Fronfron55

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Pensées de Montesquieu

Terrasse en plongée romn.JPG

Montesquieu est mort. Vive Montesquieu. Du modèle de vie qu'il propose, certaines choses sont à retenir. Il existe tant de façons de vivre ! j'aurai du moins maintenu ma fidélité. Qu'elle soit inertie, ou plus, qu'importe : les motivations profondes restent toujours cachées, souvent banales ou peu reluisante. Cependant point besoin de les tourner au noir ; pourquoi ne pas les interpréter dans le sens de leur noblesse ? Montesquieu écrit Essai sur le goût – cela se présente comme une suite de paragraphes apophtegmatiques : « La noblesse faisait profession de poète » : un Néron composait des vers, chantait et déclamait (fort mal), et convainquait un certain nombre de grands personnages de partager avee lui l'honneur ou le déshonneur des apparitions sur scène ;

Terrasse en plongée romn.JPG

Citons aussi Guillaume de Champagne, Guillaume de Mahaut. Mais de quelle époque Charles-Louis parle-t-il donc ? « On faisait fortune par la poésie auprès des dames et auprès des Princes » : ma foi, où a-t-il vu cela ? ...Toujours cette passion d'on ne sait quel « bon vieux temps ». « L'Europe n'a pas pu manquer de génies » : à notre connaissance cependant, nul artiste, fût-il Corneille ou La Fontaine, n'a pu se départir d'une certaine modestie de ressources. Plus heureux les plasticiens, peintres ou sculpteurs. Car ils pouvaient reproduire, exposer les portraits du Prince, partout où celui-ci l'estimait souhaitable. « Il y avait, d'ailleurs, de l'émulation » - en vérité ?

Et comment faisait-on pour décider du « plus » ou du « moins » en matière de qualité ? n'est-ce pas que l'on avait des critères bien fixes et bien fermes ? « Cependant, on ne voit que des misérables ouvrages, faits par des gens qui n'avoient que des idées prises de l'Ecriture sainte ». Lesquelles, lorsqu'elles sont crues véritablement saintes, ne peuvent manquer d'abaisser, d'obscurcir les esprits. Ce qui est mauvais, vraiment mauvais, se décèle. Mais « l'émulation » me choque : décider qui de Marguerite Duras ou de Yourcenar écrit le mieux me semble dépourvu de la moindre pertinence. Reste à trouver de nos jours l'équivalent des obscures niaiseries théologiques d'antan : chacun se sent tellement investi, tellement excellent !

« Mais, dès que l'on commença à lire les Anciens, que l'on eut perdu un siècle à les commenter et à les traduire, on vit paraître des auteurs, et (ce qui me semble faire la Gloire des Anciens), on peut leur comparer les modernes ». Plus haut, dans cette controverse bien vivante, Montesquieu déclare trouver autant de bon et de mauvais dans les deux camps, non sans une certaine révérence pour l'Antique : major e longisque reverentia. Il nous souvient d'un ancien Tillinac ou d'un vénérable Sollers, disant ou laissant entendre que la Renaissance du beau, du vrai, du non frénétique, pourrait bien être à l'avenir le fait d'obscurs scribes transmettant le passé mort àfins de résurrection. Par des gens modestes et fermes, sans esprit de paillettes ni de gloire. « Il ne faut point entrer avec les Anciens dans un détail qu'ils ne peuvent plus soutenir, et cela est encore plus vrai à l'égard des poètes qui décrivent les mœurs et les coutumes » - arrêtons-nous : rien de plus odieux en effet ou absurde que de tenir grief à Baudelaire ou Flaubert qu'ils n'aient pas protesté contre la condition ouvrière de cette époque. Traiter Ronsard de misogyne est bien plus révélateur de la connerie de celui qui le dit - « ...et dont les beautés, même les moins fines, dépendent, la plupart, de circonstances oubliées : les Anciens après tout furent aussi Modernes, et les Modernes seront à leur tour oubliés » - quant à nous, écrivons - « ...ou qui ne touchent plus ».

Ainsi s'est fanée une grande partie du comique d'Aristophane ou de Plaute. « Ils sont comme des palais antiques dont les membres sont sous l'herbe, mais qui laissent encore voir toute leur grandeur et toute la magnificence du dessin. » C'est en effet au XVIIIe siècle que l'archéologie put naître et s'affirmer. Penser, donc, écrire quelque chose, quoi que ce soit inutile. Nous avons été mis sur terre. Notre devoir est de ne pas nous défiler. Or les pensées défilent, tout défile. Et nous n'avons pas le dixième de ce qui fut écrit pour les bibliothèques grécoromaines. Statu quo définitif. Faisons notre métier. « Nous reprochons aux Anciens d'avoir toujours relevé la force du corps des héros. » Le corps en effet permet aux homme de survivre et de produire. « Mais, parmi nous, chez qui de nouvelles façons de combattre ont rendue vaine la force du corps... » - canons, armures – nous représentons encore, dans nos ouvrages, faits pour exciter l'imagination, des héros qui tuent tout, qui renversent tout ce qui s'oppose à leur passage.

Évoquons ici le Roland furieux, le kung-fu et autres Terminators primates, puisque le cinéma surpasse en popularité l'écrit. « Tantôt ce sont des géants ; tantôt, des lions ; tantôt, des torrents ».

Les commentaires sont fermés.