Proullaud296

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  • La machine à rêves

     

    52 03 19

     

    Le roi mon père est désolé : quelqu'un a tailladé le flanc de ses chevaux, acte de cruauté. C'est moi qui l'ai fait. J'espère qu'il oubliera, je me cache dans le palais, mais il revient de ses occupations, me prend par les épaules et me fait part de sa colère et de son chagrin. La fin vient de m'échapper. Je me réveille dans une grande culpabilité : j'ai tué un cheval, les deux, car ils ont fini par mourir. Quel cheval ai-je tué, très jeune ? Le “Ça” ? ...Toutes les conversations ont eu lieu en russe, mon père étant “roi de Russie” - mais pas “le Tsar”.

     

     

    52 03 25

     

    (...) l'imagination scripturaire. Je saute sur des icebergs d'île Flottante, à Khartoum, tandis qu'Annie téléphone 25 mn à Jean V. Elle est très joyeuse, et moi je ne m'en tire pas trop mal, en dépit du caractère spongieux de ces grosses masses jaunâtres. Ce n'est que la fin d'un rêve.

     

    52 03 28

     

    Balustres roses.JPGFin du deuxième cauchemar de la nuit. Salle des profs d'Andernos. Corinne dit qu'elle m'a rendu une valise contenant je ne sais quoi. Je lui ai fourni des éléments pour éditer quelque chose sur l'ordinateur, mais il manque un élément. “Est-ce que c'est en D.L. ou pas ?” Je lui réponds que cela ne veut rien dire pour moi. Elle pleure en prenant les autres à témoins : je devrais savoir depuis le temps certains éléments évidents d'informatique. Elle est très fatiguée, une de ses collègues doit sans cesse monter et redescendre 8 chaises de sa salle de classe après chaque demi-journée de cours.

     

     

     

    52 03 29

     

    A. - Vois Troppstein à l'hôtel avant d'aller à l'enterrement de son père. Elle est malgré tout joyeuse de me voir. Elle m'accompagne à Bordeaux-Benauge, me place sur un socle de ciment et m'étreint en riant. Je ne peux finalement aller à l'enterrement car il est trop tard. Je reviens par le Pont de Pierre où se déroule une manifestation de femmes arabes voilées ou non prônant la fraternité. Je passe le pont suspendu en me retenant au-dessus de l'eau, tâtant les aspérités du parapet et disant des formules sans signification. Parvenu dans un bus avec d'autres dont une bonne sœur, je dis “Heureusement qu'ils ne se sont pas aperçus que c'était de l'hébreu, autrement je me faisais écharper. “Ma sœur, je m'accuse d'avoir menti.

     

      • Ça ne fait rien, me dit-elle en souriant.

     

     

     

    B. - Avec le juge Jean-Pierre à l'hôtel, je dispose ses bagages sur des sièges de hall, il va aux WC, arrivent des sportifs qui s'assoient parmi l'encombrement. Ils s'aperçoivent je ne sais comment que les toilettes sont occupées par Jean-Pierre et chantent une chanson anti-pédés contre les “divanisés”. Je cherche une cabine téléphonique pour avertir mes parents que je serai, et puis j'ai 45 ans tout de même. Je pars seul les rejoindre...

     

     

     

    52 04 03

     

    Je suis arrivé à bicyclette dans un village, suivi par des observateurs, traînant un immense polochon blanc. Tournant à gauche, je monte vers une église que des touristes visitent. Mais il n'y a pas d'issue, je redescends. Le polochon s'est enroulé autour du monument aux morts de l'église sur sa butte, et d'une maison en construction dont les ouvriers se trouvent gênés. Enfin, d'une secousse, tout se dégage. Dans une rue étroite et peuplée d'élèves, le polochon se fait tirer, plier : j'explique qu'il faut le replier au lieu de jouer avec lui, une structure raide analogue à une longue table de ping-pong y aide, tous les adolescents rigolent.

     

    Je suis déçu que le polochon soit resté humide. Je reviens à pied sur les lieux, des visites se passent encore, un concierge dit que des gens sont en train de prendre leurs tickets (il va être 13 h, c'est la dernière visite). Annie et moi nous hâtons vers une représentation scolaire (les tréteaux étendus sur es tables et des chaises d'école) : deux professeurs jouent deux personnages tragiques habillés l'un de noir et blanc, l'autre de bleu et brun, patauds, burlesques, à rayures. Leur rôle consiste pour le premier à déplorer sa vie ratée, pour le second à déplorer que l'un d'eux ait empêché l'autre de se réaliser.

