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  • Achoura ("tamkharit")

    ACHOURA  (au Sénégal, Tamkharit)
    GENERALITES

        Les sunnites (musulmans orthodoxes pour lesquels les quatre premiers califes sont les successeurs de Mahomet) considèrent cette célébration comme mineure ; certains organisent des festivités. En 680 – 61 de l'Hégire – Hussein, 4e calife de l'islam, lève une armée  à La Mecque et marche sur l'Irak, pour faire valoir ses droits à la succession  califale après l'assassinat de son père Ali, gendre de Mahomet. Après un siège de dix jours de la ville appelée Koufa, Hussein et son armée sont défaits par les troupes du calife Yazid 1er. La tradition rapporte que Hussein fut décapité et son corps mutilé à Kerbala, où se trouve son tombeau, lieu saint des chiites. Les têtes de Hussein et des membres de sa famille furent exposées sur des lances. En revanche, les chiites (fidèles aux descendants d'Ali mort en 661) célèbrent en ce jour cet assassinat des deux petits-fils du Prophète, Hassan et Hussein, et de 72 de leurs disciples, en l'an 61 de l'Hégire (680).

    DATE
        Le 10e jour du mois de Mouharram («achara » signifie « dix »), il se mène un grand deuil. Mais selon les haddiths pris en compte, ce jour-là commémore aussi bien l'échouage de l'arche de Noé, Moïse dans le feu, Adam quittant le paradis terrestre.
        En 622, Mahomet trouvait à Yathrib (la future Médine) une tribu juive. Le jour de son arrivée, elle célébrait le Yom Kippour. Mahomet reprit ce jeûne rituel. Or, deux ans plus tard, l'obligation du jeûne de Ramadan lui était révélée : Achoura devient alors simplement recommandé, mais non plus obligatoire, à condition de jeûner deux jours pour se différencier du judaïsme. Ce serait donc à l'origine une fête juive. Le Prophète, interrogé par ses disciples sur la nécessité d'observer un jeûne ce jour-là, répondit que Moïse était « plus proche » d'eux que les autres.  « Dieu remet les péchés d'une année passée à quiconque jeûne le jour d'Achoura. » Cette fête marque la liaison entre deux religions, le Judaïsme et l’Islam. C’est un « lien naturel et historique entre deux communautés fraternelles » que tout semble opposer de nos jours, expliquent unanimement M Rais et Merrun Khalil

    PELERINAGE DE KERBALA
         C'est à Kerbala qu'a lieu, en Irak, le pèlerinage principal. On y célèbre le martyre du second et dernier fils de l'imam Ali, Sidna al Hosseïn. En Iran se donnent des représentations théâtrales (les tazieh, « Passions d'Al-Hosseïn »), et des centaines de milliers de pèlerins procèdent à des cérémonies expiatoires (flagellation, coups que l'on s'inflige sur la tête et sur tout le corps, jusqu'au sang). C'est pour les chiites un grand jour de deuil, et non pas une fête. Le blanc, couleur du deuil, était aussi la couleur des Omeyyades (qui ont régné à Damas de  661 à 750) ; le noir fut celle des Abbassides, alliés, au moins au début, des chiites contre les Ommeyyades.


    COUTUMES
        Elles ne figurent pas dans le Coran, ne sont donc pas « recommandées », mais demeurent très populaires.
        En Tunisie, on visite les morts. On allume des bougies autour de la tombe du saint patron du cimetière. « Que Dieu entende les plaintes des vivants. Que Dieu exauce les vœux des démunis. Puisse Dieu alléger les souffrances des plus faibles. En ce jour toutes nos pensées se tournent vers eux. » On saute au-dessus des feux pour se purifier. Les enfants récoltent de maison en maison des bonbons et des pièces de monnaie, dans un roseau qu'on appelle, à Gabès, « achoura ».
        Habillés de neuf, les enfants marocains reçoivent des cadeaux, tambours, trompettes, s pétards – et pistolets à eau. Cela peut ressembler à un carnaval ou à un quatorze juillet... On mange un couscous au « gueddid », viande séchée depuis la Fête du mouton, des noix, des amandes, des dattes. Le lendemain de l'Achoura, c'est « Zem-Zem », allusion au puits du même nom en Arabie Séoudite, où se désaltéra la caravane de Mahomet. Les enfants aspergent les passants avec leurs pistolets, ou des bombes à eau (sacs et ballons de plastique), des seaux... tout est bon ! Le soir, la fête continue avec a « chouâla » (feu rituel) au-dessus duquel on saute. Fête de l'enfance donc, et des traditions familiales.
        Au Sénégal, un « carnaval » est organisé.

