférence.
13:13 Publié dans Grattages de tête... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.07.2008
Qui était Sidoine Apolllinaire ?
Sidoine lui-même reste difficile à cerner, sinon sous les traits d'une éponge finalement assez antipathique, banale, malléable, finalement pathétique, voire totalement pitoyable. Je ne parviens pas à voir en lui quelqu'un d'estimable.On dirait Cicéron-le-Mollasson. Je pense qu'il sera l'expression, le symbole de toute mon attitude envers cette Antiquité qui m'a plombé - avant de me fournir ma façon de vivre et de penser même, au point que persone ne peut plus me suivre. Ou que je ne peux plus suivre personne. Je suis fier d'avoir participé à cette civilisation, d'en avoir tiré ma substance, mais heureux qu'elle croule. Ma période préférée – à condition bien sûr de dominants – comme à toute époque - eût été le Ve siècle. Tout était tellement plus simple (illusion d'optique). Nous avons à présent tellement de critères d'appréciation que nous ne savons plus où donner de la tête ; il nous faut nous prononcer sur mille choses à la fois. Eux aussi. Ah bon.
Sidoine était un singe savant dans un aréopage décadent. Sidoine, gendre de l'empereur. J'envoie bien de mes œuvres à Rachida Dati. Je passerais volontiers du côté des puissants, sans état d'âme. Du moins tant qu'il s'agirait de petites bières comme Sarkozy. Je ne pense pas que j'agirais aussi légèrement si le gouvernement solliciteur avait trop de sang sur les mains. Nous ignorons si notre Sidoine s'est montré ébloui par cette promotion. Il ne le semble pas, car il faisait déjà partie de la plus haute noblesse gauloise – je ne peux rien avoir de commun avec ce bouffon friqué. Toute personne ayant tant soit peu gravi quelques échelons que ce soit de la société me semblera toujours haïssable. De même j'ai haï Péguy parce qu'il avait été trop vertueux, trop exemplaire.
Voilà une chose encore, et particulièrement grave, que je ne parviens pas à pardonner à cet Apollinaire-là : d'avoir rabaissé, bafoué son talent, si frelaté soit-il, à des contorsions de curé, d'avoir prêté sa voix à cette religion niaiseuse, capable d'inspirer ces interminables lamentos masochistes et répugnantissimes de saint Augustin. Le christianisme me semble une chape de plomb abattue sur la libre civilisation antique. Tant qu'il n'y a rien de militaire, rien ne semble sérieux. Je dois décrire l'effondrement d'un empire. Je ne puis : Valentinien III, empereur ! poignardant Aétius, son général en chef, de sa propre main ; passage du Danube par les Goths, en pleine fonte des glaces ; des souverains fous, une reine toute-puissante : Gallia Placidia. Je dois évoquer le cadre géographique et historique des cent, voire cinq cents dernières années de Rome ; raconter maintes campagnes malheureuses ; évoquer ce que c'est que Rome ou Ravenne, nouvelle capitale : du raffinement, des ordres donnés par la reine à des semi-barbares, ou des chuchotements sous les voûtes, façon Eisenstein dans Ivan le Terrible.
12:52 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
15.07.2008
J'aime les juifs
Attention à ce que je vais dire. Bien regarder où je mets les pieds, en ces temps-ci où péter de travers peut vous mener devant les tribunaux - un simple éditorial ironique par exemple... Nul ne peut être assuré de ne jamais être emprisonné ou torturé pour ses opinions - c'est Jean Ferrat qui le dit, la preuve... L'antisémitisme c'est pas une opinion : c'est un délit. Je hais les antisémites. J'adore les juifs. Il paraît que c'est la même chose que l'antisémitisme, en plus subtil. Merde alors. Une femme, les femmes. Un juif, les juifs : ça n'est déjà plus des maths. Déjà le pluriel, c'est suspect: un simple "s", et nous voici vacillant sur la berge du ravin, SS, et nous tombons dans le badinage.
Dans l'atroce. Mettons le malsain. Ma spécialité, le malsain. Je fais quoi ? Je me détourne ? Je me bouche le nez ? « Le raciste, l'antisémite, c'est pas moi, c'est l'autre ?" Moi le goy pur porc, dès que j'ai connu l'existence des juifs, et de ce qu'on leur avait fait - j'avais treize ans – ils m'ont fasciné. J'étais un petit con : toujours à me faire remarquer, tellement supérieur aux autres (le fils de l'instit ! pensez ! ) - forcément, les autres n'étaient pas d'accord. Les cons. Alors j'en rajoutais. Dans une quatrième, vous le savez, il y en a toujours un qu'on appelle "le singe". Le singe, c'était moi - der Affe, war es ich gewesen. Il n'y avait rien tant que je craignisse, ni que je provoquasse - que la persécution : taraudant les autres – taraudé.