     

  • Matrice

     

    52 02 25

     

    A. Je suis prisonnier, on m'emmène dehors en promenade. Je m'enfuis vers l'intérieur, profitant d'un moment d'inattention de la bonne sœur petite et boulotte qui me sert de gardienne. Des doubles portes s'ouvrent, il s'agit d'un appartement bourgeois ordinaire à l'ancienne. Ma course est comme ralentie, mais je me dis que la bonne sœur sera également ralentie. A un moment donné, les doubles portes ne s'ouvrent plus. Forte angoisse.

     

    B. Chez nous, au sommet d'un bâtiment. Annie ramène une consœur spécialisée dans l'artisanat. Je suis tout fier qu'un Courrier des Lecteurs de Télérama mentionne et cite mon Singe Vert : une phrase emphatique sur ma lutte pour plus de justice. Le lecteur conclut : “On verra bien”. Un autre journal me mentionne également. Seulement les deux femmes sont plutôt pressées de faire le repas avec des provisions d'été qu'elles ont rapportées. L'autre dit son prénom, je me plonge dans une revue d'artisanat, sans aider. Les articles que je mentionne ensuite à table sont accueillis avec une indifférence polie. Là encore, angoisse.

     

     

     

    52 03 03

     

    (...) grâce à la voiture de son frère (j'apprends ainsi son existence). Elle est un peu plus jeune (80 au lieu de 90) et les os de son visage se marquent plus (il s'agit de Mme N.). Je réponds que je préfère utiliser ma voiture, pour être plus libre. Elle me l'a demandé deux fois – la deuxième fois, elle me dit que ma femme leur avait laissé une liste de courses à faire et me la rend par la fenêtre, or il s'agit plutôt d'une facture d'achats déjà effectués, au supermarché. Flash et moirures.JPG

     

    Putain le rêve mystique...

     

     

     

    52 03 05 Rêve se terminant par la vision d'un tennisman immobile, rattrapant et renvoyant infailliblement les balles, en faisant des mimiques supplémentaires, comme semblant de téléphoner, d'esquisser des gestes, avec l'aisance impassible et ironique d'un petit bonhomme brun de Gottlib aux bras multiples.

     

     

    52 03 10

     

    Touriste au Portugal, je suis logé dans ce qui s'appelle “chambre appartement” extrêmement fruste – avec un jeune Indien foncé souriant, qui fait une vague vaisselle sur une pierre à eau ou évier. Je découvre donc que le matin je devrai moi aussi me laver à l'eau froide, et me nettoie la figure avec un gant usé. Quant à lui, qui travaille et se lève tôt, il se propose de me faire chauffer une bouillotte. Arrive le propriétaire, grand rouquin, qui me reparle du prix et veut y ajouter 200 euros pour un professeur de médecine dans le besoin, épuisé par sa nombreuse clientèle. Je le laisse parler, feignant de ne pas comprendre, d'ailleurs son portugais est à peu près incompréhensible, le mien aussi, celui de l'Indien aussi. Je lui dis qu'il devrait l'écrire. Finalement nous réglons cette histoire de location à de grands guichets de marbre, sorte de banque ; il ne me reparle plus du professeur. Pour revenir, j'emprunte une plate-forme de train surchargée, de laquelle j'aperçois un avion flambant neuf et au design Twingo. Il hésite dans un ciel de banlieue, se disloque et tombe sous les commentaires apitoyés de tous. La plate-forme passe près des débris qui occupent un espace assez restreint, je vois des rangées de sièges inoccupés, de la partie arrière, espérant qu'il n'y a pas eu trop de victimes.

     

    C'était la ligne Dakar-Lisbonne. La plate-forme continue son chemin, je dois lever la jambe pour ne pas me la faire happer par les rails...

     

     

     

    52 03 14

     

    A. Dans une ville d'Amérique du Sud où règne un vice-roi, tout le monde vit dans le luxe, avec des vêtements tout brodés d'or, dans un raffinement extrême. Chacun passe son temps à se parer, à se laver, en vue d'une magnifique représentation théâtrale. Je me nettoie successivement les deux bras avec solennité. Tout le monde se reçoit, parade dans les rues. Je rencontre un énorme gouverneur auprès de qui je dois m'excuser de mon attitude jadis avec Chimène. Donc, je suis le Cid. Le tout se passe dans la plus extrême dignité, au cours d'une réception.

