Proullaud296

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  • Texte rare et pas précieux du tout

    Textes rares et pas précieux pour un sou. "Qui voudra lire les mémoires d'Alex Vérité ?" "Qui est-ce qui va vouloir acheter ça ?" comme disait l'un des philosophes les plus miteux de ce siècle. C'est bien simple : personne. Mes bras fléchissent, malgré les exervices dont les afflige mon kinésithérapeutre. Peute pas peutre. Bon sketch. Bien y aller de sa plume. Voilà bien longtemps qu'on ne se sert plus de plumes. Sauf les plumassiers. Une plume d'acier. Sergent Major. Les petites boîtes rouge et bleu vifs. Les pâtés. La crispation horrible de la petite phalange de l'index, à vous faire mal. Lettre la plus difficile à tracer : le "e". "Je veux aller à l'école avec papa". On m'y envoie. Je sais lire. Monsieur Corée remplace mon père : "Il m'a appelé Collignon !" Déjà ce nom perçu comme une insulte. Le remplaçant, jaune, vient voir mon père à l'étage. Ils s'entendent bien touts les deux. Je ne me réconcilie pas avec M. Corée. J'écoute mon père à la flûte traversière. Il fait partir toutes les mélodies du "do". Ce n'est pas cela qu'on appelle savoir jouer de la flûte. Ma mère méprise. Elle a souvent été méprisée, donc elle méprise tout le monde. Elle me nettoie dans la cuvette, à poil devant les ouvriers. Je ne trouve pas cela choquant. "Quand est-ce que tu vas te marier ? - Quand les prunes seront mûres !" En effet, j'ai dû lire ou entendre cela quelque part. Je ne comprends pas bien pourquoi tout le monde rigole.

    Ma mère porte la haute chevelure brune des femmes jusqu'en 1950 ancien style. Elle a 38 ans, je la trouve jolie, j'ai quatre ans. Un petit garçon traîné par sa mère, enthousiaste, me dit "C'est ma maman". Superbe femme. Devant le portail du jardin public. Une autre femme, square Monthyon, balance son gosse sur une poussette superéquipée, avec plate-forme inférieure. Elle fait la tronche, la maman parisienne, car ce putain de garçon lui a pourri sa vie professionnelle et sociale. On sent qu'elle se sent ridicule avec ce fardeau de chair, tripes encore pendantes de son ventre tardif. Primipare quadra ? Cela se peut. J'en ai connu. Elle laissait tout faire à sa gosse, capricieuse comme pas une.

    Lit d'hôtel ROMN.JPG

    On ne me reprendra plus à promener la petite Fleur, qui examinait chaque motte de terre et chaque tige, tandis que nous attendions, à trois, en plein soleil, que Mademoiselle ait décidé de se remettre en route. Sur les photos, à 19 ans, elle arbore la moue amère de celle qui s'est aperçue, un peu tard, que non, elle n'était pas le centre du monde.

     

  • Deux rêves

    54 02 11

    Avec Z. et un de ses amis, nous faisons une expédition sur des autoroutes à flanc de montagne dominant des villes à riche passé antique (Vienne en France par exemple). Sonia et Annie suivent, les deux motos de tête sont très puissantes. Il y a aussi un de nos chats, un batracien et un insecte (ou trois chats). De fortes pentes remontent un courant très fort, les chats se défendent, fendant l'eau de leurs museaux. Un inconnu devant nous saute de cette autoroute sur la route ordinaire du bas, qui traverse les agglomérations, pour effectuer quelques achats, puis remonte. Ça continue à monter, les rambardes sont délabrées, nous suivons tant bien que mal. Des articles de journaux rappellent que les conférences archéologiques sur toutes ces villes sont réservées aux “Boches”, et critiquent cela. Puis le camarade de Tarche à son tour regagne la route en contrebas. Il a pété un pneu, et un vaste pare-brise occupe la largeur de la voie.

    Lit défait romn.JPG

    La pente (le talus) est extrêmement raide sur le côté, couverte de magnifiques fleurs bleu foncé, mais c'est impraticable, même à pied. Et l'ensemble de cette autoroute commence à prendre l'aspect d'un plancher de carlingue d'avion écrasé, en équilibre instable à flanc de petite montagne. Je m'amuse bien à lancer en contrebas des débris de métal, puis des gros cailloux, mais je crains que la carlingue ne soit déséquilibrée et ne dévale la pente de côté. Quant à Sonia, Anne, et aux trois chats, ils restent sagement à l'arrière, dans l'attente.

     

    54 02 28 Je suis chez des Asiatiques en Belgique dans un haut immeuble où ils habitent. Les étagères de l'ancienne bibliothèque de Madame sont à demi effondrées et en désordre. J'essaye de retrouver la place d'un beau livre d'enfant qu'elle y a peut-être remis. Je tombe sur une illustration d'incendie dévastateur dans un village de pailllotes, sous un vent violent, dans les îles située dans l'isthme de Panama., comme s'il y avait là une sorte de mer de Marmara. Puis je suis surpris en train de me savonner, complètement nu, près d'un lavabo, dans un petit recoin bien propre. Le couple me voit, mais, très préoccupé, ne me fait aucune remarque. Il s'agit de ma dentiste Nguyen et de son mari.