    SIGNIFICATION

         Cette manifestation revêt une signification spirituelle et sociale indéniable. C'est aussi un jour de partage et de charité. Il rappelle l'obligation de faire l'aumône, contribution matérielle (zakat), destinée à assister les plus démunis.  Elle revêt toutefois différentes significations : pour les sunnites, elle marque le début de festivités, pour les chiites, c’est une journée de deuil  C'est aussi un jour de partage et de charité.

  • De Gaulle, ne reviens pas, nous ne sommes pas fous.

    Le chevalier au torse nu.JPGCE "CHEVALIER AU TORSE NU" est d'ANNE JALEVSKI

    Notre général, enrayeur sans plus du déclin de la France, distribue les compliments avec condescendance, pour mieux assommer par la bande. Les régiments (…) de Tunisie, bien qu'ils aient été naguère partagés en tendances variées, se montraient unanimement ombrageux de leur esprit de corps. De Gaulle, seul recours de l'unité française... Grand rassembleur des énergies, mais j'interromps la litanie. Mais, quels que fussent les détours par où le destin avait mené les uns et les autres, la satisfaction de se trouver côte à côte, engagés dans le même combat, l'emportait sur tout le reste dans l'âme des soldats, des officiers, des généraux. C'était la même chose, mon général, au temps de l'amalgame révolutionnaire, en 1792/93.
        Le combat est le meilleur ciment, et l'on aura trouvé bien des voix, dans nos féminines dissertations de premières, pour blâmer ce barbare qui souhaitait la guerre afin de ressouder la nation sur le corps de l'Allemagne. Ces demoiselles contemporaines auront vigoureusement blâmé ce désir de meurtres, au nom des principes qui nous étouffent, par exemple : « Un chien vivant vaut mieux qu'un philosophe mort ». De même, en Yougoslavie, nous n'allions tout de même pas, Messieurs les Politiciens, « ajouter la guerre à la guerre » en secourant les Bosniaques... Notre nation n'est plus qu'une pâte à chewing-gum. Il faut dire que, dans les villes et les villages traversés, l'accueil de la population ne laissait pas le moindre doute sur le sentiment public. A notre tour donc d'enfourcher le cheval à clichés, d'opposer les acclamations populaires aux tribuns aux sages consultations électorales censées représenter la démocratie.
        Ajoutons que le général de Gaulle n'était souvent connu de nous qu'à travers les revues satiriques, et mes ressentiments personnels à l'égard d'une personnalité puritaine, alors que j'étais en pleine éclosion postpubertaire. Nous nous apercevons à présent qu'il y avait de quoi ressentir de la fierté devant tant d'acclamations, et que nous eûmes de la chance d'échapper à ces monstrueux cultes de personnalités qui se sont manifestés avant et bien après notre libération. Autre élément ayant orienté nos appréciations, le fait que le général ait souvent résidé, dirigé aussi, depuis Alger, qu'il connaissait bien, s'appuyant sur l'Empire colonial quand il le fallait, jouant au petit maître du monde avec ses moyens dérisoires et prétentieux, mais sachant s'en débarrasser à temps sous la pression soit des contraintes financières (la France désormais ne pouvant plus ni exploiter éhontément l'Afrique, ni la hausser socialement à notre niveau comme l'exigeait enfin l'humanisme, ni conserver l'Algérie après tout le reste sous les yeux d'une opinion internationale déchaînée).
        Moyennant quoi, nous pouvons passer au général de Gaulle une certaine estime de soi-même, et un certain orgueil, voire un orgueil certain. Depuis nous nous avachîmes jusqu'à François Hollande.  En vérité, l'armée française, dans les proportions malheureusement réduites où il était possible de la refaire, montrait une qualité qu'elle n'avait jamais dépassé. Combien d'hommes, mon général ? Et pourquoi n'a-t-on voulu se souvenir que des troupes débandées parmi la population fuyante ? Pourquoi n'avons-nous pas voulu revivre les horreurs de Quatorze, et les Allemands, si ? Nous aurait-il donc fallu la propagande nazie ? Sans compter que, dès Le chagrin et la pitié, le mythe gaullien de la résistance universelle volait en éclat sous les sarcasmes.
        C'est ainsi que la France, donc, échappant à la fois aux dictatures et aux partis uniques, tels qu'il s'en formera dans nos anciennes colonies, marquait alors une belle unité. C'était le cas, au premier chef, pour la 2e Division Blindée. C'est elle qui délivrera Strasbourg, qui possède une avenue à son nom. Ma directrice de traduction allemande s'étonnait que l'on pût donner une appellation si peu pacifique à une grande avenue. Sacrés germaniques, devenus pacifistes ! Le 25 septembre, quittant la zone du général de Lattre, j'allai la voir à Moyen, Vathiménil, Gerbéviller. Ce sont là de beaux pays, mon général, proches depuis mille ans de l'ennemi héréditaire, ce qui soude d'emblée tout le monde, loin des « divisions » celles-là « partisanes », contre lesquelles vous ne cesserez de lutter. Pendant son court séjour à Paris, cette division avait recruté plusieurs milliers de jeunes engagés.