     

     

     

    B. Annie part huit jours à Paris, sans regret. Je reste seul avec Lazare, amant délaissé par Marie-Christine, et qui doit lui aussi partir bientôt. Sous son nez je la pelote (sa tête est dissimulée sous un foulard) et elle va m'escalader en accélérant son rythme respiratoire. Il ne se rend compte de rien ou ne veut pas s'en rendre compte. Je reste avec elle contre une vitrine d'épicerie-librairie. Le gérant sort pour nous dire de ne pas nous appuyer. Nous suivons des yeux une demi-dousaine d'hommes emportant une espèce de caisse ongue et lourde recouverte de tissu bleu pâle. Ces deux rêves se déroulent dans une atmosphère de richesse et de plénitude.

     

  • L'Hégire

     

    1. FETES RELIGIEUSES MUSULMANES

    2. H E G I R E (« Ras el 'Am », Jour de l'an)

    3. GENERALITES

    4.  

    5.  

      Le tapis de feuilles mortes.JPG

      Premier de l'an musulman, commémorant le fait que Mahomet ait quitté La Mecque, où il se sentait menacé, pour parvenir à Yathrib (qui devint Médina an-Nabi, « la Ville du Prophète »). C'est la naissance de l'Oumma (communauté musulmane) : cette date, et non pas celle de la naissance ou de la mort du Prophète, fut fixée par le calife Omar, second calife des musulmans, après Abou Bakr. Le jour de l'Hégire, quoique souvent férié, ne correspond à aucune fête particulière dans la communauté musulmane. Son nom dérive de « hijra », « émigration », « exil ». Avant cela, les années se comptaient en fonction de la montée sur le trône de tel ou tel monarque, par exemple. Les musulmans appellent cette époque de confusion chronologique la ,djahiliyya : le "-temps de fureur".

    6.  

    7. DATE

    8. Le départ de Mahomet, à l'âge de 52 ans, se situerait historiquement le 9 ou le 22 septembre 622, mais la tradition préfère la date du 16 (ou du 15) juillet, pour qu'il coïncide, justement, avec le nouvel an lunaire. Bien entendu, il ne suffit pas de retrancher 622 à la date commune pour obtenir la date musulmane ; l'année lunaire s'écoule, en quelque sorte « plus vite » : le calendrier précédent comportait des mois intercalaires, que le Coran interdit à partir de la neuvième année de l'Hégire. Les deux années, courantes et musulmanes, coïncideront en 20 874... Les deux calendriers coexistent : celui de la communauté internationale pour la vie courante, le musulman pour la vie religieuse (ce dernier reste seul valable en Arabie séoudite). Un consensus se dégage pour que les dates du calendrier soient unifiées dans le monde musulman tout entier.

    9. Certaines sources historiques parlent d'une offensive victorieuse de l'empereur grec Héraclius en 622. Mahomet, allié des Perses, se serait replié avec ses armées, et non pas avec 70 convertis désarmés devant la colère des marchands de la Mecque redoutant de perdre leurs bénéfices (les païens honoraient les idoles au sanctuaire préislamique de la Kaaba). La tradition rapporte que peu de temps avant le départ de Mahomet, il fut averti par l'ange Gabriel (Djibril) que son parent Quraysh (« Petit requin »), de La Mecque, avait comploté pour l'assassiner pendant son sommeil. « La nuit où l'assassinat devait avoir lieu, son cousin Ali Ibn Abî Tâlib se coucha dans le lit du Prophète, tandis que celui-ci se réfugiait avec son compagnon Abû Bakr dans une caverne au sud de La Mecque, à l'opposé de la direction de Médine. Heureusement pour Ali, les meurtriers découvrirent son visage,et ils ne le poignardèrent pas. »

    10. Mahomet et Abû Bakr se cachèrent quant à eux trois jours dans une grotte. Or leurs ennemis se tenaient un certain jour à quelque distance d'eux, à l'extérieur de la grotte, mais Allah les protégea : « Une araignée venait en effet de tisser sa toile à l'entrée de la caverne ; de plus, des colombes y avaient fait leur nid et pondu leurs œufs. Les poursuivants se dirent : «Nul n'a pu pénétrer dans cette caverne récemment ! » et ils ne la fouillèrent pas.