    Puis je suis sur une autoroute surchauffée, un type fait du stop en marchant au beau milieu des voies. Il s'énerve qu'on ne cesse de le klaxonner. Je me retrouve à quatre pattes sur le goudron brûlant, gênant et ralentissant à mon tour la circulation, frôlé par un énorme camion. Un journaliste me prend une brosse à dents que je tiens dans une main et me la vrille sur la tempe : “Et si je te fais cela, ça te soulage ? - Non pas du tout, ça me chatouille, c'était mieux avant.” Il me la remet. Une jeune journaliste me guide alors, épuisé, vers le bas côté, entre des éléments rouillés de machines agricoles.

    Il paraît que j'ai été victime (dit une voix de journaliste) d'une “estocade” de l'auto-stoppeur qui effectivement m'a quelque peu morigéné. J'observe que “estocade” n'est pas le mot juste. La journaliste a un peu peur et le dit, car la circulation est intense. Je l'aide à ne pas se blesser les talons sur les bouts de ferraille qui traînent là. Nous sortons de l'autoroute au rond-point qui mène de la route à quatre voies vers Andernos.

  • T'en veueueueux.... d'la beueueueuh...

    « L'herbe a la juste réputation de faire rire, d'exploser le cerveau. L'escalier au plastique ROMN.JPG

    «  Le shit, c'est plus solide.

    Pour le travail de fond. »

    Travail de poète, ou de pigiste, ou d'instrospecteur. Je ne sais. Qui n'a jamais connu d'état second du à l'herbe ne pourra pas comprendre. Révisons notre vocabulaire : l'herbe, c'est le cannabis. Le shit, c'est le haschisch.

    « Là va ma préférence

     

    «  - Tu ne crois pas que tu fumes un peu beaucoup ? me dit Lucie.

    J'ai beau lui dérouler la longue liste des poètes maudits qui m'ont précédé, je n'obtiens d'elle qu'une moue dubitative.

     

    « Dans mon bureau, tout est beau.

    Tableaux, bibelots... »

    Alinéas, alinéas, lignes sautées. C'est pour donner le temps de souffler la fumée. De chercher la rime :

    « C'est rigolo.

    Suis écroulé dans mon fauteuil.

    Les yeux au plafond.

    J'écoute de la musique.

    Me laisse partir. » T'as raison coco, faut pas se prendre la tête. Et avec humour.

    « Mais où est donc ornicar ?

     

    «  - Maintenant, si tu me demandes sérieusement si moi, Benjamin Dubois, en tant qu'être social et responsable, en dehors de tout intérêt personnel, je suis pour la légalisation de l'usage du cannabis et le contrôle de sa vente par l'État, je te réponds non. La légalisation, c'est la mort des banlieues.

     

    « Les plumes volages

    D'une alouette

    Brisée, la nuit, l'écume.

     

    « Lucie est au cinéma avec Yasmine, une copine. »

    Le coup de l'alouette, plus tôt, c'était un haïku à deux balles. Le reste, c'est de la vie quotidienne.

    «  Sommes écroulés dans mon bureau, Solly et moi.

    Il ne fait pas chaud dehors et je le vois avec sa même vieille veste en velours marron que d'ailleurs il n'enlève pas, son pantalon en toile qui lui arrive aux chevilles, ses bateaux antédiluviens qu'il porte sans chaussettes.

    Me demande s'il a mangé et sors pain, fromage, biscuits, tablettes de chocolat, Coca…

    Grignote un ou deux biscuits.

    Écoutons Radio Nova. »

    Vu, l'omission des sujets, comme ça allège l'expression ? Vu ce qu'il y a à dire, il ne reste plus grand-chose. Du vide, du vent, du shit, quoi.

    « On ne parle pas.

    Suivons nos pensées.

    Cool.

     

    « L'organiser, le portable, les clients, les dead-lines, j'ai tout remisé. Au nom des services rendus, mon patron accepta le licenciement pour incompatibilité d'humeur et je me la roule douce le temps que ça me reprenne. » Effectivement, choisir entre l'inaction béate et un travail de con, ce n'est pas très encourageant. Plutôt dormir. Pas besoin d'herbe pour ça, y a qu'à glander, notre pauvre auteur ne plaide pas très bien sa cause. Il est vrai que ça change des voyages flashy avec plein de couleurs et de contractions vaginales. Au moins, là, c'est le nu, le néant. La volonté de présenter les fumeurs de joints sous les traits de personnes superficielles avec autant d'intelligence que des godasses et soixante mots de vocabulaire.

    Nous allons poursuive encore un instant notre douloureux vagabondage à travers le néant :

    « Moment béni où je n'ai plus à suer pour gagner mon pain.

    Mes ASSEDIC ne sont pas près de baisser. Me laisse bercer…

    «  - T'aimerais pas avoir un tapis volant ? me demande Solly.

     

    Et si l'homme devait être lobotomisé pour éviter guerres et carnages, ne faudrait-il pas s'y résoudre ?