Chiant, et récoltant toutes les persécutions du chiant. Le pion Mafille me suivait, me protégeait, moi je semais Mafille pour retrouver ma petite cour et lui filer tout mon filon de blagues dégueu, quitte à ce qu'il se détournassent d'un coup dsè qu'ils en avaient marre : à ce moment-là j'étais tout seul. Et je me souviens bien de toute cette cour de récré de lycée, les trois préaux bourrés de garçons sous la pluie battante, en train de me huer dans les chiottes où je m'étais réfugié, au beau milieu, gueulant "mort aux vaches" par-dessus le battant. Un chef-d'œuvre de jouissance. Tout ça pour dire : la persécution, j'en connais un rayon. Or voilà que je tombais sur un peuple persécuté dans les siècles des siècles. Des gens absolument comme tout le monde, qu'on s'obstinait à traiter de façon différente, à discriminer. Bon sang je connaissais ! J'ai pris fait et cause pour eux, tout de suite, immédiatement : "les juifs". C'étaient les autres qui les créaient ; s'il n'y avait pas de juifs, on les inventerait.
C'est bien Sartre qui dit cela, dans sa « Question juive »... Mais je ne connaissais pas « La question juive », et tout ce que je voyais, c'était que moi, moi le persécuté, j'étais tout seul. Impossible de trouver une communauté, un groupe qui se serrerait les coudes pour moi, et que je défendrais aussi. Je me suis donc mis à envier les juifs : si tu en insultais un, tu pouvais te retrouver illico devant les juges, traîné par la LICRA ou par le CRIF. Tandis que moi, la tête de con, si on m'insultait, je n'avais que ma gueule, ou mes deux poings, pour me défendre : il n'y a pas d'Association internationale des têtes de con.
Vous allez dire que c'est sans proportions, ridicule, ignoble ; jamais personne n'a pensé à m'envoyer en camp de concentration. Mais à l'asile, si. Ce qui est une autre histoire. Tout le monde voulait m'envoyer à l'asile. Figurez-vous que j'étais fasciné par Hitler, qu'on aurait bien dû y fourrer, avec toute sa clique – mais il y avait de la relève, à ce que j'ai appris. Or Hitler, lui aussi, se croyait persécuté, il avait même réussi à persuader tout un peuple qu'il était persécuté, lui, le Peuple Elu, et à faire l'intéressant au-delà de tout ce que j'aurais pu imaginer : pendant plus de dix ans, tous les Boches les yeux fixés sur lui ! ça c'était du spectacle, du cérémonial ; du mystère, de la morbidité, de l'adoration.
...L'antisémitisme ? un détail, comme disait l'autre ; une erreur, comme Céline l'avait chevroté, misérable, dans son falzar à ficelle, à Meudon - bref, c'était bien dommage, vraiment, qu'Hitler eût été antisémite, sinon, c'était valable, je me cite, c'était jouable. On n'est pas seulement « pas sérieux quand on a dix-sept ans" ; on est même particulièrement con.
Alors "les juifs" ; avec tous les guillemets possibles, eh bien ils sont devenus, pour moi, des personnages sacrés. Pourtant j'en ai connu, des juifs, j'en connais encore : des gens bien ordinaires, beaucoup d'intelligents, beaucoup de cons, exactement comme tout le monde, et beaucoup à la fois très cons et très intelligents, ou alternativement, selon les moments, les circonstances, avec toutes les nuances, proportions, sautes ou égalités d'humeurs, très précisément comme tous les putain d'humains de cette putain de planète.
Mis à part qu'ils en ont peut-être marre que l'on parle d'eux comme de bêtes curieuses.
Mis à part qu'il sont tout de même mis à part. A cause des autres, voir Sartre (je n'ai pas lu ; vous avez lu ? ) - à cause de moi : meilleurs que les autres ; meillleurs médecins ; meilleurs musiciens ; meilleurs acteurs , etc... Je ne devrais pas dire ça. ¨Personne ne devrait dire ça. Mais ça se dit. Et ça leur cause du tort. Labouklébouklé.
17:19 Publié dans la parano qui galope | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.07.2008
Gaston Tontaine
Je me fends la tête à chiader une belle autofiction mais tout le monde s'en fout. D'ailleurs moi aussi. Et ça donne :
44
MANQUEMENT AU DEVOIR PATERNEL (131)
Quatorze du Bélier dans l'ère bâtarde (132). Gaston-Dragon déchire l'enveloppe adressée à sa fille : Ange pur, ange radieux – ainsi s'adressait à sa bien-aimée son fiancé mon père pas mal con, n'ayant rien trouvé de mieux qu'un librettiste de musicastre (133) pour exprimer son inflammation de cœur. Tandis que sa fille folle de rage poursuivait Gaston-Dragon à travers la cuisine, ce dernier brandissait la missive à bout de bras, vociférant grassement l'ignoble opéra suite de Gounod (ce Faust que les Germains couverts de honte n'osent appeler que Marguerite) : «Porte mon ââââme au fond des cieueueueueux...! »
Notes
(131) Ici Gaston-Dragon va faire quelque chose de pas bien du tout.
(132) Quatorze avril du calendrier chrétien.