    11. Les deux compagnons, conduits alors par un guide païen, empruntèrent une route côtière. Lorsqu'ils furent arrivés à Médine, Mahomet lâcha les rênes de sa chamelle jusqu'à ce qu'elle se posât. Il acheta la terre où la chamelle s'était arrêtée pour y construire plus tard la première mosquée. Il fut accueilli par des partisans, les « Ansars » (« ceux qui ont aidé »)

    12. LA FONDATION DE L'ISLAM

    13. La plupart des premier compagnons de Mahomet étaient esclaves et se faisaient maltraiter, voire torturer. Il leur avait donc fallu fuir. Enfin ils posséderaient un lieu où pratiquer en paix leur religion monothéiste. Telle fut la naissance de l'Etat islamique. Jusqu'ici, les révélations de l'archange Djibril traitaient essentiellement de la relation individuelle de l'homme avec Allah. Mais une dimension sociale (politique, économique) se fit jour dans les sourates ultérieurement communiquées. Cela commença modestement, par une transformation de la ville de Médine. La ville, d'abord très sale, fut nettoyée de fond en comble : « Nous arrivâmes à Médine alors que c'était la terre de Dieu la plus polluée. L'eau qui s'y trouvait était nauséabonde. » Le Prophète demanda aux Compagnons de creuser des puits (plus de 50) en divers endroit de Médine. La culture de la terre fut encouragée : quiconque apporterait ses soins à une terre inculte la possèderait. Bientôt, la nourriture suffit à toute la ville ; l'indigence disparut.

     

  • Pas rigolo

     

    Au bas de la gravure, deux quatrains en gothiques, l'un en français, l'autre en Neuhochdeutsch, exposent la Moralité :

     

    Cil cuyde engeigner la Mort

     

    Par luy desrobber sa bource -

     

    L'inbecille doubte encor

    Eglise charentaise.JPG

     

     

    Sil a terminé sa course.

     

    La naine lit à haute voix, sans la moindre hésitation, le quatrain symétrique en haut allemand.

     

    "Cette gravure, affirme l'homme, a failli brûler ; observez je vous prie sur cette feuille ces traces rousses : elles proviennent de l'incendie qui ravagea en 1633 l'abbaye de St-Léger à Lucerne.

     

    - Vous y étiez ?

     

    - Voyez encore – il met la feuille à contre-jour – ces petits trous de coups d'épingle – sur la Faux très précisément – et sur l'échiquier : en forme de croix.

     

    "Conjuration, dit Jeanne.

     

    - Exorcisme, rectifie l'homme : ADONAI , IEVE , TSEBAOUTH , O PERE SUPREME DU CIEL ET DE LA TERRE...

     

    - Ta gueule.

     

    L'homme sans répliquer maintient la gravure devant le feu. Jeanne remarque certaines déchirures "sur la tranche, à gauche" – On dirait plutôt dit la naine que c'est vous qui l'avez arrachée." Jeanne la Cuistre distingue entre les lignes quelques lettres en minuscule caroline –palimpseste tranche le représentant. Rien de plus courant. Marciau la gnome veut savoir "comment cette gravure est-elle tombée entre [ses] mains" - l'homme invoque l'autorité du Grand Cosmopolite Michal Sendivogius, alchimiste polonais ; l a transmission au Supérieur en échange d'une levée d'excommunication – ce qui se négociait bien plus cher d'habitude- Vous-même, d'où tenez-vous cette pièce ? - ...passe entre les mains de nombreux possesseurs - Henri-Jules de Bourbon-Condé – Pierre Jean David d'Angers le sculpteur – je possède moi-même une importante fortune personnelle – écoutez mon histoire :

     

    "Le 5 thermidor An II – quatre jours avant la chute de Robespierre – le chevalier de Pierrefonds jouant aux Echecs s'aperçut que la main de son partenaire, posée sur un cavalier devant lui, n'était plus qu'un assemblage infect d'os et de tendons. Levant les yeux, il sursauta, horrifié : son adversaire avait pris l'aspect d'une momie à demi-desséchée, encore suintante. Dans le sursaut qu'il fit, l'échiquier se renversa. Par dessous se trouvait cette gravure ; il ne se souvenait pas de l'avoir jamais possédée – nul de ses gens ne put dire qui l'avait placée là. Le chevalier s'enfuit aussitôt pour ne plus jamais revenir et partit pour l'exil, sans avoir pu réunir ses biens, jusqu'en Angleterre. L'écorché s'était précipitamment retiré par une autre porte, en dégageant une odeur pestilentielle. Les domestiques affirmèrent que dans la rue où ils l'avaient vu s'éloigner, l'homme avait repris son aspect naturel, la perruque un peu de travers toutefois. Il s'appelait Fourquet, et c'était lui que l'Accusateur Public avait envoyé arrêter le chevalier..."