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  • La crémation

    C'"est curieux : avant, j'étais "contre". Ayant écrit ou projeté un article VI-RU-LENT pour dissuader de se faire profaner le corps par une pratique barbare. Et j'ai assisté à une cérémonie toute simple et grande à la fois, avec un personnel d'un tact parfait, sans désinvolture mais sans affectation non plus. C'est au crématorium de Mérignac-Pessac en Gironde, où tout le monde est traité avec tact et sans lourdeur. La crémation s'effectue ailleurs, on n'entend aucun bruit ni même une rumeur. De quoi songer sinon à modifier mes conditions du moins à nuancer mon appréciation.

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  • Wing, Wang, Wong

            Autre fille chinoise, occidentalisée, rédigeant en français son roman qui s'appelle Héroïque. Ou l'art et la manière de s'inventer une vie héroïque, lorsqu'on n'est qu'une hôtesse d'accueil au chômage, et que son père, un « sale Arabe », je cite, vient de se faire virer de son poste de chauffeur routier. Après tout, l'autrice a peut-être essuyé des insultes du style « sale chinetoque »,  le racisme comme la connerie n'a pas de frontières. Donc notre hôtesse d'accueil, prénommée Jeanne pour faire vraiment français, et teinte en blonde, se fait refuser un emploi par une nommée Mayou, elle-même patronnée par le nommé M. Merle. Ce Merle est un parfait salaud, qui essaye de lui faire croire qu'elle sera embauchée à coup sûr si elle accepte de passer une après-midi par semaine avec lui, et pas pour jouer aux cartes. 

     

     