(133) « Mauvais musicien ». L'œuvre de Gounod, Faust, étale tant de platitudes et de mièvreries petites-bourgeoises (c'est là que l'on peut entendre le fameux Air des bijoux) que les Allemands, rougissant en effet de l'insondable distance qui le sépare de son modèle, le Faust de Goethe, ne le désignent jamais autrement...
45
« LES BAS COULEUR PEAU D'CUL » (134)
Pour l'éternité relative de la si brève consomption du corps humain, ma mère porte en son cercueil ces bas couleur peau de cul raillés par Evguéni. C'était le temps de la grande misère d'après-guerre, quand les filles allaient cuisses nues. Et l'Evguéni jusqu'à sa mort d'asthmatiqueet d'ivrogne alla répétant : « Tiens v'là la Simone (135), avec ses bas couleur peau d'cul ! »
Et j'étais mauvaise, disait ma mère, j'étais mauvaise !
Notes
(134) Allez, on change de grand-père. C'est du père de mon père cette fois qu'il s'agit.
(135) Dans la réalité, ma mère s'appelait Simone et non « Alcmène » . Ça fait nettement moins prestigieux, mais au moins, c'est prononçable. Quant au grand-père, il disait évidemment « la Simone, avec ses bas », etc., et non pas « la Simone, cent trente-cinq », etc...
17:27 Publié dans GASTON-DRAGON | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.07.2008
Arrachement
Mon souffle est coupé. Je maîtrise à l'extrême le corps et le visage. Salvadora D. dans toute sa vie fait de même. Famine à la cantine chacun compte ses petits pois Que me trouvent tant de femmes tant d'hommes, comment supposer la moindre émotion chez quiconque? Femmes dressées dès leur plus jeune âge à ne rien laisser paraître... Au réfectoire seul avec K. qui me recherche nous échangeons des considérations plates, intercalées de silence total – horriblement rompu, à intervalles réguliers, par ses aspirations de potage ; les parois nues de la salle
réverbèrent jusqu'aux plus gargouillantes déglutitions.
Nos brouets ingurgités la porte refermée sur nos dos séparés, chacun dans sa direction, j'enregistre au plus secret de moi la plus cuisante humiliation de ma vie, cet effondrement car j'ai besoin d'aimer. A l'extinction des feux alors que tous en pyjamas rayés se faufient sous leurs draps rêches je glisse au bout du dortoir sous la porte condamnée du quartier Filles une apologie du nazisme sur quatre pages avec la croix gammée dessus – chacun criera à la bouffonnerie - qui me sera sur-le-champ imputée... Comme ils connaissent tous mes deux façons d'aimer à la fois Salvadora et Kolenko, nul doute non plus sur le destinataire - à cette dernière, à elle seule sera bien sûr mon pamphlet transmis les femmes sentent ces choses...
Ainsi, mon violent amour, qui bouffe comme une dégueulasse, n'ignorera-t-elle rien de l'intensité de ma déception – ironie en effet : les SS observaient une stricte étiquette de table, ainsi que les marques du plus extrême raffinement. Le lendemain matin, ce message strictement personnel atterrit droit sur le bureau de Guilaine Chevagnu, Supérieure, qui me le reproche. “Ce document dis-je ne vous est pas adressé” elle répond vivement qu'en effet mais que n'importe qui pouvait l'intercepter, ainsi glissé sous une porte, donc le lire, et le soumettre à son appréciation, comme il était de son devoir ; elle rappelle opportunément que je ne saurais ignorer la nature et l'intensité des barbaries qui se sont par ici perpétrées, au-delà du cercle polaire, à Hemmes.
Je crie : “Montrez-moi ce papier !”. Réponse : “Je connais mon métier”. Elle refuse et fait bien, j'aurais bondi pour détchirer le document je suis muté d'office. Mais je me suis exclamé que deviendront mes détenus ? ma Supérieure a souri largement quelqu'un s'occupera d'eux. J'ai appris qu'elle m'avait su de ce cri un gré infini. Un visage de bois sera plus que jamais le seul qui me convienne ; je voudrais le conserver toujours. Je me suis enfui avec l'autre, Salvadora, vers la côte loin du gel. Dérobant le soir même un side-car (je rabats sur S.D. la vaste coquille pourpre) je n'embraye qu'après le premier virage nous dévalons la vaste pente neigeuse ; l'amoureuse se tasse dans l'habitacle, équipés jusqu'aux gants, lacets frôlant le précipice, lignes blanches intermittentes à ras de nous, les dix tonnes nocturnes dévalant mugissant dans la clameur préhistoriques des freins ou remontant tout grondant de l'abîme, tout mufle illuminé (nous resterions broyés, nacelle dévalant dans le gouffre sans fond, routier pied levé portière ballante, convois retardés meuglant à pleins klaxons, corps hélitreuillés tournoyant sous le ventre d'acier) (“je n'aimerais pas” disait-elle “me sentir partir” , sa main pressée se glacerait dans la mienne et le vent soufflerait), au matin nous arrivons sur une place étincelante avec pissotière arcades et comptoir.
21:45 Publié dans Ah les filles, ah les filles... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