     

    Les Vieilles hochent la tête. Mais l'homme demande trop cher de sa gravure. Qui demeure là, sur la table, embarrassante. Il dit que les enchères sont montées très haut et qu'il n'a pas l'intention de la laisser pour rien. Il se carre sur sa chaise, étend les jambes. Jeanne lui demande si c'est bien "[sa] compagnie" qui le charge de vendre une telle œuvre. Certains de mes confrères précise-t-il gravement - les trois autres éclatent de rire ; Fitzelle dit Sorcier de pacotille et l'homme reste imperturbable mes pensées dit-il ont pris un autre cours.

     

    Marciau, renforçant ses lunettes d'une loupe, scrute la gravure, qu'elle s'est appropriée. De sa poche ventrale elle tire un crayon, du papier pour prendre des notes en marmonnant. Soupov sur sa chaise roulante se signe à l'orthodoxe et laisse retomber sa main sur l'accoudoir. Fitzelle bâille. Soudain, l'homme éternue, sursaute, quelle heure est-il ? - Déjà huit heures et demie grasseye l'infirme. Marciau renchérit Ça fait tardsans lever les yeux de sa feuille. Fitzelle : Ma montre s'est arrêtée – Un effet de la gravure sans doute ? L'homme ironise. J'ai faim dit Fitzelle. Vous pourriez m'inviter à dîner dit l'homme. Fitzelle grimace de toutes ses rides On n'a pas de chambre. Dans l'atmosphère hargneuse et consternée la Soupov sur sa chaise a levé le bras, considérant séparément chacune des trois autres : "Je suis ici chez moi. Qu'il partage notre dîner. Soirée de gaufres." L'homme acquiesce.

     

    Soupov roule son fauteuil vers l'âtre et la table, où les lueurs croisées du feu et du plafonnier révèlent d'un coup les chairs lasses et bouffies de sa face blêmie. Les trois autres se sont levées. Marciau, hissée sur la pointe des pieds, place debout la gravure aux largeurs enroulées. La Soupov demande poliment si le Représentant est attendu chez lui. Vous ne m'attendiez pas non plus dit-il. Jeanne au long nez dispose les assiettes en répliquant Pour Azraël – Je ne suis pas l'ange de la Mort – il écarte les bras, dans son complet prune barré d'une cravate à pois Voilà dit-il de quoi vous dégoûter des anges et Jeanne interrompt son geste. Du fond de ses paupières s'élance un bref regard de connivence. A son tout Fitzelle balance les couverts sur la table dans un cliquetis de poignards. On l'entend marmonner qu'elle déteste les représentants, particulièrement niçois ; qu'on devrait tous les foutre à la porte. Soupov tourne vers elle son cou gras en soupirant. Fitzelle : "Au fait, vous êtes vraiment représentant de commerce ?" Il ricane. Soupov, conciliante : "Allez, montrez-lui votre carte." L'homme se fouille : Oubliée... oubliée – vous auriez pu enlever mes dicos tout de même, que je les remette dans ma sacoche. J'ai une femme et des enfants, je suis parfaitement normal." On s'assoit.

     

    La Soupov se signe sous sa serviette. Jeanne : Vous êtes juste en face de la patronne : restez à votre place. - Je n'avais pas l'intention d'en changer. Fitzelle hausse les épaules. Soupov incline ses mentons avec un frais sourire. Marciau allume deux chandelles, désigne la gravure encadrée à la façon d'un tabernacle. Quand la naine se rassoit, le mépris court sur sa joue. L'homme regarde la gravure, la naine, la gravure, anxieux ; juste des profils : devant lui, le premier cierge, éblouissant. Le deuxième en enfilade : les deux flammèches vacillent devant le grand feu. Au fond en face la gueule brouillée de la Soupov dans sa chaise, hostile : "J'en veux pas de ce machin.