    CETTE PHOTO S'APPELLE "DE BAS EN HAUT"
     038.JPG   Et le roman ne cesse de faire des aller-retours entre ce que Jeanne observe et constate, ce qu'elle imagine (à propos de son père, du sexe répugnant de M. Merle, des actes héroïques accomplis par elle-même) et les évènements qui pourraient se produire si, et si, et si. Selon cet outil d'appréciation, le lecteur peut admirer cette souplesse, cette ingéniosité, dans l'imagination d'une jeune femme un peu détraquée, prête à tout pour se faire embaucher, même à conduire des camions à la place de son père, ou bien à tuer M. Merle en lui balançant une bouteille de Coca dans la gueule  (ce qu'elle fait en effet, mail il l'évite par réflexe). Elle pense même avoir découvert que cet embaucheur sans scrupule est un tueur en série : elle se penche sous le siège de la belle bagnole de cet homme pour y découvrir un chewing-gum ou n'importe quel indice qui lui prouverait le caractère criminel de ce mufle, comme dans un policier qu'elle a vu à la télévision.
        Mais elle ne voit rien qu'une moquette impeccable. Ou bien, ledit lecteur peut se lasser de ces interminables méandres d'une imagination de petite fille prolongée, se lasser de ces robots qui ne pensent que par sautes d'idées. Il peut ne plus se souvenir du tout d'avoir lu ce livre, un de ceux qui défilent sur son bureau de vieux maniaque : quel maniaque peut supporter un autre maniaque ? Entre ce qui est vrai et ce qui est faux, peu de différences ; entre ce que l'on pense (« alors je ferais ceci, alors il ferait cela, j'aime bien mon père et ce patron est excitant à vomir »), ce que l'on aurait pu dire et ce que l'on dit réellement, peu de différences également : à l'intérieur du cerveau d'un enfant les imaginations défilent, chaque situation est considérée soit du point de vue réel soit du point de vue potentiel, comme dans notre tête, après tout, à nous tous.
        Le lecteur se voit donc en face du banal extraordinaire ou réciproquement, et le style, clair, direct, académique, ne lui permet pas de se raccrocher à son propre intérêt. Il peut s'imaginer avoir
    lu ce qu'il a lu, il peut décréter que ces personnages schématiques ne sont que des figures d'exercices, apprécier l'exercice mais laisser son âme en dehors de tout cela, sauf s'il est fille, arabe ou chinoise ou les trois. Nous aurions là un excellent point de départ pour des observations sociologiques ou psychologiques, pour étudier l'humour froid et le détachement, la condition des chômeurs infantilisés issus de l'immigration sur le chemin d'une intégration indéfiniment repoussée, pour nous pencher sur la manière hitchcockienne de présenter un scénario étincelant de cristallisations banales, mais n'est pas Hitchcock ni les frères Dardenne qui veut.
        Il semble que le roman dit Héroïque ferait un excellent film, centré sur la personne d'une dingue, style Muriel, et notre lecteur devrait posséder la souplesse de s'adapter à de nouveaux procédés de narration : mais il n'a peut-être jamais su acquérir cette faculté de perception. Vous en savez peu, mais suffisamment pour goûter déjà ce fragment situé ves la fin, qui pourrait vous rappeler Pas d'orchidées pour Miss B. : nous vous guiderons s'il y a lieu. Notre Jeanne arabo-chinoise (c'est une supposition) arrive en passagère devant la maison de M. Merle, présumé tueur en série :
        « Elle était effrayante. Une fille naïve qui ne savait pas qui était Merle l'aurait trouvée sublime ». En effet, notre héroïne présente la particularité non seulement d'imaginer, mais aussi de juger ses imaginations, en vraie cabotine de onze ans et demie d'âge mental ; notre auteur ici ne se contente donc pas d'énumérer tout ce que fait son personnage, mais se figure omniscient à l'intérieur du cerveau de cette jeune femme). « Tous ses os devinrent aussi mous que du fromage blanc. Cette maison ressemblait à un long paquebot à 2 étages, échouée au milieu de nulle part. Jeanne eut beau scruter l'horizon aussi loin que ses yeux le permettaient, aucune forme d'habitation humaine ne se laissait deviner. Il n'y avait que la forêt qui s'étendait à perte de vue et, au-dessus d'elle, une immense colline noire, très longue et toute râpée. Même si la maison paraissait très propre – les façades étaient d'une blancheur immaculée comme si elles avaient été repeintes la veille, les rideaux attachés derrière les 6 fenêtres étaient tous semblables et tous parfaitement symétriques – et même s'il y avait sur la pelouse très tondue et d'un lumineux vert pomme, des sculptures amusantes d'animaux - » (le vrai série B pour télévision allemande) « Jeanne savait qu'elle était habitée par un tueur. Et 2 indices lui donnèrent raison. Elle aperçu, collé contre le côté gauche de la maison, à l'opposé de la porte du garage, un hors-bord monté sur une remorque. La mer se trouvait à plus de 300km et ici » (dans le Puy-de-Dôme apparemment) « il n'y avait pas le moindre brin d'eau.